‹ Le Duc d'Orléans et le chancelier DaguesseauChapitre 11 sur 54 · ET LE CI! ANCKI.IEU DA G L'ESSE AU · texte numérisé non relu

ET LE CI! ANCKI.IEU DA G L'ESSE AU

proclier, comme 5 l'IIôpilal, d'avoir quelque penchant pour la religion réformée. Le clergé du Languedoc, touché de sa piété, de sa douce fermeté et de la pureté de ses mœurs, disait qu'il avait manqué sa vocation et qu'il eût été un évéque accompli. Mais il était convaincu que, s'adressant à des consciences émues par la religion, on ne devait pas employer contre elles la force qui triomphe sans persuader et qui ne pénètre jamais au fond des cœurs.

A le voir dans ces contrées, au milieu de cette guerre cruelle, avec sa femme et ses fils, affrontant les périls pour exécuter les ordres du roi, cherchant à contenir les excès des soldats, allant audevant des rehelles, sans armes, avec sa seule douceur et pour les éclairer, on découvre plutôt la physionomie d'un apôtre que celle d'un intendant. Un jour les officiers, le voyant les suivre au combat, sans qu'il eût rien pour se défendre, se moquèrent de lui ; il marcha sous le feu comme il eût fait ailleurs et secourut tous ceux qu'il put secourir. L'admiration fit place aux railleries, et l'on vit bien qu'on pouvait être intrépide nvec de la bonté, de la tolérance, le goût des moyens pacifiques et le respect du sang chrétien. Ou je me trompe, ou ce rôle joué par le père a dû frapper vivement l'àme du fils et y mettre, plus que les paroles et les li-

vres, une sagesse précoce et comme le culte de la modération. Du reste , la vie tout entièrtî de M. Henri Daguesseau a été pour son fils une longue leçon d'honneur en toutes choses.

Le chancelier l'avait perdu quinze mois avant sa disgrâce; et, quelques semaines avant sa mort, ce charmant vieillard laissait deviner ce qu'il avait dir faire pour former son fils, en écrivant à ses petitsfils à Fresnes : « Je vois, écrit-il au fils aîné du chancelier, par les traductions que vous et votre frère d'Orcheux avez faites d'une des plus helles odes d'Horace, que vous et lui n'avez pas perdu votre temps à la campagne. Vous avez voulu en tempérer le plaisir par la pensée de la mort, suivant le précepte de l'Écriture. En effet, il est trèsutile, pour bien régler sa vie et sa conduite, d'en rappeler quelquefois le souvenir et de se convaincre intérieurement que toutes les choses de cette vie passent, que nous passons avec ellcs^. et qu'il n'y a que les biens éternels qui méritent nos désirs el nos attachements. Je ne vous dis rien, quanta présent, sur vos traductions, elles demanderaient une trop longue dissertation. Je remets à les lire avec vous et à les examiner, strophe à strophe, la première fois que nous nous verrons. Cependant je suis très-heureux d'apprendre que vous lisez les Gâorgiques de Virgile... L'essentiel est de s'appli-

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