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(les dangers, de ce peuple si facile à égarer, qui cède aux mauvaises passions comme aux bonnes, qui court du même pas au travail et au jeu, de cette noblesse appauvrie qui se précipitera sur l'argent comme sur un cliamp de bataille, et qui ])eut perdre à cela son bonneur, [)lus précieux que son sang; enfin, dans la poursuite de ces grandes nouveautés, soyez attentif, vigilant, raisonnable et moral.
Ces avertissements avaient été dédaignés, et le système avait suivi son cours, rendu plus rapide par réloignement du cbancelier. Mais déjà on pouvait voir, si on le voulait, combien il avait été sage et combien on avait eu tort de repousser ses avis et d'écarter sa personne : toutes ses prévisions commencjaient à se réaliser.
Sous un autre rapport, le cbancelier avait, et Irès-sagemont encore, averti et gêné la politique impatiente et sans moralité du duc d'Orléans. Ce prince avait donné au Parlement des assurances et des promesses qui avaient naturellement ajouté beaucoup à son importance. A peine les avait-il données qu'il voulut les reprendre et faire taire les magistrats qui partageaient contre le système de LaAV les appréhensions du chancelier. Daguesseau ne trouvait cette conduite ni morale ni politique, et il l'avait dit au régent. Il savait bien qu'il
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n'existait pas de droit écrit qui conférât uu Parlement le pouvoir d'entraver ni même de gêner longtemps l'autorité royale; mais il lui semblait juste et possible de vivre en paix avec les magistrats; sa raison en cela était d'accord avec ses penchants : qu'avait-on gagné, en effet, à préférer la lutte et bientôt la violence?
Voici ce qu'au mois d'août avait produit l'exil du chancelier. Son successeur, M. d'Argenson, s'était mis à l'œuvre avec une grande ardeur dans les détails; en même temps que garde des sceaux, il était président du conseil des finances, et il avait cru qu'en travaillant jour et nuit et en améliorant certaines choses dans les finances, il tiendrait tête à Law, et plus tard l'anéantirait; mais il s'était bientôt aperçu qu'il y avait là une divinité invincible, celle du hasard et du jeu, qui plaisait au régent plus que tout le reste. Il avait mieux réussi contre le Parlement, ou plutôt il avait réussi à lui montrer sa haine. Mais cetle hostilité personnelle avait tout irrité, et le Parlement et le prince étaient sur le pied de guerre. Un des plus sûrs moyens de soulever une assemblée et de la pousser au delà des bornes, c'est de mettre devant elle un homme qui soit, non pas l'adversaire de ses prétentions et de ses fautes, mais l'ennemi de son importance et de sa personne, si l'on peut ainsi dire. C'est ce
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(jue le régenl avait l'ail en donnant les scoaux à d'Argenson. A moins (jne dos le premier jonr il n'ait vonlii prendre un ministre de coup d'Ktal, ce choix était le plus imj)oliliqne; mais le Parlement ne s'en effraya pas d'abord et ne parta^^ea pas les sentiments de terreur qu'inspirait au peuple de Paris la figure de l'ancien lieutenanl d(î police. Il se montra au contraire plus irrité et plus hostile : il alla droit à F^aw, qui était la cause du mal et qui absorbait toutes les forces du gouvernement ; il menaça d'instruire contre lui el raviva la vieille exclusion qui défendait aux étrangers de manier nos finances ; il invita les parlements du rovaume à s'unir à lui et à former une ligue du bien public contre les abus du Système, soutenu par ie régent. On était bien loin du but qu'on s'était proposé d'atteindre par l'exil du chancelier; il est vrai qu'on y arriva par un grand couj) d'autorité.
Au moment même où les fils du chancelier venaient de passer leurs thèses, le régent méditait un lit de justice pour lever tous les obstacles, il fut assez longtemps «a s'y résoudre, quoiqu'on l'y poussât de beaucoup de côtés ; il eut presque les hésitations d'un roi con^-^lilutionnel , et on assure qu'il avait peur des magistrats, qu'il craignait leur autorité morale, l'opinion qui les soutenait
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oX les extrémités aux(juclle'', comme toutes les assemblées émues, ils pouvaient se porter.
11 trouva dans d'Argenson un instrument énergique et passionné de sa volonté quand elle fut arrêtée. Le matin du lit de justice, le garde des sceaux se donna des airs de Turenne ; pendant qu'aux Tuileries tout le monde était inquiet dans l'attente du Parlement et de ce qui allait se passer, il déjeuna très- tranquillement, but passablement, suivant son habitude, à côté du régent, dont l'émotion était visible; puis, quand le Parlement fut arrivé, il traita de haut en bas le premier président, avertit le premier avocat général LamoignondeBlancmesnil de bien conclure et commanda l'obéissance.
Le Parlement, qui avait appris subitement, dans la malinée, qu'il était mandé aux Tuileries, avait espéré que le peuple l'y suivrait, et qu'il y arriverait fortifié par des manifestations. Mais cela n'eut pas lieu; il fallut courber la tète. Le régent, parlant au nom du roi, leur dit : « Vous avez, à l'instigation de gens malintentionnés, contre l'avis des plus sages d'entre vous, abusé des différentes inarques de considération qu'il a plu au roi de vous donn(;r, de la grâce qu'il vous a accordée à son avènement au trône, en vous permettant de lui fairedes remontrances sur ses Edits et Déclarations avant
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de les enregistrer; vous avez fait de continuelles tentalivcs pour parlngcr l'autorité royale, vous attribuer l'administration immédiate des finances, vous arroger une juridiction sur les officiers comptables, vous rendre supérieurs aux autres cours souveraines, soit sur le fait des monnaies, soit par rapport aux autres impositions et subsides; vous n'avez cesse de faire des remontrances Iiors des délais prescrits par la déclaration de 1715, avec la prétention de les faire prévaloir sur la volonté du roi ; vous vous êtes dit le conseil nécessaire de Sa Majesté et de l'Etat; vous avez abusé des exemples des précédentes minorités, dont les divisions ou les guerres étrangères avaient troublé la tranquillité; vous avez renoncé presque entièrement à la distribution de la justice pour vous occuper de l'examen ou plutôt de la critique des affaires de gouvernement, an (jrand préjudice dit crédit public que le Parlement seml)le avoir voulu altérer par des procédures inconsidérées, par des éclaircissements qu'il n'avait pas le droit de demander et par différents arrêtés sur des matières qui ne sont pas de sa compétence. — Je vous fais défense^ au nom du roi, de coiiûnuer, et je déclai'e annulés tous les arrêts que vous avez rendus, particulièrement celui du [*2 août; il vous est fait défense, sous des peines jiu'ilappfniiendra, de provoquer l'union des autres
parlements du royaume el de vous occuper de matières de finances et d'Etat. »
Le Parlement se retira, mais pour s'assembler le vendredi et le samedi 26 et 27 août, et pour délibérer sur la volonté du roi. Alors la main de d'Argenson reparut; deux conseillers et un président furent arrêtés chez eux et conduits, le président Blamont aux îles d'Hyères, le conseiller Saint- Martin à Belle-Isle, et M. Feydeau de Calendes, fils du président Feydeau et allié du premier président de Mesmes, à l'île d'Oléron.
La victoire restait au régent, mais il n'y gagnait pas beaucoup. A entendre parler tout le monde, dit Barbier, chacun ne demandait pas mieux que de se joindre au Parlement, seulement personne n'osait commencer ni se déclarer pour chef.
Les ministres étrangers félicitèrent, au nom de leurs souverains, le régent de son énergie et de la fermeté qu'il avait mise à réprimer des légistes^ langage de princes, dit Duclos, qui veulent que rien ne résiste à leur volonté; il est sûr, ajoute-t-il avec un grand sens, a que l'autorité doit toujours être respectée pour la tranquillité des peuples mêmes. Mais si aucun corps n'élève la voix en leur faveur, ils seront donc livrés au despotisme des ministres et même des commis. »
Ce coup d'État ne profita guère qu'à Law, qu'il
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arracha à la justice du Parlement, et qui put à son aise entasser les Edits pour soutenir son système qui commençait à chanceler; il profita encore a un autre favori du- régent, qui n'avait alors que la seconde place, el qui devait bientôt prendre la première, l'abbé Dubois. Mais quant à d'Argenson, il n'en tira aucun avantage, il s'était au contraire privé d'un auxiliaire contre Law, dont il allait être bientôt l'adversaire déclaré et la victime. 11 avait, il est vrai, satisfait sa passion antiparlementaire, mais presque aux dépens de son intérêt, ce qui n'empêche pas l'avocat Barbier de le comparer à Richelieu.
Daguesseau passa ri Fresnes toute l'année 1719. Dans le dernier mois de 1718 il fut, comme tout le monde, surpris d'apprendre la naissance et la mort de cette conspiration ourdie par le jésuitisme et l'argent espagnols, cimentée en France par les vapeurs et les étourderies de la duchesse du Maine, qui se faisait lire les Décades de Machiavel, et rendue bien solide et bien redoutable par le concours incertain du premier président de Mesmes, qui appartenait plus sérieusement qu'à tout le le reste au plaisir et à l'argent (jui le procure. L'avocat Barbier, qui avait, comme je l'ai dit, la clientèle de d'Argenson, et (jui écoutaitbeaucoup aux portes, sans entendre toujours très-bien, a
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élevé à ce sujet, contre le chancelier, une accusation qui n'aurait aucun mérite sans celui de la singularité. Elle montre combien l'histoire, qui peut prendre plaisir à ces journaux intimes, qui sont comme des petits livres de passion personnelle et de renseignements particuliers, doit se défier déco qu'ils contiennent. Barbier, qui savait tant de choses et qui a parlé de beaucoup, je le reconnais, avec un sens exact et un esprit exercé, ne connaissait pas la cause de la disgrâce du chancelier, si facile à connaître, et il affirme que personne ne la connaissait : ce A l'égard de M. Daguesseau, écritil en août 1718, on n'a jamais su la raison de sa disgrâce; rien n'a été plus secret. » Yoici maintenant l'accusation ; on se doute pourtant à présent, ajoute l'annaliste, qui veut tout savoir et qui aime mieux calomnier que de rester court devant le secret d'une disgrâce, qu'il y avait des conférences entre lui et le duc du Maine, et quelques membres du Parlement (comme était M. le président de Blamont), au sujet de quelque intelligence avec l'Espagne, dont le ministre cardinal Alberoni est un esprit supérieur et qui peut être soupçonné d'avoir ses vues et de jouer sa politique pour tâcher d'assurer à son maître la couronne de France, dans le cas de mort de Louis XV, malgré les prétentions du régent. »
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Je ne veux pas réfuter celle noie, qui n'esl même pas une opinion, cl qui, si elle enlrail par hasard dans l'iiisloirc, n'y pourrait entrer qu'à liUv de ridicule calomnie.
Le chancelier n'avait eu de relations avec le duc du Maine qu'au sujet de la déchéance de ce prince, et ce n'est pas ce qui avait pu les unir. Quant à la duchesse du Maine, qui était l'homme de la maison et le véritable conspirateur, elle délestait le chancelier el ne lui trouvait d'autre mérite que de faire des vers marotiques. Son mari et elle avaient pour Daguesseau les mêmes sentiments que madame de Main tenon.
Le chancelier ne fut donc touché de la nouvelle de la conspiration et de ses suites, que comme le public, si ce n'est par (juclques côtés de sentiment et par un souvenir singulier. En même temps qu'on arrêtait à Sceaux la duchesse du Maine, on exilait son grand ami le cardinal de Polignac, el on mettait les scellés sur ses manuscrits. Daguesseau, qui aimait beaucoup dans le cardinal l'homme et l'écrivain, s'en inquièle plus que l'exilé lui-même. Parmi les personnes arrêtées à côté de la duchesse du Maine se trouvait cette femme, dont rien dans la société d'aujourd'hui ne peut donner une idée bien exacte, qui des rangs de la domesticité s'était élevée, en cachant une partie
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(le son esprit, et à travers l'aversion et l'orgueil de sa maîtresse, à un rôle de quelque importance comme femme, comme écrivain, comme personnage à la mode, dans le monde de la politique et des lettres, mademoiselle Delaunay enfin. Au plus fort des rigueurs dont l'accablait sa maîtresse, elle avait été sur le point de se marier avec un receveur général, et c'est la disgrâce du chancelier qui avait en partie empêché le mariage. On sait qu'adorée par Chaulieu, elle était aimée de tout l'entourage de la duchesse du Maine ; elle rétait d'un homme que son esprit seul avait pu gagner, de Valincour, le parfait honnête homme, l'ami de Boileau et l'un de ses rares héros, le garde-malade de Racine, l'ami intime du père du chancelier et du chancelier lui-même. Va jour, voyant les chagrins de cette pauvre femme, et pour l'arracher à cette servitude que la duchesse du Maine rendait accablante, il conçut le projet de la marier à un de ces hommes qui donnent un maintien à une fille d'esprit, veuf avec un enfant et en mesure d'acheter une charge de receveur général. Tout le monde s'était mis à ce mariage, et le comte de Toulouse avait demandé la place au duc de Noailles. Le grave Daguesseau avait été intéressé au succès par Yalincour, et il s'y était prêté de bonne grâce. Tout était prêt, la place était accordée
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par le duc de Xoaillos ; madcmuisolle Delaunay hésitait un peu à mettre son esprit sous le nom d'un autre, et à devenir la femme de quelciu'un qui, suivant elle-même, était en tout au-dessous du médiocre, excepté pour l'économie.
La disgrâce du duc de Noaillcs et du chancelier arriva. La charge de receveur général ne fut pas donnée, et mademoiselle Delaunay ne retira de ce projet, au(|uel l'amitié avait mêlé Daguesseau, ni un mari, ni la somme d'argent que devait lui remettre le futur receveur général, au cas où il aurait la place sans le mariage.
Mais ce qui dut toucher le chancelier dans sa retraite, l'émouvoir malgré sa religion et sa philosophie, ce fut le projet concerté entre Law et Dubois de détruire la magistrature par la violence et par la ruse, avec le secours des actions de la banque.
ïl était bien naturel que ces deux personnages, dont l'esprit politique se bornait à leur intérêt, voulussent détruire le Parlement. Jamais hommes appelés à l'honneur d'un rôle public ne poussèrent plus loin cette irréligion politique qui, un peu plus lard, faisait dire au roi Louis XV : J/;r^.b* moi le délmjc^ impie et sinistre parole qui eut et qui aura encore dans le monde de douloureux eflels. Ds ramenaient tout dans l'Etat à leurs étranges et honteuses personnes, l'un à sa banque et à la com-
pagnie des Indes, l'autre à sa passion pour Je chapeau qui devait couvrir, sans la cacher, sa tête effrontée et cynique. Tout ce qui les gênait était par eux représenté comme un danger public, et, aidés par les circonslances, ils n'avaient pas eu de peine à persuader au régent, alors entêté d'absolutisme, qu'il fallait racheter toutes les charges des magistrats, bien entendu avec du papier, et créer ensuite ï des magistrats amovibles, c'est-à-dire des commissaires. Qui a fait que ce coup d'État n'a pas réussi? Qui a empêché le Parlement d'être détruit et la magistrature supprimée à l'aide d'un payement frauduleux? D'Argenson, sans être le complice de cet attentat, ne devait pas s'y opposer, à moins que ce ne fût en haine de Law, devenu son ennemi. Le chancelier n'était pas là pour rappeler au régent l'origine de sa puissance, le rôle que Je Parlement y avait eu, la nécessité et la grandeur de cette institution qui avait si souvent défendu les rois contre eux-mêmes et introduit dans le gouvernement, avec ou sans droit écrit, mais sous le commandement de l'intérêt public, quelques courants de liberté et le principe, sinon la réalité, du contrôle. Mais l'opinion, quoiqu'elle n'eût pas beaucoup de force, protégeait les magistrats ; indifférente à leurs disgrâces, elle ne l'eût pas été à leur ruine, et on n'osa pas la provoquer à ce
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point. D'un autre coté les ducs et pairs, et sans doute Saint-Simon lui-même malgré sa haine contre la robe, auraient résisté à une mesure qui les eût disjiersés, comme les magistrats, en leur enlevant leur importance politi(jue ; enfin l'histoire et la raison parlèrent au prince et lui dirent : Si le Parlement a (juelquei'ois embarrassé mal a propos la njarche du gouvernement, quels services ne lui at-il pas rendus ! Si tous les membres ne se préservèrent pas du poison de la Ligue, c'est le corps qui l'a étouffée : ceux même qui formaient le Parlement de la Ligue se déclarèrent, au milieu des Guise et des Espagnols, pour les principes de la monarchie. C'est donc le Parlement qui a conservé la couronne dans la maison léguante. Quelque exagérées que soient ses j)rétentions, si le roi fait craindre sa puissance, c'est le Parlement qui la fait respecter. Quel avantage n'esl-ce pas pour le roi d'avoir un cor])s dont les principes, toujours subsistants, s'opposent aux entreprises de la cour de Home, à celles même du clergé de France, séculier ou régulier ! Quel avantage pour les sujets que ce même corps puisse mettre quelques entraves aux excès du crédit minisléricl ! Le Parlement peut suppléer à la faiblesse d'un service timide, éclairer un roi puissant.
A coté de ce projet, une idée fut émise dont le
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succès pouvait changer les destinées de la société française et qu'un prince doué de prévoyance n'aurait pas entièrement dédaignée. Quelqu'un proposa de séparer les ducs et pairs du Parlement, qui serait alors réduit à l'œuvre de la justice, et de former des ducs et pairs séparés un corps politique, comme une chambre des pairs. Le .nom devait venir chez nous beaucoup plus tard, et quand la chose manquait, ou du moins quand la matière était très-modifiée. Mais alors c'était une grande et solide idée. En soi, le mélange de la politique et de la justice n'est. pas bon ; il avait produit et devait produire encore beaucoup d'abus. La politique et la justice ne s'entendent pas toujours, et d'ailleurs chacune d'elles mérite un aulel particulier et des prêtres exclusifs ; mais le côlé le plus considérable de cette idée était la création d'une noblesse politique qui a manqué à la France, et dont l'absence a laissé le champ libre à la royauté absolue, et plus tard à la révolution absolue. Une noblesse militaire peut illustrer un pays et y entretenir ce sentiment exalté de l'honneur qui est un des plus puissants mobiles des sociétés, mais qui n'est pas le seul. Vouée aux armes, à la gloire et au roi, elle n'a ni le désir ni l'aptitude de conduire et de diriger les hommes, par les voies civiles, dans cette route appelée la roule du progrès.
OÙ il est si facile de s^égarer, et où les marches lentes et protégées sont les plus sures.
Quand les combats lui mancjuent, elle est désœuvrée et ne s'attache à rien ; elle court les aventures du plaisir et du jeu, et n'hésite pas à suivre un prince débauché, ni à descendre jusqu'à des financiers sans probité et sans mœurs, dans un espoir d'argent. C est ce que faisait en ce moment, en attendant Fonlenoy, la noblesse française. Devenue un corps politique, elle se serait, j'en suis sùi-, l'ait une vie différente et meilleure; elle aurait cherché la gloire civile, égale à l'autre, moins éclatante peut-être, mais plus durable, et dont le champ de bataille est le bonheur du peuple, qu'il s'agit d'assurer. Alors on n'aurait pas pu dire ce qu'on a dit avec trop de raison : La noblesse française a perdu la puissance, parce qu'elle n'a pas nppris à l'exercer.