‹ Le Duc d'Orléans et le chancelier DaguesseauChapitre 28 sur 54 · I.T LE ClIANCr.MKi; DACIKSSEAU. T · texte numérisé non relu

I.T LE ClIANCr.MKi; DACIKSSEAU. T

M. Flcury me revienne quelque jour, et, en loul cas, je crois qu'il me sera facile d'en trouver un autre plus parfait; Diais, puisque la cour r ignore, ce n'est pas à moi de le lui apprendre. » Son humeur contre la cour prend un peu le Ion du dégoût quand il ajoute : (( Les cvénemenls de cette vie doivent m'avoir appris à ne rien désirer, et ht situation présente des affaires n'est pas propre à exciter des désirs raisonnables. »

Quant au lit de justice qui a inaugure la royautr de Louis XV, on en connaît les détails, mais Daguesseau les complèle. On s'inquiétait beaucoup de cet événement ; on s'attendait à y voir paraître et agir sans ménagemenis le pouvoir absolu ; mais ce fut presque une comédie. Le président Ilénaull assure que ce fui lui qui fit le discours du régeni et celui du premier président. Il mit dans la bouche du duc d'Orléans une singulière apologie de son gouvernement. En regardant bien, on aperçoit sous cette apologie comme une line raillerie; il fait dire au prince, à propos du Système : «Je ne vous cacherai rien. Sire, pas même mes fautes, car c'est ainsi que j'appellerai (ont ce qui n'a pas réussi pour le bonheur de l'Etat... Mais du moins la passion de l'avarice qu'il (le Système) éveilla dans toute la nation, absorba toute autre idée et . empêcha de oiliijncr le ijoiivcrnemcnt. >^ ^

Le premier président parla au nom du Parlement comme un Coton français^ ce qu'il n'était pas : « Nous osons offrir à Yolre Majesté ce que nous seuls pouvons lui promettre sans mélange et sans autre réserve que celle qu'inspire le respect. Ce qu'on peut promettre de plus utile au souverain et de plus onéreux au sujet qui le procure, c'est, Sire, la connaissance de la vérité. » Le Parlement aurait bien voulu pouvoir ne pas enregistrer les lettres qui avaient fait M. d'Armenonville garde des sceaux; mais la présence du roi leva les hésitations. M. l'avocat général Lamoignon requit cet enregistrement, et il osa y mêler quelques mots d'éloges pour le chancelier disgracié. Daguesseau attendait avec impatience le résultat de cette séance, son lils envoie pour lui en rendre compte M. Neveu <lès le soir même. Le chancelier dit à son fils, en le remerciant : a L'attention que vous avez eue d'envoyer ici M. Neveu dès lundi au soir, pour empêcher que je ne fusse dans l'inquiétude sur ce qui s'était passé au lit de justice, ne m'a guère fait moins de plaisir que d'apprendre l'événement de cette cérémonie qui tenait les esprits en suspens depuis deux mois et qui avait donné lieu à bien de mauvais discours. L'enregistrement des lettres de M. d'Armenonville est un si petit objet, surtout (le la manière dont il s^est passée que cela ne vaut

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pas la peine de s'en fAclier, (juoique la nature ait j)eut-elre un peu soul'fert en vous; le pelit nnoL de M. Lamoignon, votre eonfrère, renferme tout ee <|u'il pouvait et tout ce qu'il devait dire sui' ce sujet. Vous me ferez plaisir de lui dire que j'en sens toute la force, et que je suis tres-aise d'y reconnaître la <lroiture de son cœur et la continuation de ses senliments pour moi. »

On enregistra aussi dans ce lit dejustice l'JÉdil 4les duels, que Daguesseau critique, sous prétexte 4jue l'adoucissement est bien dangereux en cette matière. J'avoue que je ne comprends pas trèsbien sa critique. L'cdit qu'à son sacre Louis XV avait juré, par IcfjrdiidDieii rivant^ de porter contre les duels, qui décimaient sa noblesse, punissait le duel de la peine de mort, écartait pour ce crime le droit de grâce et menaçait de Viiidignation du prince ceux qui sollicitaient en faveur des coupables. Mais un point qui n'attire pas l'attention de Daguesseau dans cet édit attire la mienne, même aujourd'bui, et me semble mériter jusqu'à des éloges actuels. Il n'y a qu'une manière d'attaquer le duel et de le vaincre, et ce n'est pas par la violence; c'est en venant sérieusement au secours de rbomme outragé. Nous attacbons, à tort ou à raison, plus d'importance à l'bonneur qu'à lavie, et quand nos blessures j)bysiques se ferment avec le temps,

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celles que reçoit notre honneur restent toujours ouvertes. Il faut donc que la loi, qui protège avec tant de soin nos propriétés et nos fortunes, défende énergiquement notre dignité et punisse les injures de manière à nous interdire le droit et même la tentation de les punir nous-mêmes. Il y a longtemps que je suis frappé de l'insuffisance de nos lois sur ce point ; au cas qu'elles font des injures, à la manière embarrassée et indécise dont elles les poursuivent, aux peines subalternes et sans solennité qu'elles leur infligent, on dirait qu'elles comptent sur une autre répression que la leur, et qu'il leur déplaît de nous garantir entièremenl contre les outrages. L'édit de 1723 avait du moins essayé de soumettre à son empire l'honneur des hommes et de le défendre assez bien pour qu'il n'eût pas besoin de recourir aux armes. 11 punissait les paroles injurieuses de peines plus sévères que celles qui les atteignent de nos jours, et il obligeait l'offenseur à une réparation publique qui le replaçait au niveau et même au-dessous de l'offensé, en sorte que le roi pouvait dire assez justement : « J'emploie tout le pouvoir que Dieu m'a donné pour arrêter dans leurs principes les conséquences d'un tel abus. » Daguesseau ne voyait pas ce côté de la question, de beaucoup le plus grave, et il s'en tenait à ce vieux et inutile remède d'une

rigueurcxcessive. Un singulier criminalisle, Marat, VAmi du peuple, résumait très-bien, en i 778, l'opinion que je viens d'exprimer : « Quand la loi a pourvu, dit-il, à la réparation des injures, on ne doit point se faire justice à soi-même. Mais, quand elle n'y a point pourvu, l'olTensé reste son propre vengeur... On ne cesse de répéter que l'honneur doit nous être plus cher que la vie, et les lois l'ont presque toujours compté pour rien. Qu'un homme refuse de laver un affront dans le sang de son ennemi, il est proscrit de la société; qu'il en tire vengeance, il est flétri par la justice. Que faire dans cette cruelle alternative?... Pour faire cesser l'usage barbare du duel, je ne vois que deux moyens efficaces : Le premier serait qiiela loi ordonnât la réparation des injures, n

Les querelles religieuses n'avaient pas cessé, quoique Dubois, pour avoir le chapeau, se fût entièrement porté du côté de la bulle Unif/ejiitus, Un mandement du cardinal de Bissy, qui avait été le favori et le conseiller de madame de Maintenon , remit le feu partout.C'élaitun plaidoyer pour Rome et une invective contre le Parlement et l'autorité civile. L'abbé Menguy releva le défi et dénonça le mandement au procureur général. Les gens du roi se réunirent, jugèrent que la dénonciation n'allait pas assez loin et que le mandement prêchait

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l'usurpation des droits du prince et de ses officiers. Ils en rendirent compte au régent, qui, livré à luimême, leur aurait peut-être donné raison. Mais M. d'Armenonville soutint l'opinion du prélat, et Dubois entra dans une sainte colère ; il la communiqua au régent, qui menaça le Parlement « de l'arrêter lui-même, » si on donnait suite à la dénonciation. M. l'avocat général Daguesseau avait opiné avec beaucoup de mesure contre le mandement, ce qui n'empêcba pas le cardinal de Bissy de se plaindre amèrement du fils du cbancelier. 11 fit parvenir ses plaintes jusqu'à Fresnes. Le cbancelier écrit à ce sujet à son fils : a Je vous avertirai d'être le plus attentif qu'il vous sera possible à vos expressions, quand vous parlerez de cette affaire. Il (le cardinal de Hissy) m'a fait faire une espèce de plainte de la cbaleur qu'il prétend qu'on a remarquée en vous sur ce sujet. Je suis bien persuadé du contraire, et je vous dirai même que, quand j'ai demandé qu'on m'expliquât ce que vous aviez dit qui pût donner lieu à cette plainte, on ne m'a jamais pu rapporter qu'un discours fort modéré... Quoi qu'il en soit, il est bon d'être averti qu'on nous observe, afin de mesurer tellement ses expressions, qu'en faisant ce qu'on croit être son devoir, on évite ce qui peut blesser la délicatesse des autres. »

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