‹ Le Duc d'Orléans et le chancelier DaguesseauChapitre 32 sur 54 · I:T \.\. (,ll \ NCII.IM; l»\MK>sr, M. .-t · texte numérisé non relu

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grâce; mais rien ili; ce (|ui va se [)asscr ne doit être j3erdu pour riiistoire et se terminera du reste à l'IionneHr de Daguesseau. Tout le monde sait que le ministère de M. le duc a vie absolu, sans compter ses autres défauts. Un le voit très-distinctement (ît sous nn jour particulier dans les embarias du chancelier voulant écrire au roi à l'occasion de son mai'iage. Ce mariage était l'o-uvre du duc, œuvre d'un courtisan qui joue à la laveur avecles actes les [)lus sacrés et les plus graves de la vie des princes. On crut nn moment qu'il amènerait ia guerre avec l'Espagne; ce ne l'ut jias l'opinion de Daguesseau, qui écrivait : u Ouoi (ju'on en dis.', je ne saurais croire (jue les mouvements qui se l'ont en Espagne aboutissent à une guerre sérieuse, mr une affaire (jai il' est que personnelle et sur la(|nelle on donnerait lot ou tard nne satisfaction dont le roi d'Kspagne se contenterait. »

Les embarras du chancelier pour faire parvenir à Louis XV, à l'occasion de ce mariage, l'expression de son dévouement et de son respect, en passant par M. le duc ou en l'évitant, sont un trait presque comicjue mais bien expressif des conditions monarchiques qui régissaient alors le ministère et la disgrâce.

Tous les amis du chancelier étaient d'accord (pTil devait écrii'c; mais on se divisait jusqu'à

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l'intini sur le point de savoir si on écrirait au roi sans passer par M. le duc, si l'on écrirait au duc sans écrire au roi, si Ton écrirait à l'un et à l'autre, en faisant dans ce dernier cas, mais hutoriijuemcnt (le mot est de Daguesseau), part au duc de la lettre au roi. Ceux qui, en toutes choses, voient l'utile et le mettent au-dessus du reste, étaient d'avis que le chancelier se c'ontentât d'écrire au duc; celui-ci serait flatté de cette marque de déférence, et, ne pouvant prendre ombrage d'un chancelier qui se mettait si volontiers sous lui, il deviendrait favorable; mais Daguesseau rejeta tout de suite ce parti, « comme marquant trop de faiblesse et ne remplissant point ce qu'il se devait à lui-même, et encore plus à sa place. » Toutefois il n'osa pas, tout en écrivant au duc, tenter d'écrire au roi et de faire parvenir sa lettre par un secrétaire d'Etat. Quel est d'ailleurs, se dit-il à lui môme, le secrétaire d'i^'.tat qui voudra s'eu chargei? Après les plus mûres délibérations, le conseil des sages entendu, sur l'avis cou l'orme de M. d'Ormesson et de l'évéque de Châlons, il adresse à M. le duc sa lettre au roi, en priant le prince de daigner la remettre. Mais qui portera la lettre au duc? Sera-ce l'évéque de Chalons? il est trop lié avec M. de Fi'éjus, et la politique de la disgrâce ne permet pas d'employer un tel messager auprès du piemiei-

i;i m: ciia.nckmki; DAiiUEssEAU. Tm

niinislrc. C'esl M. dOrinesson qui ira à Versailles.

Daguesseau était à peine sorti, et on vient de voir avec quelle peine, de ce défilé de cour, qu'il tombe dans un autre plus étroit encore, mais que sa dignité traversera l)ien.

Comme premier prince du sang, M. le duc d'Orléans réclama l'honneur d'aller à Strasbourg épouser la jeune reine de France, MarieLeckzincka. Mademoiselle de Clermont, sœur du duc de J]ourbon , désignée comme surintendanle de la maison de la reine, alla au-devant d'elle. Elle devait passer par Meaux, et par conséquent à une très-petite distance de Fresnes. I/occasion parut excellente à quelques amis du chancelier, pour (|ue celui-ci lit sa cour au duc. 11 serait allé attendre la princesse à Meaux, l'aurait suj)j)liée de venir à Fresnes, où elle aurait eu une réception splendide, après quoi son frère eût été obligé de faire cesser la disgrâce. Ce moyen, conseillé à Daguesseau, n'avait rien qui ne soit naturel dans les idées et dans les procédés monarchiques; il y a encore des gens dont tout le mérite consiste à s'être jvlacés à propos sur le chemin des princes et des ministres, et dont tous les honneurs viennent de là. Mademoiselle de Clermont était d'ailleurs une belle princesse, dont la complaisance de madame de Genlis a lail une héroïne de lomaii, niais qui

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clans Je nalurel avait clo l'esprit, une voix cliarnniante et un grand air de sentiment. Le cliance- Jier aurait donc pu la recevoir sans faire un de ces actes de courtisan qui abaissent en réalité quand ils semblent le plus élever ceux qui les font. Mais il ne le voulut pas, et il a lui-même donné les motifs de son refus, qui ne sont pas tous des motifs de dignité : d'ribord le temps lui manquait, la dépense serait énorme, Fresnes n'est pas assez grand pour tant de monde; la princesse n'accepterait peut-être pas l'invitation, on se mocjuerail de lui pour l'avoir faite sans succès; on s'en moquerait encore si la princesse allait à Fresnes et que la disgrâce continuât, comme cela arriverait trèsprobablement, c- Je suis bien fàcbé, mon cber iils, écrit-il (20 juillet 17*25), de ne pas penser comme ceux que vous avez consultés. Dans des occasions pareilles à celle dont il s'agit, il me semble (ju'il faut tout ou rien. Tout ne convient nullement à ma situation présente ; le terme même serait trop court pour pouvoir l'exécuter et se mettre en état de recevoir h Fresnes une si bonorable, mais si nombreuse compagnie. A quoi aboutirait mènu' l'effort que \o, ferais pour cela, si ce n'est à tomber dans le ridicule de faire une grande dépense pour demeurer ici dans le même état où je suis? car sùreuient mon retour n'en serait pas plus avancé

ET m: ciian«:elieu DACUESSEAT. 40I

(jiianJ j'aurais reçu ici madcnioisellcde Clermont avec toute sa suite. On croirait seulement que je m'en suis flatté; on se moquerait de ntou et on aurait raison de le faire, d'offrir de recevoir cette princesse sans avoir l'intention de m'y engager ; faire un simple compliment est une démarche qui ne me répugne guère moins que la réception même... On dira que je n'offre ma maison qu'à la dernière extrémité ; j'aurais fait faire un compliment de mauvaise grâce, qui n'aurait aucun mérite, et le refus qui le suivrait serait peut-être regardé par bien des gens comme une nouvelle marque de disgrâce. Qui peut savoir même si mon offre ne serait pas acceptée ? Je conviens qu'il n'y a nulle apparence, mais, arec des têtes comme celles à qui on a affuirCy le plus sûr est toujours de ne répondre de rien, et si, par impossible, ce cas arrivait, dans quel embarras me trouverais- je, vu le peu de temps qui me reste jusqu'au passage de la princesse? Enfin, je m'engage par là à faire les mêmes offres à tous les princes et princessesdu même rang qui passeront par le grand chemin de Mcaux. Il est vrai que M. le duc d'Orléans, qui y passera mercredi (25 juillet — il épousa la reine le 15 août à Strasbourg), va en poste; mais, à la rigueur, cela me dispenscrait-il de me trouver sur sa route et de lui faire un com-

pliment pareil à celui qu'on me propose? Madame la duchesse d'Orléans passa l'année dernière par le même chemin ; elle s'arrêta a Meaux et à Claye, sans entendre parler de moi. Suis-je assez bien traité par M. le duc pour mettre de la différence entre mademoiselle de Clermont et madame la duchesse d'Orléans? Il me semble donc, comme à madame la chancelière^ que le seul bon parti est de ne point offrir ce que je ne suis pas en état de tenir, et qu'il ne conviendrait pas même que je voulusse tenir. Qu'on dise, si on veut, à M. le duc, a que j'ai été bien mortifié que ma situation présente, qui m'oblige à demeurer oublié dans ma solitude, ne m'ait pas permis d'offrir ma maison à mademoiselle de Clermont, » mais il ne me convient pas et de donner lieu de dire que je cherche à me faire de fête et à me montrer dans le temps que je ne dois paraître que par les ordres du roi. »

Malgré tout, il y a Fresnes plus d'inquiétude (Qu'autrefois et moins de résignation. Le chancelier écrit bien le contraire; voyant échouer les propositions qui lui sont faites, notamment celles que M. de Béritault lui a apportées, il dit : « Je persiste plus que jamais à croire que je dois me conduire, à l'égard de ces sortes de propositions, merè passive ^ comme disent les scolastiqucs, et

ET I.E CIIANCEI-ILR DAliUESSEAU. 40."

ohêir plutôt que de consentir: » mais en réalité sa pensée est désormais aussi souvent à Paris que chez lui. 11 faut reconnaître ({ue les événements le provoquent, qu'ils parlent à son cœur, à son esprit, à ses idées comme ministre, à ses sentiments comme citoyen.

11 était bien impossible qu'il ne s'émût pas à la nouvelle de cette taxe du cinquantième que le roi fit enregistrer dans le lit de justice qu'il tint le 8 juin (1725), en allant à la chasse à Chantilly. La France a, pour beaucoup moins, il n'y a guère plus de dix ans, voué à la république une haine linancière, qui a singulièrement hâté la lin de ce «.gouvernement. Mais ce n'était pas encore le moment du délu«^e. Cet impôt du cinquantième était un fruit du Système et de ce désordre de mœurs et de finances que Daguesseau avait vainement combattu. 11 entrait dans la grange du laboureur et lui prenait une gerbe de blé sur cinquante et ainsi sur toutes choses. Le lit de justice ne se passa pas sans honneur pour la magistrature. Le premier président Portail, répondant au garde des sceaux, le sieur Fleuriau d'Armenonville, assura le roi du respect des magistrats, mais se plaignit de la précipitation qu'on mettait à faire enregistrer un tel édit. 11 rappela que Louis Xlll avait promis d'envoyer au Parlement les matières des lits de jus-

lOi LE DUC D'ORLEANS

tice trois jours à Tavaiice, pour qu'on ne se déterminât pas sans les avoir examinées. Mais le principal honneur de la séance, et il fut grand, revint à l'avocat général Gilbert des Voisins. Il fit un discours digne d'un véritable sénateur (c'est l'éloge du moment). C'était un magistrat encore jeune, plein de talent et d'une généreuse ardeur ; il ne jugeait pas, comme Daguesseau a eu le malheur de ledireun jour, que les fonctions d'avocat général tinssent de la diplomatie ni qu'elles dussent quelquefois consister à parler pour ne rien dire; il avait déjà, dans une occasion très-grave, fait montre de courage, de fermeté, d'éloquence, peutêtre même avait-il passé un peu les bornes de son ministère; il avait provoqué un arrêt du Parlement contre une instruction pastorale du cardinal de Bissy en faveur de la bulle Unigeiiitus ; son discours avait soulevé des tempêtes ecclésiastiques, et il avait fallu plusieurs mois pour les calmer. On aurait voulu qu'il fit une rétractation, il s'y refusa, et ses puissants adversaires durent se contenter d'un accommodement.

Cette fois, obligé de demander au nom du roi l'enregistrement de l'édit du cinquantième, il se leva avec une douleur visible, annonça d'une voix attristée qu'il voyait bien que le roi voulait être obéi y et laissa éclater les sentiments (jui l'oppres-

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