LX JEUNE ARTILLEUR
Le 29 août 1830, Paris mit sur pied une armée ; cinquante mille soldats citoyens ‘furent réunis dans le Champ-de-Mars ; la tenue des légions était splendide, la discipline irréprochable. Il semblait que, pour en faire sortir cette multitude en armes, un géant eût frappé du pied la terre.
Cette armée nationale s’était formée seule , et en attendant les lois qui promettaient de l'organiser, elle se présentait devant le souverain qui venait de monter sur le trône. Elle avait sa cavalerie et son ar- . tillerie.
LE DUC D’ORLÉANS
Tous les citoyens s’étaient enrôlés.
Le duc d’Orléans , le seul des princes qui fût alors en âge de porter les armes, faisait partie de l’artillerie ; il y continuait les traditions du collège ; et il y préparait déjà les talents du général.
]\ul , mieux que lui , ne se prêtait aux loisirs des veillées de garde ; il s’adonnait à tous les jeux avec une bonté si calme et si simple qu’elle ne permettait pas qu’on violât certaines convenances dont il ne faisait souvenir les autres qu’en ayant l’air de se les rappeler pour eux -mêmes.
Ces nuits de l’artillerie , les matinées d’exercice, les rires des manœuvres, les grands bols de punch, les cigares éternels, les gais propos, les bons contes, les caricatures , raille traits qui frappaient haut , ’ les saillies républicaines, les chansons , les plaisirs et les tribulations du bivouac du jeune artilleur de la garde nationale parisienne, étaient restés dans les souvenirs les
LE DUC d’ORLÉANS. 2S
plus agréables du Prince. Il ne négligeait aucune occasion de les évoquer, et toujours cette mémoire était favorable à celui dont la présence ou les paroles la réveillaient.
C’est là aussi que la 'jeune génération avait appris tout ce qu’il y avait de bienveillant dans ce prince que toutes les positions trouvaient si promptement façonné à leurs exigences.
A la première revue du Champ-de-Mars, la batterie dont le duc d’Orléans faisait partie n’avait qu’un seul verre pour vider plusieurs bouteilles de vin ;• on exigea que le prince bût le premier; il céda ; alors on se disputa le droit de boire après lui, et il voulut ensuite boire apres tous les autres.