CHAPITRE III
La Corse. — Mascara. — Les Portes de Fer.
— Le col du Tciiiab.
La destruction de la citadelle d’Anvers avait appris à l’Europe que la France n’avait rien perdu de ce qui avait porté si haut sa gloire parmi les nations. Le duc d’Orléans y avait révélé toutes les brillantes qualités que nos soldats demandent à leur général.
Le choléra , cet horrible fléau qui décimait Paris et la France, avait trouvé le Prince , non-seulement sans crainte pour lui-même, mais doux et compatissant envers les malades ; il avait parcouru les salles de l’Hôtel-Dieu de Paris, comme il avait
LE DUC d’ORLÉAiNS.
parcouru les rues de Lyon, apportant partout l’espoir et le» secours à cette désolation ; et là comme à Lyon, il avait vu le sourire saluer sa présence et ses paroles.
Il voulait toujours ignorer les complots qui menaçaient les jours de son père. «Jl me semble, disait-il, qu’il y a dans ces pensées un crime de lèse-France. » 11 n’avait rien changé à la sécurité de ses habitudes ; il avait repris ce qu’il nommait sa vie de bourgeois de Paris.
Mais, au milieu de cette apparente tranquillité et des joies paisibles de la famille, l'Afrique, les travaux, les peines et la vaillance de nos soldats, l’occupaient tout entier. En 1835, il témoigna le désir de parcourir la Méditerranée; il alla en Corse, *
dans cette île qui rappelle un de ces noms qui ont rempli le monde. Ce voyage d’exploration fut tout bouillant de son enthousiasme pour Napoléon ; mais il observa avec attention les mœurs d’un peuple qu’il
ne connaissait pas. De Hle de Corse U passa en Afrique ; là, 'il se mit sous les ordres du maréchal Clausel ; il entra dans Mascara, et se plaignit d’une longue course accomplie sans combats. Mais il partagea avec la plus courageuse et la plus patiente énergie les fatigues et les privations de l’armée, Dans ces excursions militaires, il se plaisait aux doctes investigations ; puis, avec une singulière vivacité de sentiment poétique, il rapportait tout à la patrie ; c’était pour elle |seule qu’il convoitait les trésors d’archéologie.
A Djimita, il' fut frappé par la beauté et l’étonnante conservation des restes d’un arc de triomphe ; il souhaitait que chaque partie de ces débris fût enlevée et numérotée de telle sorte que l'on pût emporter le monument et le reconstruire ; il choisissait déjà la place de l’édifice sur le rivage français , et au-dessus de ces dépouilles de pierres, il faisait graver cette inscription :
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« V armée d’Afrique à la France. »
Il savourait avec délices le repos sous la lente avec la molle et rieuse indolence que les Français ont mise à la place de la froide impassibilité des Arabes; il séduisait les chefs de ces contrées par la générosité de ses manières ; et, tout en se montrant curieux d’armes, de chevaux, de vêtements de prix, il les comblait de présents qu’il déguisait adroitement sous la forme d’échanges.
En revenant de ces rudes pérégrinations, auxquelles il savait donner une physionomie si chevaleresque , il disait gaîment : « J’ai rendu visite à l’armée. »
Combien nous regrettons que le court espace réservé à ces notes ne nous permette pas de parler avec quelque étendue de cette expédition aux Portes-de-Fer, qui a fourni une des plus belles pages des fastes de notre armée d’Afrique.
tt Ces grandes murailles calcaires, dit un des témoins de ce fait d’armes, de huit cents
à neuf cents pieds de hauteur, tout orientées, à l’est, de dix degrés nord, à l’ouest, de dix degrés sud , se succèdent séparées par des intervalles de quarante à cent pieds, qu’occupaient des parties marneuses détruites par le temps, et vont s’appuyer à des crêtes qu’elles coupent en ressauts infranchissables , et qu’il serait presque impossible de couronner régulièrement.
Une dernière descente presque à pic , nous fit arriver au milieu du site le plus sauvage , où , après avoir marché près de dix minutes à travers des rochers dont le surplomb s’exhausse de plus en plus, et après avoir tourné à droite à angle droit dans le lit du torrent, nous nous trouvâmes dans un fond resserré, où il eût été facile de nous fusiller à bout portant du haut de ces espèces de murailles , sans que nous eussions rien pu faire contre les assaillants.
a Là se trouve la première porte, ouverture de huit pieds de large pratiquée per-
LE DüC iVüRLÉANS.
pendiculaircment dans une de ces grandes murailles ronges dans le haut et grises dans le bas. Des ruelles latérales, formées par la destruction des parties marneuses, se succ-èdent jusqu’à la seconde porte où un mulet chargé peut à peine passer. La troisième porte est à quinze pas plus loin en tournant ù droite. La quatrième porte , plus large que les autres, est à cinquante pas de la troisième; puis le défilé, toujours étroit, s’élargit un peu, et ne dure guère plus de trois cents pas. C’est du haut en bas de ces murailles calcaires que les eaux ont péniblement franchi ces étroites ouvertures auxquelles leur aspect extraordinaire et dont aucune description ne peut donner l’idée, a justement mérité le nom de Portes. C’est là ipie s’est précipitée notre avant-garde , ayant à sa tête le Prince royal et le maré- . chai gouverneur, au son de nos musiques militaires, et aux cris de joie de nos soldats qui ébranlaient ces roches sauvages. Sur