CHAPITRE IV
Fontainebleau.
Que ne nous est-il donné de prolonger les moments de gloire et de bonheur de cette existence si cruellement anéantie!
mais la. fatalité pousse ces notes vers l'abîme et ne leur permet pas de s’arrêter sous les ombrages qui bordent le chemin.
Dans le voyage que le duc d’Orléans fit en 1836 en Allemagne, il vit à la cour de Berlin la jeune duchesse de Mecklembourg, sœur du duc régnant ; il lui voua le plus tendre attachement; l’année suivante ils furent unis.
Le mariage du Prince-royal fut célébré dans le palais de Fontainebleau.
Le roi venait de readre à cette résidence une partie de sa splendeur passée. Avec l’aide des Fontaine, des Dabreuil, des Abel Pujol, des Allaud, des Picot et des Munich, il avait rajeuni l’œuvre du Primatice et du Rosso, de Nicolo d’ell’ Abbate et d’Ambroise Dubois ; il avait restauré ce que les siècles rongeaient silencieuseraent sous la poussière. La galerie de Henri II avait repris ■ses riches peintures et son luxe mythologique; la porte dorée était encore une fois radieuse; la Salamandre de François P’’ et
le croissant de Diane brillaient parant ; Alexandre-le-Grand , ses merveilleux exploits et ses faiblesses avaient repris possession de l’Escalier du Uoi ; la salle des gardes, près du vieux pavillon de saint Louis, avait retrouvé ses fresques héraldiques ; la belle (dieiBîaée de Henri I V était relevée ; des travaux nouveaux avaient augmenté cette opulence. Une vaste salle, au rez-de-chaus- Sée, sous la galerie de Henri II, avait été
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construite et semblait appartenir au vieil
édifice ; de nouvelles divisions et des appeu-
dices avaient amélioré et complété les appartements des princes et d’Anne d’Autriche, ceux qu’on avait réservés aux deux époux. Enfiny la galerie de François !•% cet autre prodige du Primatice, voyait venir à elle cette royale munificence.
Toute la cour, heureuse de cette renaissance et de ces fêtes d’hyménée auxquelles s’attachaient les destinées de notre avenir, était accourue à Fontainebleau ; les corps de l’État y avaient leurs grandes députations.
Lorsque, le 29 mai, après une longue attente, au moment où les derniers rayons du soleil s’abattaient sur l’assistance royale qui occupait la terrasse du perron, et sur les régiments rangés en bataille dans la cour du Cheval Blanc, lorsque toute cette foule, étincelante , à la tête de laquelle étaient le roi et sa famille, s’irritait contre ces retards qui contrariaient tant de
désirs impatients on entendit an loin le signal qui annonçait l’arrivée de la fiancée du prince royal, il y eut un étrange frémissement. On s’interrogeait du regard, et chacun attendait avec anxiété la réponse à une question que tout le monde s’adressait en secret.
Au bruit des acclamations et des fanfares, les carrosses dorés s’arrêtèrent au pied du perron ; il y avait de la féerie dans ce coupd’œil. Un instant avait suffi pour dissiper toutes les craintes ; une apparition jeune, svelte, gracieuse, rose, parée de pudeur et d’attraits, s’avançait avec des signes visibles de timidité et d’émotion , mais sans embarras. C’était la princesse Hélène; le duc de Nemours la conduisit jusque vers le Roi; là,, pendant que l’heureux père ouvrait les bras à sa fille, celle-ci se jetait à genoux et demandait la bénédiction de ses nouveaux parents. La Reine reçut dans ses bras la princesse que tous nous contem-
«2 LE DUC D’oRLïANS.
plions avec avidité; en un moment, un échange rapide de baisers et de sourires l’avait naturalisée dans la famille royale.
Les impressions de cette première entrevue vivent encore dans nos Souvenirs ; le Prince-royal avait toute la fière beauté qui sied à l’époux.
Dans la soirée du lendemain , le palais flamboyait de lumières, et, du dehors, au milieu de ces clartés qu’augmentaient en- <X)re des torches et des flambeaux portés par des valets, on voyait à travers les appartements et les longues galeries défiler le cortège ; il passa de la galerie de Henri II aux deux chapelles, et au pied de l’escalier du Roi il s’arrêta.
Le Prince et la Princesse royale seuls franchirent cette limite.
On rentra à Paris pour les réjouissances auxquelles le peuple était convié. Tout le monde a gardé la mémoire de l’entrée solennelle de la Princesse , et de l’accueil
qù’elle reçut ; le succès fut général, prompt et complet.
On sait Versailles et sa merveilleuse inauguration ; les fêtes de la ville de Paris furent attristées par les accidents du Champ-de- Mars ; la foule tout entière s’étant imprudemment portée vers l’une des grilles, plusieurs personnes furent écrasées. A cette affligeante nouvelle, on s’émut; on reporta tristement ses regards en arrière, et on se rappela le sinistre augure du mariage du Dauphin { Louis XVI); la place de la Coneorde avait vu alors des malheurs pareils à ceux du Champ-de-Mars.
Le bal de rnôtel-de-\'^illc fut ajourné ; le Prince- royal fit répandre d’abondantes aumônes ; il ordonna tous les secours que réclamait l’état des blessés; il fonda des pensions; il donna aux pauvres 162,000 fr.
pour acheter des livrets de caisse d’épargne quL devaient récompenser les travaux des enfants , dans les principales villes du
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royaume; il consacra 300,000 fr. à d’autres largesses, et, comme marque de bon souvenir, il envoya 50.000 fr. au travail lyonnais.
Avec quelle intelligente tendresse le Prince-royal avait disposé tous les préparatifs de cette union ! Chaque pièce du trousseau de la Princesse-royale attestait la délicatesse de ses prévenances. 11 avait appelé à lui tous les arts ; il avait voulu que les moindres détails pussent attester son goût et son amour ; il y avait une coquetterie charmante dans cette vanité du cœur et de l’esprit.
Quand nous nous approchions si joyeusement de ces éclatantes distractions, lorsque, dans cette société d’artistes que les fêtes avaient réunis, Camille Roqueplan, Clément Boulanger et Klagman , les trois génies de la corbeille , nous passions des journées si folles, que nous étions loin des tristesses de l’avenue de Neuilly-Î