CHAPITRE II
l'arrivée de CHARLES III EN ESPAGNE
L'événement trop longtemps attendu se produisit enfin. A la suite de plusieurs faiblesses, le roi d'Espace succomba le 10 août 1759, à quatre heures et demie du matin. Un courrier fat sur le champ expédié à Naples pour avertir le nouveau souverain et hâter son arrivée dans le royaume qui soupirait si ardemment après lui. La reine-mère, usant des pleins pouvoirs que Charles III lui avait délivrés, donna tous les ordres nécessaires pour Tenterrement du feu roi. Le corps de Ferdinand VI arriva le 12 août au matin dans le couvent desrehgieuses de Saint-François de Salles, fondé par sa femme, qui y était enterrée et à côté de qui ce prince avait voulu être inhumé. Il avait demandé, parait-il, que son corps ne fût ni ouvert ni embaumé. Ses vœux farent respectés.
En sa qualité de gouvernante du royaume, Éli-
sabeth de Parme confirma tous les ministres dans leurs places et chacun dans l'emploi qu'il exerçait. Accompagnée de Tinfant don Louis, elle fit son entrée à Madrid le 17 août, à sept heures du soir.
Le peuple était allé au-devant d'elle à plus de deux lieues de cette ville [écrit d'Aubeterre], et il n'a pas cessé. par des acclamations continuelles, de témoi^er combîcû son retour lui était agréable. La générosité naturelle de cette princesse, comparée avec l'économie (pour ne rîen dire de plus) de la reine défunte, a produit cette affection Tout ce qu'il y avait de gens qui vont à la cour ralteiidiiif ù l'entrée de l'appartement. Les ambassadeurs et les ministres étrangers y étaient aussi. Elle nous a fait, en passant, un petit salut et un compliment très obligeant.
Le lendemain a eu lieu la réception du corps diplomatique. Lorsque les autres ambassadeurs se sont retirés, ju me suis approché de la Reine. Je lui ai dit que le Roi mon luaitre ne cessait de s'intéresser à tout ce qui la ragardait, tellement que S. M. m'avait souvent ordonné de lui renou^ veler les assurances de son affection. La Reine m'a répondu que le Roi pouvait être sûr de ses sentiments et qu'il devait compter sur elle si elle pouvait lui être bonne à quelque chose. Mais a-t-elle ajouté : u 11 est question de savoir si mon fils me croira. Vous voyez, monsieur Tambassadeur, que je vous parle avec confiance, n
Cette confiance qu Elisabeth de Parme ne devait pas cesser de témoignera la France était un eucou* ragement sérieux à notre politique. Louis XV en eut la preuve par la lettre autographe que la reîiir douairière lui écrivit pour lui annoncer le décès de Ferdinand VI. Par une délicatesse de procédé qui