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soit bien mal, et que tu pourras réparer mieux et plus promptement qu'un autre. Avant les rapports officiels que nous allons avoir ensemble, avant que j'aie des comptes i\ rendre au Minisire, je veux te donner un état de situation exact de ce que je vois et de ce que je sais ; notre armée du Nord est beaucoup mieux qu'on ne pense, elle sert bien, la discipline et l'instruction y font des progrès rapides ; les principes et les propos de M. de Rochambeau(l) sont
1. Le comte de Rochambeau (Donatien de Vimcur), né à Vendôme, dont son père était gouverneur, le !"■ juillet 1745. Admis comme cornette dans Saint-Simon-cavalerie le 24 mai 1742. Prend brillamment part à la guerre de la Succession d'Autriche et à la guerre de Sept ans, devient colonel du régiment de La Marche (1747), brigadier d'infanterie, majorgénéral de l'armée, maréchal de camp. Commande l'expédition d'Amérique, prend York-To^'\■n et est créé, au retour, lieutenant général et grand 'croix du Saint-Esprit. D'un caractère froid et grave, sévère aux autres et à lui-même, Rochambeau était peu goûté à la cour de Louis XYl, où on lui trouvait des manières glaciales et peu liantes. C'était un militaire passionné, convaincu, et il prit une part active aux querelles entre l'ordre profond et l'ordre mince, qui passionnèrent ses contemporains. Lauzun qui le connaissait bien, a écrit de lui dans ses Mémoires : « M. de Rochambeau ne parlait que de faits de guerrre, manœuvrait et prenait des dispositions militaires dans la plaine, dans la chambre, sur la table, sur votre tabatière si vous la sortiez de votre poche. Exclusivement plein de son métier, il l'entendait à merveille. » Rochambeau nommé au commandement de l'armée du Nord le 14 décembre 1791, donna sa démission au mois d'avril suivant, après les affaires de Tournai et de Mons, et ne reparut plus à la tête des armées. 11 mourut à Rochambeau, près Vendôme, en 1804. Quelque temps auparavant, Napoléon lui avait envoyé le grand cordon de la Légion d'honneur.
bons, il est d'une activité étonnante et prodigieusement utile ; le soldat a de la confiance en lui, et c'est à cette seule confiance qu'est due la bonne conduite des troupes, mais nous manquons absolument d'officiers généraux et d'officiers supérieurs ; nous avons perdu depuis six mois M. de Boistel (1), M. de Casteja (1), M. de Ghalup (1), par leur démission ; M. de Sarlabous (1) s'est fait employer chez lui, sa fortune ne lui permettant pas un genre de service aussi dispendieux, MM. de Carowe (1) et d'Harville (1) ont demandé et obtenu des congés pour raison de santé, M. de Flécbain aussi, et l'on assure qu'il ne reviendra pas, M. de Fleuri (1) ne veut plus rester à Givet où il est désagréablement, ces maréchaux de camp servaient bien et sont difficiles à remplacer. La plupart des officiers supérieurs sont incertains du parti qu'ils prendront, et il faut s'attendre à en voir partir encore beaucoup après la revue décrétée par l'Assemblée nationale, car ce que ces messieurs aiment le mieux dans le monde, c'est de voir venir, et de tâcher de trahir, sans se com-
1. Tous ces officiers généraux devaient émigrer, sauf d'Harville. Louis Auguste Jouvenel des Ursins, comte d'Harville, adopta les idées nouvelles, fut révolutionnaire sous la révolution, se rallia ensuite à l'Empire, puis à la Restauration. Général de division de la République, il fut créé par Napoléon, sénateur, grand'croix de la Légion d'honneur, gouverneur des Tuileries, chevalier d'honneur de l'Impératrice. Il fit, en 1814, sa soumission à Louis XVIII, qui le maintint dans les cadres et le créa pair de France.
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promcllre, la cause qu'ils ont encore l'air de servir. Tu connais nos d(Mix lieutenants-généraux, M. d'Aumont et M. de la Roque ; le premier sans aucun talent militaire, ni même l'habitude de servir, est cependant utile par ses prmcipes et son attachement connu pour la constitution ; le second est totalement fini, sans fermeté ni activité, et le nouvel ordre de choses lui déplaît mortellement ; il a des services anciens et distingués, il est criblé de blessures, il a un congé et il prendrait sa retraite qu'il faudrait tâcher de rendre la meilleure possible. Tu ferais bien aussi de t'occuper de M. de Rochambeau ; on cherche à le dégoûter et à le décourager de toutes les manières possibles, ceci le fatigue et lui coûte de l'argent; il est peu riche, il a perdu, à la Révolution, presque tout ce qu'il avait de bienfaits du Roi, et 40.000 livres sont loin de suffire à un commandant d'armée en lui supposant même l'économie la moins convenable. S'il était possible de le faire maréchal de France ainsi que Luckner, cela augmenterait leur traitement, et on pourrait invariablement compter sur ces deux hommes dont l'ambition serait satisfaite et qui seraient contents, et, quoiqu'ils n'en parlent pas, ils ne le sont ni l'un ni l'autre. S'il n'est pas possible de les faire maréchaux de France, il faut, du moins, ou augmenter leur traitement ou leur donner des gratifications considérables sans qu'ils les demandent. Quoique j'y sois personnellement intéressé, je suis loin de croire indispensable l'aug-
mentation d'officiers généraux employés, demandée par M. Duportail (l),el il sera fort agréable à l'Assemblée de t'y voir renoncer ; mon opinion est, que tu peux t'en passer en faisant bien tes remplacements, et ce j'appelle les bien faire dans les circonstances présentes, c'est de tenir bien plus aux principes qui inspirent la confiance qu'aux talents ; une très grande vérité que je dois te dire, c'est que le traitement des officiers généraux employés ne suffit pas, qu'ils s'y ruinent tous, parce que : 1° au moyen des assignats, les 12.000 livres n'en font plus que dix, qu'ils se déplacent sans cesse, sont continuellement sur les grands chemins, et au lieu de quatre mois, servent depuis huit ou neuf. Cette considération très puissante sur ceux qui sont pauvres surtout, nous en a déjà fait et nous en fera perdre encore beaucoup de bons ; il faut, à quelque prix que ce soit, trouver moyen de venir à leur secours.
M. de Rochambeau a chargé Chauvelin (2) de suivre pendant qu'il est à Paris les affaires de son armée près du Ministre de la guerre ; il a de l'esprit beaucoup, il est d'une très grande intelligence, tu
1. Le maréchal de camp du Portail, ministre de la Guerre, dans le cabinet de Montmorin et prédécesseur de Narbonne à la guerre.
2, Bernard, François, marquis de Chauvelin, qui devait être nommé ambassadeur à Londres Tannée suivante, n'était encore qu'un personnage secondaire et inconnu. Il s'était franchement rallié à la Révolution, fit partie du tribvmat sous l'Empire et de rcxtrcme-gauche sous la Restauration.
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ne peux l'imaginer à quoi point il a été utile ici, et avec quel succès il a dirigé M. de Rochambcau dans des circonstances fort difficiles, qu'il n'entendait pas parfaitement bien ; je puis t'assurer que sans lui, il ne s'en serait jamais tiré ; il est important et heureux que Chauvelin conserve sa confiance, il connaît à merveille et notre armée et les individus qui la composent ; je te demande en grâce de le voir et de le croire. Il s'en faut bien que ce soit un homme ordinaire, et en le connaissant davantage, tu verras à combien de choses il est propre. Dis un mot honnête pour lui à M. de Rochambeau quand tu l'auras vu, cela mettra le général à son aise, t'évitera beaucoup dimportunités et tu sauras beaucoup mieux à quoi t'en tenir.
M. de Rochambeau te rend compte aujourd'hui de la demande positive que fait M. de Fleuri d'un congé et de la crainte où il est que M. de Wittgenstein (1) ne soit bientôt obligé de quitter Mézières où l'on paraît se défier beaucoup de lui; dans ce cas, il m'y enverrait sur le champ en attendant que l'on eût pris d'autres arrangements. Je ne te parle pas de moi, je n'ai d'autre ambition que d'être utile quelque part où ce soit, et d'aller en Corse dès que l'on n'aura plus besoin de moi en France. Adieu je t'aime et t'embrasse de tout mon cœur.