‹ Le Duc de Lauzun (général Biron) 1791-1792Chapitre 18 sur 62 · Mirabeau. Histoire secrète · texte numérisé non relu

Mirabeau. Histoire secrète

Les goûts de débauche que note ici Mirabeau n'avaient pas été sans influence sur l'issue malheureuse du premier mariage de Frédéric- Guillaume, contracté en 1765 avec la princesse Elisabeth-Christine de Brunswick-Wolfenbuttel^ fille du duc Charles et sœur du prince Ferdinand, le signataire du célèbre manifeste de 1792. Toutefois, il est juste de reconnaître qu'en cette circonstance, le mari n'avait point eu tous les torts et que le goût de la princesse pour le sexe fort dépassait encore ceux de son volage époux pour le sexe faible. Quoi qu'il en soit, la même année où il contractait cette union mal assortie, Frédéric-Guillaume remarquait une enfant de treize ans, la fille d'Elias Enke, le trompette de sa musique particulière (1), la faisait venir près de lui à Postdam, lui donnait une gouvernante^ une institutrice et quelque temps après l'envoyait momentanément à Paris pour parfaire son éducation et lui inculquer ce ton de bonne société, qui, à cette époque plus qu'à aucune autre, ne pouvait s'acquérir que dans notre pays.

1. C'était alors la mode pour les princes allemands, d'entretenir un orchestre particulier. Celui de Frédéric-Guillaume (encore prince royal), dirigé par Righini et Himmel, avait une réputation européenne.

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Le 27 janvier 1770, un an après que son mariage avec la princesse Cliristine avait été annulé, Frédéric-duillaunie échangeait avec M"" Enke l'anneau des fiançailles et peu de temps après lui accordait définitivement la place pour laquelle il l'avait avec soin préparée.

Le vieux Fritz, ne comprenait guère les questions de sentiment; il s'émut donc tout d'abord de cette liaison clandestine de son neveu et exila la jeune femme en Silésie. Ce ne fut cependant là qu'une disgrâce passagère. Effectivement, revenu bientôt à des sentiments plus modérés, il permit à M'^" Enke de rentrer en Prusse et ce fut alors que l'rédéric-Guillaume commença à combler sa maîtresse de faveurs moins fragiles que celle de son cœur, qu'il lui donna notamment un palais situé à Berlin dans la Mohrenstrassc, une propriété à Gharlottembourg, qu'enfin il jugea convenable de la marier à un valet de chambre complaisant, un certain Rietz, qui fut, pour la circonstance, créé Erzkammerer, quelque chose comme premier valet de chambre.

L'année même où Frédéric-Guillaume avait fait sa maîtresse de M'^' Enke, il avait épousé en secondes noces, la fille du Landgrave de Hcsse-Cassel, la princesse I^'rédériquc-Louise.

Toutefois, cette union régulière n'influa en rien sur les destinées du faux ménage, et pendant quinze ans, M"'* Rietz demeura la véritable princesse royale, en attendant qu'elle devînt la véritable reine. Avec une éducation incomplète, des manières communes, mais aussi avec de la beauté et un certain esprit, la fille du trompette de l'orchestre royal ne paraissait avoir d'autre ambition que celle de se faire accorder de grasses pensions et de somptueux palais. Elle y par- A^nt à souhait et elle espérait y réussir mieux encore; cependant après vingt ans d'une faveur incontestée, elle se vit momentanément supplantée dans le cœur du Roi par une nouvelle venue,. M"" de Voss, que Frédéric commença à distinguer vers 1783.

i\/[iie jg Voss apparentée aux meilleures familles de Prusse, notamment aux Finkenstein ei aux Schulenbourg, afficha dès le début de sa faveur une tendance au rôle politique qu'avait joué en France M"'^ de Pompadour. On s'est demandé à diverses reprises les charmes qu'avait trouvé en elle son royal poursuivant, n'ayant en apparence rien de ce qui séduit, même de ce qui attire. « M"° de Voss, a écrit à son sujet Mirabeau, a une sorte d'esprit naturel^ des manies plutôt que des volontés, une gaucherie

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1res saillante qu'elle s'efforce de sauver par les apparences de la naïveté. Elle est laide et môme à un haut degré ; pour toute grâce, elle n'a que le teint du pays, encore le trouvé-je plus blafard que blanc, une gorge assez belle, qu'aussi couvrait-elle l'autre jour, au sortir de la comédie du prince Henri (1), d'un double mouchoir, pour traverser les appartements en disant à la princesse Frédérique (2): « Soignons-les bien, car c'est après eux qu'il court. » Jugez du ton des princesses qu'un tel mot fait rire. C'est ce mélange de licence unique (qu'elle joint aux airs d'ignorance innocente) et de sévérité de Vestale, qui, dit-on, a séduit le Roi... (3). »

A cette époque l'exercice réel du pouvoir souverain avait été accaparé par deux hommes qui tinrent dans la vie de Frédéric-Guillaume II une place prépondérante et encombrante : le colonel — plus tard général-major — Bischoffswerder et le pasteur Woellner. Bischoffswer-

1. Le prince Henri de Prusse, né à Berlin le 18 janvier 1726 était le frère cadet de Frédéric II. Il passait pour le premier général d'Europe; d'aucuns allaient jusqu'à le mettre au-dessus de son frère.

2. La princesse Frédérique-Charlotte-Ulrique-Catherine, née le 7 mai 1767, fille de Frédéric-Guillaume II et do la princesse de Brunswick, sa première femme.

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