‹ Le Duc de Lauzun (général Biron) 1791-1792Chapitre 19 sur 62 · Mirabeau, Ilisloire secrète, II · texte numérisé non relu

Mirabeau, Ilisloire secrète, II

der né en Saxe était entré en Prusse après la guerre de la succession de Bavière et avait su acquérir rapidement, dans l'armée prussienne, la réputation d'un officier de mérite. Dissimulant habilement sous les dehors d'un désintéressement sans bornes, une ambition effrénée, aimant le pouvoir pour le pouvoir, laissant aux autres les grandeurs et les honneurs (1), il était entré dans l'intimité du Roi et feignant de se plier à ses caprices, à ses goûts, même à ses vices, il le menait entièrement à sa fantaisie. Wœllner était un homme d'un tout autre genre. Né en 1732 dans la Suisse saxonne, à Schandau, il s'était affilié en 1776 à Tordre des Templiers créé à Wiesbaden dans le but « d'initier ses adeptes aux secrets les plus cachés de la science et de la nature », était venu de là à Berlin, avait fait on ne sait comment la connaissance du Roi et, comme Bischoffswerder, était parvenu à acquérir, à capter absolument sa confiance. « Wœllner, écrivait Mirabeau le 22 septembre 1786,entour un peu subalterne — il devint plus tard tout puissant — mais pourvu

1. « Wœllner augmente toujours en juridiction et Bischoffs- ^ve^dcr en crédit ; mais ce crédit, il ne paraît pas l'exercer ni, en ostentateur ni en dupe. Ce ne sont ni des titres, ni des coi^\\ dons, ni des départements qu'il convoite. Tout au plus fera-til des ministres ; il ne le sera jamais. » Idem, II, p. 29.

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d'esprit, de manège et de connaissaRce de l'intérieur ; actif, appliqué et surtout assez obscur pour qu'on puisse s'en servir sans jalousie, Wœllner paraît s'accréditer infiniment ; il a ce qu'il faut pour réussir et môme déjouer tous les concurrents (1). »

Au moment où Frédéric-Guillaume II monta sur le trône, Bischoffswerder et \\'œllner devinrent tout naturellement les deux premiers personnages de l'Etat et ce fut Wœllner qui imposa au Roi, cet extraordinaire Edit de Religion, ce plus singulier encore Edit de Censure avec lesquels il prétendait surveiller étroitement l'enseignement des pasteurs, interdire l'accès de l'Eglise à ceux dont la doctrine était hétérodoxe et ne permettre la publication des livres, des brochures ou des journaux qu'autant que le contenu en aurait été soumis à une rigoureuse censure. Bigot et ambitieux, affilié — en dehors de l'ordre des Templiers — à différentes sectes intransigeantes, Wœllner parvint à attirer le Roi, Bischoffswerder, plusieurs autres personnages de son entourage dans ces cénacles clandestins, et bientôt la Cour de Berlin, délaissant la politique tolérante de Frédéric II, entreprit

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