Né en 1586 à Herrenberg, Wurtemberg
CORRESPONDANCE DU DTC DE LAUZIJN 55
loucher du doigi l'inauilc cL la fourberie, les luer par le ridicule. A cet efFet, il composa un livre, un roman qu'il intitula : Die cJvjmische Hochzeil C/irisliani Bosenkreiiz, anno 1459. {Les noces chimiques de Christian Bosenkreuz {d'où Rosecroix) en 1459), dans lequel un personnage de son invention, un être qui n'avait pas plus existé que Don Quichotte, se rendait au mariage d'un prince non moins imaginaire et était mis là au courant de toutes sortes de secrets tellement extraordinaires que leur extravagance même en dénotait suffisamment la fantaisie.
Le livre d'Andreœ circula d'abord en manuscrit et ne fut imprimé pour la première fois qu'en 1614. Il eut un tel succès qu'il fut immédiatement imité et qu'un émule du Pasteur de Calw publia presque immédiatement un ouvrage semblable, écrit dans le même esprit, tendant au même but et dont le titre fut : Allgemeine iind gênerai Reformalion der ganzen weilen Welt beneben der Fama Fralernitalis des lœblichen Orden des Bosenkreuz,
Assurément la pensée d'Andreœ et de ses imitateurs était louable, mais par une regrettable fatalité, ces écrivains allèrent diamétralement à l'opposite de leur but. Effectivement, il advint
que si de nombreux lecteurs prirent l'histoire de Rosenkreuz pour ce qu'elle était, de plus nombreux encore tinrent à y voir absolument ce que les auteurs avaient été bien loin de songer à y mettre. Ces derniers lecteurs d'Andreœ voulurent donc à toute force que Rosenkreuz eût existé, qu'il eût assisté réellement au mariage du prince hypothétique imaginé par le pasteur de Calw, qu'il eût appris, là, bien authentiquement, les secrets les plus étonnants. En vain, Andreœ déclara-t-il que tout était fictif dans son livre, en vain écrivit-il brochure sur brochure pour le démontrer ; on refusa de le croire et rien ne fut capable de vaincre la crédulité de ces gens qui voulaient être absolument trompés.
Dès 1622, l'imaginaire Rosenkreuz était élevé au rang de chef 'd'école, de précurseur, de Messie. Toutefois, suivant le proverbe que nul n'est prophète dans son pays, ce fut à l'étranger d'abord qu'il eut des disciples et La Haye puis Amsterdam furent les deux villes où ces sectateurs se groupèrent pour la première fois. Toutefois les Rose-Croix se répandirent bien vite en Allemagne ; il y en eut dès 1630 à Leipzig, à Hambourg, à Nuremberg ; ils passèrent même les Alpes et s'installèrent à Venise et à Mantoue. Ces premiers fidèles du héros d'Andreoo'
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gardorenl jusqu'à la lin du \^ ii" siècle la pure tradition de la ('Jii)niischc I/ochzeii, mais au commencement du xvnr' siècle de nouvelles idées se tirent jour, des scissions se produisirent et de ce schisme sortirent les Néo-Rose- Croix (jui se présentèrent dans le sud de l'Allemagne de 1756 à 1768. Le but avoué de ces nouveaux croyants, qui s'appelèrent aussi tantôt Illuminés, tantôt Théosophes, était l'étude de la magie, de ralchimie, de la théosopliie, trois sciences qui par des moyens différents tendaient à mettre la nature tangible en relation avec les puissances surnaturelles qui sont censées la régir et la diriger. Une quantité extraordinaire de personnages considérables d'Allemagne prirent alors rang dans cette extravagante société et pour ne donner les noms que des plus connus nous citerons à côté de Frédéric-Guillaume II, de Wœllner et de Bischoffswerder, le duc de Courlande, le comte Bruhl, Wurmb, etc..
Ce fut le 8 août 1781 que Wœllner fit admettre Frédéric-Guillaume dans la société des Rose- Croix et tout d'abord cette affiliation parut amener chez le prince une conduite un peu plus régulière.
C'était d'ailleurs le moment — ou peu s'en
faut — • OÙ naissait l'intrigue avec M"° de Voss, l'heure où la jeune fille jouant avec le prince un jeu serré, le tenait habilement à distance, soit que le caprice du futur souverain grandît réellement au fur et à mesure de la résistance qu'on lui opposait, soit que momentanément dégoûté de la Rietz, il aspirât à se créer dans un autre pseudo-foyer, l'intérieur bourgeois qui était son rêve, une société où il put être « aussi commère, aussi déboutonné, aussi les pieds sur les chenets que possible (1). » Il est certain qu'il affecta les dehors d'une passion réelle et sérieuse, et la cour s'en mêlant comme il était inévitable, chacun crut utile de mettre une idée en avant pour procurer au Roi une victoire qu'il paraissait tant désirer.
M"« de Voss ayant déclaré catégoriquement qu'elle ne serait jamais la maîtresse du Roi, la situation paraissait sans issue. Wœllner, homme inventif, trouva la solution. Il proposa un « mariage de la main gauche », dans lequel on dédoublerait la personne royale. Le Roi, marié comme souverain, à la princesse de Hesse, pouvait, dit-il, épouser comme particulier, M^^° de Voss, et « cette manière allemande d'ennoblir le