‹ Le Duc de Lauzun (général Biron) 1791-1792Chapitre 27 sur 62 · Lauzun. Mémoires, p · texte numérisé non relu

Lauzun. Mémoires, p

poir de voir ses sollicitations agréées. Il les fît donc renouveler. De Valenciennes, où le retenaient ses fonctions militaires, il menait de front une quantité d'affaires différentes. La composition et l'organisation à donner aux trois armées qui venaient d'être créées à la date du 14 décembre, l'organisation des émigrés belges qui s'étaient réfugiés dans nos villes du Nord pour y continuer leurs agissements contre la domination autrichienne, la question de la solde des troupes, la révision du nouveau règlement sur le service de la cavalerie, l'élaboration d'un projet d'ordonnance sur le service intérieur des troupes, enfin les projets de politique et de diplomatie étrangère, tout cela était traité en même temps par Lauzun avec une variété d'aptitudes extraordinaires.

Toutefois, c'était surtout aux plans d'alliance et de neutralité qu'il accordait surtout ses soins. Quand Narbonne partit à la fin de décembre 1791 pour inspecter nos frontières, il eut à Valenciennes, avec Biron, un entretien qui roula uniquement sur cette matière ; cependant, c'était davantage à Talleyrand que Lauzun laissait le soin de conduire cette délicate négociation, à Talleyrand qui vivait à demeure à Paris et qui grâce à ses amis de la Gironde pouvait exercer

corinL:8i»OiM)AN(:t du duc di-: lauzun 67

sur le Conseil du Roi une inllucnce supérieure peut-être à celle d'un ministre lui-même.

Comme on le verra dans la lettre qu'on va lire tout à l'heure, Lauzun eût vivement désire ôtre envoyé lui-même à Berlin et bien qu'il ne proposât sa candidature qu'en troisième ligne, on aperçoit d'abord qu'il est à lui-même son candidat préféré. Il y avait, à vrai dire, un obstacle presque invincible à ce qu'il tut choisi comme ambassadeur, c'était le décret rendu par la Constituante en se séparant, décret aux termes duquel aucun membre de l'ancienne assemblée ne pourrait exercer de fonctions officielles, tant que durerait l'assemblée nouvelle. Nous verrons Lauzun revenir à différentes reprises sur ce fâcheux décret et tenter habilement de s'y soustraire ; pour le moment ni lui ni ses amis n'avaient trouvé de solution pour l'enfreindre.

Nous avons cru ces quelques explications utiles pour permettre au lecteur de lire plus facilement les lettres qui vont immédiatement suivre : il est temps que nous mettions sous ses yeux le texte de Lauzun.

N° 8. — A M. DE Talleyrand.

A Yalcnciennes, Dimanche 18 Décembre 1791.

Je reçois votre lettre et me presse d'y répondre avec tous les détails et tous les noms propres que désirez; l'impossibilité absolue de venir pourrait seule m'y décider. Je crois que Sainte-Foi sera très propre à toutes les commissions qui exigeront de l'intelligence et de l'activité ; mais cela ne suffit pas dans celle-ci, il faut connaître les habitudes et les individus ; il faut être dans une liaison précédente qui ait établi de l'intimité, autorisé de la confiance. Or, il faudrait adresser Sainte-Foi à quelqu'un, ce serait une personne de plus dans la négociation et dans le secret, qui ne ferait que donner de la défiance, et arrêter les communications secrètes ; il existe pour Sainte-Foi une commission beaucoup plus utile parce que son succès serait beaucoup plus probable. Il faut l'envoyer en Angleterre, qui va vous échapper, parce que vous n'y avez personne, que M. Barthélemi qui ne se compromettra pas en servant ouvertement la contre-révolution, croh'a obéir à sa conscience et à son attachement au Roi en ne servant pas la Révolution. La neutralité de l'Angleterre ressemble à la nôtre dans le commencement de la guerre d'Amérique, elle fournit de

Tnômo do l'argent, des armes, et toutes sortes de munitions seulement avec plus de magnificence et d'activité. M. Pitt compte beaucoup sur notre mauvaise position pour réparer les malheurs de l'Inde, ce n'est pas sans quelque raison qu'il espère aliéner de nous toute la nation anglaise par l'appât d'un commerce exclusif. Il faut donc tâcher de prévenir cette intrigue ministérielle en envoyant Sainte-Foi. Il se tiendra facilement au courant des relations anglaises et prussiennes ; on peut savoir beaucoup par l'intérieur de la duchesse d'York dont l'influence sur son père sera longtemps assez grande, et en se concertant avec l'opposition, on déjouera M. Pitt plus facilement qu'on ne pense. Il faut qu'il ait la •disposition de quelque argent et je lui donnerai des lettres de créance fort utiles pour MM. Fox et Sheridan, qui ont en moi une entière confiance.

Quant à la Prusse, voici ce qu'il faut faire. Heymann est autant à nous que jamais ; je n'ai entretenu aucune correspondance directe avec lui, mais je suis sûr que ses propos ont été sages et sa conduite excellente ; on l'a veillé en Prusse, et on a vu qu'il n'avait aucune communication d'affaires avec la France. Le Roi depuis longtemps le regarde comme im homme tout à lui, et personne ne peut plus tenir dans sa main tous les entours illuminés et corruptibles du Roi. Il n'y a que deux hommes que l'on puisse envoyer à Heymann sans donner le moindre soupçon, l'un est Miewskowski premier lieutenant-

colonel du 5® régiment d'hussards, l'homme le plus sûr, le plus sage que je connaisse, et qui m'est parfaitement dévoué, l'élève militaire d'Heymann qui lui serait très utile. S'il fallait d'ailleurs aller chercher Heymann en Pologne, où il pourrait bien être chez des gens de mes amis, un Polonais ne fixera l'attention de personne. Voilà pourquoi je vous ai recommandé dans ma première lettre d'engager Narbonne à retenir à Paris Miewskowski, qui doit aller joindre deux escadrons de son régiment à Avignon. L'autre est un M. Duménil qui était homme d'affaires de Conflans,plus intelligent mais moins sûr que l'autre. Il est l'ami intime de Heymann qui lui écrit assez exactement et donl il fait ici les petites affaires. Ce M. Duménil est à son aise, il jouit d'une fortune indépendante et ne fait rien ; je ne sais s'il serait facile de le déterminer à porter à Heymann ses instructions, il n'a jamais été en Prusse, il est vraiment un homme d'affaires, je crois bien que je le déciderais. Quant à Miewskowski, sur un mot de moi il irait au bout du monde sans faire une objection. Les bases des négociations de Heymann doivent être un asile en France, c'est-à-dire une propriété en France pour Bischoffswerder qu'on ne lui délivrera qu'après le succès et quelques centaines de louis pour lui donner de la confiance et du zèle ; à ce prix je réponds de Bischoffswerder ; il faut de l'argent et beaucoup peut-être, pour M^''' de Dœnhoff, maîtresse du Roi, pour son oncle Lindorff, vilain gueux qui a

beaucoup d'influence sur elle, et qui aime l'argent mieux que tout ; il en faut pour M'^= de Lindenau maîtresse de BiscliofTswerder qui le gouverne tout à fait; il en faudra pour le ministre Wœllner, garçon illuminé de BiscliofTswerder, qui, quand il le faut, fait parler le Saint-Esprit et marcher l'ombre du grand Frédéric ; il faut ensuite ménager et payer quelques intrigants subalternes tels que Riede, sa femme et un valet de chambre, secrétaire intime du Roi qui signe pour lui, qui s'appelle Dufour (1), ne peut rien, mais sait tout. Il est important de ne pas regarder à l'argent, de ne pas craindre d'être un peu volé pourvu qu'on réussisse, et d'assurer une fortune considérable à l'heureux négociateur sans le rechercher du tout sur sa comptabilité de corruption. Il faut d'ailleurs, si c'est Heymann, que le succès lui assure la place de ministre à Berlin sur la demande du Roi de Prusse.

Vous avez encore un autre moyen et un autre négociateur à employer à Berlin, c'est un M. de Jarry (2), maintenant adjudant général dans notre

1. « Quant au nommé Dufour, dont le vrai nom est Chauvier, et qui a été garçon perruquier en France... il a certainement du crédit sur le prince... » Mirabeau, Histoire secrète, etc., I, p. 20 i. « Dufour ou Chauvier: je vous ai expliqué que ce n'était qu'un seul, sans influence aucune, » Ibidem, p. 233,

2. Jarry, connu en Prusse sous le nom de M. de la Villette, était un officier du génie qui était allé à Berlin vers 1750, appelé par Frédéric H. Jarry avait vécu là quarante ans, avait organisé l'académie de guerre de Postdam et venait de rentrer en France avec le grade de colonel i)russicn. On l'avait

armée, et ci-devant faiseur militaire de M. de la Mark, de M. de Liancourt et même quelquefois du Vicomte de Noailles. Il a été longtemps au service de Prusse, il a de l'esprit et des connaissances, il appartient beaucoup à M. de la Mark, chez qui il va encore souvent, car il est à sa terre de Rancennes à une lieue d'ici, ne venant jamais à Valenciennes, faisant le démocrate, allant souvent à Bruxelles, et prétendant y être mal reçu et mal traité. Je ne répondrais pas de ce M. de Jarry jusqu'à un certain point ; son intérêt particulier en répondrait assez. C'est un bien plus petit moyen, bien moins sûr, bien moins étendu, c'eut été autrefois une raison certaine

nommé adjudant général (colonel d'état-major) et chevalier de Saint-Louis en 1791 et il servait en ce moment avec le général Rochambeau à Valenciennes. Instruit, intelligent, laborieux Jarry était jadis en relations avec tous les Français de marque qui avaient été à Berlin sous Frédéric, il avait été le faiseur de beaucoup d'entre eux (La Tour du Pin, Noailles Liancourt, etc..) c'est à-dire le secrétaire qui rédigeait, contre argent comptant, les mémoires dont ces Messieurs se bornaient à lui donner le titre et le sujet. Gomme il venait de Prusse et qu'on le savait élève de Frédéric, on lui attribuait une valeur militaire qu'il était loin de posséder. Très lié avec le comte de La Mark, un autre de ses protecteurs, très attaché au parti royaliste, il ne pouvait être qu'un très mauvais agent dans la combinaison pour laquelle le proposait Lauzun ; il est probable qu'il ne fut pas sans influence sur l'échec que subit la mission Ségur. Jarry émigra avec Lafayctte, passa en Angleterre et y mourut en 1807 directeur du collège militaire de Sandhurst qu'il avait fondé sur le modèle de l'académie de guerre de Berlin,

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de préforcncc, il faut espérer que ce n'est pas de niOnie aujourd'hui.

J'aime M. de Ricé, et j'en ai parfaitement bonne opinion, je crois qu'il serait assez bien à Berlin, mais je voudrais quelqu'un un peu plus saillant, un peu plus animé ; une condition nécessaire à Berlin est d'être fort à la mode.

Il y a encore un troisième parti plus difficile, plus habile, peut-être impraticable, peut-être excellent. Le voici : je voudrais que le Roi fît dire à l'Assemblée qu'il met un grand intérêt à s'assurer des intentions du Roi de Prusse, et à Tassurer loyalement des siennes, qu'il désirerait confier cette mission brièvement momentanée à un homme qu'il croit capable de la bien faire, que cet homme a été membre de l'Assemblée constituante, et que le Roi prie l'Assemblée de décider si une commission qui n'est pas durable, que l'on ne peut appeler place ni ■emploi, qui n'a ni revenus ni avantages fixés, est comprise dans le décret qui exclut les membres de l'Assemblée constituante de toute place à sa nomination. L'Assemblée a peur du Roi de Prusse et de la guerre, cette démarche doit lui plaire et je ne serais pas étonné qu'elle décidât que le Roi peut employer ainsi un membre de l'Assemblée constituante sans enfreindre le décret. 11 faut alors me nommer et tandis que j'attaquerai le Roi de Prusse directement avec beaucoup d'avantages, je l'attaquerai indirectement avec plus de succès encore, et vous

aurez fait au décret une brèche qu'il vous sera facile d'agrandir autant que vous voudrez. Si l'Assemblée refuse, elle se rend par là responsable de l'événement, vous vous servez du premier moyen, et vous nommez M. de Ricé, car au fait, je n*en ai pas de meilleur à vous proposer.

Ne pensez pas à me faire venir pour rien concerter avec vous, cela devient plus impossible que jamais. Les patriotes brabançons arrivent en assez grand nombre sur Lille et sur Douai pour donner de vives inquiétudes au département, ils paraissent avoir des chefs et former un corps; je crains des sottises et de l'exagération dans les deux sens, d'autant qu'on en annonce un beaucoup plus grand nombre encore. Ne pouvant et ne se souciant pas d'aller à Douai, M. de Rochambeau m'y envoie cette nuit pour prendre toutes les mesures convenables de police et de sûreté et tâcher de faire entendre raison à tout le monde. J'en reviendrai mercredi pour voir Narbonne et peut-être plus tôt. Il est probable qu'il y aura de grands mouvements à Bruxelles pendant Pabsence de M. de Rochambeau et par conséquent une grande émigration de Brabançons. La tête tourne déjà à M. d'Aumont, et je me crois sérieusement nécessaire dans cette armée. Adieu, je vous aime et je vous embrasse de tout mon cœur.

Je joins ici l'arrêté du département du Nord, qui vous indiquera qu'il a peur.

TALLEVnAM) A M. DK IUI\0\ /5

N" 11. — TAlJ-EVnAND A M. DE BlIlON.

17 Décembre 1791.

Narbonne part dans la nuit de lundi à mardi, il sera à Valenciennes mercredi '21 décembre, il y dînera. Beaumetz sera à Arras mardi et ira à Valenciennes le mercredi ou le jeudi à moins que vous ne vouliez prendre avec lui un autre rendez-vous. Voilà de quoi s'entendre — où vous décideriez-vous à aller — vous ferez-vous donner une division à part, de quel côté la choisirez-vous ? Tous les gens en qui vous et moi avons confiance, trouvent l'idée de Berlin tout ce qu'il y a de plus sauveur dans ce moment, mais il nous manque à tous des noms propres à employer ; donnez-nous en, sans quoi tout est avorté. Sainte-Foy se trouverait assez propre à cette course avec ou sans un titre le tout pour trois semaines; qu'en pensez-vous? Je voudrais bien causer avec vous vingt-quatre heures — pour rien j'irais à Valenciennes — cela serait expliqué de cent manières et je ne sais pas si elles seraient bonnes. Notre pétition a fait assez de bruit, mais nous avons raison et la raison finit par avoir le dessus, on fait quelques changements diplomatiques, mais tous assez faibles. Il n'y a point de vues dans cette

manière d'opérer. Barthélemi (l) en Suisse est une bêtise, c'est pour lui donner une ambassade. Il fallait lui donner une chose toute aussi brillante pour la Révolution, mais pas la chose qu'il ne saura pas faire. Adieu, je vous aime et je vous embrasse de tout cœur.

N* 10. — BmoN A M. DE Talleyrand.

Valencicnnes, le 20 Décembre.

Je vous ai envoyé hier tout ce que je savais de noms propres et je ne crois pas que personne puisse donner de plus grands éclaircissements que ceux contenus dans ma lettre. Prenez garde seulement qu'à force de gagner du temps à la manière de M. de Montmorin, tout ce que vous voudriez faire, ne devienne

1. François, marquis de Barthélémy, neveu du célèbre abbé. Né en 1747, il entra aux Affairas étrangères sous Louis XV, fut attaché à Berne, Stockholm, Londres, et ministre en Suisse en 1791. Membre du Directoire en remplacement de Letourneur (de la Manche) il fut arrêté au 18 fructidor et déporté à la Guyane ; mais étant parvenu à s'échapper, il gagna l'Angleterre et revint en France après le 18 brumaire. Sénateur de TEmpirc il fut élevé à la Pairie par Louis XVIII, ne se rallia pas aux Cent Jours, et à la deuxième Restauration reçut les titres de marquis et de ministre d'Etat. Il mourut le 3 avril 1830.

Barthélémy n'était dans les bonnes grâces ni de Talleyrand, ni de Biron, il fut cependant bien à sa place à Berne. Ce fut lui qui négocia avec succès la paix avec la Prusse (floréal an III).

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évidemment impossible. Je serai charmé do voir Beaumelz cl de causer avec lui à fond, je lui dirai des vérilés que chaque jour de temps perdu rendra plus importantes et plus tristes car je prévois avec douleur que l'on se décidera trop tard. Je n'ai pas besoin de vous dire combien je serais heureux de vous voir ici vingt-quatre heures, mais je pense comme vous que votre voyage serait un événement dont il ne résulterait rien d'utile, et c'est ce qu'il faut éviter. Votre pétition a fait terriblement de bruit, toutes les raisons sont assurément pour vous; malheureusement tous les mais sont contre, et dans ce moment il s'en faut qu'ils soient sans influence. M. Barthélemi en Suisse est comme vous dites une bêtise qui donne la mesure de M. de Lessart. Il a cru faire d'une pierre deux coups en nommant à une ambassade un homme qui sous l'ancien régime n'y eut pas prétendu, et en la donnant en môme temps à un homme qui n'a pas voulu servir la révolution. Ces finesses-là sont plus dangereuses qu'on ne pense, mais c'est pour le finasseur. Les autres changements insignifiants dans le corps diplomatique sont une bêtise de plus qui n'a pas besoin d'explication.

Vous me demandez où je me déciderai à aller, si je me ferai donner une division à pari et de quelcôté je la choisirai. Croyez-vous véritablement qu'il dépende de moi de choisir, croyez-vous même qu'i 1 dépende de Narbonne de choisir pour moi. Je pense qu'il y a un assez bon moyen de m'empêcher d'être

78 COaRESPQNDANCE DU DUC DE LAUZUN

lieutenant-général et le voici : le décret dit que les places de lieutenants-généraux: seront données moitié à l'ancienneté, moitié au choix du Roi. Je suis le cinquième, mes quatre anciens seront nommés à l'ancienneté, quatre autres au choix du Roi, et dans toutes les suppositions possibles, je serai rejeté à une vacance éloignée. Je ne pourrai pas me plaindre ni être employé que comme maréchal de camp; savoir maintenant dans quelle armée. Vous savez bien que je ne servirai pas dans l'armée de M. de Lafayette, je ne veux pas plus de sa gloire que de ses sottises ; je ne puis honnêtement quitter M. de Rochambeau pour aller remplir les mêmes fonctions dans l'armée de M. de Luckner que je ne connais pas. Je n'ai pu consentir à servir ici que parce que je croyais y être utile^ car il n'en peut résulter pour moi que perte d'argent, de temps et de santé. Je suis convaincu que l'armée de M. de Rochambeau sera purement d'observation et n'aura rien à faire. Je me bornerai donc à demander la liberté d'aller en Corse, où depuis bien longtemps est ma place. J'ai voulu vous dire tout cela avant d'avoir vu Narbonne parce que je désire que vous sachiez que je suis parfaitement convaincu que Narbonne veut être bien pour moi et qu'il fera de bon cœur tout ce qui dépendra de lui, et que si les circonstances me traitaient mal, je ne lui en saurais assurément pas mauvais gré, et ne penserais pas qu'il y eût de sa faute. J'ai été hier à Douai où l'arrivée d'environ 200 pa-

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Iriotes Brabançons a lourno la lèlo de IVayour à tous les corps administratifs, en conséquence réquisition sur réquisition ; ils tenaient la garnison continuellement sous les armes et la erevaicnt de fatigue, je les ai un peu rassurés; j'ai pour les satisfaire, augmenté la garnison de quelques troupes à cheval, et dispersé les Brabançons dans les villages voisins ce dont ils ont été fort contents, car ils étaient au moment d'être reconduits à la frontière, ce qui eût été la plus barbare de toutes les bêtises. Il y a un petit M. de Béthune, fils du duc de Charost, Agé de 20 ans tout au plus, jouissant d'une fortune immense (1). Il m'a paru plein d'esprit, fort intrigant, abhorrant l'Empereur sans aimer notre révolution et se mêlant beaucoup des affaires de Brabant. 11 prétend qu'ils vont se réfugier en France par milliers, qu'une partie des troupes suivra leur exemple et qu'il nous arrivera des régiments tout entiers.

1. Le comte de Béthunc-Charost qui joua un moment un rôle important dans le soulèvement brabançon eût voulu accaparer la sédition à son profit et se faire élire roi de Belgique. Beaucoup de gens estimaient à cette époque que la place était facile à prendre. Le duc d'Orléans, Philippe-Égalité qui y avait songé pour lui-môme, écrivait à cette date à Tun de ses amis : « Je crois que quiconque viendra s'olVrir aux patriotes brabançons sera accepté par eux pour gouverneur ou grand-duc. » Le duc dOrléans à Biron, 10 décembre 1790.» Cette hypothèse ne se réalisa pas. Béthune-Gharost mourut misérablement surl'échafaud le 9 floréal an II, avec la réputation d'un intrigant. Voir sur lui la Biographie belge.

N° 11. — BiRON A M. DE Talleyrand.

Narbonne n'est point arrivé, mais le sera peut-être quand cette lettre partira, car ce ne sera qu'à 7 heures du soir. J'imagine que le rapport du Comité militaire aura retardé le départ du ministre de vingt-quatre ou de quarante-huit heures. Je viens de lire dans plusieurs papiers que M. de Ségur est chargé d'une commission particulière pour la Prusse (1). Si cela est vrai, je vous demande en grâce de brûler mes noms propres ; ce serait inutilement que l'on voudrait s'en servir ; les gens qui les portent ne feront rien sans des lettres de moi, et bien certainement, je ne les donnerai pas. Je vois que M. de Lessart veut faire déclarer la Prusse, l'Angleterre et la Suisse contre nous ; cela n'est pas difficile à prouver. Il connaît la seule mesure qui peut nous assurer de la Prusse, et il en choisit une directement opposée. Il est très pressant d'agir activement et individuellement en Angleterre, où nous n'avons de ressource que l'opposition, puisque nous sommes sûrs des mauvaises intentions du Roi et du

1. « M. de Ségur est parti précipitamment comme un homme fort pressé. De quoi? Je n^en sais rien. » Pellenc à La Mark 28 décembre 1791. Correspondance de Mirabeau, III, 278. C'esj la fameuse mission Ségur. M. Albert Sorel l'a racontée en détail dans le journal Le Temps des 10, 12 et 18 octobre 1878. L'article a été inséré remanié dans VEiirope et la Révolution»

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Ministre, et il emploie pendant un intérim nécessairement long, un homme qui n'est pas en Angleterre» et qui ne la connaît pas. La Suisse exige de grands ménagements et il y envoie M. Bartliélemi qu'il sait n*y être pas propre, car vous le lui avez sûrement dit. Je défie aux princes de faire un plan plus contrerévolutionnaire que celui-là. Si Beaumetz arrive ici aujourd'hui, comme vous me l'annoncez, nous en causerons ensemble. S'il ne vient pas, je lui renverrai une ordonnance à Arras pour le presser de venir, et s'il n'y en a pas, j'adresserai au Comité diplomatique un mémoire dont je vous enverrai copie, car on ne peut en honneur et en conscience voir un désordre aussi coupable, et n'en pas avertir sans se trouver aussi responsable des malheurs qui doivent naturellement en résulter.

N° V2. — BiRON A M. DE Talleyrand

Vendredi 23.

Nous avons attendu Narbonne hier, et avant-hier M. de Rochambeau vient d'apprendre qu'il était hier à Cambrai et qu'il sera ce soir à Douai, où il est allé le joindre ; ils iront ensemble à Lille, où ils passeront probablement le dimanche au moins, et ne nous arriveront que lundi ou mardi. J'ai bien peur que Beaumetz ne vienne pas avant eux.

Adieu, je vous embrasse.

^o ]^3 M. DE Walkiers a m. de Biron.

Paris, le 21 Décembre.

Je reçois à Tinstant votre lettre du 18 relative aux émigrés brabançons. Je ne doute pas qu'ils se rassemblent à un nombre considérable, car leurs curés qui sont leurs guides, les excitent à partir. Il est malheureux qu'ils soient, c'est-à-dire les chefs, les principaux, dans les principes aristocratiques, et que le gouvernement des nobles et des moines est celui qu'ils veuillent établir auxPays-Bas. M. de Béthune- Charost, celui qui a épousé M"° de Sully, aristocrate de profession, aide un peu par sa fortune, à ces rassemblements; ce jeune homme plein d'amour-propre et d'ambition s'est mis dans la tête de jouer un rôle, et de se faire souverain des Belges ; cette extravagance est réelle; nous patriotes, vrais amis de la liberté, avons pris le parti de ne nous mêler d'aucune révolution qui aurait pour but de changer de maître ; c'est un gouvernement libre, populaire et fédératif que nous voulons; point de représentants héréditaires et surtout point de despotisme monacal. Les patriotes liégeois et hollandais réunis à nous sont dans les mêmes principes. J'ai eu l'occasion d'instruire les membres du Comité diplomatique et de surveillance, et il me semble que le parti qu'ils pren-

WAI.KIKIIS A M. DE lURON 83

nent est très sago. Je crois que le rapport ajourné à ce matin sera décrété sans opposition. Il serait impolitique de soullVir un rassemblement armé sur nos frontières tandis que nous demandons à nos voisins de n*en pas souffrir chez eux. Il serait aussi impolitique de chasser ces gens-là, qui quand bien môme ils ne feraient que fomenter des troubles aux Pays- Bas et donner des inquiétudes aux Pays-Bas Autrichiens, sont précieux à ce titre. Il serait également très impolilique de laisser rassembler en grand nombre dans nos villes de guerre des gens dont les principes aristocratiques sont connus, qui ont fait leurs preuves de leur haine pour la Révolution française, quand ils étaient les maîtres aux Pays-Bas et qui aujourd'hui sont sous la direction d'un aristocrate français. Pesez bien tout cela, et vous verrez que ce rassemblement qui n'est pas celui des vrais patriotes brabançons, liégeois et hollandais, composé seulement de gens dévoués aux moines, aux nobles est sans doute dangereux et ne peut être souffert, qu'avec de grandes précautions. A mesure que j'aurai d'autres renseignements, je m'empresserai de vous les faire passer.

Yours for ever.

E. Ws.

Pardon de mon griffonnage, je vous écris bien à la hâte, je profite d'un courrier que j'envoie à Amsterdam pour vous envoyer cette lettre, où j'insère une

gazette faite par un de nos compatriotes brabançons; ce qu'il dit de Béthune est vrai à la lettre.

N» 14. — BiRON A M. DE Narbonne.

A Valenciemics le 25 Décembre 1791.

J'envoie à M. de Rochambeau ses lettres, mon cher Narbonne, par un pauvre petit diable d'officier de Royal-Suédois dont le beau-père se meurt à Mézières, n'osant pas lui donner une permission. J'ai cru pouvoir lui donner une commission et je connais trop l'obligeance du général en chef pour n'être pas convaincu qu'il laissera ce jeune homme rester au moins une demi-heure auprès du vieillard malade.

J'ai vu ce matin M. Crawford que tu peux avoir rencontré chez M™^ de la Reynière où tu ne vas jamais ; il vient de Bruxelles où tout est calme ; on y croit que les princes ecclésiastiques renverront les émigrés de chez eux d'après la déclaration du Roi. On le pense de même à Coblentz^ et on n'en est pas aussi consterné qu'on devrait l'être, ce qui me ferait soupçonner qu'après une réponse satisfaisante, les princes allemands en traîneront quelques jours l'exécution si les princes français le désirent, et veulent tenter une attaque sur quelque point de nos frontières, il me semble que la sur-

BIROX A M. DE NARBOiNNE 85

vcillancc ne peut être trop grande du côté de Metz surtout.

Les princes et M. de Galonné font beaucoup valoir l'adhésion de l'Empereur aux conclusions de la diète; j'avoue que j'en suis plus rassuré qu'effrayé, parce que cette mesure qu'il adopte comme chef de l'Empire ne lui est nullement parliculière, et qu'il est dans son caractère de s'en contenter.

Si tu peux m'employer à Dunkerque, j'en serai charmé, et dans ce cas, je te demande instamment de m'y envoyer le plus tôt possible. Si tu ne le peux pas, laisse M. de Rochambeau disposer de moi comme il voudra, s'il me retient près de sa personne ; je tâcherai de m'amuser le plus que je pourrai ; pour y parvenir, je te prépare un grand mémoire sur la cavalerie dont il est bien pressant de s'occuper. Adieu, je t'aime et t'embrasse de tout mon cœur ; emploie-moi tant que tu voudras, à ce que tu voudras, tant que tu croiras avoir besoin de moi, et le jour où tu ne me croiras plus nécessaire, laisse-moi aller en Corse où tu pourras facilement rendre mon établissement beaucoup plus agréable que je ne m'y attendais.

N° 15. — BiRON A M. DE Talleyrand.

A Valenciennes, le 25 Décembre,

C'est M. de Jarry qui vous porte ma lettre ; il ne croit pas tout perdu à Berlin et pense qu'il serait encore possible d'influer sur les déterminations du Roi de Prusse. Je crois que le désir qu'il a d'y être employé lui fait concevoir des espérances que je ne puis partager ; personne cependant ne mérite plus d'être vu et entendu, il sait parfaitement bien tout ce qu'il sait et sait particulièrement bien la Prusse ; c'est d'ailleurs un officier très instruit et très distingué. Je crois que vous ferez bien de causer avec lui plus d'une fois. La conduite de M. de Lessart me paraît extrêmement coupable sur trois points d'une importance capitale, il connaît la seule mesure qui peut convenir en Prusse et il en choisit une directement opposée ce qui rend toutes les autres impraticables. Il est très pressant d'agir activement et individuellement en Angleterre^ où nous n'avons de ressources que l'opposition, puisque nous sommes sûrs des mauvaises intentions du Roi et du Ministre, et il emploie pendant un intérim nécessairement long un homme qui n'est pas en Angleterre et qui probablement la connaît peu. La Suisse exige de grands ménagements, il y envoie M. Bartliélemi que vous

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lui av(v. l)icn dit n'y ôtro pas propre. Je défie les princes de faire un plan plus conlro-révolulionnaire^ ce n'est pas là de la pure gaucherie, prenez-y garde, je crois qu'il a grand besoin d'ôlre surveillé.

Narbonne est véritablement d'une perfection inconcevable ; il voit tout et il est bien pour tout le monde ; son voyage fera un prodigieux et excellent effet sur Tarmée ; mais il faut qu'il soit de fer pour y résister, car il ne dort pas du tout et se fatigue beaucoup. Les troupes sont enchantées de lui ; il réparera les lenteurs de M. Duportail (1) et ce n'est pas peu dire. J'en suis aussi content pour moi que pour lui et son amitié ne veut rien trouver d'impossible. Il faut cependant céder aux circonstances, et voici ce dont nous sommes convenus. Si, (ce que je ne puis supposer) M. de Lafayette refusait Metz et le commandement de la troisième armée, il m'y emploierait, sans cela je ne puis l'être en chef que hors ces trois armées et dans des parties où il n'y aurait pas la moindre chance d'activité. Je pourrais être maréchal général des logis de l'armée de M. de Rochambeau ; mais ce serait près de lui une place insupportable et d'une fatigue que ma santé ne supporterait pas. Je voudrais être employé à Dunkerque dès que je serai lieutenant-général. Le voisinage d'Os-

1. Le maréchal de camp du Portail, ministre de la guerre dans le ministère de M. de Montmorin, et prédécesseur de Narbonne.

tende rend ce point intéressant, et la chance d'un débarquement de troupes russes et suédoises peut rendre ce poste d'une importance brillante. Narbonne fera tout ce qu'il pourra pour l'arranger, cela souffrira peut-être quelques difficultés, parce que^ M. d'Elbhecq, mon ancien de trois ou quatre rangs, excellent homme, peu militaire à la vérité, a été employé à Dunkerque comme maréchal de camp, et voudra peut-être y rester comme lieutenant-général. Dans ce cas, je prendrai une autre division dans l'armée de M. de Rochambeau et le sort décidera du reste. Tout ce que je demande à Narbonne, c'est dès que nous n'aurons plus la guerre à craindre, de me laisser aller en Corse, où il pourra m'arranger plus commodément et plus agréablement que je ne pourrais l'espérer. M. de Rochambeau quittera Narbonne à Metz pour aller à Paris. Je serai indispensablement obligé de commander ici pendant son absence et je ne pourrais m'en éloigner quarantehuit heures sans imprudence. Je vais y faire venir M"« Laurent car j'ai vraiment besoin d'elle pour me soigner et de Juliette pour me faire rire. Adieu, je vous embrasse.

BinON A M. \)E WALCKIEHS 89"

N*» 1(3. — BiRON A M. DE Walckiehs.

A Valencieniies, le 25 Décembre.

Je VOUS remercie de votre lettre et des éclaircissements que vous m'avez donnés. Je vois avec plaisir que nous sommes du même avis, et la preuve est que depuis les précautions prises, il nous arrive très peu d'émigrants brabançons. On travaille beaucoup nos régiments et un peu la ville de Valenciennes, et on cherche à répandre parmi nos soldats des lettres incendiaires, mais elles n'ont aucun succès. Je soupçonne beaucoup M. de Béthune d'en être l'auteur, et je ne serais pas étonné de pouvoir donner sous peu de jours au département le droit et les moyens de s'en débarrasser. Je viens d'avoir des nouvelles de Bruxelles de ce matin, tout y était de la plus grande tranquillité. On n'y attendait d'autres troupes que le régiment de Cobourg et quatre bataillons d'infanterie allemande pour en relever quatre hongrois.

Surveillez beaucoup M. de Lessart, il me paraît qu'il fait pour la Prusse, l'Angleterre et la Suisse, tout le contraire de ce qu'il faudrait faire. Je ne serais pas étonné qu'il fût de très mauvaise foi.

On m'a dit que vous vouliez lever un corps ; vous savez que je suis depuis bien longtemps intimement lié avec Narbonne et que vous pourriez disposer de moi si vous aviez des commissions à me donner. Il

m'a chargé d'un travail considérable sur la cavalerie qui me donnerait peut-être des facilités pour contribuer à ce qui vous serait agréable,

Yours for ever.

N*^ 17. — BmoN A M. de Talleyrand.

A Valenciennes, le 6 Janvier 1792,

J'ai été extrêmement malade de la jaunisse depuis ma dernière lettre, elle est d'une force épouvantable et accompagnée de douleurs horribles. Je crois que je la garderai longtemps, car il est impossible de guérir de rien à la vie que je mène. M. de Rochambeau est revenu ici ; je continue à jouir de sa confiance de la manière du monde la plus tourmentante ; je suis une espèce de maître clerc à qui tous les détails sont d'autant plus sûrement renvoyés que pas un maréchal de camp ne veut y venir, et que par conséquent j'y suis et j'y resterai longtemps tout seul. Une longue conversation que j'ai eue hier avec le maréchal m'a confirmé dans l'opinion que Narbonne ne pourrait rien faire pour moi de ce qu'il désirait. Je ne lui ai demandé que deux choses sans rien spécifier ; de m'employer où je pourrais être utile, ou de me laisser aller en Corse. Je lui ai observé seulement que mes forces ne me permettaient plus de continuer le fatigant métier de secrétaire de M. de

BIRON A M. l)i: TALLEVUAND

Rochambeau, il m'a presse de lui iiidiciucr ce que je voulais, et je n'ai pus cru nionlrer une ambition immodérée en proposant de m'employer dans mon «rrade, ou à Dunkerque où je pourrais ôtre utile en cas de débarquement des troupes russes et suédoises, ou dans les Ardennes dont on ne peut trop s'occuper. Dunkerque n'est pas possible parce que M. d'Elbhecq mon ancien veut y rester et que rien n'est plus juste; quant aux Ardennes, on dit que M. de Wittgenstein qui y commande, y est maintenant fort bien. Cette division doit d'ailleurs être comprise dans l'armée de M. de Lafayette et la confiance doit être réciproque entre lui et le lieutenant général que l'on y mettra. Il ne reste donc plus de ressource que de m'employer comme lieutenant général sans division dans l'armée de M. de Rochambeau, et près de sa personne, et je ne veux pas de cette place d'aide de camp. Je ne regrette pas le commandement de la réserve que Narbonne m'avait offert; il n'est pas à désirer si nous n'avons pas de guerre, et si nous en avons une ce commandement ne sera bientôt qu'un dépôt de recrues et d'hôpitaux. Je ne sais ensuite si Narbonne aurait pu en disposer, car je le crois nécessaire pour terminer des arrangements agréables à M. de Lafayette dans son armée, c'est celle qui fera le plus probablement la guerre, et il faut suppléer autant qu'il est possible aux talents militaires et à l'expérience qui manquent au général. Je crois que j'ai le droit de ne plus me croire néces-

saire autant que le besoin de me reposer. Je n'ai ni ambition, ni désir de gloire, et je serai parfaitement content si on veut bien me laisser aller en Corse ; je compte beaucoup sur l'amitié de Narbonne pour m'y rendre ma place plus agréable et plus commode ; je lui en indiquerai les moyens avec confiance et la certitude qu'il aura du plaisir à faire pour moi tout ce qui sera possible. J'ai commencé deux instructions de service pour la cavalerie et pour les avantgardes; si j'avais été moins malade et moins tourmenté, elles seraient finies; elles ont le mérite d'être faites pour des troupes qui ne savent rien (officiers et soldats) et à qui les circonstances ne permettent pas le temps d'apprendre (1); ces instructions sont plutôt des précautions destinées à suppléer l'instruction elle-même. Je les enverrai à Narbonne en même temps que quelques autres réflexions qui m'ont été suggérées par l'état présent des choses.

Adieu je vous aime et je vous embrasse de tout mon cœur.

N» 18. — BiRON A M. DE Narbonne.

A Valenciennes, le 6 Janvier 1792,

Je t'envoie, mon cher Narbonne, l'état nominatif des officiers qui composent la première et la seizième

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