L. Narbonne
NO 23. — A M. DE Narbonne.
A Valenciennes, le 11 Janvier 1792.
Je te remercie, mon cher Narbonne, de ce que tu as fait pour Sheldon, il est plein de zèle, d'intelligence et servira très utilement.
I. Officier irlandais, capitaine au régiment de Dillon (irlandais) au début de la Révolution, devint maréchal de camii à l'armée du Rhin sous Biron> M. Chuquet a l'air de dii^e qu'il mourut en septembre : toutefois on verra plus loin que Sheldon vivait encore à la date du 31 décembre 1792, qu'il était lieutenant-général et que Biron le demanda à cette date pour l'armée du Var. Voir p. 266.
Tu mandes à M. de Rochambeau de venir à Paris plus tôt que plus tard ; la dispersion des émigrés rendra son retour ici moins pressant, et rendra par conséquent mon séjour à Valenciennes absolument indéfini. Je suis malade, je suis employé ailleurs, et rien ne peut me faire consentir à la prolongation de <?ette corvée. Je serais au désespoir que tu te fisses la moindre tracasserie aux Tuileries ou avec M. de Lafayette pour me bien traiter ; la très grande probabilité que nous n'aurons pas de guerre ne me laisse autre chose à désirer que la liberté d'aller en Corse, et si l'on trouve quelque inconvénient à me laisser le commandement de cette division, je ne demande pas mieux que de ne plus servir, je suis sûr de me reposer plus et mieux que personne ; ne me soupçonne pas d'humeur, et encore moins de défaut de confiance dans ton amitié, je t'en conjure ; je n'ai à me plaindre que de ma santé, elle exige des soins et surtout un bon climat. M. de Grave convient à M. de Rochambeau autant que moi. Il fera au moins aussi bien ici; il devrait y être, il se porte bien ; voilà <îe me semble d'assez bonnes raisons pour ne pas me laisser crever à Valenciennes.
On travaille beaucoup nos soldats pour les déterminer à refuser les assignats pour le quart du prêt ; je crains que ces coupables manœuvres ne soient pas également inutiles partout.
Donne des ordres pour que nous puissions toucher nos appointements où nous sommes employés ; le tré-
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sorier nous ropoiid qu'il n'a j)as d'ordre de nous payer; nous n'avons cependant nulle i)art autant le droit de TiMie que dans le lieu porté par nos lettres de service. Il m'est dû le mois de novembre et celui de décembre. J'ai jusque-là été payé à Paris après avoir comme de raison rempli toutes les formalités exigées. Adieu, je t'aime et t'embrasse de tout mon cœur.
N« 24. — A M. DE Narbonne.
A Valencicnncs, le 15 Janvier 17 92
Encore une lettre de moi, je crois que je n'ai pas besoin de te recommander de ne pas répondre à toutes, je ne voudrais cependant pas jurer que la multiplicité de tes affaires ne te donnât l'exactitude dont tu n'étais pas capable avant d'être ministre. On travaille notre garnison avec une activité incroyable sur le quart du prêt payé en assignats. Il y a eu parmi les marchands et un grand nombre d'habitants de cette ville, une espèce de coalition, pour exiger du soldat un escompte énorme ; on a voulu leur faire perdre jusqu'à vingt-cinq francs sur un assignat de cent francs; malgré tout cela on n'avait réussi qu'auprès du o** Régiment d'Infanterie ci-devant Navarre, où il y a eu une très grande fermentation. Les bouchers l'ont augmentée en voulant élever le
prix de la viande et en la donnant beaucoup plus mauvaise aux soldats et tout à fait immangeable. Comme les bouchers passent pour être soutenus par un grand nombre d'habitants, la municipalité hésite un peu à prendre un parti vis-à-vis d'eux, et n'ose taxer la viande, on nous répond toujours que l'émission du billet de confiance arrangera tout, mais depuis que je suis ici, elle est toujours remise de semaine en semaine; les sous fabriqués à Lille sont d'une très petite ressource ; d'abord, ils nous sont donnés dans une quantité très insuffisante ; ensuite, on nous les donne pour deux francs et on les vend trois francs sur les terres de l'Empereur, et le bénéfice certain de cinquante pour cent ne nous en laisse pas un seul dans la circulation. On m'avertit dans l'instant que la fermentation a gagné le 89^ Régiment ci-devant Suède, et qu'elle vient de ce qu'on fait courir le bruit qu'au lieu du quart, moitié du prêt sera bientôt payé en assignats. Si la nécessité forçait à telle mesure, je craindrais beaucoup une insurrection générale dans l'armée, et il ne serait pas possible de s'en tirer sans d'énormes sacrifices, peut-être précédés de malheurs irréparables. Oppose-toi donc, je t'en conjure, à quelque prix que ce soit, à cette augmentation d'assignats qui révolteraient l'armée. Je t'écris officiellement sur cet objet.
M. de Rochambeau m'a dit ce matin qu'il comptait donner une permission de s'absenter à M. de Lanouë,
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maréchal de camp, employé à Douai, y mettre M. de Grave à son arrivée et laisser M. d'Harville à Cambrai. Tu vois que dans tout cela, il n'y a point de destination pour Valenciennes, et que le maréchal, à qui il est fort égal que j'en crève, veut pendant son absence me laisser ici. Indépendamment de ce que je ne le peux, ni ne le veux, c'est que cela est véritablement impossible contre toute raison et contre toute règle, et voici comme : l'État-major de l'armée reste établi à Valenciennes, M. d'Aumont, le plus ancien lieutenant-général, ne veut pas quitter Lille ; tous les comptes m'arrivent comme au point central en l'absence de M. de Rochambeau, il ne veut pas que j'attende les ordres de M. d'Aumont, ce qui souvent est impossible ; moyennant quoi, moi, maréchal de camp, je commande l'armée sous les yeux d'un lieutenant-général employé. Cela était ainsi pendant ta tournée, mais M. d'Aumont s'étant absenté, cet ordre de choses a été moins radical et moins monstrueux qu'il ne le serait cette fois-ci.
Je viens de voir, avec une colère épouvantable, sur le nouvel état militaire que je ne suis pas employé en Corse. Je t'envoie une grande lettre officielle pleine d'excellentes raisons que Dieu merci, je ne répéterai pas ici, mais je te donne ma parole que si tu m'ôtes la Corse, je quitte sur le champ le service et je pousse C. à tout ce que je pourrai trouver de plus incendiaire. Adieu, mon ami, je t'aime et t'embrasse de tout mon cœur.
P. S. Grâce au bon M. Pourtalis, toute notre affaire est arrangée pour quelques jours. Il désire vivement le congé d'un dragon ; j'ai cru pouvoir répondre pour toi.
N" 25. — BiRON A M. DE Narbonne.
A Valenciennes, le 17 Janvier 1792.
M. de Rochambeau part demain pour Paris, mon cher Narbonne, et me laisse ici ; rien dans le monde ne pouvait me faire plus de mal, ni me contrarier davantage, mais puisqu'il est impossible de faire autrement, il faut bien que je me résigne, mais je te demande en grâce de trouver bon que je n'attende pas le retour de M. de Rochambeau à l'armée pour aller à Paris, dès que la réponse positive de l'Empereur aura détruit toutes les inquiétudes de guerre. Il me serait bien important de savoir le plus tôt possible ce que tu feras de moi : tout ce que tu voudras s'il y a la guerre. Laisse-moi aller en Corse s'il n'y en a pas. Je t'aime et t'embrasse de tout mon cœur.
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N» *2(>. — TALLEYHANn A M. DE BiRON.
A Paris, le 16 Janvier 1792.
Je serai ù Valenciennes le 18 au soir, mon cher Lauziin, et je vous y porte une commission de quatre mille chevaux à acheter en Angleterre. Narbonne voudrait bien que vous fissiez cette acquisition pour que nous ne fussions pas trop trompés par tous les agents ordinaires du gouvernement — pour tout cela il vous donne huit jours — vous êtes lieutenant-général. M. Chauvelin dit que c'est fait d'hier au soir — à mercredi — vous devriez bien faire que les portes ne fussent pas fermées avant quatre heures de l'après-midi, selon l'usage, toujours à ce que dit M. Chauvelin. Adieu je vous embrasse, — je vous porte de l'argent pour votre course de che- I vaux (1), je suis charmé que par ordre vous alliez huit jours en Angleterre avec moi.
i. Cet argent était 4.000 francs en assignats {Noie de Biron).
N« 27. — Narbonne a M. de Biron.
Sans date, mais écrit le 16 (1).
L'Évêque te dira mieux que toutes les lettres du monde tout ce que nous voulons de toi ; un voyage de huit jours, en Angleterre, ne peut pas t'être désagréable et nous sera fort utile ; ce dont je te prie, c'est de n'y rester qu'un instant, quitte à y retourner; rien n'est plus important qu'un prompt retour. Te voilà lieutenant général, il y aura bien du malheur si nous ne trouvons pas moyen d'avoir Dunkerque. Je suis bien sûr de ne pas trouver celui de te faire partir pour la Corse. Tu ne peux pas dans de pareils moments avoir ou faire semblant d'avoir cette fantaisie, ce que tu apprendras en Angleterre t'en démontrera davantage l'impossibilité. Je te demande pardon de t'avoir à peine répondu un seul mot depuis que je suis Ministre, mais tu imagines bien l'impossibilité où je suis de donner un moment à mes plaisirs. Tu devines sûrement aussi celle de faire ce que tu demandes pour tes adjudants. Les généraux pourront en employer tant qu'ils voudront, et comme cela seulement tu pourras les mettre en activité utile ; envoie-moi ce que tu as fait sur les garde-