Mémoires, p
un duc et pair qui tenait de fort près au Roi, qui tenait de plus près encore à la Reine, insinuait perfidement Lauzun. Ce singulier homme était d'ailleurs si madré, si habile à séduire, qu'en dépit de sa situation tout à fait compromise il parvenait à faire chaque jour de nouvelles dupes. Un jour il apprend qu'un créancier auquel il a souscrit un billet de 100.000 livres, s'est lassé d'attendre, qu'il est décidé à poursuivre, qu'il a menacé de saisir les meubles de l'hôtel Lauzun. Riron va hardiment trouver cet homme, lui reproche vivement son « mauvais procédé », parle, s'anime, agit avec tant de chaleur et de persuasion que le créancier retire sa plainte et lui consent, séance tenante, un autre prêt de 100.000 livres.
Cependant Lauzun, en dépit de succès de ce genre, commençait à se défier de lui-même; il sentait qu'il n'aurait pas toujours une éloquence aussi persuasive, qu'il se heurterait à des prêteurs plus récalcitrants. Il essaya donc d'obtenir du Roi des lettres dites d'Etat, qui l'eussent mis au-dessus de toute poursuite. Malheureusement pour lui, Marie-Antoinette à laquelle il s'adressa pour faire présenter au Roi ce placet extraordinaire refusa de se prêter à ce petit calcul (1).