Correspondance de Marie- Antoinette
CORRESPONDANCE DU DUC DE LAUZUN l3
Lauzuu fut outré de cette fin de non-rcccvoir et ce refus devint la cause de la haine tenace que voua l'ancien favori à sa souveraine. On sait qu'il n'a pas craint de donner à entendre, dans ses Mémoires, qu'il avait été pour la Reine, tout au moins qu'il n'avait tenu qu'à lui d'fUre pour Marie-Antoinette tout autre chose qu'un « sujet». Sans essayer d'élucider le bien fondé de cette allégation contredite aujourd'hui par tous les historiens, il est permis de dire qu'il y eut toujours dans la conduite de Lauzun, plutôt le fait d'un soupirant évincé, que celui d'un amant heureux. Et son échec en cette circonstance — celui relatif à l'obtention des lettres d'Etat, allait avoir pour lui des suites plus graves que celui qu'il eut pu essuyer dans un boudoir. Effectivement, au moment même où il se produisait, les derniers débris de sa fortune s'en allaient à vau-l'eau, dans la faillite du prince de Guéménée, chez lequel il avait placé les quelques centaines de mille francs qui lui restaient. Il avait, à cette époque, plusieurs millions de dettes et comme son séjour en France l'exposait à des avanies désagréables, il prit le parti de s'expatrier, c'est-à-dire de rechercher des missions qui l'éloignassent au moins temporairement de son pays. Déjà il était allé en
Corse, en Pologne, en Prusse, il songea à partir pour l'Inde, et quand il dut renoncer à ce voyage, il « pria M. de Maurepas de lui obtenir la permission d'aller servir comme volontaire dans l'armée russe (1). » En attendant, il retourna en Angleterre, où il passa quelques mois. A son retour il partit pour le Sénégal avec le projet d'y détruire les établissements anglais ; mais il ne fit, là, rien qui vaille et rentra à Lorient au bout de trois mois, sans avoir obtenu aucun résultat.
Ce fut alors qu'il demanda à faire partie de Texpédition destinée à soutenir les prétentions des colonies anglaises d'Amérique contre l'Angleterre et qu'il s'embarqua le 12 avril 1780 à Brest, comme attaché à l'état-major général du corps d'armée commandé par le comte de Rochambeau.
Nous ne raconterons pas ici cette campagne d'Amérique qui jeta une dernière branche de laurier sur le cercueil ouvert déjà de la monarchie agonisante. D'ailleurs tout ce que la France avait de jeunesse, de talents, d'espoirs était réuni dans cette petite pléiade de vaillants dont le chef seul avait dépassé la quarantaine