C'est la première fois que nous voyons Biron faire allu
BinON A M. DE NAHHONNE 135
fi'l ((iii existe encore entre les deux nations nous no devrions pas les recevoir. Je dois cependant observer que nous ne pourrions pas les refuser sans exci- Icr parmi tous les habitants de ce pays un grand mécontentement et une défiance dangereuse ; un autre inconvénient serait d'arrêter tout court et pour longtemps toute désertion dans les troupes autrichiennes ; c'est à toi de peser tout cela dans ta sagesse ; je te demande en grâce de me faire donner sans perdre de temps tes ordres officiellement. Je vais te les demander dans une lettre officielle. On cherche beaucoup à débaucher les soldats du 12® régiment d'infanterie en garnison à Condé ; on en a fait déserter sept depuis trois jours, on croit qu'ils ont été menés à Bel-Oeil et qu'ils ont été engagés dans l'armée des Princes.
On attend avec beaucoup d'inquiétude dans toutes les garnisons de notre armée la nouvelle Instruction de discipline militaire. Il me paraît qu'il serait à désirer que l'on y fît quelques changements; il y a par exemple un quatrième appel que je regarde comme absolument inutile et qui désolera le soldat. Je crois important de ne pas nous écarter d'un très grand principe, c'est de gêner le soldat le moins
sion à ce soi-disant mouvement de désertion qui devait faire passer chez nous des corps entiers de troupes autrichiennes. Narbonne parait avoir apprécié à sa juste valeur cette allégation de son trop imaginatif correspondant. Nous verrons Lauztui reprendre ce thème avec Dumouriez et obtenir, chez le ministre des Affaires étrangères, beaucoup plus de créance.
possible, afin de l'obliger avec la plus inébranlable fermeté à observer scrupuleusement les règles qui lui auront été prescrites.
N® 37. — ROCIIAMBEAU A M. DE BiRON.
Paris, le 4 Mars 1792.
J'aurais désiré, mon cher Biron, que pour le bien de la chose et par amitié pour moi, vous vous fussiez de suite transporté à Maubeuge pour vérifier si l'affaire de ]^. de Ouigny porte sur une dénonciation formelle et légale, et, dans votre qualité de lieutenant généi/al, vérifier s'il n'est pas de la prudence de faire quelque changement dans cette garnison au cas que ce prétendu embauchage eût eu déjà des racines établies. Je vous parle confidentiellement, mon cher Biron, mais je crains par la manière vague dont mon fils (1) s'exprime, qu'il n'ait cheminé sur une délation sans preuves, quoiqu'il me paraît qu'il y a mis les formes judiciaires, ce qui serait on ne peut plus fâcheux. Je vous prie donc de me faire l'amitié d'approfondir cette affaire.
1. « Mon fils». C'est le maréchal de camp Joseph de Rochambeau, iils du maréchal, qui commandait alors à Maubeuge. Il était né en 1750 et avait par conséquent 42 ans en 1792. Le général de Rochambeau qui continua à servir sous la Révolution et l'Empire devint général de division et fut tué en cette qualité à la bataille de Leipzig le 18 octobre 1813.
A M. LE .MAUKCIIAL DE llOCllAMBEAU 137
Vous avez toute autorité nécessaire pour faire ilonner de la poudre à vos bataillons de gardes nationales et le ministre y a autorisé les officiers généraux jusqu'à deux: cents livres par bataillon et du plomb à proportion pour les faire tirer à la cible quand leur instruction le permettra.
Signé : le Maréchal de Rochambeau.
N° 38. — A M. LE Maréchal de Rochambeau. A Valenciennes, le 7 Mars 1792.
Monsieur le Maréchal,
Je n'aurais pas attendu vos ordres pour me transporter à Maubeuge, et prendre les éclaircissements les plus détaillés sur l'affaire de M. de Quigny, si je n'avais pas appris en même temps combien la conduite de Monsieur votre fils avait été strictement légale ; il est déchargé de toute responsabilité par le jugement que vient de rendre le Tribunal d'Avesnes qui a prononcé qu'il y avait lieu à accusation et a fait transférer hier M. de Quigny à Douai.
Je crois qu'il y aurait plus d'inconvénients que d'avantages à faire du changement dans la garnison de Maubeuge où l'embauchage est très surveillé et où les soldats se portent avec zèle à la recherche des embaucheurs. Monsieur votre fils doit venir à
Valenciennes demain ou après, nous en causerons ensemble. J'aurai l'honneur de vous en rendre compte, et de vous envover tous les détails relatifs à l'affaire de M. de Quigny.
Depuis deux jours, il nous est déserté à Condésept hommes du 24® régiment d'infanterie que l'on croit avoir été débauchés pour l'armée des Princes, et menés à Bel-Oeil chez M. le Prince de Ligne ; si cette désertion continuait je ferais sortir le 12® régiment de Condé et je le remplacerais par le 14® cidevant Forez en garnison à Aire, ou par le 8l« cidevant Conti qui est maintenant à Calais. J'espère dans tous les cas avoir le temps de recevoir les ordres de M. le Maréchal, s'il n'approuvait pas ce mouvement avant de l'avoir fait.
Signé : Biron.
N'^ 39. — A M. DE Narbonne.
A Valenciennes le 9 Mars 1792.
J'ai appris hier au soir par une lettre de M. de Chartres (1), mon cher Narbonne, que son régiment quittait Valenciennes et qu'il allait à Laon. Il me mande aussi que tu me destines à commander sur la frontière d'Espagne à la place de M. de Choisy (2),