‹ Le Duc de Lauzun (général Biron) 1791-1792Chapitre 34 sur 62 · Il ne fut fait lieutenant-général que le 16 janvier · texte numérisé non relu

Il ne fut fait lieutenant-général que le 16 janvier

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qui menaçaient la pairie, Lauzun n'envisageait i'i(Mi de tout cela. Ces considérations demeuraient, pour lui, accessoires. Le principal était que la modification lui fût profitable.

En conséquence il ne pensa pas plus tôt être dans les bonnes grâces de Dumouriez qu'il lui présenta la combinaison précédemment arrêtée, sous des couleurs tendancieusement erronées, qu'il le déclara empreint des vices les plus périlleux. Le point du territoire ennemi qu'il convenait d'envahir, ce n'était point le pays de Liège, c'était le Brabant. Et pour soutenir son opinion Lauzun se livra à des efforts d'imagination prodigieux. C'est ainsi par exemple qu'il inventa cet extraordinaire roman où il montrait à Dumouriez les Belges prêts à passer en masse la frontière pour venir se ranger sous nos drapeaux. Et non content de prédire cet exode, il lui en faisait voir un autre plus singulier encore, la désertion des soldats autrichiens eux-mêmes venant se joindre en masse à nos troupes et combattant avec elles pour la défense de nos libertés.

Le plus extravagant peut-être c'est que Dumouriez ait donné dans le piège avec une enfantine naïveté. On voit le ministre n'avoir pas un moment d'hésitation ni de doute ; il

ajoute aveuglement foi, du premier coup, sans l'ombre d'une preuve, aux allégations si hautement fantaisistes de celui qu'il appelle « le plus ferme appui de sa machine politique et militaire. » Il aperçoit déjà Biron à la tête d'une armée autrichienne dont on s'est borné à retourner les vestes et à changer les cocardes, pour marcher contre l'Empereur ; plus encore, il le voit victorieux, il le voit au pinacle, il lui met dans la main « le bâton qu'ont honoré ses pères ».

Il cède ainsi non pas peu à peu, mais pour ainsi diredu premier coup, auxdésirs de Biron; il change radicalement le plan qu'il a déjà modifié lui-même ; il s'abouche avec le colonel Beauharnais envoyé par Lauzun de Valenciennes,et élabore avec lui une conception nouvelle, le plan d'opérations qui dans l'histoire des guerres de la Révolution porte la date du 22 avril 1792 et dont le seul but est de faire exécuter par Biron une opération générale, nécessairement victorieuse. Tout cela est fait en cachette, à l'insude Rochambeau, par-dessus sa tête et aboutira à ce que nous dirons plus tard.

On va voir, en parcourant les lettres qui vont suivre, la façon dont Lauzun conduit sa négociation. Toutefois, il s'en faut que sa trame

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clandcsliiic apparaisse ù première vue avec la netteté que nous avons essayé de lui donner ici. LauzuQ est l'opposé de la franchise. Il ne va jamais droit au but, il louvoie toujours ; en aucun cas il n'attaque une difficulté par ses cingles saillants ; il entoure toujours sa pensée •de circonlocutions et de liors-d'œuvre ; c'est dans les phrases incidentes et dans les postscriptum qu'il faut chercher ce qu'il veut vraiment dire ; sa pensée réelle est toujours entre les lignes. Telle de ses lettres le ferait passer pour le plus modeste, le plus désintéressé des hommes, si l'on se bornait à la lire superficiellement, à n'en voir que le sens apparent. Sauf pour Lafayette, avec lequel il ne garde aucun ménagement, pour lequel son hostilité est telle qu'elle n'admet pas de tempérament, il est toujours — quand il parle de ses autres adversaires — mesuré, modéré, mielleux. Désire-t-il vivement quelque chose, il n'en parle jamais d'abord ; •c'est toujours incidemment qu'il y fait allusion et ses arguments en sa faveur n'en sont en réalité que plus puissants. S'agit-il d'un poste qu'il souhaite obtenir, d'une candidature à mettre en ^vant, c'est toujours à la dernière ligne qu'il parle de lui-même — on en a vu un exemple plus haut à propos de la mission en Prusse —

et la modération apparente de ses propositions produit nécessairement un grand effet. D'ailleurs il est temps que le lecteur se rende compte par lui-même de la méthode de Lauzun ; la lettre suivante à Dumouriez le mettra bien au courant des procédés de notre épistolier.

N** 42. — BiRON A M. Dumouriez.

A Valencienncs, le 19 Mars 1792.

Vous êtes, Monsieur, Ministre du département le plus important, vous le connaissez mieux que personne, et vos talents et votre patriotisme doivent vous donner une grande influence dans le Conseil du Roi. Nos principes politiques et constitutionnels ont si constamment été lesmêmes depuis bien des années^ que je regarde comme un devoir de l'amitié de vous soumettre quelques réflexions qui fixeront peut-être votre attention. La mort de l'Empereur est un avantage pour nous en ce qu'elle change les circonstances et les intérêts de plusieurs puissances, 'en nous laissant dans la même situation puisque nous ne voulons ni ne pouvons vouloir que la paix générale, et le maintien de notre liberté ; nous savons donc ce que nous avons à faire, tandis que les autres ne le savent pas encore et nous pouvons gagner sur eux

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