Tallcyrand, évoque d'Autun
la création des Légions, ou des Corps qui les remplacent. Je ne cesse de presser le comité pour tous les objets dont les décisions peuvent seules me mettre à même de ne laisser aucun objet en retard. Recevez, mon cher Général, les assurances de mon très sincère attachement.
Signé : P. de Grave.
N' 59. — DUMOURIEZ A M. DE BmOxN.
A Paris, le 30 Mars 1792.
J'ai une occasion sûre, mon brave et loyal ami, pour vous faire passer cette lettre : 1° Il faut que vous me fassiez un plaisir ; il vous manque un aide de camp, il faut que vous preniez celui que j'avais étant maréohal de camp dans la douzième division. Il se nomme Le Vasseur, c'est un très honnête garçon et un homme très fidèle, voilà tout. Vous rétablirez en courriel- entre vous et moi ; je vous l'enverrai avec i ses deux chevaux dès que vous m'aurez mandé que | vous le prenez. Si vous en avez deux, prenez-le pour i surnuméraire; le pauvre diable brûle de faire la guerre. 2^ Ne vous courroucez pas de ce que vous n'avez pas l'armée du Midi. Vous êtes nécessaire à celle du Nord, et avant quinze jours, je vous ferai une petite invitation pour venir causer avec moi.
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Nous passerons vingl-cjiiaho houres ensemble. Au reste, cette armée du iMitli,oii m'a dit que vous l'aviez refusée et que c'est à votre refus qu'on me l'avait accordée, quoique j'eusse fait à l'invitation de Narbonne le seul plan qu'il y ait à suivre, et le seul qui sera suivi.
En attendant préparez la désertion autrichienne et sous peu de temps nous lâcherons la bride à ce moyen d'elïrayer le jeune homme (1). Si nous pouvions avoir un corps entier tout armé, tout vêtu, nous lui ferions une entrée triomphale à Paris comme aux Châteauvieux, et cela ferait un bien autre effet.
Surmontons les difficultés, l'esprit public est bon et fort, servons-nous-en s'il n'y a plus de moyen d'avoir la paix. Je compte sur votre civisme, sur votre bonne tête et sur votre amitié.
Signé : Dumouriez.
N" 60. — BiRON A M. Dumouriez.
A Valencicnncs, le 6 Avril, l'an IV de la Liberté.
J'ai reçu hier matin, mon bon et ancien ami, votre lettre du 3 avril, et je reçois dans l'instant celle du
1. François II, qui arrivait à l'Empire à vingt-qualre ans, en remplacement de Léopold II mort le premier mars 1792 après deux ans de règne.
30 mars, et je commence par y répondre. J'ai bien à la vérité deux aides de camp, mais cela ne peut m'empêcher d'en désirer un en qui vous avez confiance. Je crois d'ailleurs qu'un de mes aides de camp et peut-être tous deux vont être placés, l'herbe est courte en officiers supérieurs et M. de Grave ne pourrait pas faire de meilleur choix ; envoyez-moi donc M. Le Vasseur et ses deux chevaux quand vous voudrez et je lui procurerai des occasions de satisfaire son zèle.
Je ne suis point du tout courroucé de ne pas avoir l'armée du Midi que je n'ai jamais désirée et quoique cela soit un peu ennuyeux, il faut cependant que vous sachiez tout ce qui s'est passé à cet égard. Ouand Narbonne est arrivé au Ministère, je ne lui supposais pas exactement les mêmes opinions qu'à moi, et mon premier soin a été de me garer de toutes les préférences dont notre ancienne liaison pourrait lui donner l'idée. 11 m'a demandé ce que je voulais, lorsqu'il est venu à Valenciennes, et comment il me conviendrait d'être employé. Je lui ai répondu devant M. de Rochambeau que je n'avais point de vœu particulier, que je désirais aller où je pourrais être utile, et que j'exigeais de son amitié de compter absolument pour rien mes convenances ou mes répugnances personnelles. Je lui ai même dit: je servirai si tu veux sous M. de Lafayette, il y a apparence que nous nous surveillerions utilement. Il m'a ensuite •envoyé en Angleterre pour une commission dont il
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ne voulait pas roxéciition. .lo passe sur cette mission qui pourrait paraître suspecte aux moins soupçonneux. En revenant d'Angleterre, Narbonne m'a écrit pour me proposer de commander les troupes qui allaient être rassemblées sur les frontières du Piémont. Je n'ai pas voulu m'écarter de la règle que je m'étais faite de ne pas choisir. Je me suis contenté de représenter au Ministre, que je me croyais utile, peut-être nécessaire à l'armée du Nord et qu'un lieutenant-général qui convenait aux corps administratifs, aux troupes et à M. de Rochambeau, ne serait peut-être pas facile à remplacer. Je n'ai plus entendu parler de rien, enfin une lettre de M. de Chartres, du 7 mars, m'a appris que son régiment sortait de Valenciennes et que M. de Narbonne l'emploierait dans l'armée du Midi, dont il me destinait le commandement. Je n'ai pu voir sans inquiétude éloigner à la fois de cette ville très aristocrate M. de Chartres et moi et un régiment très patriote. Je n'ai pu me dissimuler que l'on suivait avec acharnement le projet de me tirer de l'armée du Nord, où il me semblait qu'il fallait me laisser à quelque prix que ce fût. Des bruits accrédités par l'opinion de personnes sages et patriotes, m'ont fait regarder comme un devoir de n'abandonner que malgré moi un poste important. J'ai fait de nouvelles représentations à Narbonne, et j'ai écrit à M. de Rochambeau que j'aimais mieux rester sous ses ordres que de commander en chef. Narbonne a été
renvoyé et n'a pas eu le temps de me répondre ; M. de Rocbambeau m'a répondu sans autre explication que vous commandiez Tarmée du Midi, et que je restais dans la sienne. Parlons maintenant de M. de Rocbambeau, on me mande que sa santé donne les plus grandes inquiétudes, qu'il a de l'eau dans la poitrine et qu'il ne sera sûrement pas en état de rejoindre son armée ; cette perte est irréparable, car ses intentions sont pures et ses talents militaires rares ; vous ne le remplacerez pas mais tâchez du moins de lui donner pour successeur un général dont les opinions et le patriotisme soient inattaquables. J'avoue que je ne me sens pas l'expérience suffisante pour une si forte charge, et que je craindrais qu'elle ne fût au-dessus de mes forces. Une réflexion surtout m'arrêterait, ce serait pour moi la difficulté, je dirai même l'impossibilité de commander cette armée, s'il y avait du changement dans le ministère. Mais je vous promets mon brave et loyal ami de servir de bon cœur sous tel général patriote que vous voudrez fût-il mon cadet. J'ai un ancien d'un rang sous lequel cependant je dois vous avertir que je ne servirai pas: c'est M. de Grillon. Si on lui donne le commandement de notre armée, et que l'on ne m'emploie pas ailleurs, je quitterai et m'engagerai dans un bataillon de volontaires nationaux.
Vous m'annonciez d'ici à quinze jours une invitation de venir passer vingt-quatre heures avec vous.