‹ Le Duc de Lauzun (général Biron) 1791-1792Chapitre 41 sur 62 · BIRON A M. DU M OU RIEZ · texte numérisé non relu

BIRON A M. DU M OU RIEZ

et cher ami, je vous aime et je vous embrasse de tout mon cœur.

Signé : Biron.

P. -S. — Il vient de me déserter tout à l'heure trois caporaux du 5® régiment d'infanterie cidevant Royal-Suédois et nous savons que c'est d'après une lettre venue d'Ath d'un sous-officier précédemment déserté du même régiment. Cette lettre annonce la levée d'un corps de sous-officiers déserteurs payés quinze sous par jour et à qui l'on fait espérer d'ailleurs un avancement rapide dans d'autres nouveaux corps que l'on va lever. Ce moyen est le plus dangereux que l'on puisse employer potur nous enlever notre meilleure espèce d'hommes ©t la plus utile. J'envoie sur-le-champ les signalemeni,s de ces caporaux à M. de la Gravie re ; je le prie de ne rien négliger pour s'assurer s'il est vrai que le gouvernement autrichien permette à Ath la formation d'un corps de sous-officiers déserteurs français, et dans ce cas, je donnerai ordre sur nos frontières de recevoir les déserteurs autrichiens à moins que je ne reçoive de vous des instructions contraires.

N° 61. — BiRON A M. DE LA GrAVIÈRE. A Valenciennes, le 6 Avril 1792, l'an IV° de la Liberté.

Il m'est déserté, ce matin, Monsieur, trois caporaux du 89® régiment d'infanterie, ci-devant Royal- Suédois. Une lettre adressée à d'autres soldats et venue d'Ath d'un sous-officier précédemment déserté du même régiment, annonce que l'on y forme un corps de sous-officiers déserteurs français, qu'on leur donne quinze sous par jour et l'espoir d'un avancement rapide dans d'autres nouveaux corps que l'on va lever. Il serait bien intéressant. Monsieur, que vous eussiez la bonté de vous assurer de la vérité de cette nouvelle ; si en effet, il était vrai que le gouvernement autrichien permît la réunion et la formation d'un corps de sous-officiers français déserteurs et n'en fît pas justice sur vos réclamations, je me croirais suffisamment autorisé par une telle infraction au cartel, à ne plus rendre de déserteurs autrichiens jusqu'à ce que j'eusse reçu de nouveaux ordres. Je joins ici les signalements des trois caporaux désertés aujourd'hui; nous sommes certains qu'ils sont à Ath.

Appris à M. de la Gravière l'assassinat du Roi de Suède (1).

1, Note ajoutée par Biron à la copie de la lettre ci-dessus.

TALLEYRAND A M. DE lilRON 197

N° 62. — Talleyrand a M. de Biron.

A Paris, le 5 Avril 1792.

Il est positivement décidé, mon cher Lauzun, que votre général Rochambeau ne retourne pas. Il traînera ici, parlera d'eau dans la poitrine, sera à la veille de partir et restera ; c'est de son intérieur qu'est tiré tout ce que je vous dis là. Il faut que ce soit vous qui commandiez si Ton fait quelque chose ; dites-moi quel en est le m^yen, c'est-à-dire ditesmoi quel est le plus ancien pour qu'on l'envoie ailleurs. Vous savez bien qu'en vertu de votre charmant décret de la Montagne, vous ne pouvez rien commander que par ancienneté ; ainsi, il faut se défaire de tout ce qui est plus ancien que vous. Mon opinion est que vous allez d'ici à quinze jours être dans la plus grande activité, on attend la réponse du cabinet de Vienne, et on la prévoit ; vous savez que Dumouriez a toujours été à l'idée d'attaquer ; il y est plus que jamais. Tout ce qui nous tourmente dans l'intérieur l'y porte. Il faut que nous sachions par vous ce que nous devons faire faire à M. de Grave et à M. Dumouriez. Mon projet est de partir pour PAngletere à la fin de la semaine prochaine ; je vous y tiendrai fort au courant de ce que nous y ferons. Je ne doute pas que vous n'approuviez le

choix de Chauvelin ; c'est ropinion que vous en avez qui m'a décidé à le demander. Il y a bien longtemps que je n'ai reçu de vos nouvelles; Juliette (1) ne pourrait-elle pas m'écrire un mot? L'assassinat du roi de Suède n'est pas une grande nouvelle ; d'abord, il ne mourra point ; ensuite, il mourrait que cela ne changerait rien à Tespèce de coalition que les puissances ont faite. Adieu, écrivez-moi. Que faitesvous pour vos affaires ? On me dit ici que la bonne volonté de Monsieur votre père est toujours la même ; est-ce que vous n'en usez pas ? Je vous aime et vous embrasse de tout mon cœur.

Signé : T allé yr and P.

N° 63. — BiRON A M. DE Talleyrand.

A Valcncicnnes, le 7 Avril 1792.

Les nouvelles de M. de Rochambeau sont en effet bien mauvaises, et je commence à croire comme vous qu'il ne viendra pas; c'est vraiment un malheur, tant par ce qu'il vaut (qui militairement est beaucoup) que par ce que ne vaudra pas son successeur : je le cherche inutilement et je ne m'aime guère mieux que les autres, quoique je pense valoir un peu mieux. C'est une grande charge que l'armée du Nord, dans

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