La maîtresse de Biron
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les circonslanccs et dans les dispositions préscnlcs ; il faut réunir les talents et l'expérience, ou du moins tout ce tjui peut les faire supposer. Il me semble que si M. de Rochambeau ne peut pas revenir, le seul parti à prendre serait de faire passer le maréchal de Luckner à notre armée et de laisser le commandement de celle d'Alsace à M. de Gelb qui, avec le Rhin devant lui sera plus que suffisant à une très bonne défensive. Le nom de Luckner fera beaucoup et le danger de confier à M. de Lafayette l'armée active et le destin de la France sera moins grand. Si on ne veut pas cela, et mon opinion est que l'on aurait grand tort de ne pas le vouloir, il faut savoir si M. de Choisy est assez rétabli pour commander ici ; il est homme de guerre très actif et nous conviendrait assez. Après lui, j'avoue de bonne foi que je ne vois plus que moi et voici quels sont mes anciens dans notre armée : M. d'Aumont,vous savez ce que c'est ; M. d'EIbhecq, galant homme, bon patriote, très sensé, susceptible d'avoir une bonne influence, en ayant où il est, fort usé, assez peu militaire. Je servirais sous lui de tout mon cœur, et je crois que nous vaudrions ensemble tout ce que nous pouvons valoir. Je servirais aussi sous M. d'Aumont dont les intentions sont excellentes, qui a seulement le grand désavantage d'être toujours gouverné par des subalternes et de s'en cacher. Je crois d'ailleurs qu'il serait ridicule de lui donner une armée à commander. J'ai encore un ancien d'un seul rang, sous qui rien ne me
fera servir, c'est M. de Grillon ; cela ne tient pas du tout à l'infâme conduite qu'il a eue à Valenciennes pendant mon absence, la joie qu'il a montrée de tout ce qui m'était arrivé de malheureux, à son empressement aie rendre public, à ses propos, etc., etc., mais au peu de cas que je fais de ses talents militaires et de son patriotisme. Si l'on n'envoie pas à l'armée du Nord un général dont les principes soient connus, il faudra que je l'environne de la popularité et de la confiance que m'ont méritées les miens, et pourrai-je vis-à-vis des autres être la caution d'un homme à qui je ne me fierais pas. Si c'est M. de Grillon qui commande votre armée et que l'on ne veuille pas m'employer ailleurs, je quitterai et je ferai la campagne, soldat dans un bataillon de volontaires nationaux. Après vous avoir dit très franchement qu'il y a de meilleurs choix à faire que moi, vous me permettrez de vous observer que si le décret de la Montagne s'oppose à ce que je puisse commander les lieutenants-généraux mes anciens dans l'armée, il a déjà été enfreint pour M. de Lafayette qui a été prendre le commandement de l'armée de la Moselle quoique M. de Belmont qui y est resté, fût lieutenant-général dix ans avant lui. Si cette exception ne peut regarder que M. de Lafayette, s'il est au-dessus des lois, cela doit donner beaucoup d'espoir à ceux qui ne veulent pas s'y soumettre.
Vous m'annoncez une grande activité d'ici à quinze jours ; mon ami Dumouriez me l'annonce aussi,
mais si on a l'idée datlaqucr, il l'audrail y joindre celle d'être prêt et pour peu que l'on perde de jours, cela va devenir impossible. Les officiers de notre armée n'ont point encore d'ordres de faire leurs équipages; si on ne les leur donne qu'au moment où la guerre sera certaine, les assignats tomberont encore, tout renchérira et 300 livres en assignats seront une ressource très insuffisante pour les lieutenants et sous-lieutenants qui n'en ont pas d'autres ; et c'est la très grande majorité maintenant. Il faut encore s'occuper d'un objet urgent, c'est que les autorisations des commissaires de la Trésorerie nationale n'arrivent pas aux payeurs des armées un mois après les ordres du ministre pour les dépenses pressées, car personne ne veut payer, personne ne veut avancer, personne ne veut faire crédit et le service manque. Si l'on ne compte pas choisir les généraux d'armée parmi les honnêtes gens, il faut attacher un commissaire de la Trésorerie nationale à chaque armée pour autoriser les payeurs à faire à temps les fonds des dépenses nécessaires et pressées. Le choix de Ghauvelin était sans nulle comparaison le seul à faire, il est plein d'esprit, d'intelligence et de raison j il fera bien tout ce dont il sera chargé. Je pense comme vous que l'assassinat du roi de Suède n'est pas une grande nouvelle, il ne jouera pas mal le héros blessé, il ne mourra pas; il enverra des troupes contre nous, elles débarqueront à Ostende ou à Saint-Valery ; avec un peu de prévoyance et
d'intelligence, on pourrait empêcher leurs succès et s'assurer facilement d'elles.
Signé : Biron.
N*^ 61. — La Gravière a M. de Biron-
Bruxelles, le 6 avril 1792, l'an IV* de la liberté.
Mon Général, j'ai reçu la lettre dont vous m'avez honoré et l'état des déserteurs des 5® régiments d'infanterie et de dragons qui y était joint. Je désirerais beaucoup que pour la facilité des recherches, on mît comme autrefois le nom de la ville d'où le soldat est déserté, et qu'on ne mît pas sur l'état : soupçonné d'être passé à l'étranger, car si je n'en suis pas sûr, je fournis un prétexte naturel de répondre qu'on ne les a pas trouvés. Le nom de la garnison d'où chaque homme a déserté est particulièrement utile quand il faut demander des recherches sur une frontière aussi étendue ; les réclamations réciproques ont été négligées : dès qu'on en reprend l'usage, j'y mettrai tout le zèle qui pourra dépendre de moi.
On a tracé un camp à Falmagne, poste essentiel à la communication avec Namur et Liège; on s'y retranchera. L'on dit que si les Français commencent les hostilités, les troupes prussiennes garderont le pays de Liège et les Autrichiens qui y sont se ren-
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<lront dans le camp retranché de Falmagne. Au surplus, toutes les dispositions sont défensives, l'opinion générale est qu'il n'y a rien à gagner à attafjuer les Fran(;ais chez eux, mais qu'on remporterait de grands avantages en les attirant loin de leurs foyers. Il paraît certain qu'on veut ruiner la France par les intrigues et les factions, mais qu'on ne le tentera pas par une agression ouverte; en général, les apparences de guerre affligent tous ceux qui ne sont pas aussi emportés que nos émigrés. L'archiduc Charles part pour Vienne où ses frères et sœurs sont tous réunis auprès du nouveau Roi. On travaille ici à moyenner un accommodement avec les États de Brabant. Le clergé régulier y a toute l'influence. On ne négligera rien pour le gagner, mais son triomphe sera passager. Il me paraît impossible qu'il recule au cours de l'opinion.
Je souhaite que vous ayez bientôt, mon Général, de bonnes nouvelles de la santé de M. le Maréchal Rochambeau et que vous disposiez de mes soins dans tout ce qui pourrait vous intéresser ici.
Signé : la Gravière.
Permettez-moi, mon Général, de vous prier de vouloir bien faire passer l'incluse à sa destination.
N« 65. — DUMOURIEZ A M. DE BiRON.
Le 5 avril.
Je VOUS adresse, mon cher Biron,M. de la Hogue, ancien officier très intelligent, qui va nous conclure un marché de 60.000 fusils. Je Tai prié d'examiner les dispositions de l'armée autrichienne. Il peut vous être utile dans son voyage, si vous avez besoin de quelques renseignements. Je vous embrasse.
Signé: Dumouriez.
N° 66. — BiRON A M. Dumouriez.
A Valenciennes, le 8 Avril 1792, Tan IV« de la liberté.
J'ai vu hier au soir M. de la Hogue, mon bon ami. J 'ai longtemps et inutilement sollicité M. du Portail (1) de faire le marché que vous allez conclure, mais il Ta opiniâtrement refusé, et le besoin le plus urgent d'armes n'a pu le décider. J'ai prié M. de la Hogue de nous ménager à Bruxelles une correspondance utile pour ne pas rester absolument sans nouvelles dans le cas où M. de la Gravière serait retiré.
Je vous envoie copie d'une de mes lettres à l'évê-
1. Le maréchal de camp du Portail, le prédécesseur de Narbonne à la Guerre.
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(jiie trAulun, c'est mon opinion, en honneur et en ronscicnce, sans fatuité ni modestie, et comme si je n'étais pas partie intéressée; faites-en l'usage que vous voudrez vis-ù-vis de M. de Grave ou de tout autre. Comptez entièrement sur notre armée si l'on n'emploie que des officiers généraux patriotes ; n'y comptez pas du tout s'ils sont suspects.
M. de Beauharnais (l),va passer quarante-huit heures à Paris; je désire bien qu'il puisse causer une demi-heure avec vous de notre position et des choses pressantes dont nous avons besoin et qu'il ne faut pas abandonner à la lenteur ordinaire des formes bureaucratiques. Vous connaissez M. de Beauharnais, mon cher ami. Il est plein d'esprit et d'intelligence ; il vaut mieux qu'aucune lettre que je puisse vous écrire. Occupez-vous surtout de ne pas laisser subordonner tous nos préparatifs successifs au départ de M. de Rochambeau, et souvenez-vous que sous l'ancien régime, nous avions le sort éternel de n'être jamais prêts quand même nous étions décidés à commencer.
Signé: Biron.