‹ Le Duc de Lauzun (général Biron) 1791-1792Chapitre 43 sur 62 · Aide de camp de Lauzun · texte numérisé non relu

Aide de camp de Lauzun

N<* 67. — BiRON A M. DE TâLLEYRAND.

■ Le 8 Avril 1792.

Beauharnais va passer quarante-huit heures à Paris. Je serai bien aise qu'il cause un peu avec vous et Dumouriez de notre position. Les circons; tances sont si grandes et la manière dont on disposera de notre armée si importantes qu'il ne faut pas faire notre faute éternellement ordinaire, celle d'être toujours prêts les derniers. Je me réfère surtout à Beauharnais. Je vous embrasse.

Signé: Biron.

Le voyage de Beauharnais à Paris avait une plus grande importance qu'on pourrait supposer par les deux dernières lettres qu'on vient de lire. Comme nous l'avons dit plus haut, l'aide de camp de Lauzun allait à Paris pour décider en dernier ressort Dumouriez à établir définitivement le nouveau plan d'opérations d'après lequel l'armée du Nord devait réunir toutes ses troupes actives en un seul détachement, dont Biron assumerait le commandement et à la tête duquel il marcherait sur Mons.

Beauharnais s'aboucha avec le ministre des

LA GIîAVltllE A M. DE lURON 207

Aiïaircs étrangères cl n'cul point de peine à l'amener au point que souhaitait si ardemment Lauzun. Eflectivement ce fut à cette époque que furent rédigées les instructions du 22 avril, qu'on expédia à cette dernière date seulement à Rochambeau mais qui étaient prêtes depuis plus de dix jours ; c'est pendant le séjour de Beauharnais à Paris que furent écrites les lettres qui vont suivre.

N° 68. — La g ratière a M. de Biron.

Bruxelles, le 8 Avril 1792.

L'an IV'= de la Liberté.

Mon Général, j'ai fait la réclamation des troiscaporaux du SO^* régiment d'infanterie désertés le 6 au matin de Valenciennes. J'ai mentionné dans ma note le fait de la lettre d'Ath dont vous m'avez fait l'honneur de me prévenir, et je requiers le gouvernement général de me communiquer à cet égard des éclaircissements positifs.

Il est passé ici tant de Français émigrés prenant la route d'Allemagne, que l'on aurait supposé qu'il n'y restait plus de transfuges, et comme il ne m'est rien revenu sur ce rassemblement de sous-officiers, je suis porté à croire que cette lettre d'Ath est

encore une nouvelle manœuvre de quelques émigrés pour tâcher de débaucher nos soldats; on n'a jamais vu mettre tant d'acharnement dans les intrigues les plus criminelles.

La noblesse suédoise opprimée par Gustave a vu avec un dépit extrême l'oppression consommée par les succès de la Diète à Gesle ; ce sentiment rendu plus violent par la contrainte a produit l'attentat du 16 mars, et sera une source féconde de troubles pour ce pays. La majorité de la nation suédoise désapprouvait d'ailleurs le parti que semblait avoir pris son Roi, de se vouer à une querelle étrangère, tandis que cette folle entreprise ne pouvait en aucun cas rien produire de favorable à la Suède.

Je viens de recevoir, mon Général, mon rappel avec ordre de rester ici jusqu'à l'arrivée de mon successeur; je désire qu'il serve la Patrie avec le même zèle et le même civisme que moi, et qu'il soit plus heureux. J'ai passé ma vie en pays étranger; je n'ai jamais obtenu ni congé, ni faveur. Après avoir été longtemps secrétaire d'ambassade, j'ai été envoyé ici comme résident. Les peines que j'y ai eues ont été aussi grandes que ma conduite a été prudente. Né dans les pays méridionaux, ma santé usée par un long travail dans le nord de l'Allemagne m'avait fait désirer que mon avancement se fît vers des climats plus doux et je fis solliciter il y a trois ans et plus, le poste de Gênes, lorsque M. de Montai était disposé à le quitter. Je n'ai rien obtenu ; on m'a renvoyé ici

Page 1