LA GRAVIÈRE A M. DE RIRON
parce que personne ne se souciait d'y venir. Le 31 décembre dernier, on m'a fait nommer ministre plénipotentiaire avec le traitement qu'avait M. d'Andlau, mais on n'y a ajouté ni la gratification d'usage, ni aucun des agréments qui accompagnaient une nomination. A l'instant, je perds tout à la fois ; je ne connaissais pas le précédent ministre, je ne connais pas celui-ci et je ne sais si quelque citoyen juste et bon embrassera ma défense. Je vous demande pardon mon Général, de vous ennuyer de ces détails ; mais une inattendue et brusque injustice est-elle donc une chose qui n'excite pas la sensibilité. J'ai l'honneur d'être...
Signé : la Gravière.
Répondu à M. de la Gravière en lui proposant de faire sa commission près du Ministre des Affaires étrangères.
N'' 70. — La Gravière a M. de Biron.
Bruxelles, le 16 avril 1792.
L'an IV de la Liberté.
Je reçois à l'instant, mon Général, la lettre dont vous m'avez honoré hier, à laquelle est jointe la liste
des sept soldats du 12^ régiment désertés à Gondé. Je vais en faire la réclamation.
L'offre que vous avez la bonté de me faire de votre intercession auprès de mon ministre excite toute ma sensibilité ; les détails que j'ai pris la liberté de vous confier avant-hier vous auront fait connaître ma position. Si vous avez la bonté de témoigner à M. Dumouriez de l'intérêt en ma faveur, je ne doute pas qu'il n'y ait égard soit en m'employant s'il croit mon zèle utile à la chose publique, soit en m'accordant une retraite s'il a des vues qui ne le lui permettent pas. Mon rappel est motivé sur ce qu'on ne veut avoir ici qu'un résident. Si j'avais été consulté, ce n'est pas ici que mon avancement eût été fait ; aussi, dois-je supposer que M, de Lessart m'ayant oublié dans les promotions qu'il avait faites, malgré d'anciens et pénibles services, il s'est débarrassé de mes réclamations en rétablissant la place telle qu'elle était du temps de M. d'Andlau. Je ne dois pas être la victime d'un pareil arrangement de circonstances et vos bontés contribueront à m'en préserver.
On s'obstine si singulièrement, mon Général^ à dire que les Français vont attaquer les Autrichiens, que j'ai été occupé à conjecturer sur les causes de cette opinion ; c'est celle de tous les gens considérables de l'administration ; ils détestent les principes de la Gonstitution, mais ils pensent qu'il n'y a rien à gagner et tout à perdre à attaquer les Français chez eux, à cause de la ligne des places qui les
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•entourent, et de la réunion de forces qu'occasionnerait le danger commun ; mais ils croient que si l'impétuosité nationale aiguillonnée par les intrigues auxquelles on ne s'épargne pas, attirait les Français hors de leurs foyers, alors les troupes étrangères conserveraient tout l'avantage des manœuvres et de la discipline, et auraient bon marché des Français dont la défaite répandrait un découragement tel, que la France se trouverait à la merci des puissances liguées contre sa liberté ; ce rêve n'est pas croyable, je me suis défendu tant que j'ai pu, mais nos graves personnages désirent tant la guerre sous ce rapport, ils assurent si positivement que les Français vont faire une invasion que je vous laisse à apprécier leur manière de voir.
Sifîrné : la Gravière.
M. Gaillard, qui vient de la Haye veut bien se •charger de cette lettre.
N" 71. — Alex. Beauharnais a M. de Biron.
Paris, le 11 Avril 1792.
Je quitte M. Dumouriez avec lequel j'ai eu, mon «Général, une longue conférence, et que je dois revoir •demain ; voici les principaux objets dont je m'em-
presse de vous instruire. L'armée du Nord sera offensive comme celle du Centre, c'est celle d'Alsace qui sera d'observation et défensive. Le départ du Maréchal paraissait encore incertain au ministre, mais dans la supposition de son absence ou de sa présence, voici les désirs de M. Dumouriez dans l'une ou l'autre hypothèse, et ce qui lui paraît certain, c'est que M. de Luckner passera à l'armée du Nord, si la santé de M. de Rochambeau le retient ici, et que, si ses forces lui permettent de commander, une division de l'armée du Nord forte d'environ 20.000 hommes, sera à vos ordres et agira offensivement. Toutes jes mesures relatives à ce système vont être prises ; plusieurs même qui s'y lient ont déjà été ordonnées. Les officiers vont recevoir l'ordre de faire leurs équipages. M. Dumouriez qui me paraît avoir de l'influence sur l'esprit de M. de Grave m'a promis de ne le point quitter que toutes les expéditions relatives aux besoins de notre armée ne fussent faites ; c'est demain ou après-demain qu'il y a un Comité ad hoc à l'hôtel de la guerre. L'opinion publique est toujours ici que M. de Rochambeau ne partira pas et que ce doit être ou vous ou M. d'Estaing (1) qui devez
1. Charles-Hector comte d'Estaing (1729-1794) brigadier des armées du Roi passa ensuite dans la marine et devint amiral. Au moment de la Révolution il se montra partisan des idéesnouvelles, fut commandant de la garde nationale de Versailles, puis se fit admettre comme simple grenadier dans la garde nationale ^^arisienne. « Appelé à déposer comme témoin dan» !
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commander l'armée. J'ai passé la soirée hier chez Cond... (1) avec l'abbé Si... ('2), la dépulation de Bordeaux, etc., etc.. , ils désirent tous que vous ayez en chef le commandement de l'armée du Nord, si M. de Rochambeau ne part pas, et que M. de Luckner soit placé de préférence à l'armée du Centre y conservant Lafayette sous lui. C'est M. de Montesquiou qui commande l'armée du Midi, M. de Wittgenstein s'étant démis de ce commandement. Je vous quitte, mon Général, pour aller voir M. de Rochambeau qui a dû se purger aujourd'hui. Je vous marquerai demain le résultat de notre conversation. Narbonne est mieux. Adieu, comptez que quelques mesures que vous commandent les circonstances, comme elles seront toujours en faveur de la liberté de notre pays, comptez mon cher Général, que c'est avec plaisir,que c'est avec une forte détermination que mon cœur lie ma destinée à la vôtre. Je défendrai la constitution française à vos côtés, et je serai heureux en servant ma patrie de n'être pas étrangère vos succès et de contribuer à votre gloire. Adieu, très tendrement.
Signé : Alex B...
le procès de la Reine, il y fit preuve de peu de courage. Il n'en fut pas moins traduit à son tour devant le Tribunal révolutionnaire, et, le 28 avril 1794, il était envoyé à l'échafaud. » Mémoires de d'Andigné, I. 67, note.