DUMOURIEZ A M. DE BIRON
tant plus (ju'il faut tAclier do l'exécuter en grand, et sur le plus grand nombre de garnisons qu'il sera possible. Faites -moi un aperçu de cette dépense qui vaut mieux que les frais d'espionnage, et je vous ferai toucher sur-le-champ ce que vous jugerez nécessaire d'après la première expérience que vous en aurez faite; car il faut un premier exemple, ne fût-il que d'une cinquantaine d'hommes, pour m'autoriser à y jeter de l'argent, mais alors nous pourrons aller à l'avant, et ce moyen de faire la guerre à nos ennemis en vaut bien un autre. C'est vous, mon cher Biron, qui devez particulièrement rendre ce service à votre patrie. Vous en direz ce que vous voudrez à M. le Maréchal, mais je vous prie de ne lui en parler que lorsque la machine sera parfaitement montée, et même je crois que vous pouvez vous dispenser de lui faire cette confidence. J'ignore quels sont vos rapports avec le jeune Rochambeau, et à quel degré vous pouvez vous servir de lui pour cette excellente opération. Sa position à Maubeuge est excellente pour cela; je vous laisse le maître de ne pas l'employer ou de vous servir de lui. C'est à vous à lui donner toutes les instructions à cet égard, ainsi qu'à ceux des officiers généraux ou particuliers auxquels vous croirez pouvoir vous confier; c'est dans vos lettres que j'ai conçu le plan de faire cette opération très en grand ; occupez-vous-en sur-lechamp pour qu'avant huit jours, nous puissions promener des Autrichiens dans Paris, comme on
va y promener des soldats de Châteauvieux; j'y laisserai mettre la même publicité pour les deux résultats dont je vous ai parlé au commencement de ma lettre. Les Autrichiens crieront à la perfidie et à Finfraction; j'ai mes réponses toutes prêtes. D'ailleurs, nous approchons de l'époque où les ménagements seraient une bêtise ; ainsi; tâchez sous huitaine d'avoir déjà fait quelque chose. Envoyez-moi votre mémoire de frais, et il sera remboursé tout de suite.
Le Vasseur, mon aide de camp (il est jacobin et vous pouvez vous en servir dans les clubs) part demain matin pour servir auprès de vous. Sa meilleure qualité est une grande fidélité et une grandesoumission; d'ailleurs ce n'est point un aigle, vou& pourrez l'employer en courrier, si vous avez quelque chose d'important à me faire passer.
Soyez sûr, mon ami, que M. de Lafayette ne commandera point l'armée du Nord, que si M. de^ Rochambeau se trouvait hors d'état de faire la campagne, on y ferait passer le général Luckner. M. de Grillon ne sera pas même sur les rangs pour le commandement, qu'enfin si la totalité de l'armée n'agit pas extérieurement, c'est vous qui commanderez la partie agissante. Mon amitié n'a aucun mérite dan& cette disposition je n'ai fait que consulter l'intérêt de la patrie et l'opinion publique. L'amitié est bien à son aise quand elle est aussi parfaitement d'ac cord avec l'intérêt et avec le bien public. Soyons toujours ainsiy mon ami, et laissez-moi saisir lesocca-