‹ Le Duc de Lauzun (général Biron) 1791-1792Chapitre 47 sur 62 · HIRON A M. DUMOURIEZ · texte numérisé non relu

HIRON A M. DUMOURIEZ

slous (le VOUS melire à la main le hnlon ([u''oni honoré vos pères. C'est la seule velléité aristocratique (jui puisse être d'accord avec mon civisme et ma philosophie. Répondez-moi sur-le-champ, travaillez promptement et en grand sur l'armée autrichienne et aimez-moi comme je vous aime. Nous avons toujours été d'accord sur nos opinions politiques ; nous avons travaillé ensemble, nous avons été repoussés ensemble par l'ancien régime, et nous parviendrons ensemble à affermir le nouveau. Je vous embrasse de tout mon cœur.

Signé: Dumouriez.

N* 75. — BmoN a M. Dumouriez.

A ValencienncSjlc 15 Avril 1792.

Vous me faites un plaisir extrême, mon excellent ami, en me disant que vous dirigez beaucoup le travail militaire et que de Grave vous témoigne une confiance filiale; certes, il a grand raison s'il veut faire aller son Département. Personne n'a plus de confiance que moi dans la pureté de ses intentions et dans son patriotisme ; mais je ne puis me dissimuler que rien ne va, qu'il ne répond qu'aux petits détails et jamais aux questions importantes. Je lui ai écrit plusieurs lettres particulières, qui, je crois, méri-

talent son attention, et je n'ai eu pour toute réponse que 4 lignes de sa main, très vagues, dans lesquelles il m'assure seulement qu'il s'occupe de notre armée. Dans les circonstances actuelles, cela ne peut suffire à l'officier qui commande, car on excite continuellement le soldat à faire des réclamations dont quelques-unes sont toujours fondées. Nous calmons tout en promettant d'écrire au Ministre ; nous écrivons, en effet, mais jamais le ministre ne répond. Il faut donc que le soldat voie nécessairement de la mauvaise volonté ou dans les généraux ou dans le ministre. Les ennemis de la chose publique se servent avec beaucoup d'avantage de ce moyen d'aigrir les esprits et d'échauffer les têtes. Je ne m'effraye pas plus aisément qu'un autre, et la confiance du soldat doit me rassurer plus que personne. Mais je dois vous déclarer positivement que si vous ne parvenez pas à faire payer en argent au soldat tout ce qui lui est dû, et particulièrement son décompte, vous vous exposez au danger le plus certain et le plus prochain. Le soldat est journellement excité sur ce point et avec un succès qui m'inquiète; je suis un palliatif dont on ne peut se servir longtemps; un de ces jours, nous aurons une bonne et forte insurrection à laquelle il faudra céder pour éviter le pillage des caisses, et des désordres qui détruiraient entièrement notre discipline au moment d'entrer en campagne. Le soldat sera véritablement reconnaissant de ce que vous ferez pour lui mainte-

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nant, mais no lui laissez pas le temps de croire qu'il vous a arraché par des menaces, ce que vous aurez précédemment refusé à ses justes réclamations. Pensez donc aussi que si on ne trouve pas quelque moyen de venir au secours des officiers subalternes, ils seront dans l'impossibilité physique de faire leurs équipages quand ils en recevront l'ordre. Les chevaux et toutes les choses dont ils ont besoin sont au moins doublés de valeur, et deviennent d'une grande rareté. La réponse du roi de Hongrie que l'on peut prévoir fera baisser encore les assignats, et les 300 fr. que l'on accorde aux officiers subalternes n'en vaudront peut-être pas 100 quand ils les recevront. J'avais proposé à M. de Grave un moyen d'y remédier, c'était d'étendre de quelques centaines la fourniture des chevaux de peloton, et de m 'autoriser ensuite à en céder à ceux qui ne pourraient pas s'en procurer autrement, à un prix et sous une retenue convenue. Ce serait un grand soulagement et le moins onéreux qu'on puisse leur donner. M. de Grave n'a pas plus répondu à cela qu'au reste; à présent que c'est entre vos mains, je suis sûr qu'il n'y aura pas de temps perdu, et je suis content.

J'ai déjà mis du monde en campagne pour notre plan de désertion autrichienne ; je crains que les moyens qui m'avaient été proposés les premiers n'aient été fort affaiblis par le silence que j'ai été obligé de garder. Je vais frapper à ces portes-là, et à d'autres encore. Je ne serai pas longtemps sans

^voir des nouvelles positives. J'ai envoyé chercher Rochambeau * qui sera ici ce soir, il est plein de zèle et d'activité et je lui connais des moyens. 11 faut quelques jours d'expérience pour me mettre en étal <le faire un aperçu de dépense ; j'avancerai une centaine de louis en or, et quand ils seront à peu près employés, je vous en rendrai compte, vous me les ferez rendre et vous me donnerez vos ordres. Mes finances ne me permettent pas des avances plus considérables. Le meilleur moyen d'attirer une très grande désertion serait celui de lever sur-le-champ quelques compagnies franches dont le but fût visiblement de les recevoir, et qui ne fussent absolument que des cadres ; quand nous n'en aurions dans ce moment que sept ou huit, elles ne laisseraient pas que de faire un effet prodigieux et plus que toutes les embauches possibles, mais il faut que M. de <]irave me laisse nommer les officiers, car s'il y place des gens de lettres, ou des gens de loi, cela ne fera pas notre affaire ; il faudrait aussi que l'Assemblée nationale permît de s'écarter pour cette espèce de troupes des règles d'admission ordinaire. Observez aussi, je vous prie, mon bon ami, qu'après les premières centaines de déserteurs reçus, nous serons fort embarrassés des autres qui arriveront vraisemblablement en grand nombre, si nous ne savons où les mettre. Il y aurait de l'inconvénient à les lais-

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