‹ Le Duc de Lauzun (général Biron) 1791-1792Chapitre 53 sur 62 · Relation de Foissac-Latour · texte numérisé non relu

Relation de Foissac-Latour

2. Archives historiques du Ministère de la Guerre. Armée ( du Nord 1T92. Biron au ministre de Grave, de Valenciennes, 2 2 mai.

nance non pas fière assurément, mais noblement résignée de Biron, aucun excès ne se produisit dans la ville.

Nous n'avons pas à dire avec quelle mine allongée, quelle figure piteuse Lauzun dut paraître devant Rochambeau.

Assurément, les événements donnaient raison au Maréchal d'une façon lamentable et décisive ; il n'était plus permis de ne pas voir combien il avait été sage, combien il avait été prophète en s'opposant à toute guerre offensive, à toute attaque inconsidérée, tant qu'on ne disposerait point de soldats plus expérimentés que ceux dont nos armées étaient alors composées. Mais le Maréchal était trop patriote, avait le cœur trop haut placé pour tirer une satisfaction d'un malheur national ; il se borna à quitter l'armée. — « Sire, avait-il écrit le 19 au soir à Louis XVI^ si nos ministres et celui des Affaires étrangères particulièrement, veulent jouer toutes les pièces de l'échiquier et que je ne doive rester qu'un être passif, je supplie Votre Majesté d'accepter ma démission. »

Et quelque effort que tentassent le gouvernement, le Conseil du Roi, le Ministre de la Guerre, le Souverain lui-même, pour le maintenir à la tête de l'armée, le Maréchal persista dans une

résolution que la légèreté de Duniouricz et la duplicité de Biron imposaient à sa dignité. Toutefois Lauzun ne connutpas plus tôt le parti que prenait Rocliambeau, qu'il tenta les plus grands efforts pour l'y faire renoncer. Avec la même chaleur qu'il avait témoignée trois mois auparavant pour faire mettre de côté le Maréchal, il le déclarait aujourd'hui l'homme nécessaire, sentant bien que Rochambeau seul avait assez d'expérience, d'autorité, de prestige pour pallier les conséquences du désastre du 30. — Entre temps, comme Dumouriez lui avait écrit une lettre sévère où il lui reprochait amèrement la légèreté de sa conduite, la hâte avec laquelle il avait exécuté son mouvement de retraite sur Valenciennes, l'inanité de ses prévisions relativement aux désertions autrichiennes, il répondait au ministre en essayant de fuir la responsabilité qui l'écrasait, en s'efforçant d'égarer encore une fois Dumouriez, de se tromper lui-même sur le rôle à double face qu'ils avaient joué l'un et l'autre dans cette malheureuse équipée. Cependant quand Dumouriez surpris par la décision de Rochambeau ne sachant à qui confier cette armée, en offrit l'int térim au vaincu de Mons, ce dernier, dégoûté i momentanément des grandeurs, heureux d'avoir

échappé au sort de Dillon mais craignant de ne pas jouir une deuxième fois de la même immunité, se retrancha derrière un refus formel ; « J'aime mieux me faire tuer comme soldat que de me faire pendre comme général », disait-il au Ministre dans une des lettres qu'on lira tout à l'heure. Et cette fois. Ton sent bien qu'il disait vrai, que l'impression de sa défaite l'avait ramené pour l'heure à un sentiment plus exact de la médiocrité de ses moyens.

Entre temps il affectait le calme, la tranquillité d'esprit de l'homme de devoir qui a été trahi par les événements et il se peut qu'au fond, il ne sentît point bien exactement avec quelle justesse, quelle justice il avait été puni à la fois de son incorrigible jactance et de sa conduite sans franchise vis-à-vis de Rochambeau.

On est si peu certain, en lisant les lettres de Biron de comprendre sa véritable pensée, on est obligé pour discerner la vérité de les étudier avec tant de soin, d'attention, que nous-même qui les avons creusées pendant de longues heures, nous demeurons perplexe à cet égard. Le lecteur va juger la question en parcourant celles qui suivent :

lilRON A M. MERLIN 261

No 90. — BiRON A M. Merlin (1).

A Valenciennes, le 7 Mai 1792 6 heures du matin.

Je viens de recevoir, mon cher collègue, votre intéressante et importante lettre d'hier. Je suis assurément bien loin d'avoir autant de connaissance que vous de la politique belge; je ne m'ensuis jamais mêlé que très indirectement et dans la vue générale d'aider une nation qui voulait recouvrer sa liberté. Je ne connais ni Van der Mersch ni Wonk, je suis assez lié avec Ed. Walkiers, en qui j'ai toujours reconnu les principes les plus purs et le plus aident zèle pour la bonne cause, mais vous m'étonnez on ne saurait davantage, en me disant que ce ne sont pas les moyens de M. de Béthune qui ont été employés, mais ceux des Wonkistes (2). Je me croyais certain que ces derniers avaient été écartés ; que plusieurs propositions de M. Ed. de Walkiers avaient été rejetées, et que toute la confiance du ministère s'était portée sur M. de Béthune, je vous avouerai même que cette confiance sans bornes m'avait alarmé, car

1, Merlin, de Douai, députée la Constituante, membre de la Convention, où il vota la mort du Roi. Créé comte par l'Empire, il mourut en 1828.

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