‹ Le Duc de Lauzun (général Biron) 1791-1792Chapitre 54 sur 62 · Partisans de Vonk, chef du parti libéral en Belgique · texte numérisé non relu

Partisans de Vonk, chef du parti libéral en Belgique

j'avais constamment cru voir que M. de Béthune était plus par les moyens que lui donnait le gouvernement français que par son influence sur les Belges, et je ne pouvais douter que Ed. Walkiers n'eût de très grandes ressources personnelles de toute espèce. Je pense absolument comme vous qu'il nous doit être tout à fait indifférent quelle forme de gouvernement choisiront les Belges et que notre unique but doit être de les rendre indépendants et libres de s'organiser. Je pense aussi qu'il faudrait, sans perdre de temps, employer, payer et armer le corps rassemblé par M. de Béthune, je voudrais seulement que sa formation fût telle qu'elle ne fît dans ce moment-ci que des cadres de compagnie qui se compléteraient par les patriotes brabançons qui viendraient nous joindre; cela aurait le double avantage de placer immédiatement un plus grand nombre d'officiers et d'annoncer aux patriotes qu'ils trouveront des corps créés pour eux et destinés à les recevoir. Nous allons probablement, mon cher Collègue, avoir de grands changements dans notre armée, M. le maréchal de Rochambeau a donné sa démission, il paraît qu'elle a été acceptée et que le Maréchal Luckner remplacera M. de Rochambeau, dont la retraite fera, selon toute apparence, quitter un grand nombre d'officiers généraux de son armée. Quant à moi, aucune considération particulière ne me fera abandonner le poste qui m'a été confié, mais je ne puis vous cacher que j'ai des raisons majeures

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d'être relevé aussitôt que l'on ne me jugera plus nécessaire.

Il n'y a aucune inquiétude h avoir sur M. de Laiayette. Je lui ai expédié un courrier le jour de ma rentrée à Valenciennes, et je l'ai informé des faits sans me permettre une seule réflexion. J'ai reçu sa réponse par laquelle il paraît décidé à rappeler de Bouvines (1) une avant-garde de 3000 .hommes qu'il y avait envoyée aux ordres de M. de Gou- Tion (2), n'ayant jamais eu d'espoir d'enlever le château de Namur. Nos revers lui ont, je crois, fait abandonner cette entreprise. Nous avons, en effet, la nouvelle qu'un corps autrichien d'environ 4.000 hommes (ce que je crois exagéré) marche sur Binche, mais il trouvera M. de Lafayette rentré dans l'inexpugnable camp retranché de Givet.

1. C'est Bouvigne et non Bouvines. Bouvignc où campait le maréchal de camp Gouvion Ici" mai 1792 est située sur la rive .gauche de la Meuse, vis-à-vis Dinant, à 20 kilomètres environ au Nord de Givet. Bouvines, célèbre par la bataille de 1214 se trouve beaucoup plus au nord, à quelques kilomètres au sudest de Lille.

2.Gouvion Jean-Baptiste lit lacampagne d'Amérique avec Lafayette et devint en 1789 major-général de la garde nationale. Elu le 7 septembre 1791 député à la Législative, il donna sa démission en 1792 pour suivre son général et ami à l'armée du Centre. Il fut tué au combat deGrisuelles, le 11, juin 1792. Lafayette rendant compte de cet événement au Ministre de la Guerre Servan, lui disait le même jour 11 juin: «Je n'aurais, Monsieur, qu'à me féliciter du succès de cette attaque, si par la cruelle fatalité, elle n'avait pas enlevé à la Patrie un de ses meilleurs citoyens, à l'armée un de ses plus utiles officiers et à moi un ^mi de quinze ans : M. ds Gouvion. » Archives historiques de la, Guerre, Armée du Centre. Lafayette à Servan, 11 juin 1792.

A 8 heures du matin.

Je reçois dans l'insiant votre lettre du 5, deux heures après celle du 6 ; j'en conférerai dans la matinée avec M. le Maréchal et mon opinion n'est pas qu'il adopte maintenant aucune disposition ultérieure. Si je m'étais trompé, j'aurais l'honneur de vous en informer par ordonnance. Si le Maréchal ne veut pas prendre part à votre excellent projet, je vous le manderai par le courrier ordinaire.

Vous connaissez, mon cher collègue, tout mon sincère et inviolable attachement.

Signé : Biron.

Mille hommages à notre ancien collègue M. d'Août (1).

1. Aoust (Eustache, Jean-Marie, Marquis d') né à Douai en 1741, député de la noblesse aux États-Généraux, membre de la Convention où il vota la mort. Envoyé en mission dans le Nord, il fut à cette époque, rayé du club des Jacobins comme ex-noble, devint président du district de Douai sous le Directoire et mourut à Cuincy (Nord) en 1805.

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N" 91. — BiRON A M. DE Grave.

A Valencicnncs, le 8 Mai 1792.

Monsieur,

Mon honneur m'oblige à vous déclarer positivement que l'armée du Nord doit être considérée comme perdue si M. le maréchal de Rochambeau l'abandonne, qu'un très grand nombre d'officiers distingués, ceux qui servent le plus utilement sont invariablement déterminés à quitter l'armée, et qu'alors, elle sera dans un tel état qu'on peut la regarder comme détruite si elle est attaquée. Je puis m'y faire tuer comme soldat, mais je puis moins qu'un autre me charger de l'extravagante responsabilité d'un commandement d'intérim pendant lequel les plus désastreux événements peuvent se passer. Je finirai la campagne sous les ordres de M. de Rochambeau ; j'ai fort à cœur de lui prouver encore une fois que la manière dont nos généraux me traitent n'influe nullement sur celle dont je sers et qu'il s'est trompé en annonçant que nous avions perdu tous deux la confiance des troupes.

Signé : BmoN.

P,-S. — Permettez-moi de vous demander avec

instance une sous-lieutenance d'infanterie pour M. de Preissac, mon aide de camp porteur de cette lettre.

N'' 92. — BiRON A M. DUMOURIEZ.

A Valenciennes, le 8 Mai 1792.

Il n'y a pas à balancer, mon ami, il faut à quelque prix que ce soit garder M. le maréchal de Rochambeau à l'armée du Nord. Tout ce qu^il y a d'officiers en état de servir utilement quitte à la fois si elle s'en va, et cette malheureuse armée sera, sur-le-champ, mise en insurection ou détruite si elle est attaquée, et jaous ne pouvons nous flatter que ces circonstances soient ignorées des ennemis. Tous ces désastres arriveront pendant l'intérim, je refuse donc positivement de m'en charger. J'aime mieux me faire tuer comme soldat que de me faire pendre comme général. Maret vous écrit dans ce sens : Si vous étiez sur les lieux, vous jugeriez comme nous.

Signé : BmoN.

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N"^ 93. — BiRON A M.DUMOURIEZ.

A Valenciennes, le 11 Mai 1792.

Je n'ai reçu qu'hier, mon ami, votre lettre du 5, ce n'est pas la première fois que celles que vous m'écrivez éprouvent un pareil retard ; je crois devoir vous en avertir. Il est en vérité curieux que vous me reprochiez d'être l'homme du Maréchal tandis qu'il I me reproche d'être le vôtre et que l'on répand dans l'armée que j'ai intrigué près de vous et me suis servi de notre ancienne amitié pour l'éloigner et me mettre, dit-on, à sa place. Je n'ai jamais eu à me louer du Maréchal, ni en Amérique, ni ici ; il ne m'a marqué de la confiance que quand il n'a pas pu faire autrement. Je lui ai été souvent utile, et il n'a jamais rendu un compte avantageux de moi et ne m'a jamais dit un mot obligeant, en me crevant à plaisir. C'est parce que je ne suis capable d'aucune considération particulière que je vous répète que c'est celui de vos généraux qui entend le mieux la défense d'un pays et qui aura le plus d'avantage pour remettre un peu d'ordre et de discipline dans une armée qu'il connaît ; ajoutez à cela que l'on a idéterminé tous les chefs de l'avant- garde et tous les -Officiers fermes et intelligents à quitter en même temps que le Maréchal. Je sais bien qu'il ije faudrait

pas céder à une telle intrigue, mais il faudrait auss pour y réussir, avoir des moyens de remplacement que je ne vous connais pas. Vous n'avez pas d'idée de ce que sera votre armée quand on en aura retire le peu d'officiers qui servent encore bien. Il est impossible que vous autres ministres qui jugez toujours de loin, vous ayez des idées justes de l'état des choses. Je voudrais garder M. de Rochambeau six semaines ; j'en voudrais un autre après. S'il est immé diatement relevé par son successeur^ tout peut encore s'arranger, car pour peu que je sois soutenu, je suis bien sûr de faire rester un assez grand nombre de sujets, mais s'il y a un intérim, tout est perdu cai toutes les intrigues se réuniront avec succès poui porter l'armée à l'insurrection ou au découragement total, et dans les deux cas elle est irréparablement perdue, car on ne manquera pas d'instruire les Autrichiens de notre véritable position, et ils eni profiteront sans danger.

Si je commandais par intérim, je réunirais contre moi tout ce qui prend maintenant le nom d'amis du Maréchal, et tous ceux qui me soupçonnent d'être, ambitieux parce que je ne veux pas déserter moE poste. Si je ne commande pas, au contraire, soit qu'il n'y ait pas d'intérim, soit qu'un autre en soit chargé, je réunirai toute la confiance et je serai, j'espère, également utile à l'armée et à la chose publi que. Je pense comme vous, et même avec nos trou-j pes (quoiqu'il y ait bien des choses à dire) j'aurais^

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pout-ôtre mieux aimé reprendre le camp de Quicvrain qre celui de Famars, uniquement parce qu'il montrait une fermeté importante, car la position du camp de Famars est belle, et nous avons un cordon de troupes qui n'aurait pu s'établir au delà de Quiévrain qui nous garde jusque-là et qui est une leçon continuelle et excellente pour nos troupes légères qui commencent à très bien servir et à se garder avec beaucoup d'intelligence. Mais l'un n'est pas plus possible que l'autre parce que l'armée manque de tout; nous devions avoir pour soixante mille hommes d'effets de campement; entre Valenciennes et Lille, on en a perdu pour environ six mille et il ne s'en trouve pas à présent de quoi en faire camper quinze mille, et on en attend de Paris. Cela ne doit pourtant pas nous donner beaucoup de regrets, car il a fait froid comme dans le cœur de l'hiver et si nous eussions été campés (1), nous aurions déjà beaucoup trop souffert. Vous aviez de l'humeur, mon ami, quand vous m'avez écrit que nous avions marché comme des fous et que nous étions revenus de même. Je ne puis en convenir, car nous avons marché dans le meilleur ordre, et pris une bonne position ; l'ennemi nous rend cette justice. Quant à la retraite j jusqu'à Quiévrain, je ne crois pas possible d'en faire (I une plus honorable. Je ne pense pas que l'on puisse

1. Il y a coupés dans le manuscrit; mais c'est évidemment î Campés qu'il faut lire.

regretter que je n'aie pas attaqué les Autrichiens postés et retranchés sur les hauteurs de Bertheau^ mont. Cette extravagance eut entraîné la perte de l'armée sans aucune chance de succès.

D'ailleurs, je vous le répète, je désire beaucoup une \ cour martiale pour juger ma conduite et si des amis tels que vous jugent que je me suis conduit comme 1 un fou, je crois que je ferai bien de me rendre la | justice de ne plus faire un sacrifice inutile en con- j tinuant des services inutiles et pénibles qui ne valent | sûrement pas ce qu'ils en coûtent. Si je suis sans talents militaires, si un autre que vous m'eût dit cela, mon ami, ma réponse eût été ma démission envoyée à l'Assemblée nationale et motivée sur la lettre. Vous me dites que je rejette sur vous nos malheurs, ma conduite me semble avoir prouvé le contraire, mais je n'ai pas dû vous cacher que vous aviez été indiguement, scandaleusement trompé sur î les dispositions des Brabançons qui nous sont unanimement contraires ; nous l'éprouvons tous les jours. Mon austère franchise ira plus loin ; vous l'êtes encore, vous employez un parti sans crédit, et de nouveaux malheurs peuvent être les fruits de cette erreur. Quant aux déserteurs, il est très vrai que je vous en ai annoncé beaucoup ; il est également vrai que nous en aurions eu un nombre considérable si on avait pris les mesures nécessaires pour les recevoir.

Je n'ai cessé de demander à M. du Portail,' |

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à M. de Narbonne et à IM. de Grave des cadres de compagnies faites pour les recevoir; je vous en ai parlé dans presque toutes mes lettres; j'ai proposé deux ou trois formations et on m'a répondu que pour m'annoncer — spirituelle imagination, — de réunir les bataillons de chasseurs à pied aux régiments de chasseurs à cheval; ce qui est absolument nul pour notre armée qui ne possède qu'un seul bataillon de chasseurs à pied. Pas un de nos détachements, pas un de nos postes d'avant-garde ne devrait être sans des chasseurs à pied puisque les Autrichiens en ont tous et nous détruiraient un par un avec eux, si,^ des deux côtés, nous étions un peu plus mordants. Que voulez-vous que nous fassent des Polonais, des Hongrois, des Croates, des Allemands même, ' s'ils ne trouvent pas tout de suite un emploi et une paye. Quelque chose que je fasse, ou que je les renvoie ici de garnison en garnison, personne n'en veut, et ils ne savent que devenir, cela se sait dans l'armée autrichienne et très naturellement cela arrête plus la désertion que toutes les précautions qu'ils peuvent prendre ; j'ai bien traité ceux qui me sont venus, je leur ai donné de l'argent. On m'annonce, et les inquiétudes des Autrichiens me le confirment, qu'il y a dans leur armée une nouvelle disposition à la désertion, mais je ne puis en désirer l'effet si nous ne savons que faire des déserteurs qui nous viendront, et je n'ose, en vérité, désirer qu'il en arrive un grand nombre. Quant aux repro-

ches que vous me faites à moi, lieutenant-général, d'avoir montré vos lettres au Maréchal, j'y répondrai sans peine, le grade ne fait rien à cela. Il est soupçonneux, il croyait, il persuadait à l'armée que j'intriguais contre lui pour le remplacer, il était d'une importance majeure et pour vous et pour moi que l'on ne jetât pas un tel voile sur ma pureté et sur votre loyauté et il m'a accusé presque publiquement d'une correspondance secrète d'intrigue, m'a dit qu'il ne m'avait rien caché, qu'il m'avait communiqué toutes ses lettres et que les vôtres à moi étaient telles que je n'oserais assurément pas lui en montrer une seule. Tout cela s'est passé à Quiévrain au moment de tirer des coups de fusil. J'ai dit au Maréchal que vous approuveriez l'infidélité que je commettais en lui prouvant combien vous étiez loyal; je ne commettais pas d'indis- | crétion politique puisque votre plan de campagne . lui était communiqué; on m'a appelé pour quelques désordres occasionnés par des hulans. Il a dit qu'il allait me rendre la lettre et ne me l'a rendue que quelques heures après; j'ai su qu'il en avait pris * copie, j'ai cru devoir vous en prévenir, et lui représenter fortement combien il serait vilain d'abuser de ma confiance; il m'a répondu qu'il en était incapable. Son fils, qui est un bon sujet et un bon officier a dissipé toutes les inquiétudes que je pourrais conserver à cet égard.

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N'^Oi. — BiRON A M. DUMOURIEZ.

Du 13 Mai.

J'ai reçu avant-hier au soir votre lettre du 11 mon ami, et je fais partir celle-ci par le bon Le Vasseur ; quoique précédemment écrite, elle répond à peu près à votre dernière. Je suis content puisqu'il n'y a pas d'intérim, cette certitude a déjà calmé bien des têtes ; la lettre du Roi est excellente, elle réunit les égards et la fermeté convenable. Le Maréchal me paraît prendre le parti de ne plus se plaindre de personne et de tout rejeter sur sa santé ; il paraît disposé à recevoir très cordialement le Maréchal de Luckner et à le mettre lui-même fort au fait de tout. Le choix de M. Servan me paraît excellent ; j'entrerai de bon cœur en correspondance particulière avec lui, je lui parlerai beaucoup troupes légères et discipline, et je lui donnerai peut-être quelques idées qui lui feront gagner du temps.

Qui est-ce qu'un M. François Wan Miert (1) qui

1. Van Miert-Duquesne, réfugié belge qui, à la manière de c Walkiers, avait installé en France — à Valencicnnes, rue de V Mons n° 8 — une agence où l'on s'occupait de réchauffer l'en- 1 thousiasme des patriotes brabançons. Ce Van Miert s'intitu- 3 lait € Commandant militaire des volontaires à cheval de la ville de Mons. »

est ici avec un passeport signé de vous sur lequel il est dit qu'il doit s'occuper à Valenciennes de rassemblements de Belges. Il attend, dit-il, de nouvelles instructions de vous qu'il me communiquera ; il était devenu suspect à la municipalité ; je l'ai engagée à le laisser tranquille] usqu'à ce que j'eusse de vos nouvelles.

Je vous remercie d'avoir placé Le Vasseur, je l'aime de tout mon cœur ; son avancement me fait un plaisir extrême.

Adieu, je vous embrasse.

Dimanche, 13 à midi.

Un commissaire des guerres vient d'apporter à M. de Rochambeau une lettre de M. Servan et une de M. Luckner qui lui disent que M. Luckner ne viendra que pour l'aider à rétablir la discipline dans son armée, qu'il n'y restera pas, et qu'il ne sera pour ainsi dire que son aide de camp. Nous venons d'en causer, Maret et moi, et nous pensons que cela ne vaut rien parce que cela finira encore par un intérim qui est le plus véritable danger ; il i nous est venu une autre idée que je crois excellente et qui ne me paraît avoir aucun inconvénient. C'est de laisser Luckner à notre armée et de faire entrer M. de Rochambeau au Conseil où il sera bien pour l'opinion, où il aura facilement celle que vous vou-

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drcz et où il n'aura aucune influence qui puisse vous déplaire. Si sa santé ne lui permet pas d'y aller, tout est dit ; s'il y va, il vous sera souvent commode de le nommer militairement, personne n'aura à se plaindre. Les intrigues tombent d'ellesmêmes et rien ne l'empêchera d'être reconnaissant du traitement de conseiller privé. Je crois que j'ai raison, mon ami, pensez-y. Je vous embrasse...

N'' 95. — BmoN a M. Dumouriez.

A Valenciennes, le 26 Mai 1792.

Je n'ai pas été présent à la conférence des généraux (1), mon ami, personne ne m'a rien dit de ce qui s'y était passé et je ne vous ai pas écrit, n'ayant rien d'intéressant à vous mander. Assez d'autres sans moi vous répéteront que notre armée n'existe que sur le papier, et que nous manquons d'hommes, de chevaux, d'armes, d'habillements, d'équipements, d'effets de campement,d'offîciers généraux et autres.

1. Le 19 mai, c'est-à-dire quatre jours après avoir pris le ■commandement en chef de l'armée du Nord, Luckncr avait réuni à lui Rochambeau et Lafayette dans une conférence où la situation militaire et le plan d'opérations à adopter, furent étudiés. On ne connaît ce plan que par ce qu'en a dit Bureaux de Puzy dans la séance du 28 juillet 1792 à la Législative et par les opérations de Luckncr du 9 au 30 juin.

M. le Maréchal (1) me paraît déterminé à entreprendre à tout prix et les troupes à se bien battre; l'armée aura des succès ou sera détruite, je crois pouvoir vous en répondre ; est-ce assez, c'est à vous à en juger. Ne vous trompe-t-on pas quand on vous dit que les Autrichiens n'ont que 36.000 hommes de disponibles, et que ;nous serons fortement secourus par les Belges ? Je vous avoue que mes nouvelles, et j'en ai tous les jours d'assez exactes, me disent partout cela. J'espère que notre énergie suppléera tout ce qui nous manquera; mais je ne vois pas sans inquiétude une si grande responsabilité se réunir sur votre tête. La cause de la liberté perdrait deux terribles batailles à la fois si les Autrichiens étaient victorieux, et si vous quittiez le ministère. Je suis très inquiet de Maubeuge ; on l'attaquera si le Maréchal s'en éloigne et il s'en faut que le camp retranché soit suffisamment défendu. Je ne connais pas les projets du Maréchal, il est satisfaisant de lui voir unir à tant d'expérience et de talents, tant d'activité ; mais la manière dont il sera secondé ne sera pas rassurante; lisez avec attention lia. composition tout entière de notre armée, et vous y trouverez plus d'un sujet d'inquiétude. Connaissez bien du moins notre situation, et envoyez quelqu'un en qui vous avez confiance l'examiner soigneusement, pour vous en rendre un

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