Le général Servan
co qui ne l'était pas. Cette influence a gagné les corps administratifs et même l'administration de l'armée, qui est maintenant composée d'une foule de gens dont on ne peut pas se passer et en qui il est impossible d'avoir de la confiance. Vous savez de quelle importance sont les principaux employés des vivres, combien il leur faut d'habitude, d'expérience, d'aplomb pour bien remplir leurs fonctions et combien ils sont difficiles et quelquefois impossibles à remplacer,quand il en manque quelqu'un. Ceux que j'ai ici, sont bons et intelligents, mais bien attachés à l'ancien régime et bien aristocrates; il ne faut cependant pas les changer pour cela, car ils servent à merveille, leur fortune est trop compromise pour ne pas répondre de leur conduite, et de meilleurs citoyens ne seraient peut-être pas de longtemps au courant et pourraient laisser manquer le service, ce qui serait le plus grand des malheurs. En surveillant beaucoup les employés des vivres, on peut les ramener à de meilleurs sentiments, et il ne me revient pas qu'ils tiennent de propos, et il ne leur fallait peut-être qu'un général dont l'opinion fût bien prononcée. Nos commissaires des guerres ne valent pas mieux ; il n'y en a qu'un seul qui m'ait parut véritablement attaché à la cause de la liberté et de l'égalité, c'est M. Brunck (1) qui 1: craint qu'on ne vous ait donné des préventions con-
1. Brunck de Frunduck, commissaire des guerres à l'armée du Rhin précédemment commissaire de la Basse- Alsace (Strasbourg).
tre lui. Vous venez de nous ôter les deux plus utiles, M. Prieur (1), assez grand travailleur, que vous venez d'envoyer à l'armée du Midi et M. Blanchard (2) nommé ordonnateur à celle du Centre, et qui se trouve aujourd'hui dans la position la plus bizarre. Il est suspendu par les Commissaires de l'Assemblée nationale à l'armée du Rhin, nommé commissaireordonnateur à l'armée du Centre par les commissaires de l'Assemblée nationale à cette armée il a un ordre de M. Kellermann (3) de le joindre, mais il
1. Prieur, commissaire- ordonnateur, précédemment employé à Paris.
2. Blanchard de Villers, commissaire des guerres, à Besançon. « De Besançon, 30 août 1792. Le Conseil général du département du Doubs prie MM. les Commissaires :
2° De faire déplacer M. Blanchard, commissaire des guerres employé à l'armée du Rhin^ qui, indépendamment de son incivisme, a deux fils et un gendre émigrés.
3° De faire déplacer également M. Blanchard Taîné .. » Pierre Blanchard né à Metz; en 1738, condamné à mort le 26 juillet 1794 {Archives nationales W. 432-97). Dans le jugement, il est qualiiié d'« ex-noble et de frère d'émigré, frère du dernier adjudant de la Place de Besançon, dont l'incivisme est généralement connu et qui est odieux à tous les citoyens.
Signé : Séguin, évêque président, Hannier, secrétaire. »
Cette pièce porte en marge de la main de Carnot le mot : approuvé. Effectivement, le lendemain 31 août, un décret signé : Carnot, Constant et Ritter suspendait de ses fonctions « M. Blanchard, commissaire des guerres ». Chose singulière c'est qu'en même temps qu'il était ainsi relevé brutalement de son emploi, d'autres commissaires l'affectaient à l'armée de Kellermann, et que, d'autre part, à l'armée du Rhin, Custine ne voulait point le laisser partir ; c'est à ce moment qu'écrit Biron.
3. Kellermann (François-Christophe de), cadet dans le régi- j|
sai
n'en a point d(3 vous ni moi non plus qui le concerne et M. de Custine (1), qui ne croit pas pouvoir s'en passer, ne veut pas le laisser partir. M. de Villcmanzy (2), commissaire général, a tout ce qu'il faut pour faire un bon intendant d'armée, mais il est terriblement étourdi de tout ce qui s'est passé depuis un mois. Je le connais depuis très longtemps. Il a delà confiance en moi. C'est un homme précieux à conserver si je le remets comme je l'espère, et important à éloigner si, d'ici à peu de jours, il ne se prononce pas comme il le doit et comme je crois qu'il le fera; car je sais qu'il a été vivement sollicité de quitter ou de se faire suspendre dans l'espoir que cela entraînerait la cessation de service des principaux employés de l'armée, et qu'il a résisté.
Le licenciement du régiment de Vigier et celui du régiment de Steiner se feront le 27 ou le 28 ; il est très difficile qu'il se fasse plus tôt quoique Von y
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en 180. Aux Cent-Jou.s U ne se rallia pas à TEmpereur et vota la mort du maréchal Ney. Mort en 1820.
1. Custine (Adam-Philippe, comte de) 1740-1793. Lieutenant au régiment de Saint-Ghamans en 1747, maréchal de camp en 1/81, députe de la noblesse de Metz aux États-Généraux lieutenant-general en 1791, Il conduisit la célèbre expédition de Mayencc, fut ensuite nommé au commandement de l'armée du Nord en remplacement du général Dampierre. Presque aussitôt après, rappelé à Paris, il fut décrété d'accusation et condamne à mort par le Tribunal révolutionnaire.
2. De Villemanzy, commissaire des guerres. Avait été précédemment employé à Cherbourg-. Était à cette époque commissaire ordonnateur en chef de l'armée du Rhin.
travaille depuis plus de huit jours, vu l'immensité des décomptes; les officiers ont la plus grande impatience d'en voir arriver le moment et le pressent tant qu'ils peuvent : je ne perdrai pas une minute pour finir plus tôt que je ne vous l'annonce, si cela est possible, je ne serais cependant pas fâché de recevoir avant, votre réponse à cette lettre-ci, car je suis bien convaincu de la nécessité de ménager les Suisses, et de la possibilité de s'assurer d'eux, et il vaudrait en vérité mieux risquer quelques centaines d'armes en éprouvant leur bonne foi sur un régiment à qui on laisserait ses armes jusqu'à la frontière. Je reçois dans l'instant votre lettre du 15 qui en contient plusieurs de MM. le Brun (1) et Roland (2) je pense comme le Ministre des Affaires étrangères que la conduite des généraux vis-à-vis des Bâslois pouvait être beaucoup meilleure et beaucoup plus conciliatoire. J'espère ramener un peu la confiance en faisant un tour à Baie ; mes propos seront meilleurs
1. Le Brun, avocat, publiciste et législateur (1739-1824) député du Tiers aux États-Généraux, ministre des Affaires étrangères après le 10 août, membre du conseil des anciens, consul, archi-chancelier de l'Empire, duc de Plaisance, pair de France sous Louis XVIII.
2. Roland de la Platière, né à Villefranche (Rhône), le 19 février 1734 de Jean-Marie Roland sieur de la Platière conseiller du Roi et de dame Thérèse Bessic de Montozan. Ministre de l'Intérieur dans le cabinet Dumouriez et une seconde fois après le 10 août, membre de la Convention, il tomba avec les Girondins et se tua d'un coup de canne-épée le 15 novembre 1793. C'est le mari de la célèbre M"« Roland.
que ceux de mes prédécesseurs et je vous assure que mes précautions seront plus grandes. Si vous trouviez quelque inconvénient à ce que je fusse à Bâle, ayez la bonté de me le mander sur-le-champ j'aurai le temps de recevoir votre réponse, je n'attendrai pas le licenciement des Suisses pour aller dans le Haut-Rhin; dès que j'aurai établi M. Constard (1) commandant à Strasbourg, je partirai. Ayez en conséquence la bonté d'adresser vos lettres relativement aux Suisses, à moi et en mon absence, au commandant de Strasbourg.
Je voudrais et je crois qu'il serait très nécessaire que vous me laissassiez faire deux commissaires des guerres ; je pourrais nommer deux patriotes très prononcés, très actifs et très intelligents, par qui je saurais exactement sur quoi compter, ce qui est d'une prodigieuse importance.
Je ne puis vous dire trop de bien de la conduite de M. de Laubadère(2); elle m'a mérité les marques d*estime et de confiance les plus flatteuses de tous les corps administratifs, depuis l'examen de ses papiers. J'ai cru devoir vous en informer. M. de
1. Constard de Saint-Lô (1752-1823) mousquetaire en 1763, ■chef d'escadron en 1789, général de division le 15 mai 1793, retraité en 1811.
2. Laubadère (Joseph-Marie de Tenet de), fils de Jacques- Joseph et de Marie-Anne de Sérignac, lieutenant à l'école du ,^énic de Mézières, maréchal de camp le 8 mars 1793, général de division le 15 mai suivant, retraité en 1796. Il avait un fils qui fut également général de division.
Bé thune (1), mon cousin, à qui je n'ai jamais parlé trois fois dans ma vie, m'est arrivé aujourd'hui avec beaucoup d'attestations de patriotisme de sa section^ et votre permission, à ce qu'il ma assuré, ce dont j'ai été étonné ne m'apportant pas de lettres de vous. 11 tient les propos les plus civiques, est en uniforme de garde national et demande la permission de servir à cette armée. Ayez la bonté de me dire ce que vous voulez que j'en fasse, il me paraît un fort bon enfant.
N® 99. — Au CITOYEN Le Brun, Ministre de& Affaires étrangères
Strasbourg, le 22 Novembre 1792, I de la République.
J'ai reçu, citoyen Ministre, votre lettre du 15 dont le G. Châteauneuf était porteur. Je réponds à tous les articles qu'elle contient, et probablement cette réponse sera à Paris avant le G. Ghâteauneuf. Je lui ai fait part de la proposition que j'avais faite précédemment d'entamer une négociation avec le roi de Prusse
1. Lauzun a parlé déjà dans plusieurs de ses précédenteslettres d'un M. de Béthune-Charost. Nous ignorons si c'est ici le même, mais le fait est probable puisque nous avons vu que ce Bethune avait épousé une demoiselle de Sully. Voir lettre n° 13, p. 82, et la note 1 de la page 79.
lUROX AU CITOYEN LE BRUN 295
par l'entremise du général Ileymann. Il a pensé ainsi que moi que les circonstances augmenteraient encore Timportance de cette négociation, et il a cru devoir aller vous faire part de ses réflexions et vous demander des instructions sur cet objet. Je suis tout aussi ardent qu'un autre, C. M. (1). J'espère avoir servi depuis longtemps et partout de manière à le prouver. Je serais heureux aussi d'avoir des succès brillants, et utiles à la République, mais je ne crois pas remplir un devoir moins sacré, en m'occupant d'éviter des revers à ses armes. Il me paraît évident qu'une campagne d'hiver, même heureuse, ne terminera pas la guerre et ne devenant possible qu'aux dépens de celle d'été, ne pourrait obtenir que des avantages de courte durée. De puissants efforts se réuniront cependant contre nous, ne risquons pas de n'avoir à leur opposer que des moyens insuffisants. Observez qu'au printemps prochain, nos ennemis pourront employer des troupes fraîches et exercées tandis que nous ne pourrons remplacer les nôtres que par des troupes de nouvelle levée, que nous n'aurons pas le temps de former. Je le sens trop vivement pour ne pas le dire avec quelque vivacité. Notre premier, notre plus pressant devoir est mainl^enant de reposer, de réparer, de remettre dans le meilleur état possible les armées de la République. Il n'est point de maintien plus imposant que de ne