BIRON AU GÉNÉRAL DU TEIL
pouvais-je donc donner à un officier aussi instruit et aussi expérimenté que vous, qui a devant lui le Rhin pour frontière et pour barrière. Les circonstances peuvent seules donner les instructions qui sont partout les mêmes : de défendre les points attaqués. Quant aux états de situation de la garnison de Strasbourg et des postes du Rhin qui en dépendent, vous n'avez pas besoin de moi pour vous les procurer ; vous pouviez vous les faire donner facilement par l'État- Major ou les faire demander au général Gonstard. Quant aux ordres laissés à l'adjudant-général Laubadère chef de l' État- Major en l'absence du général Beauharnais, ils ne pouvaient jamais vous regarder que dans le cas où quelque troupe de la garnison de Strasbourg ou de ses dépendances aurait marché.
J'avais donné ordre au G. qui est à la tête de la correspondance secrète de vous faire parvenir tout ce qui serait relatif à cette partie. Les nouvelles qu'il a reçues intéressaient plus particulièrement l'armée de Gustine et il les a directement adressées à Mayence. Vous ne pourriez sans une injustice extrême, mon cher Général, croire que j'aie rien voulu faire de désagréable à un officier général, dont j'estime autant les talents et le patriotisme.
Les conversations que nous avons eues ensemble depuis votre lettre écrite, nous auront convaincu que la position de Gustine ne vous permet pas de passer le Rhin avant d'être sûrs des intentions de
l'électeur Palatin. Dans tous les cas, mon cher Général, vous devez être bien persuadé de toute ma confiance dans vos vues et dans vos plans.
Signé : Biron.
A la date du 10 décembre à laquelle était écrite la dernière lettre qu'on vient de lire, Biron n'avait plus que six jours à exercer le commandement en chef de l'armée du Rhin. C'était pendant la période de ce commandement que Custine avait tenté, avec le succès que l'on sait, son expédition contre Spire d'abord, contre Mayence ensuite et tout paraissait présager qu'il demeurerait à Strasbourg où il était généralement apprécié (1). Cependant à la date du
1. « Extrait de la lettre des commissaires de la Convention nationale envoyés à l'armée du Rhin, datée de Strasbourg: le 27 décembre 1792 (En marge, l'annotation: N° 960. S. R. Convention nationale — Général Biron
« Au ministre de la Guerre.
« Sévy, le 28 décembre 1792.
« Nous étions au moment de requérir que le général Biron « restât à son poste à Strasbourg lorsque nous avons appris « qu'il partait pour Paris; la considération dont il jouit à Stras- « bourg-, la confiance qu'ont en lui le citoyen et le soldat, nous « portent à désirer qu'il reste, à moins que sa présence à Nice « ne soit indispensable. Il ne peut être employé plus utilement « pour la République que dans ces contrées dont il connaît par-
16 décembre, il fut relevé de ses fonctions et envoyé à l'armée du Var, placée précédemment aux ordres de Montesquiou puis du général Anselme, un ancien combattant, lui aussi, de la guerre d'Amérique.
Avant de rejoindre son poste, Biron se rendit à Paris et remit le jour même de son arrivée la note suivante au ministre. « Le général Sheldon, officier intelligent et actif, qui est constamment malade depuis le mois de septembre, désirerait être employé à l'armée du Var espérant à la fois servir utilement et achever de rétablir sa santé dans un si beau climat. Le général Biron serait fort aise d'avoir ce lieutenant-général avec lequel il a toujours servi. Le général Biron demande instamment au ministre le maréchal de camp Miewskowski qu'il regarde comme indispensable à l'armée du Var, dans l'état d'organisation et d'indiscipline où l'on assure qu'est cette armée.
« Dans le plan d'organisation de l'armée du Var, que le général Biron présentera au Minis-
« faitemcnt les ressources et les dispositions. Le moins que « vous puissiez faire sera de le renvoyer à l'armée du Rhin dès « qu'il n'y aura plus nécessité absolue de l'employer dans le « Midi. » Archives administratives de la Guerre. Armée du Rhin.
tre d'ici à quarante-huit heures, il lui proposera la formation complète d'un état-major composé de quatre adjudants-généraux, d'un chef d'étatmajor et de six adjoints (1). Le général Biron regarde comme important que le ministre lui
1. Voici cette pièce telle qu'elle existe aux Archives administratives. Dossier Biron.
Etat-Major Un général en chef.
MM. Desprès-Grassier.
, ,. . . • ' ) Sheldon.
4 lieutenants généraux <j Paoli.
Brune t.
\ Ces trois ol'fîciers ont
M.T1.T 1»^- 1 , • été nommés provisoi- [MM.Miewskowski. Lg^gj^t Maréchaux de
,^ , . fcamp par le général
Uagobert. l Anselme etpar les com-
y G M f /missairesdelaConven-
8 maréchaux de camp ( 3. Martm. u-^^^ nationale. Cette
T^ A» !-• liiomination n'a pas en- Du Merbion.l ^g ^^^ confirmée par
Laubadère *. /le Ministre.
Gasabianca.
d'Hillaire.
Montredon (nom ajouté au crayon).
État-Major de l'armée Un maréchal de camp en chef... M. La Poipe. 6 adjudants-généraux.
2 colonels < y,' ^
ÏMM. Lapoterie.
Boursier.
Micas.
8 adjoints aux adjudants-généraux.
Gommissaires des guerres :
1 commissaire général M. Tissautier.
1 commissaire ordonnateur. M. Mazade.
Le nom de Laubadère a été rayé sur l'état.
laisse la nomination de deux adjudants-généraux y et celle des adjoints, les états-majors ne pouvant servir utilement sans être composés d'officiers connus du général et en qui il ait confiance.
« Le général Biron demande que l'adjudant-
général colonel Laubadère soit fait maréchal de
camp et employé dans son armée; cet officier
I étant très bon ingénieur et plein de zèle, serait
de la plus grande utilité à Tarmée du Var.
« Le choix du commissaire général est d'une importance extrême. On ne peut espérer aucuns succès et une bonne administration si le général et lui ne sont parfaitement d'accord, et la première de toutes les conditions pour commander une armée est d'avoir un commissaire général qui convienne et sur qui le général compte. En conséquence le général Biron demande instamment au ministre le commissaire Thierry maintenant employé à l'armée du Bhin (1). »
Quarante-huit heures après avoir remis cette note, Biron faisait parvenir au Ministre un état portant une nouvelle organisation de l'étatmajor de l'armée du Var (2).
Mais si le nouveau commandant en chef