‹ Le duc de Nemours; avec un portrait en heliogravureChapitre 41 sur 62 · LES ANNEES D EXIL · texte numérisé non relu

LES ANNEES D EXIL

L'exil de fait est commencé. Reste à exiler légalement les princes qui viennent de quitter la France. Il y avait des précédents. La République les imite. Les journaux annoncent la mesure qui va être prise. Deux des princes auxquels on veut interdire tout retour sur la terre de France protestent les premiers : le prince île Joinville et le duc d'Aumale. A la date du 19 mai, ils écrivent au président de la Chambre et se plaignent qu'on n'ait pas compris la patriotique réserve qu'ils se sont imposée. Ils peuvent se plaindre aussi de la courte mémoire de ceux qui conduisent à présent les affaires de France : « Nous avons lieu de penser, disent-ils, qu'en quittant Alger au premier appel fait à notre patriotisme, nousavonsfourni au pays une preuve patente de notre ferme intention de ne pas chercher à désunir la France, comme nous avions témoigné du respect avec lequel nous acceptions l'appel fait à la nation. Nous nous flattions aussi que le pays ne pouvait songer à nous repousser, nous qui l'avions toujours fidèlement et loyalement servi dans notre profession de marin et de soldat. »

(Jetait rappeler que, quelques semaines plus tôt, au moment des émeutes de Paris, le duc d'Aumale. gouverneur de l'Algérie, se trouvait à Alger, avec son frère Joinville ; qu'il commandait une armée de cent mille

hommes ; que les protestations de dévouement étaient venues de toutes parts aux jeunes princes, ainsi que les promesses de les ramener à Paris à la tête de l'armée d'Afrique, et qu'ils n'avaient pas voulu de la guerre civile, et qu'ils avaient obéi. Ils pouvaient donc conclure :

« Exempts de toute ambition personnelle, nous protestons, devant les représentants de la nation, contre une mesure dont nos antécédents et nos sentiments devaient nous garantir. »

Le lendemain, par une simple lettre d'adhésion, en quelques lignes, le duc de Nemours ajoutait sa protestation à celle de ses frères.

Mais les protestations, même les plus justes, n'arrêtent pas d'ordinaire les gouvernements. Celle des princes fut du nombre. Ils furent légalement proscrits, eux et ceux qui n'avaient pas élevé la voix, et plus de vingt années devaient s'écouler avant que cette mesure d'exception fût rapportée.

Ils n'ont, d'ailleurs, aucune illusion. Ils connaissent, pour les avoir contenues et souvent bravées, les forces que la chute du pouvoir royal a rendues libres. Le duc (le Nemours, qui suit avec attention les événements, écrira bientôt à sa sœur, la reine des Belges :

« Politiquement, je trouve les choses bien mauvaises maintenant. Les progrès incontestables du socialisme et leur manifestation sont un effroyable danger. Si des mesures immédiates ne sont pas prises avec habileté et énergie pour en arrêter les progrès, la France sera perdue en bien peu de temps.

« Aujourd'hui, on peut encore, je le crois, disposer de la plus grande, de la très grande partie de l'armée. Le pourra-t-on dans un mois? L'armée ne résistera pas à la continuation des épreuves auxquelles elle est soumise depuis quinze mois. C'est un immense honneur pour elle que d'avoir résisté quinze mois a L'assaut de tant d'éléments

destructeurs ; mais les organisations les plus fortes finissent par succomber à des attaques sans relâche et sans réciprocité. Et le jour où il n'y aura plus d'armée, il n'y aura plus de France.

« Me voilà loin de mon premier sujet; mais aussi peuton dire deux mots sans parler de l'effroyable danger qui nous menace tous j ! »

Un des hommes qui visitèrent Claremont dans les premiers mois de l'exil et qui rédigèrent le récit de leur visite, nous donne quelques traits de la vie qu'on menait au château. M. Edouard Lemoine était venu une première fois voir Louis-Philippe au mois de novembre 1848. Il y retournait un an pins tard (20 novembre 1849 .

« Le hasard, dit-il, m'avait amené à Claremont juste au moment où l'on s'apprêtait à célébrer une grande fête. Le duc de Nemours, absent depuis trois mois, arrivait d'Allemagne par le chemin de fer; toute la maison se rendait au-devant de lui, afin que la famille fût réunie dix minutes plus tôt.

1. La lettre est datée de Saint Leonard's on sea, 26 mai 1849. Saint- Léonard est une petite plage située près de Hastings, dans le comté de Sussex. La famille royale y fit un premier séjour dans l'été de 1848. Vers la fin de la même année, elle quittait de nouveau Claremont. h la suite d'une maladie présentant tous les symptômes d'un empoisonnement, et dont plusieurs personnes fureat atteintes plus ou moins gravement. On attribua cet empoisonnement aux sels vénéneux renfermés dans d'anciens conduits d'eau en plomb, et. pendant qu'on procédait aux réparations nécessaires, le roi, la reine et ceux de leurs enfants qui habitaient avec eux Claremont s'établirent pour quelques semaines à Richmond, à l'hôtel Star and Garter. En 1849, après Pâques, on revint aux bains de merde Saint-Léonard. Lt c'est là que, au mois de juin, la duchesse d'Orléans et ses fds firent leur première visite, sur la terre d'exil, à Louis-Philippe et à Marie-Amélie.

La reine conserva l'habitude de passer quelques semaines d'été hors de Claremont. Elle fit plusieurs séjours à Saint-Léonard; d'autres â Teignmouth et à Torquày, dans le Devonshire: d'autres à Scarborough, pla^e du Yorkshire (1856 : à Malvenu, dans le Worcestershire 1858). A partir de 1859, elle préféra Tunbridge-Wells, petite ville d'eaux située dans le comté de Kent, el dont Le climat salubre et la campagne plaisaient à la n-ine.

« C'est que. pour ceux qui s'aiment, et qui s'aiment loin de la patrie, les minutes sont des heures; c'est que. pour cette famille, l'absence d'un seul est une intermittence dans la vie de tous. »

L'auteur rapporte l'entretien qu'il eut avec le vieux roi. C'est une espèce d'interview, à une heure où le mot n'avait pas passé le détroit, et, comme il arrive toujours après nue grande défaite, c'est une défense, par le vaincu, de la conduite qu'il a tenue et des intentions qu'il a eues. Les paroles de Louis-Philippe sont, d'ailleurs, en parfaite harmonie avec d'autres déclarations bien antérieures a

celle-là. i--.il

« Sans la stabilité dans le gouvernement, disait le roi, point de prospérité nationale; sans hérédité du trône, point de stabilité dans le gouvernement... On dira que je n'ai pas toujours pensé ainsi, on me citera 1830. Je répondrai' En 1S30, je pensais ce que je pense aujourd hui. J ai déploré la révolution, oui, déploré ! Retenez le mot, on le retrouvera dans mes discours,dans mes proclamations. La révolution s'est accomplie contre mon gré.

« On a prétendu que j'avais conspiré pour la faire

réussir.

« Cela est faux'.... C'est à regret quej ai accepte cette couronne que venait me déférer la représentation nationale . Je remplissais un devoir, je tentais de reconstituer l'autorité. Si j'avais pu le faire, j'aurais renoué la chaîne des temps qu'une terrible secousse venait de rompre, j ai

essavé...

« La chute du trône m'avait été douloureuse ; mais, ce qui est plus significatif, c'est qu'avant qu'il ne tombât j aurais voulu l'empêcher de tomber. Oui, j'avais averti le roi que, s'il ne changeait pas de système, nous marchions a une'catastrophe. Mais je n'avais pas été écouté. »

Le même témoin raconte ensuite le repas auquel il assista, après son entretien avec le roi.

-• Au milieu de la table était le roi : à sa droite, il avait la duchesse de Nemours, la « beauté de la famille • : à la gauche, la duchesse d'Aumale. Eu face du roi était la reine, ayant à sa droite le duc de Nemours, à sa gauche le prince de Joinville.

« Une indisposition retenait la princesse de Joinville dans sa chambre.

« Quant au duc d'Aumale. il était séparé de sa femme par son enfant, et il avait a sa gauche Mm de ***, dame d'honneur de la reine.

« J'étais entre les généraux Dumas et de f habannes. Je fus particulièrement frappé de la cordialité du duc de Nemours...

« Tout en rendant justice à son mérite, a ce courage imperturbable dont il a fait preuve sous le feu des batteries de Constantine, on l'accusait de froideur et, je dirai le mot vrai, de fierté, ce vice si antipathique à nos mœurs plébéiennes, à cette soif d'égalité qui nous dévore tous tant que nous sommes, nous les enfants orgueilleux des révolutionnaires de 89

« Je regarde comme un devoir de constater ici que. sens des dehors réservés et froids à force de timidité, le duc de Nemours est animé des dispositions les plus affectueuses, qu'il est impossible de --'exprimer avec plus d'aisance, plus de goût et plus d'à-propos qu'il ne le fait, d'avoir une gravité plus aimable, une bonhomie plus séduisante, une raison plus persuasive, des aperçus plus droits, plus fins et plus sensés.

« Dans le premier entretien que j'avais eu l'honneur d'avoir en 1848 avec le roi Louis-Philippe, il m'avait dit :

« Le duc de Nemours est du même bois que moi. •>

« Le mot m'avait surpris. Aujourd'hui, je le trouve parfaitement juste. C'est le même bois, plein de sève et de vigueur ; seulement l'écorce n'est pas la mêm<

Le vieux roi, comme on le sait, meurt à Claremont. le

26 aoûl 1850. Il meurt chrétiennement, recevant la communion et l'extrême-onction, au milieu de toute sa famille qu'il avait appelée autour de lui, bénissant ses fils, sa fille, ses belles-filles et ses douze petits-enfants.

Quatre jours après la mort de son père, le duc de Nemours écrit à la reine des Belges ces lignes, oii cette nature, qu'on a dite, et non sans apparence, si renfermée, se montre une fois de plus tendre et compatissante:

« Claremont. 30 août 1850.

« Depuis le moment de notre malheur, ma chère Louise, nous n'avons cessé de penser à toi, à la douleur que tu auras éprouvée comme nous, à celle plus grande encore d'avoir été éloignée à ce moment suprême.

" L'abîme immense et irréparable qui s'est entr'ouvert au milieu de nous impose de grands devoirs.

« La reine, avec sa grande âme, les a immédiatement compris dans toute leur étendue; elle est admirable de courage et de commandement sur elle-même.

« La résolution qu'elle a prise de rester ici était un point capital pour l'avenir de la famille. Elle l'a prise avec une admirable fermeté. Hélène restera ici, et nous nous serrerons tous autour d'elle pour maintenir la famille dans cette unité qui est tout pour notre avenir...

" Tu as toujours occupé une grande place dans la t'amille et comme affection, et comme lion, et comme conseil. Le malheur qui nous a frappés grandit encore le rôle que tu as a jouer, et nous avons besoin que tu te conserves pour nous tous, pour la reine surtout dont tu es l'ange consolateur. »

Au milieu de la lettre que nous venons de citer, le duc de Nemours suppliait sa sœur de se soigner; il lui en faisait « un devoir ». C'est un mot qui cachait une bien vive inquiétude. La reine Louise était gravement malade. Bien-

lot même il ne fut plus possible d'espérer la guérison. Marie-Amélie s'embarquait le 8 octobre pour Ostende, avec le duc de Nemours, le prince de Joinville. le duc d'Aumale, la duchesse d'Orléans, la princesse Clémentine. La malade communiait en viatique le 10 octobre ; le lendemain matin, à huit heures, elle mourait, moins de trois mois après le roi son père. Sa mère, ses frères et sœurs étaient là, même le duc de Nemours qui, malade, s'était fait porter dans la chambre de l'agonisante. La duchesse de Nemours, restée k Claremont, dèsqu'elle apprit La triste nouvelle, écrivit a son mari :

remont, 13 octobre 1850.

« J'ai le cœur brisé, mon ami bien-aimé. Nous avons reçu hier au soir vos lettres avec la fatale nouvelle, que nous avions apprise déjà avant par l' arrivée de la malle de Londres. Ah ! mon ami, quel affreux coup et qui: nous sommes malheureux! J'en suis atterrée, et, malgré ma profonde douleur, je ne puis croire encore à notre cruel malheur! Mon cœur se déchire en pensant à vous tous, à votre désolation et surtout à celle de notre bien-aimée et trop malheureuse maman. Comment pourra-t-elle résister à tant de douleurs? Ah ! que Dieu nous la conserve! Je ne puis que pleurer, avec vous, celle qui fut toujours pour moi une seconde mère et l'amie la plus fidèle et la plus tendre, et prier Dieu de nous donner force et courage dans cette cruelle épreuve. J'avais voué à cet ange bien-aimé un culte passionné, et je suis navrée de n'avoir pu aller recevoir sa bénédiction et l'embrasser une dernière fois. Il est bien cruel aussi de ne pouvoir partager vos peines que de loin, dans un moment où on a tant besoin de s'épancher avec ceux qu'on aime.

« J'ai annoncé notre malheur aux enfants. Les sanglots étouffaient le pauvre Alençon, il sent si vivement. Gaston

et lui ont voulu t'écrire, et je joins ici les lettres composées par eux-mêmes. Ils sont tous trois en bonne santé, ainsi (pie le reste de la colonie. De loin comme de près, mes larmes se confondent avec les vôtres. Je suis bien triste et bien accablée, mon cher et bon ami, et je te dis adieu en priant Dieu qu'il te soit en aide.

« Toujours tout à toi du fond de l'âme, « Victoire. »

A partir de ce moment, le duc de Nemours devient le conseiller le plus habituel de sa mère, « son confesseur civil », disait-elle. Elle le consulte dans les affaires politiques, familiales, financières. Elle a pour lui des termes d'affection particuliers : « Mon cher et bien-aimé ami, mou chérissime, mon précieux ami, mon si tendrement aimé. » Aucun acte ne se fait, aucun écrit n'est signé sans qu'on ait pris l'avis du duc de Nemours. C'est que tout le désigne pour ce rôle. Il est par l'âge, — il a trentesix ans, — le chef de la famille; il est politiquement et de par la loi le régent, et, bien qu'il n'ait jamais argué de ce titre, c'en est un pour qu'il tienne la première place dans le conseil, et enfin il est un homme d'une lovante, d'une sagesse, d'une fermeté éprouvée. La destinée l'a mis et l'a laissé au second rang dans la maison princière dont il était issu, mais il y fut supérieur. On n'est jamais un homme de second ordre quand on fait son devoir, n'importe où : or il fit le sien complètement et avec tout le scrupule d'une conscience chrétienne.

Ni le changement subit de fortune politique, ni la gêne matérielle, ni l'éloignement do la pairie, ni les difficultés de toute sorte qui attendenl une famille royale exilée ne changèrent autre chose (pie l'extérieur et le dehors de sa vie. Sa vie nouvelle s'inspira du même idéal que l'an-

cienne. Cette épreuve de l'exil, mortelle pour la dignité et môme pour l'honneur de ceux qui ne sont princes qu'à moitié, ne le diminua en rien. Il était prince tout à fait.

Il ne se leurrait pas d'espérances prochaines, cependant. Il ne se faisait pas d'illusions sur les fautes qui avaient précipité la chute du gouvernement de Juillet, et il ne s'en fit pas davantage sur la longueur probable des essais malheureux qu'allait tenter la France.

Il est impossible de parler de lui équitablement et de ne pas lui reconnaître un grand sens politique. Il avait même, et tous les princes ne l'ont pas, ce qu'on peut appeler l'esprit royal. Ce ne sont pas seulement les souvenirs des gloires françaises qui vivaient en lui, c'est l'esprit même de la monarchie. Et sans doute un éprouve une petite commotion, comme d'une rencontre heureuse, quand on le voit, au milieu de la guerre de 1870, ajouter à la date d'une lettre du 9 octobre cette mention : « Jour de Saint- Denis. » Mais le souvenir, le sentiment du passé ne suffit pas. Ce qui marque la vocation et l'aptitude au rang souverain, c'est le sentiment constant du service de la France. Le duc de Nemours l'eut au plus haut point. Les mots « servir le pays » sonnent comme un refrain dans ses lettres intimes, et dans celles qui furent publiées. Les véritables princes se rendent compte qu'ils sont des puissances qui servent. Le duc de Nemours avait naturellement ce souci de l'intérêt français. Sa première pensée, quand un événement surgissait, n'était pas : en quoi les conséquences de cet événement peuvent-elles être favorables ou défavorables à ma race; il songeait ;i la France tout d'abord. Et c'est pourquoi il se trompait rarement. Admirablement renseigné par ses relations avec les principaux personnages de l'Europe, il avait encore cet le seconde raison de juger plus sûrement que d'autres. Et c'est ainsi qu'on le verra, longtemps avant la guerre de 1870, prévoir les événements, les redouter et signa-

1er des responsabilités encore latentes et tout a l'ait ignorées par les contemporains.

C'est l'homme du devoir», disait-on de lui, et rien n'était plus vrai. Entre deux devoirs qui semblaient de même importance, il avait l'habitude, pour que la générosité fût plus sure, de choisir le plus pénible. Un jugement très droit, le goût de l'ordre et de l'exactitude; une froideur désespérante tempérée par le souci de ne point blesser, mais au fond une tendresse extrême, une sensibilité aiguë qu'il ne montrait que dans ses actes et quelquefois dans ses lettres; une autorité qui allait jusqu'à la sévérité; une timidité qu'il avait de la peine à vaincre toutes les fois que l'occasion d'agir n'était point dynastique, militaire ou familiale: une politesse scrupuleuse envers tous et qui se nuançait de prévenance et de cordialité envers les serviteurs et les humbles gens; une piété faite avant tout du respect du droit de Dieu et du sentiment de la discipline dans le monde; une mémoire admirable qui lui permettait, a vingt ans de distance, de rappeler à un officier la date d'une promotion et le numéro des régiments dont il avait fait partie: le mépris des popularités bruyantes, l'aversion du bruit, une conscience habituée à raisonner ses décisions, et tout le courage qu'il faut pour agir d'après elle, tels sont les principaux traits de la physionomie du duc de Nemours désormais fixée par l'âge, et qui ne variera plus.

Ce sentiment de la mesure et do la mérité, il le montrai! jusque dans 1rs détails de la vie. On ne surprenait pas on délit de gasconnade ce prince qui avait le profil et la bonne grâce de Henri IV. son aïeul. Quand un de ses frères, emporté par la verve d'une causerie brillante, racontait un épisode de* campagnes d'Algérie ou do la vie de Louis-Philippe, le duo de Nemours d'habitude se taisait et laissait aller. Il n'aimait pas interrompre, même pour rectifier. Plus tard seulement, à deux ou trois heures

de là, et s'il y avait lieu, il retrouvait celui auquel un détail inexact avait pu être fourni. ■ Mon frère vous a

raconté une anecdote, 'lisait-il, mais voici exactement ce qui s'est passé. . .

Il n'aimait pas les familiarités. Ses enfants le craignaient: ils devinaient son affection, mais elle s'exprimait moins que son autorité. Ils ne la connurent bien qu'après l'enfance passée, et dans la longue correspondance qu'ils échangèrent avec lui. Il se préoccupait avant tout de les élever sans faiblesse et sans exe- de précautions. Ses goûts mêmes révélaient cette tendance a la sévérité. Enthousiaste de la montagne et de la forêt, il n'aimait les fleurs que dans les massifs; dan- les appartements, elles lui semblaient hors de leur place. Très bien doué pour les arts du dessin, connaisseur érudit, appréciant et aimant les œuvres d'art, peinture, sculpture, meubles, il sut. a dater de l'exil, les aimer encore sans plus les acquérir, et >'abstenir non seulement de luxe, mais de toute dépense non nécessaire.

Les princes ses nls se souviennent de l'éducation de Olaremont, comme d'une école qui n'avait rien d'efféminé. Le comte d'Eu et le duc d'Alençon se levaient a six heures en toutes saisons, subissaient le régime de l'éponge d'eau glacée, s'habillaient et se mettaient au travail jusqu'à huit heures. A huit heures, après avoir pris une soupe, qui était quelquefois une mauvaise soupe maigre, — leur père ne se rappelait plus qu'il s'était plaint de la pareille à Louis-Philippe. — ils faisaient, dans le pare de Olaremont, une demi-heure de pas gymnastique, en sautant quelques-uns des palis de bois à hauteur d'homme qui limitent le parc. On rentrait ensuite au château, pour la récitation des leçons. L'étude durait jusqu'à onze heures quarante-cinq. Les princes déjeunaient a midi avec leur précepteur, et, à midi quarante-cinq, «levaient être à cheval.

Us commencèrent presque en bas âge a recevoir de-

leçons d'équitation; le duc d'Alençon avait cinq ans lorsqu'on le mit sur son premier poney. Ce n'était pas un simple plaisir; c'était un apprentissage un peu rude, comme tout le reste, ces leçons d'équitation de Claremont. Elles se donnaient d'habitude dans un manège ouvert, situé à gauche du château, et dont la place est, aujourd'hui encore, facile à reconnaître. Les enfants montaient sans selle ni étriers, avec une simple couverte. Le général de fhabannes1, qui donnait la leçon, la chambrière à la main, s'ils étaient déplacés, s'ils se retenaient a la crinière, s'ils avaient peur, ne manquait pas de faire la critique et d'ajouter, tandis que le temps de trot ou de galop continuait : « Le sourire sur les lèvres! Le sourire sur les lèvres! » Un peu plus tard, quand ses élèves eurent dépassé la période des débuts, il les emmenait dans la campagne, à travers les landes et les bois. Il montait un grand cheval, avec lequel il prenait les devants, et, de temps en temps, au moment d'entrer dans une sapinière, à toute allure, il se retournait vers les petits princes, qui suivaient comme ils pouvaient, sur leurs poneys, et il leur criait : « Gare les genoux, ceusse qui en ont ! » Le duc de Nemours ne s'exprimait pas de même, mais il avait la même doctrine, certainement, sur la formation du parfait cavalier, et, plus d'une fois, quand ses fils l'accompagnaient, et que ceux-ci, à demi emporta- par leurs chevaux, ou craignant de l'être, passaient dans les villages en criant : « Arrêtez mon cheval! » on vit le père faire signe de ne rien arrêter du tout, et on l'entendit lancer de loin, pour tout secours, le bon conseil à suivre : « Le corps en arrière! » Lorsqu'il conduisait lui-même ses fils à la promenade à cheval, c'était pour les exercer, dès leur jeune âge, a monter des chevaux

]. Comte Alfred de Chabannes La Paliee, ancien colonel de cavalerie et aide de camp de Louis-l'hilippe. Il est nommé dans le récit du siège de Constantine.

difficiles et leur donner lui-même les indications pour en venir à bout. Il avait une particulière habileté pour manier le cheval, et sous lui ranimai le plus quinteux devenait docile. Il aimait les exercices dont une pointe de danger relevait le goût, et, même dans les derniers mois de sa Aie, il montera encore un grand cheval de pur sang, qu'une main moins exercée que la sienne eût trouvé difficile, et qu'il menait aux plus vives allures.

Pour les mêmes raisons, et parce qu'il estimait qu'un homme doit être adroit, agile et maître de la peur et de l'instinct, il avait réglé que les leçons de gymnastique se termineraient par ce qu'on pourrait appeler la « défenestration ». Les enfants étaient attachés par la ceinture, et, du deuxième étage d'un pavillon qui est dans le parc, on les descendait, au bout d'une corde, dans le vide, jusqu'à terre. Le vertige ne résistait pas à ce traitement. Les tils de la princesse Clémentine, pendant leur séjour à Claremont, prenaient part à divers exercices du programme tracé pour les fils du duc de Nemours, et notamment à celui-là. et de même plusieurs jeunes gens venus de France, entre autres MM. Bernard et Emmanuel d'Harcourt1. tils du marquis d'Harcourt. En été, on se levait de meilleure heure, pour aller en voiture jusqu'à la Tamise, éloignée de plusieurs kilomètres, et là. sitôt qu'ils connaissaient les premiers principes de la natation, on jetait les jeunes princes à l'eau, et il leur fallait gagner la rive comme ils pouvaient.

Le château de Claremont, où allaient se passer les derniers jours delà reine Marie-Amélie, est situé au-dessus du village d'Esher ; il date du milieu du xvme siècle. Avant d'arriver à l'entrée de l'avenue principale qui y mène, et que flanquent deux petits pavillons habités

1. L'un est aujourd'hui le marquis d'Harcourt: l'autre e>t le vicomte d'Harcourt. qui a été secrétaire général de la présidence, sous le maréchal de Mac-Mahon.

par un concierge à la livrée royale anglaise, on passe devant l'auberge de l'Ours, qni porte sur l'arête du toit, en relief, un ours en pierre, enseigne célèbre où logèrent beaucoup de personnages illustres. A quelques pas delà, on entre dans le parc deClaremont, largement dessiné, vallonné1, deux fois ombreux à cause des bouquets d'arbres semés sur les pelouses et des brumes qui donnent plus de mystère au lointain. Tes arbres, groupés ou isolés, presque tous centenaires, tous d une végétation puissante et d'un feuillage épais, sont des tilleuls, des chênes, des châtaigniers. Autour d'eux, dans l'enclos des barrières qui enveloppent d'immenses étendues d'herbe, paissent îles troupeaux de moutons, et aussi des bœufs d'Ecosse d'un blond roux, aux cornes écartées, aux longs poils qui traînent à terre. L'avenue monte et conduit devant un vaste palais carré, dont les deux étages de très hautes fenêtres sont couronnées d'une balustrade de pierre encadrant un toit plat. Un péristyle dans le goût grec, soutenu par quatre colonnes, et montant à la hauteur du toit, donne accès dans le château. Du haut du perron qui est élevé et de toutes les autres façades la vue est belle : sur le parc; sur les pentes qui descendent et se redressent, et dont l'herbe est si verte ; sur les bordures de futaies qui, de tous côtés, dentellent l' horizon ; sur les sentiers qui s'y enfoncent, les fuites d'allées, les larges palmes des hêtres et des pins d'Ecosse ; sur le lac qui se trouve à gauche, à petite distance de l'habitation, et que bordent d'énormes massifs de rhododendrons. Rien n'est plus beau, en été, vers la mi-juin, que cette floraison violette ou pourpre reflétée par l'eau du lac, et qui s'enlève sur le fond sombre d'un commencement de forêt. Des bouquets d'azalées, jaunes et roses, sont jetés partout autour du château. Un peu en arrière, à quelques centaines de mètres, une colline raide et boisée domine Claremonl d'assez haut. Au sommet, une construction qui

rappelle l'architecture du moyen âge, deux tours à créneaux encadrant un corps de logis, pointe parmi les arbres. C'est de la fenêtre du deuxième étage, dans la tour de droite, que les fils du duc de Nemours devaient se laisser descendre, attachés au bout d'une corde, afin de mater la peur. Autour de cette construction, on voit encore le sol tout raviné, des levées de terre, des glacis, des angles rentrant ou sortant. Ce sont les restes des fortifications que, de ses mains, le duc de Nemours en exil construisit pour l'instruction de ses fils. »

La vue est plus belle encore du second étage de Claremont. Elle s'étend, par plusieurs échancrnres des bois prochains, sur d'immenses vallonnements boisés où çà et là transparait, toujours bleuie par la brume, la tache rose d'un village anglais.

L'intérieur de cette somptueuse demeure n'est pas resté entièrement tel qu'il était lors du séjour de Louis- Philippe et de Marie- Amélie. A gauche, en entrant, c'était jadis le grand salon de damas jaune, où l'on trouvait d'abord une table chargée de journaux français, autour de laquelle s'asseyaient les invités venus do France et les personnes de la suite de la reine; au fond, une autre table, auprès de laquelle la reine travaillaitou lisait. La chambre où Marie-Amélie est morte faisait suite, puis la chambre du roi. Une galerie très longue, parallèle à la façade principale, et qui était, pendant l'exil, transformée en chapelle ; une vaste salle à manger, une bibliothèque occupaient le rez-de-chaussée. Les anciennes portes de cet étage, toutes m acajou massif, ont été conservées. On retrouve aussi, au premier étage, dans la chambre où esl morte la duchesse de Nemours, l'aquarelle représentant l'état ancien do cette pièce, les meubles a la place habituelle, la physionomie enfin qu'avaient toutes choses Lorsqu'elles servaient à la duchesse. Par une attention délicate de la reine Victoria, ce souvenir est demeuré

et parle encore des hôtes français de la royale demeure1.

Le château de Claremont, après la mort de Louis-Philippe, continue d'être habité par la reine, le duc et la duchesse de Nemours et leurs enfants, le prince et la princesse de Joinville et leurs enfants. Le duc et la duchesse d'Aumale se sont établis, en 1852, à quelqueslieues de là, à Twickenham2.

Autour de Marie-Amélie, la petite cour de l'exil demeure très Adèle, et la mort est presque seule à y faire des vides. Une des anciennes dames de la reine, la comtesse Mélanie de Montoie, qui était déjà à Païenne, en 1809, lors du mariage du duc d'Orléans, meurt à Claremont en 1849. Sa sœur Zoé, Mme de Dolomieu, lui survit peu de temps. On voit alors alterner longtemps, pour le service près de la reine, la duchesse de Marinier (née Stéphanie-Jacqueline de Choiseul-Stainville) et la comtesse Mullien (née du Tilleul, fille d'un fermier général), veuve du comte Mollien, ministre de Napoléon3.

Plus tard, la duchesse de Marinier étant devenue aveugle, ce fut la comtesse Alfred de Chabannes qui vint alterner avec la comtesse Mollien, puis la marquise de Lasteyrie (née Olivia de Rohan-Chabot), sœur du comte de Jarnac; tour à tour avec la marquise d'Hulst, née du Rourre et la baronne de Finguerlin, enfin la marquise de Beauvoir (née Juliette de Rumigny, fille du marquis de Rumigny, ministre

1. Le château de Claremont est aujourd'hui habité par la duchesse d'Albany, veuve du dernier fils de la reine Victoria.

2. La duchesse d'Orléans et ses deux fils, le comte de Paris et le duc de Chartres, vécurent à Esher, de 1850 à 1852, puis à Kittley, dans le Devonshire, puis en Allemagne de 1 S o 3 à 1857. Le duc et la duchesse de Montpensier étaient établis en Espagne.

3. La comtesse Mollien racontait volontiers ses impressions d'enfant sur la journée du 9 thermidor, alors qu'elle était cachée avec ses parents dans un appartement de la place Vendôme, et sous la menace constante de l'arrestation et de l'échal'aud. Elle munirait chez elle son propre portrait d'enfant peint par Greuze, ce qui, après 1870 (car elle mourul fort âgée . semblait à peine croyable.

plénipotentiaire), et femme du marquis de Beauvoir, qui était du service d'honneur de la duchesse d'Orléans.

Les généraux comte Alfred de Chabannes et comte Dumas (fils du général comte Mathieu Dumas, du premier Empire) ont été déjà nommés. Il en est de même de M. Charles Reille, ancien aide de camp du duc de Nemours, et que celui-ci emmenait avec lui dans les nombreux voyages ou déplacements où les convenances voulaient qu'il fût accompagné d'un gentilhomme. C'était un compagnon plein de bonne humeur et d'esprit, grâce auquel la route semblait courte. Les fonctions d'aumônier étaient remplies par l'abbé Guëlle, ancien vicaire à la Madeleine, prêtre très pieux, objet du respect et de la vénération de toute la colonie de Claremont, joignant à ses vertus sacerdotales un caractère enjoué et une aménité parfaite. Ce fut lui qui enseigna le catéchisme à tous les petits-enfants de la reine, et les prépara à leur première communion. Il était remplacé, pendant ses absences, par l'abbé Crabot, mort, il y a nombre d'années, vicaire à Saint-Augustin.

Le service personnel de la reine était fait par M"" Muser, sa fidèle cainériste, qui avait été auprès de la reine des Belges. Après la mort de la reine, elle embrassa la vie religieuse et mourut religieuse de l'Adoration réparatrice.

Cinq autres personnes habitaient encore le château et dinaient à la table de la reine. C'étaient M. Jules Gauthier, précepteur des fils du duc de Nemours1; MUe Bernard, gouvernante de la fille, puis des filles du duc de Nemours,

1. M. Jules Gauthier avait succédé, comme précepteur des fils du duc de Nemours, à M. Hippolyte Rigault, ancien précepteur du comte d'Eu, et qui s'était retiré vers la fin de 1848. Il avait professé d'abord à l'institution Pasdeloup, puis à Sainte-Barbe. Sa forte instruction, son caractère doux et ferme, ses solides principes, le firent hautement apprécier du duc et de la duchesse de Nemours cl de la reine. 11 devint le plus intime ami de ses élèves, qu'il accompagna plus tard en Espagne. Devenu, après 1870, secrétaire du duc de Nemours, il mourut en 1878. 11 avait publié, en 1868, une Vie île Marie Sluart, qui fut couronnée par l'Académie française.

modèle achevé d'intelligence, de tact et de dévouement ; M.Auguste Trognon, ancien précepteur et secrétaire du prince de Joinville; M"c de Saint- Aubin1, gouvernante de la fille du prince de Joinville, princesse Françoise d'Orléans, aujourd'hui duchesse de Chartres; enfin M. Pierre Bouverat, précepteur du duc de Penthièvre, fils du prince de Joinville-.

On y voyait aussi, chaque semaine au inoins, le docteur Henri Guéneau de Mussy, qui, appelé à Claremont, en septembre 1848, par le Dr Chorael, avait, par dévouement pour la famille proscrite et sur les instances de la reine, accepté l'exil, et, parti, croyait-il, pour quelques jours, s'était établi en Angleterre, où il vécut vingt-trois ans, médecin du roi, de la reine, des princes, « bien plus que le médecin dti corps, a écrit le comte de Paris dans une note testamentaire : l'ami, le consolateur, le conseiller- ».

Le château recevait de nombreux visiteurs, les uns pour quelques heures, les autres pour plusieurs jours, hommes politiques qui venaient parler d'avenir, intimes qui venaient surtout parler du passé et témoigner de leur fidélité. Parmi ceux-ci, il faut ci ter Raoul de Montmorency, que la reine aimait beaucoup, dernier duc de cette vieille et glorieuse race; Philippe de Rohan-Chabot, comte de Jarnac; le général comte Anatole de Montesquiou, chevalier d'honneur de la reine Marie-Amélie, ancien officier d'ordonnance de Napoléon, inépuisable conteur d'anecdotes sur les guerres de l'Empire, et sa femme, née de Montesquiou, qui avait été dame de la duchesse d'Orléans; le général comte d'Houdetot, ancien aide de camp du roi, qui savait aussi un grand nombre d'histoires de camps et de batailles, mais se faisait prier pour les raconter. Il

1. Lurile Rovérolis il'' Rigaull de Saint-Aubin. i. Il avait succédé a M. Paul Nourrisson, qui resta peu de temps en fonctions.

... Le Ur de Mussy est mort en 1892.

boitait beaucoup, avant eu. dans sa première jeunesse, une jambe brisée par un biscaïen. àTrafalgar. Passé ensuite de la marine dans l'armée de terre, il avait fait les guerres de l'Empire. Aide de camp du maréchal Davout pendant la campagne de Russie, laissé pour mort unjourdansla neige, il n'avait dû son salut qu'à la couleur de sa pelisse d'aide de camp, qui fut remarquée par un camarade : il en avait été quitte pour le nez gelé. Parmi les intimes, figuraient encore les familles du comte de Montalivet, ancien ministre et ancien intendant de la liste civile de Louis-Philippe : du marquis d'Harcourt : du général bar. n de Kertliois, ancien aide de camp du roi: du comte d'Haussonville : de M. Edouard Bocher. Et l'on ne saurait énumérer, à coté de ces noms, tous les autres visiteurs ou amis qui passaient : diplomates, hommes politiques, littérateurs, comme MM. Guizot. Tliiers. de Rémusat, Je duc de Broglie. le prince Albert de Broglie. Sylvain Dumon, Hébert, le marquis de Lasteyrie. Montalembert, le comte de Pontois, le marquis de Rumigny, Estanceliu, le baron Fain dont le père avait été secrétaire du Premier Consul. Scribe, le général Trézel. etc.

Les jeunes princes, en grandissant, écoutaient avidement la conversation de tous ces hommes qui avaient servi la France et qui l'honoraient par leurs talents.

La France! Elle était le thème journalier, la préoccupation constante de la colonie de Claremont. Apprendre la France à ces jeunes intelligences, a ces jeunes cœurs qui se formaient loin d'elle, était le souci quotidien, le but de nombreux efforts et de nombreux dévouements. Le duc de Nemours interrogeait fréquemment ses fils sur l'histoire et la géographie de leur pays. Il fallait posséder imperturbablement la liste des chefs-lieux et des souspréfectures, énoncer rapidement une date célèbre, raconter un fait saillant de l'histoire, expliquer la généalogie de la maison royale de France. Il n'était pas jusqu'au

plan de Paris, la ville lointaine et chère, dont il fallût rendre compte.

Le soir, après le dîner, au salon, quand la reine et les princesses faisaient de la tapisserie ou de la broderie autour d'une des tables, que les personnes de la suite lisaient les journaux dans une autre partie du salon, la reine faisait placer, sur la table qui réunissait les enfants, des ouvrages illustrés tirés de sa bibliothèque, et qui parlaient encore de la France. Paysages, monuments, portraits de grands hommes, scènes historiques, hauts faits militaires ou maritimes, défilaient ainsi devant ces petits exilés, éclairaient, développaient, vivifiaient en eux les enseignements de la journée, et, avidement contemplés, laissaient d'ineffaçables traces.

L'inlluence de la reine Marie-Amélie se faisait partout sentir. Fils, belles-filles, petits-enfants, personnes de l'entourage, serviteurs, étaient l'objet de sa sollicitude. Elle régnait encore sur un nombre de Français infiniment restreint, mais de la même manière qu'aux Tuileries. Son maintien était à lui seul un exemple et une leçon. Dignité, qui n'exclut pas la grâce, suprême distinction, affabilité parfaite, bonté, autorité naturelle, tout cela désignait la reine. Un seul mot dit par elle, d'un ton sérieux et ferme, à un enfant, était de plus d'effet que les réprimandes ou les punitions infligées par d'autres. Elle était pieuse aimablement. Tel vieux général des campagnes d'Afrique est doucement ramené par elle à la pratique religieuse, et vient en pleurant s'approcher de la sainte table, dans la chapelle de Claremont. Quand ses petits-enfants grandissent, elle choisit une heure libre pour les appeler chez elle et, là, ils entendent des paroles, des conseils, des récits qu'ils n'oublieront jamais. Ceux qui l'ont vue communier, prier, ou qui l'ont seulement entendue parler de quelque sujet grave, en ont garde une impression religieuse. Ils parlaient tous de « la sainte reine ».

Chaque année, elle faisait prêcher deux retraites, d'une semaine chacune, par des prêtres français tels que le P. Gratry, le P. Gonin, Je P. Hermann, le P. Reculou, et en dernier lieu le P. Didon, tout jeune alors. L'une de ces retraites avait lieu avant Pâques, l'autre avant Noël. Marie-Amélie assistait aux vêpres dans la chapelle catholique de Kingston, située à quelque distance de Claremont et isolée au milieu d'un jardin. Elle se plaçait dans la tribune de droite, qui est de plain-pied avec le chœur. Cette chapelle de Kingston peut être appelée la chapelle des mariages et des premières communions ', tandis que celle de Weybridge est la chapelle funèbre de l'exil.

Le duc de Nemours avait une vie très occupée, lisait beaucoup, entretenait une correspondance considérable. Il était levé de bonne heure et voyait ses enfants le matin, au moment où, descendant de leur salle d'étude, ils venaient, vers sept heures trois quarts, prendre un premier déjeuner chez leur mère; il donnait ensuite des ordres concernant la maison de la reine : les généraux de service lui en soumettaient certains détails. Alors avait lieu la promenade des enfants dont nous avons parlé.

Au retour, il se rendait chez la reine, qui avait entendu la messe a huit heures, lui apportait le journal anglais du matin, généralement le Times, résumait pour elle les nouvelles importantes ou lui en faisait la lecture. Pendanl les vacances, ses enfants raccompagnaient dans cette visite matinale. C'est ainsi qu'un jour de septembre 1855 ils purent entendre l'exclamation de joie et de fierté de la reine, quand celle-ci apprit que nos troupes avaient pris d'assaut la tour Malakoff, et que le coup décisif porté a Sébastopol l'avait été par l'armée française, et non par les alliés de la France. A midi le dur de Nemours prési-

i. Le duc de Chartres s'y esl marié en 18G3, le comte de Paris en 1864 ; le duc d'Alencon et la duchesse de Chartres y avaient t'ait leur première communion en 18 i6.

dait le déjeuner, en face de la reine. Quand ses fils ne montaient pas à cheval, il laissait à leur mère la joie de promener elle-même ses trois enfants dans les belles allées du parc. Il fallait être rentré à deux heures pour l'étude. A quatre heures, une courte récréation réunissait les enfants près de leur mère. Le duc de Nemours y faisait une apparition. Le diner était à sept heures. Tous les enfants y assistaient et n'y parlaient guère qu'à demivoix. Ils écoutaient la conversation, recueillaient les anecdotes sur le passé, les appréciations sur les nouvelles du jour, sur les questions politiques, et s'égayaient aux spirituelles saillies du prince de Joinville, ou, le dimanche, aux récits du duc d'Aumale.

Celui-ci habitait Twickenham, comme nous l'avons dit. Il venait à Ciaremont, avec sa famille, pour la messe du dimanche qui avait lieu à onze heures. Son mail anglais à quatre chevaux, qu'il menait lui-même, amenait la duchesse d'Aumale, le prince de Condé, et, plus tard, le petit duc de Guise, né en 1854, la mère de la duchesse d'Aumale, la princesse de Salerne ', la dame de la duchesse d'Aumale, comtesse de Coëffier, et quelque ami venu de France. Le prince restait pour déjeuner, passait l'aprèsmidi, dînait à Ciaremont et repartait après le diner-'.

Ciaremont fut toujours une colonie toute française en terre anglaise. Sauf le personnel de service anglais attaché au château lui-même, on peut dire que tout y était français. Ce fut aussi, jusqu'en 1858, une colonie fermée. Les rapports avec le dehors étaient rares. La vie y était

1. Née archiduchesse d'Autriche, fille de l'empereur François, sœur de l'impératrice Marie-Louise.

2. En US.w, la comtesse de Coëffier amena ses deux nièces, M11" de Olinchamp. L'une entra en religion el est aujourd'hui ursuline: l'autre resta près de sa tante et la remplaça quand la santé de celle-ci eut faibli; elle resta successivement près de la duchesse d'Aumale. puis de la princesse de Salerne, et enfin du duc d'Aumale. Elle habite aujourd'hui aux environs de Chantilly.

sévèrement ordonnée, et pour cause. Le duc de Nemours n'y prétendait à aucun luxe princier. Dans le début, il faisait ses courses en fiacre, quelquefois seulement en voiture de remise. Pour ne pas trop dépenser à l'hôtel, pendant ses séjours à Londres, la reine avait loué un pied-à-terre très modeste dans Northumberland Street, et c'est là, par exemple, que descendirent, un soir de 1855, le duc et la duchesse de Nemours et leurs enfants. le duc et la duchesse d'Aumale et leur fils le prince de Condé, pour assister aune représentation des Horaces et voir jouer Rachel. C'est seulement à la fin de cette année 1853 que la reine remit à son fils aine une somme qu'elle avait mise de côté, afin qu'il pût acheter une voiture.

Beaucoup plus tard, quand les jeunes princes commencèrent à entrer dans l'adolescence, quand le comte de Paris et le duc de Chartres — en 1858 — s'établirent à Ciaremont après la mort de leur mère, la pensée vint de prendre part aux chasses à courre du voisinage. Ce sport est très populaire en Angleterre. Cotait, pour les jeunes princes, un complément d'éducation. On chassa tantôt avec l'équipage de cerf du comté de Surrey Surrey stag hounds), tantôt avec un petit équipage de lièvre, qu'avaient monté à Ciaremont le prince de Joinville et le duc de Nemours, auquel s'associa bientôt le duc d'Aumale. Les chasses di-< chiens de lièvres de Ciaremont {Clarentcmt harriers) rendirent vite les princes populaires dans tous les environs. La campagne anglaise ne présente pas de forêts, comme celle de la France, mais des bois de peu d'étendue et surtout des prés et des champs séparés par des haies, dos fossés, des barrières. Cette campagne ainsi coupée d'obstacles, fait delà chasse à courre anglaise, — notamment quand un cerf, pris dans un parc et lâché devant les chiens, vous la fait parcourir au grand galop, en ligne droite, pendant plusieurs heures, — un mâle exercice, qui ne va pas sans quelques risques, et qui exige de

l'adresse et de la hardiesse. Les chutes et les accidents y sont* fréquents. Plus d'un sportsman anglais y a laissé sa vie. Il exige de bons cavaliers et d'excellents chevaux. Un dicton anglais, semi-sérieux, semi-plaisant, le qualifie : <' Le sport des rois, le roi des sports, la vraie image de la guerre avec tout son excite ment et cinq pour cent seulement de ses dangers. » Les jours de chasse, la tendresse de la reine s'alarmait, et pas toujours à tort. Le comte de Paris s'y cassa une jambe, le duc de Nemours un poignet. Le prince de Joinville, dont le cheval fit panache à une barre fixe, tomba sur la tête et échappa de surprenante façon aux conséquences de ce grave accident.

Mais, dans les premières années de l'exil, la vie àClaremont fut plus sévère, plus monotone, plus fermée. Le duc de Nemours, étant l'homme très maître de soi que nous avons dit, l'acceptait aisément. Des pensées supérieures le dirigeaient et l'occupaient, et notamment celle de ses responsabilités politiques, comme aîné de la famille et conseiller de la reine.

Il n'est pas étonnant qu'un prince de cette droiture, et si naturellement porté au respect de tout principe d'autorité, ait été, dès le début de l'exil, un des partisans les plus déterminés et les plus agissants de la « fusion ». On a dit, non sans raison, que le duc de Nemours était, en politique, légitimiste. Lui-même se disait tel volontiers. Il l'était par sentiment et par raison, par la connaissance qu'il avait du droit monarchique et par la haute estime que lui inspiraient les qualités du comte de Chambord. Cette tendance d'esprit vers la réunion des deux branches de sa famille, cette idée légitimiste s'alliait, chez lui, à un très grand respect envers son père, le roi Louis-Philippe, et à la volonté très ferme d'agir d'accord avec les princes ses frères, autant qu'il lui serait possible de le faire. En de très rares circonstances, il se sépara d'eux. Mais ce furent plutôt des nuances que des différences

d'attitude. Il ne faudrait pas croire, d'ailleurs, que le sentiment du duc de Nemours ne lut point partagé dans sa famille. La reine Marie- Amélie disait vers la fin de sa vie, au dur d'Aleneon : « Mon enfant, j'ai occupé deux situations, la première et la seconde; crois-moi, il n'y eu a qu'une de bonne : la seconde.») Elle avait dit plus tôt. et quelques années seulement après la révolution de 1848, a -on fils le duc de Nemours, pendant un séjour qu'elle faisait au bord de la mer a Saint-Leonard's on sea :

« Souviens-toi (pie je veux qu'on écrive sur mon tombeau : Ci-gît Marie-Amélie de Bourbon, duchesse d'Orléans. — Mais, chère Majesté, vous ne pouvez pas effacer l'histoire ! >>

La reine, levant les bras au ciel, avait répondu : « Hélas ! pour mon malheur, reine des Français. » Plusieurs années auparavant, et pendant qu'elle était sur le trône, n'avait-elle pas déjà dit plusieurs fois, en parlant de la couronne qu'elle portait : « C'est une couronne d'épines. Cela ne l'empêchait pas d'aimer tendrement et d'admirer son mari. Elle savait sans doute mieux que personne que, s'il avait pu prévoir la chute de Charles X, il n'y avait pas aidé.

Il n'est donc pas étonnant qu'au point de vue de l'attitude à garder, des paroles à prononcer, des principes politiques eux-mêmes, il y eut, malgré l'affection qui les unissait, une divergence assez fréquent»', et qui fut quelquefois assez profonde, entre le duc de Nemours et sa belle-sœur la duchesse d'Orléans. Le prince de Joinville, le duc d'Aumale, penseront souvent comme leur frère aine, chacun avec la nuance de son tempérament propre. Tous s'efforceront de préparer cette fusion qui doit donner une si grande force à la politique monarchique. La duchesse d'Orléans refusera de les suivre et croira en cela sauvegarder les droits de son fils. Elle se considère, sans le dire, comme une véritable régente; elle croii

que son fils le comte de Paris est le représentant d'une sorte de compromis entre l'idée de monarchie et celle de révolution. Elle ne cherche pas à faire ou à faciliter la fusion avec la branche ainée ; elle se considérerait plutôt comme une antagoniste nécessaire de la légitimité. Elle est aussi tenace dans ses idées que pouvait l'être le comte de Chambord sur la question du drapeau. Elle est fortifiée dans son erreur maternelle et dans ses illusions par certains orléanistes, qui avaient pris la part la plus active à la révolution de 1830, peut-être par des personnes de son entourage intime. Son opposition contribuera à l'échec de la fusion, car ses beaux-frères, notamment le duc de Nemours, voulant toujours éviter un éclat public, et éviter une rupture avec les hommes du parti libéral, n'oseront, ne pourront jamais s'en rapporter aveuglément à M. le comte de Chambord, qui, de son côté, se tiendra sur une telle réserve que toute discussion sera impossible avec lui. Il n'est peut-être pas téméraire de définir de la façon suivante l'attitude des principaux représentants du parti monarchique : 1° intransigeance complète de la duchesse d'Orléans, attachée au principe révolutionnaire de la monarchie de Juillet; 2° refus opiniâtre du .comte de Chambord d'examiner, avec les princes, comment la monarchie légitime pourrait se concilier un parti qui était une force, le prince se réservant toujours de trouver, lui seul, les moyens qui pourraient faire accepter par tous une restauration ; 3° désir certain de la reine et du duc de Nemours d'arriver à une entente par l'abandon, des deux côtés, de ici laines idées, en vue d'établir en France une monarchie tempérée.

Le récit des négociations, dont nous parlerons dans un chapitre spécial, l'attestera hautement : la fusion des deux branches de la maison de Bourbon fut le but principal des efforts du duc de Nemours pendant l'exil. Celui-ci ne tarda pas a ctre aggravé par la spoliation,

prédite dès le commencement de la République et ordonnée par l'Empire naissant.

« Tous les projets de confiscation, dit M. Imbert de Saint-Amand, avaient été repoussés par les membres du gouvernement provisoire et par leurs successeurs. La liquidation de la liste civile s'était opérée dans les conditions les plus honnêtes et les plus régulières. M. Jules Favre avait en vain demandé que les biens composant le domaine privé du roi Louis-Philippe fissent retour à TÉtat. L'Assemblée constituante, par un décret du 25 octobre 1848, avait ordonné la restitution à la famille de toutes ses propriétés mobilières ou immobilières. Les arrérages du douaire de la duchesse d'Orléans lui avaient été exactement pavés. Enfin, un administrateur d'une haute intelligence et d'un dévouement absolu, M. Edouard Bocher, avait aidé la famille royale à reconstituer sa fortune.

« Quand le prince Louis-Napoléou nomma, après le coup d'Etat, un ministère dans lequel figuraient plusieurs orléanistes, les exilés de Claremont ne se doutaient pas de la mesure qui les menaçait. Il est juste, d'ailleurs, d'ajouter qu'elle fut adoptée contrairement à l'opinion de la plupart des ministres et entraîna la démission de quatre d'entre eux : MM. de Morny, Achille Fould, Rouher et Magne. »

Les deux décrets du 22 janvier 1852, causes de ces démissions, parurent dans le Moniteur du 23. Le premier portait :

« Les membres de la famille d'Orléans, leurs époux, épouses et leurs descendants ne pourront posséder aucuns meubles ou immeubles en France... »

L'article 2 déclarait que la vente des biens serait effectuée « dans le délai d'un an ».

Le second décret ordonnait que les biens meubles et immeubles, qui avaient été l'objet de la donation faite

le 7 août 1830, par Louis-Philippe, à ses enfants, seraient « restitués à l'État ». Il était précédé de considérants (pic l'historien que nous venons de citer résume ainsi: « D'après l'ancien droit public de la France, maintenu par le décret du 21 septembre 1790 et par la loi du

8 novembre 1814, tous les biens qui appartenaient aux princes lors de leur avènement au trône étaient de plein droit et à l'instant même réunis au domaine de la couronne. Cette règle avait été appliquée sous les règnes de Louis XVIII et de Charles X, et reproduite dans la loi du 15 janvier 1825. Aucun acte législatif ne l'avait révoquée, le 9 août 1830, quand Louis-Philippe accepta la couronne. On ajoutait que la donation universelle sous réserve d'usufruit, consentie par Louis-Philippe au profit de ses enfants, à l'exclusion de l'aîné de ses fils, le 7 août 1830, le jour môme où la royauté lui avait été déférée, el avant son acceptation qui eut lieu le

9 du môme mois, avait eu uniquement pour but d'empêcher la réunion au domaine de l'État des biens considérables possédés par le prince appelé au trône. »

Nous connaissons ces formules. Quand les révolutions, c'est-à-dire ceux qui les font, prennent largement le bien d'autrui, on qualifie la mesure de restitution ou de retour à l'État. Les meilleures raisons ne sont pas écoutées. Il y en avait, ici, plusieurs à faire valoir. Le premier décret mettant en vente, malgré les propriétaires incontestés, les biens meubles et immeubles qu'ils possèdent en France ne se justifie évidemment que par des considérations d'où le droit est absent. Le deuxième reposait sur une interprétation erronée d'une loi de la monarchie, (pi'il était d'ailleurs assez singulier de voir invoquer par un pouvoir nouveau, peu respectueux de tant d'autres lois et du principe des régimes précédents. Berryer, en ls'iS, avait déjà indiqué les exécuteurs testamentaires de Louis-Philippe, Dupin, le duc de Montmorency,

le comte de Montalivet, Laplagne-Barris et Scribe, dans une protestation adressée au prince-président ; enfin les plus illustres avocats du barreau de Paris, dans un mémoire signe Vatimesnil, Berrver, Odilon Barrot, Dufaure, Paillet, développèrent, en 1852, les arguments suivants, qui sont autant de solides raisons :

1° La donation du 7 août 1830 était « un contrat librement consenti, à une époque où son auteur n'était enchaîné, quant à la disposition de ses biens, par aucun lien de notre droit public. Jusqu'au jour où il a accepté le pacte irrévocable qui s'est formé entre lui et la Chambre des députés, le prince, comme propriétaire, n'était assujetti, ainsi que tous les citoyens français, qu'aux règles du droit commun. Il est monté sur le trône sur la foi de la validité de l'acte qu'il avait pu faire, à son gré, en faveur de ses enfants. L'événement qui l'en a fait descendre, et qui en a éloigné sa famille, en fondant la république, justifie toutes les prévisions de la donation. Loin de chercher dans les circonstances présentes une occasion d'annuler un tel acte, la justice, la bonne foi, la dignité nationale doivent l'entourer d'un respect plus sévère;... la confiscation est rayée de nos codes, elle ne doit plus y reparaître l ».

2° Lors même que la donation n'eût pas été faite, les biens visés par le second décret du 22 janvier 1852 appartiendraient légitimement aux enfants du duc d'Orléans, par droit d'héritage. Il ne s'agit pas. en effet, des biens apanagers, d'origine royale, appartenant au duc d'Orléans. Ceux-là ont été réunis au domaine de l'Etat par l'avènement du due d'Orléans au trône ; abstraction faite de toute tradition, le prince, devenu roi, ne pouvait les conserver. Il s'agit des biens privés du duc d'Orléans, de ceux qui lui venaient de sa mère, fille du duc de Pen-

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