‹ Le duc de Nemours; avec un portrait en heliogravureChapitre 55 sur 62 · Leduc Victor de Broprlie · texte numérisé non relu

Leduc Victor de Broprlie

Nous choisirons, dans la correspondance intime du duc de Nemours en 1870 et 1871, quelques lettres et quelques passages de lettres qui montreront les inquiétudes, et bientôt la douleur qu'il éprouve, les pressentiments qu'il a eus, les jugements qu'il a portés sur les hommes et les choses de ces jours terribles. Bien qu'elles aient été écrites dans l'émotion et souvent dans l'incertitude des nouvelles, elles montrent le haut caractère de ce prince qui met la France au-dessus de tout intérêt, cherche le devoir à remplir pour lui et pour les siens, et fait taire, devant le malheur public, toute préoccupation personnelle.

« 8 juillet 1870.

« Depuis hier soir, on est tout à la guerre. Quelle folie ! Est-il possible de se jouer d'une nation, de galvauder la dignité, la fortune, le sang d'un peuple comme le fait le gouvernement français dans toute cette affaire d'Espagne, pour aboutir à l'éclat insensé du langage que l'on a fait tenir à Gramont au Corps législatif, il y a trois jours ! Si le gouvernement pense ce que son ministère a dit, son langage est le sûr moyen d'en empêcher la réussite. S'il pense le contraire, c'est lapins coupable tromperie qu'un gouvernement puisse faire. »

« 9 juillet L870.

« Les nouvelles politiques sont bien alarmantes. J'en ai le cœur serré ! Quelle coupable imprévoyance, quelle criminelle folie ! mettre tout le monde à feu et à sang, détruire peut-être le pays que Ton a entrepris de gouverner, rien que pour la satisfaction d'étroites animosités ! »

La probabilité de la guerre augmentant chaque jour, le duc de Nemours exprime Le désir que le duc d'Alençon et les siens reviennent en Angleterre. Il craint une longue séparation. Mais la duchesse d'Alençon est souffrante, à Feldafing, près de Staruberg, en Bavière.

« 14 juillet 1870.

« Les précédentes étaient des guerres politiques presque sans passion de part ni d'autre. Ici, ce serait une guerre de race, une guerre de haine réciproque, une lutte à la suprématie européenne, qui ne s'arrêterait que lorsqu'un des deux adversaires, nous ou la Prusse, serait écrasé. »

<« 15 juillet 1870.

« Hier, au bal de ladv Somers, tout le inonde était à la guerre, à la guerre imminente. Mon raisonnement, avant d'arriver à cette réunion, m'avait déjà amené à cette conclusion d'une guerre inévitable et imminente : c'est ce qui m'a déterminé à (.'expédier, pendant le bal même, \\n télégramme en réponse à ta lettre du 12, afin que tu susses promptement que je n'approuvais pas l'idée de votre retraite en Suisse. »

« 1 G juillet 1870.

« Toute remarque sur les événements serait oiseuse aujourd'hui. Je n'ai qu'a plier Dieu pour vous et pour

toutes les victimes de la lutte aujourd'hui engagée, à lui demander de vous ramener promptement et en bonne santé prés de nous. »

Le due d'Alençon, tombé malade de la rougeole, est retenu en Bavière. Le due de Nemours, dans son désir et dans son ardente volonté de voir ses enfants quitter les pays belligérants, étudie dans toutes ses lettres les voies ouvertes pour revenir en Angleterre : « La Suisse est une souricière. » « La neutralité de la Belgique ne sera pas respectée. » « L'Italie, il serait extraordinaire que ce pays ne profitât pas de la guerre pour se livrer à des mouvements révolutionnaires. » « L'Autriche peut-être, tant que cette puissance restera neutre, ce qu'elle a évidemment le désir de faire le plus longtemps qu'il lui sera possible. »

Le duc de Nemours, à cause de la chaleur de l'été, se rend avec ses filles à Douvres, le 27 juillet. Le duc d'Alençon n'a pas pu quitter encore la Bavière.

août 1810.

« Nus dernières nouvelles sont la prise de Wissem-

bourg, suivant de près celle de Saarbriick.

« Dans les deux cas, cela me parait du sang versé inutilement ; mais le dernier de ces faits d'armes ravive douloureusement mon indignation contre la politique qui a ramené, pour la première fois depuis la chute du premier Napoléon, les armées étrangères sur le sol de mon pays î Par égard pour la poste, je m'abstiens, du reste, de réflexion sur les événements. »

« 10 août 1810.

« Inutile de dire que je suis navré de nos revers. La presse française et la presse anglaise, bien qu'anin chacune de sentiments tout différents, s'accordent à les

attribuer tous à l'empereur. La situation est donc à tous égards, en France, extrêmement grave ; mais le devoir de tout bon citoyen est de prêter tout le concours que chacun peut donner pour la défense du pays, en y aidant le gouvernement, car on ne peut défendre le pays en dehors du gouvernement, et un pays sans gouvernement ne peut pas se défendre. Une tentative pour renverser le gouvernement maintenant serait honteuse et coupable pour ceux qui la feraient. Le langage des républicains avancés n'est malheureusement pas rassurant à cet égard, et leurs demandes sont insensées. Pour ma part, je vis an jour le jour dans une fiévreuse anxiété, me demandant à chaque instant ce que l'heure suivante apportera, et quel devoir elle pourra m'imposer... Pense à ce qu'il sera le mieux de faire pour Sophie1, si tu es obligé de la quitter alors que tu seras en état de validité... Il n'est pas impossible que, clans un court délai, les dangers de la France ne soient tels que chacun, selon sa capacité, et malgré même ses incapacités, doive offrir ses services et qu'ils soient acceptés... »

P. -S. — « Mrae de Barrai qui arrive de Paris en apporte de bien mauvaises nouvelles ; les républicains même modérés (soi-disant) font des demandes insensées. Ces gens-là achèveront la perte de la France ! C'est bien douloureux. »

« 13 août 1870.

« Estancelin a proposé le rappel de la loi d'exil ; cela a été envoyé à la commission d'initiative. Si une demande «levait être faite par la famille aujourd'hui à cet égard, je suis disposé à m'y associer. Tout ce que nous pourrons faire pour la défense du territoire français, je trouve que nous le devons faire. De politique et de questions inté-

I. La duchesse d'Alençon avait été, ;'i son tour, prise de la rougeole

rieures, nous ne devons nous mêler. C'est acte de mauvais citoyen de faire quoi que ce soit pour affaiblir l'autorité actuelle, déjà trop faible. Soutenir l'autorité pour la défense de la France est le devoir de tout bon citoyen. Je reste avec le cœur déchiré de nos revers et de nos pertes, anxieusement attristé du long avenir de malheur que je vois devant moi, mais qu'il faut cependant envisager pour y lutter de son mieux. »

« 15 août 1870.

« Charmé, mon cher ami, de recevoir ta longue lettre du 10 et d'apprendre que Sophie faisait des progrès. Guérissez-vous bien tous les deux ; soignez-vous pendant que vous pouvez le faire, reprenez des forces, car il faudra que chacun travaille. L'avenir devant nous n'est pas gai, le présent est triste, le lendemain plus inquiétant encore. Tu le vois aussi et tu as raison. »

« 23 août 1870.

« Tous mes vœux pour la Saint-Louis. Notre patrie aurait bien besoin aujourd'hui de la protection de ce grand saint et grand roi. Prions-le pour elle et réciproquement pour nous. J'ai reçu une lettre du colonel Krien; il dit que les premiers jours de captivité ont été très durs. Il est désolé de la destruction de son régiment dont il n'est resté que quelques hommes: cinquante-trois officiers hors de combat sur soixante-deux ! Une lettre d'un capitaine du 74% prisonnier à Ingolstadt, se loue des égards des officiers bavarois envers eux. »

« 27 août 1870.

« Depuis les terribles batailles devant Metz, du 1 1 et du IX, il n'y a pas eu de nouvelles luttes. Les pertes ont dû y être énormes de part et d'autre. Nous aurons bientôt un sanglant réveil... Quant aux accusations de procédés

violents ou déloyaux que les Allemands portent contre nous, nous ne manquons pas non plus de griefs de ce genre à faire valoir contre eux... Il y a des exécution-; faites de sang-froid, el des ordonnances écrites avec réflexion, qui sont des actes assurément bien moins justifiables que ceux dont ils se plaignent; sans compter l'enlèvemenl du député Bussières du milieu de l'ambulance internationale qu'il avait installée chez lui. »

« 3 septembre.

« Les télégrammes sont plus contradictoires que de coutume ; — il n'y en a aucun venant des chefs de notre armée. Nous en étions là, lorsqu'au milieu du jour arrive cestartling telegram : - Surrender of Mac MahorC sarmy :

the emperor prisoner ofwar! » Ceci dépasse même mes appréhensions. Quel douloureux désastre! que va faire Paris? que va faire la France? que Dieu vienne en aide à mon malheureux pays! C'est tout ce que je peux dire en ce moment, car ce n'est pas le lieu d'exprimer toutes les pensées qui remplissent mon esprit, au milieu des douloureuses agitations de mon cœur. »

Le duc de Nemours rentre à Bush}' le 6 septembre.

septembre.

« Voilà l'Empire fini, ce qui ne me console pas des malheurs de mon pays, l'Empire entraîné dans l'immense catastrophe qu'il a attirée sur la France.

m S'il faut en croire les télégrammes anglais de ce matin, on était en train d'installer un gouvernement provisoire républicain a l'hôtel de ville, gouvernement nomme par lui-même, sous la protection d'une bande maîtresse de la rue qui aurait dispersé les restes du Corps législatif. 1 -i aux coups de fusils près la répétition-de février 48.

LE DtFC DE NEMOURS 491

Le gouvernement sera-t-il accepté i>u subi, et que ferat-il? Le premier point me parait probable; quant au second, sa tâche n'est pas facile et ne saurait être douce pour notre malheureux pays; mais, comme le gouvernement est en présence de l'invasion étrangère et que j'écris à l'étranger, je m'abstiens de te communiquer mes prévisions.

Le prince de Joinvillë,les ducs d'Aumale et de Char: se sont rendus à Pari- pour renouveler leurs offres de services: on les a priés de partir pour Calais. Arrivés le 6 au matin, ils ont quitté Paris le 6 au soir. A Calais, le gouvernement leur a l'ait faire la réponse suivante : I." gouvernement ne peut pas permettre la présence des prie a Paris; si le gouvernement succombe dans sa tâche, les prince- auront peut-être d'autres devoirs à remplir; s'il réussit, ses résolutions pourront être différentes ! . »

<• 12 septembre.

« Voilà l'envahissement du restant du territoire pontifical ordonné par le gouvernement italien. C'est le premier effet extérieur de notre anéantissement. Le pouvoir pontifical, cet intérêt français de premier ordre, que la République même de 1848 avait défendu les armes à la main, le voilà renversé par un dos ennemis que la politique bonapartiste a créés autour de la France ! Nous ne sommes pas au bout des afflictions et humiliations !

Le duc et la duchesse d'Alençon ont enfin pu quitter la Bavière, et se rendre à Vienne, le 17 septembre, chez la princesse Clémentine "2.

1. Un peu plus tard, d'autres princes de la iuaison d'Orléans, comte de Paris, duc de Xeinours, duc d'Alençon, adressèrent chacun une lettre au ministre de la Guerre. Garnbetta. pour demander à prendre du service dans les armées françaises. Ces lettres restèrent sans réponse.

±. Le comte et la comtesse d'Eu, venant du Brésil où il- habitent.

« 22 septembre.

« Vous ne pouvez être agréablement et plus convenablement nulle part, puisque le pays est neutre et que tu trouves, dans la maîtresse de la maison, « conformité de sentiments ». La situation est si pénible pour tout Français, et plus encore pour des Français comme nous qui n'avons pu prendre aucune part à la défense nationale, que moins on voit d'étrangers, mieux cela vaut. Ici, nous nous sommes renfermés, ce qui est facile avec notre genre de vie. Nous n'avons eu d'échange de visite qu'avec les Aquila...

« Les affaires de Rome sont une infamie pire encore que celle des Allemands : car, pour attaquer et dépouiller le malheureux et vénérable Saint-Père, il n'y a pas d'autre excuse que l'envie du bien d'autrui et la volonté de le prendre, parce que l'on est le plus fort. »

<< 28 septembre.

« A sept heures du soir, nous arrive la douloureuse nouvelle de la reddition de Strasbourg ! »

« 1" octobre.

c En province, nousavons encore énormément d'hommes, des masses considérables de mobiles où il y a de bons éléments, quelques bataillons d'infanterie et régiments de cavalerie remontés. Réussirons-nous à organiser et à mettre en œuvre tout cela efficacement? La défense de Toul est sublime, quand on voit la composition de sa gar-

[Hiur faire un voyage en Europe, ont débarqué le 13 septembre à Southampton, el arriveul i Bushy le 14. Le duc de Nemours et ses filles Sont allés les attendre à Southampton.

oison et qu'on connaît la petitesse de la ville. En t'ait de trahison, la conduite des Italiens envers Rome en est un grand et nouvel exemple. Quelle infamie et quelle hypocrisie ! Combien est dure la situation de ce malheureux pape et de ses fidèles serviteurs ! »

Les sentiments du duc de Nemours sont ceux du duc d'Alençon. et celui-ci. complètement remis de la maladie qui l'avait atteint avant la déclaration de guerre, consulte son père sur le meilleur moyen de prendre du service en France. Comment y arriver quand on est prince? Il y a des inégalités douloureuses, et ce ne sont pas toujours les petits qui en sont victimes. On va voir en effet que les efforts du duc d'Alençon pour s'engager demeurèrent infructueux, et l'on verra également, à cette occasion, le scrupule de probité que Le duc de Nemours apportait en toute chose. Quand il est question, pour son fils, de s'engager et de servir sous un nom d'emprunt, il est d'avis qu'il n'est pas bien sûr « qu'on doive pousser le dévouement jusqu'à la dissimulation ».

« 15 octobre.

« Nous avons des devoirs à remplir : un d'eux nous commande d'aller en France, dès que cela nous sera possible. Jusqu'à présent, nous en avons été empêchés parles gouvernants; mais le moment peut venir où il faille y aller sans leur permission. Si l'occasion se présente, il faudrait être prêt à la saisir... Je crois qu'il faut que chacun concoure au service de son pays par tous les moyens en son pouvoir, bien que je désapprouve, quant à moi. tout à fait, le langage et les actes du gouvernement depuis le débarquement de Gambetta. »

« Dimanche, 9 octobre 1810, jour de saint Denis.

« Je trouve que nous allons bien mal tant politiquement que militairement. A ce dernier point de vue, l'espoir a

été perdu, selon moi, le 19 septembre, lorsque l'armée de Paris a été impuissante à défendre la ligne des hauteurs qui s'étendent de ViUejuif à Bellevue au-dessus de Sèvres, ainsi que les collines autour de Saint-Cloud. Une grande partie de ces terrains était très favorable à la défense. L'impuissance à les conserver a eu le double et funeste résultat de livrer à l'ennemi toute la ligne de hauteurs de laquelle il peut bombarder Paris, et de démontrer l'incapacité de la garnison à faire des sorties efficaces, par conséquent à crever le blocus. Le blocus étant maintenu, Paris tombera nécessairement soit par les attaques de l'ennemi, soit par la famine. Je crois que Paris résistera pendant quelque temps au bombardement, quelque sévère qu'il soit, et je m'attends à ce qu'il soit très sévère, très barbare même. Je ne crois pas que l'attaque de vive force de Paris soit tentée. Ce qui me semble le plus probable, c'est que Paris succombera sous la famine, ou tout au moins une famine relative

' Voilà pour Paris lui-même, je te mets de coté la question des divisions, des luttes intérieures sur l'éventualité desquelles nous ne sommes pas édifiés, et dont, grâces à Dieu, il ne s'est manifesté aucun symptôme d'après les nouvelles reçues jusqu'à présent.

" l)u dehors, Paris peut-il être secouru? Les forces existant en France ou s'y formant pourront-elles crever l'investissement prussien et apporter des vivres à Paris, car d'hommes il ne manque pas? Je n'en ai pas, quant à moi, le moindre espoir. Je n'ai jamais cru à l'armée de Lyon, ni à l'armée de la Loire, et rien, hélas! n'est venu me démontrer encore (pie j'eusse tort. Il y a des agglomérations, mais il n'y a pas d'année; nous avons quelques régiments de cavalerie en petit nombre, quelques-uns ont en partie échappé à nos désastres et ont été remontés tant bien que mal ; d'autres, je crois, n'avaient pas rejoint avant Sedan.

« Nous avons des hommes d'infanterie rappelés, versés dans des dépôts sans cadres; mais nous n'avons pas suffisamment d'artillerie attelée, et nous manquons surtout d'officiers a tous les degrés de la hiérarchie et de toute organisation d'armée. De plus, nous avons le fléau des échappés de Sedan, dont il est revenu une quantité : ils sont dans un état de démoralisation complet, communiquant l'indiscipline a tout ce qu'ils approchent : aussi a-t-il fallu, sous le nom de cour martiale, établir dans chaque bataillon une sorte de tribunal révolutionnaire qui chaque soir juge les délits du jour sans appel, avec exécution immédiate de la sentence, la seule peine étant la peine de mort, absolument comme dans le code civilisateur que les armées allemandes ont apporté avec elles à l'usage du peuple français.

En outre de cela, il y a les mobiles et la garde nationale. Cette dernière peut rendre un service auxiliaire dans les places assiégées, ainsi qu'elle l'a déjà fait. Dans les mobiles, il y a de bons éléments, comme aussi de très mauvais, selon les localités, mais tout cela manque de tout : habillement, armement, organisation, cadres, instruction militaire. Enfin, nous avons les francs-tireurs, qui, dans leur genre, sont encore ce que nous avons de plus utile. En somme, les seules résistances que nous puissions espérer faire consistent à gêner les communications des ennemis, à combattre leurs petites colonnes de manière à rendre leurs approvisionnent. 'lits difficiles et à limiter les zones de leurs dévastations, enfin à défendre nos places. C'esi donc à gêner les approvisionnements des armées allemandes devant Mot/, et Paris que devraient tendre tous nos efforts. Mais existe- t-il une direction générale des opérations qui puisse faire concourir à ce but les forces dont nous disposons? Je l'ignore et j'en doute, je l'avoue.

« Voilà ce que je vois de la situation militaire. Si j'examine notre état politique, je le trouve encore plus triste.

Le gouvernement du 4 septembre a été accepté par la France entière parce qu'il était un gouvernement, ou qu'au moins il voulait l'être, et parce qu'il prenait pour unique programme la défense nationale, en ajournant toute question, toute mesure politique. Qu'a-t-il fait depuis un mois? échouer dans la négociation, échouer dans la guerre. Je ne lui en fais pas un crime ; il se heurtait à d'inévitables impossibilités. Mais au moins a-t-il maintenu l'union, donné une organisation aux efforts unanimes de résistance? Non, il n'a fait que semer la méfiance et la désunion par sa faiblesse vis-à-vis des anarchistes, par la violence et la partialité de langage de ses agents, par les mesures égoïstes et tyranniques qu'il a prises ou laissé prendre. Il vient de mettre le comble à tout cela en interdisant les élections générales pendant la durée de la guerre. Or quelle perspective une telle mesure laisse-t-elle à la France, si ce n'est la continuation indéfinie de l'état actuel, et quel est l'état actuel? D'abord la guerre, qui fait vivre une innombrable année ennemie aux dépens de la France, où elle détruit et massacre tout à son gré, sans qu'aucune résistance puisse lui être opposée ; ensuite toutes les sources de production arrêtées en France et ses ressources dévorées elles-mêmes par l'immense nombre de ses soi-disant défenseurs non organisés ; enfin l'anarchie, l'anarchie s'imposant d'en bas, comme à Lyon et a Marseille, ou bien imposée par le gouvernement qui subordonne les généraux aux préfets (les généraux dont on a surtout besoin aujourd'hui), les préfets aux commissaires, délégués du gouvernement, lesquels derniers sont surtout subordonnés à la populace. Voilà pour l'intérieur...

« Il aurait fallu une assemblée, parce qu'une assemblée aurait qualifié un gouvernement et eût pu faire la paix, faire une paix qu'un gouvernement peut se refuser à faire. Une assemblée constituante ('tant la France ou étant censée

l'être, elle peut tout faire dans les circonstances présentes. Apres la paix faite, elle aurait pu reconstituer ou tout au moins décréter un gouvernement. En fait de gouvernement, il n'y en a que deux de raisonnables an temps actuel. -eL >n moi : nue république comme celle de 1841'. du gouvemement de laquelle les républicains seraient par le fait exclus, ou bien la monarchie constitutionnelle, une monarchie constitutionnelle à l'anglaise; mais, pour qu'elle lut viable, il faudrait l'établir sur les anciennes traditions monarchiques, historiques de la France. »

Mercredi 1^ octobre. — Tout à fait confidentiel.

« Joinville et Chartres ont été jusqu'à Tours, précédés

d'une lettre de l'amiral Fourichon. Refus poli, mais plus accentué encore que la dernière fois : « Prière de se résigner aux douleur- de l'exil. » Nous sommes de plus helle sous un gouvernement personnel. La circulaire de Gambetta en arrivant à Tours le prouve bien. Gouvernement personnel, exclusif et révolutionnaire. Malheureux pays que le notre !

Après ce refus, nos voyageurs sont retournés a Rouen, oii. d'après ce qui nous est communiqué sous le sceau du secret. Chartres aurait été casé dans une situation avantageuse, sous un nom de guerre: bien entendu, ajoute-t-on, le plus grand secret est nécessaire.

« Joinville continuait, dit-il. à guetter une occasion pour lui, mais il ne faudrait rien faire, ajoutait-il, qui put compromettre ou faire échouer l'entreprise de Chartres... Il y a des portes étroite- par où deux ne peuvent passer de front. Si le désordre continue, il y aura place bientôt jour tous: je serai le premier a le signaler... Je hais les faux noms, quant à moi. mais cela peut être indispensable pour certaines occasions. J'honore infiniment Chartres de s'être soumis a cotte exigence, qui

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