Lettre du 19 juillet
contraire, écrit, le 14 décembre 1825, à M. de Rumigny (qui le dira au duc d'Orléans) :
<( Quelle que soit mon opinion, je devais à mon respect pour Son Altesse Royale de faire qu'elle fût informée des difficultés que j'entrevoyais, en même temps que j'étais dans le cas d'en écrire officiellement aux ministres du roi. Ces difficultés, permettez-moi de vous le dire, me paraissent insolubles, sous une multitude de rapports, mais surtout eu égard à la politique étrangère. »
S'il y a un moyen de les aplanir, ajoutait-il, « c'est de faire en sorte que les Grecs demandent à l'instant, et solennellement, la protection commune... J'ai cru nécessaire de bien convaincre les personnes que Son Altesse Royale honore de sa confiance, qu'elles contrarieraient le but précis qu'on veut atteindre, en reprenant trop prématurément les couleurs et le langage qu'elles avaient il y a quatre mois. »
C'est bien parce qu'il connaissait ou devinait toutes ces difficultés que le duc d'Orléans, malgré les instances des agents et de nombreux personnages grecs, refusait de s'engager. Il faisait donner aux Grecs le conseil de réclamer la protection commune des puissances. Luimême il écrit, en mars 1826, à son aide de camp qui est à la campagne, qu'il est fort contrarié d'apprendre que G. Vitali est de retour en rade d'Hyères et va encore débarquer avec un paquet de dépêches confidentielles. « Dieu sait ce qu'elles contiennent, et les nouveaux tracas qu'elles vont nous procurer ! . . . Dans l'état actuel des choses, il est probable que nous ne pourrons lui dire que les mêmes choses, et que son arrivée va renouveler les cancans qui se calmaient. »
Parmi ces lettres apportées par Yitali, qui avait frété une goélette grecque, il y en avait une du général Roche it M. de Rumigny, en date de Xauplie, 23 février 1826, qui donne bien l'impression de la vérité. Le général se
défie du représentant de la France, amiral de Rigny, qui
ouvre les lettres des agents, en donne copie à Paris, et doit avoir reçu des instructions contraires aux agissements du comité. L'attitude de L'amiral, la façon dont il parle de Vitali et de M. de Rumigny, font une fâcheuse impression en Grèce. « C'est pourquoi l'on a dû nommer une commission de trois membres du gouvernement, trois sénateurs, et trois principaux primats de la Grèce et un archevêque, qui ont arrêté d'écrire directement à Monseigneur, pour lui soumettre des questions dont on attend la solution à l'assemblée nationale, avant de procéder à l'élection du duc de Nemours comme souverain de la Grèce. » On demandait au duc d'Orléans d'être, pendant la minorité de son fils, régent du royaume de Grèce ; on demandait aussi que la France soutint le jeune roi militairement et financièrement.
« Ces messieurs m'ayant remis leurs dépêches, avec invitation de les faire tout de suite partir, je n'ai, pas cru devoir balancer une minute à fréter cette goélette, car vous voyez que la chose est d'une conséquence assez majeure, et mérite l'empressement que j'ai mis à expédier M. Vitali... Il est indispensable que vous fassiez en sorti' de nous envoyer, par un bâtiment du roi, les réponses que nous attendons au lieu de la réunion de l'assemblée générale nationale, à Mithana, dans la Chersonèse, vis-à-vis de l'île de Poro. On a décidé que l'assemblée restera en permanence jusqu'à l'arrivée de la réponse de Monseigneur et de M. le général Sébastiani. »
Un événement désastreux change les dispositions des députés grecs : Missolonghi.
Le même général Roche écrit, le 2 mai 1 8*2(5 : « La chute de Missolonghi, le boulevard de la liberté grecque, a jeté la consternation dans l'assemblée. »
3 mai. — « Je viens d'avoir une longue conférence avec plusieurs des membres de l'une et l'autre commis-
sion1 qui m'ont chargé de vous faire savoir qu'ils ont dû agir d'après les circonstances où se trouve leur malheureuse patrie, suivre le torrent du parti anglais, attendu que c'est la seule nation qui prend, au moins en apparence, quelque intérêt à leur position critique; mais que, du reste, ils sont et seront toujours attachés de cœur aux Français, particulièrement à la famille du 72 (le duc d'Orléans, qui a changé de numéro à la fin de 1825). »
On pourrait appeler une lettre de congé celle que M. de Rumigny fut chargé d'écrire à un des chefs grecs, et dont le brouillon, seul conservé, porte cette mention : « Brouillon écrit par moi, corrigé par Son Altesse Royale, d'accord avec M. de Villèle. De Rumigny. »
C'est une longue lettre où les conseils de prudence et d'atermoiement sont rappelés en quelques mots, et qui relâche, avec des formules de politesse et de littérature, des liens qu'on trouvait inutiles ou dangereux.
« A Petrobey Mavromichalis de Maina, le 16 septembre 1826.
« Prince, Monseigneur a reçu avec un vif intérêt la lettre que M. le général Roche lui a apportée de votre part. Il a été touché de vos sentiments pour sa personne et sa famille, et il a vu, avec grand plaisir, que vous étiez pénétré de l'avantage que votre patrie peut retirer des conseils renfermés dans la note qui vous a été remise au mois de juin.
« Son Altesse Royale ne peut que vous engager à persévérer dans ce système; elle me charge de vous féliciter de vos derniers succès militaires et de vous dire avec quelle satisfaction elle a vu que le sang Spartiate coulait encore dans vos veines », etc..
i. La première, de onze membres, prenant le titre d'executive, et la seconde, de treize membres, chargée des détails de l'administration.
En somme, la candidature «lu duc de Nemours au trône •le Grèce a bien été posée. Elle l'a été sans doute parles membres du comité philhellène, ou par les nombreux officiers de l'armée de terre ou de mer qui se trouvaient en Grèce en 1825, Français ardents et loyaux, qui trouvaient équitable et habile de réclamer une compensation pour les sacrifices de tout genre que le gouvernement de Charles X faisait en faveur de la Grèce.
Les largesses du duc d'Orléans, ses sympathies vives à l'égard de la cause grecque étaient connues des Grecs, parmi lesquels l'idée de proclamer roi le duc de Nemours compta certainement de nombreux partisans. Peut-être, un moment, avait-elle souri au roi Charles X. Mais, s'il en fut ainsi, le « vœu » du souverain, comme dit Cuvillier- Fleury. fut de courte durée : il fut combattu par les agents diplomatiques en Grèce et à Constantinople ; il s'effaça devant le sentiment des insurmontables difficultés que créerait la jalousie de l'Europe, et bientôt devant les engagements formels pris par la France. En se liant visà-vis de l'Angleterre et de la Russie par le traité du 6 juillet 1827, en déclarant, comme les deux autres puissances, renoncer à tout avantage personnel et à tonte acquisition de territoire en Grèce, la France s'interdisait de soutenir la candidature d'un prince de la maison de France. L'Angleterre l'entendait bien ainsi. Avant même la signature du traité, et en s'appuvant sur cet argument que la France agissait de concert avec la Russie et l'Angleterre, l'amiral anglais Hamilton avait écrit à l'amiral français de Rigny, au commencement de 1827. pour se plaindre des agissements du comité de Pari-, des « intrigues », de l'abus que l'on fait encore en Grèce du nom du duc d'Orléans.
La lettre dont nous avons cité un passage, et qui fut corrigée, d'accord avec M. de Villèle. par le duc d'Orléans, montre que, dès le mois de septembre 1826, celui-ci
n'avait lui-même aucune confiance dans la réussite du projet de candidature. En tout cas. il est remarquable que, à partir de cette date, le nom du duc de Nemours n'est plus mentionné dans les lettres et notes dont rechange continue, toujours actif, entre la Grèce et le Comité philanthropique. Les agents en Grèce continuent de venir à Paris; le duc d'Orléans ne cesse pas de fournir des subsides pour la cause de l'indépendance; mais le comité semble se désintéresser d'un projet qui n'est pas complètement abandonné en Grèce. Nous ne sommes plus en présence que de tentatives individuelles, et l'on pourrait dire unilatérales, pour ressusciter la candidature du prince, tentatives qu'expliquent soit l'animosité de certains agents ou officiers contre la politique anglaise, soit le zèle intéressé de quelques Grecs. L'ambassadeur français à Constantinoplo. comte Guilleminot, écrivait h Paris1, au mois de juin 1829, que le colonel Fabvier se croyait assuré de la disposition où serait l'assemblée nationale grecque d'appeler un prince français à la tête des affaires, si le gouvernement du roi voulait s'y prêter. Il ajoutait :
« Que tel puisse être le vœu des Grecs, c'est ce que je ne saurais ni affirmer, ni démentir. Je me suis élevé dans le temps, avec force, contre des intrigues trop misérablement ourdies pour ne pas compromettre en pure perte, et la dignité de la France, et celle d'un des membres de la famille royale. J'ai manifesté, en outre, l'opinion où j'étais que. si projet pareil avait pu même séduire un moment quelques esprits bien pensants, l'exécution en était néanmoins impraticable, vu l'opposition que ne manqueraient pas d'y apporter les autres grandes cours de l'Europe. Depuis lors, les trois puissances signataires du traité de Londres se sont exclues de toute prétention à