Guizot, Mémoires, t. Vlll, p
Les ministres assistaient à l'audience, debout près du trône. M. Surlet de Chokier. adressa au roi les paroles suivantes :
« Sire,
« Organe légal du peuple belge, le Congrès souverain, dans sa séance du 3 février, a élu et proclamé roi Son Altesse Royale Louis-Charles-Philippe d'Orléans, duc de Nemours, fils puîné de Votre Majesté, et nous a confié la mission d'offrir la couronne à Son Altesse Royale dans la personne de Votre Majesté, son tuteur et son roi.
(( Cette élection... est un hommage rendu à la royauté populaire de la France et aux vertus de votre famille ; elle cimente l'union naturelle des deux nations... »
Ce préambule fut suivi de la lecture de l'acte du Congrès, signé par les secrétaires : le vicomte Vilain XIV, Liedtz, Henri de Brouckère, Nothomb, et parle président, Surlet de Chokier.
Le roi répondit qu'il se montrait profondément touché « du choix de la Belgique, et qu'il s'en enorgueilHrait toujours ».
« Mais, quels que soient mes regrets, ajouta-t-il, quelle que soit l'amertume que j'éprouve à vous refuser mon fils, la rigidité des devoirs que j'ai à remplir m'en impose la pénible obligation, et je dois déclarer que je n'accepte pas pour lui la couronne que vous êtes chargé de lui offrir... Exempt moi-même de toute ambition, mes vœux personnels s'accordent avec mes devoirs... Les exemples de Louis XIV et de Napoléon suffiraient pour me préserver de la funeste tentation d'ériger des trônes pour mes fils, et pour me faire préférer le bonheur d'avoir maintenu la paix à tout Téclat des victoires que, dans la guerre, la valeur française ne manquerait pas d'assurer de nouveau à nos glorieux drapeaux. »
Le discours se terminait par des souhaits de bonheur pour la Belgique et par la promesse que faisait le roi « d'entretenir toujours des relations d'amitié et de bon voisinage » avec ce pays.
M. Guizot a rappelé cette scène dans une page qu'il faut relire :
« Je me trouvais au Palais-Royal le 17 février 1831, au moment où les députes du congrès belge vinrent présenter au roi Louis-Philippe la délibération de cette assemblée qui avait élu son fils, le duc de Nemours, roi des Belges. J'ai assisté à l'audience que leur donna et à la réponse que leur fît le roi. Je ne dirai pas toutes les hésitations, car il n'a pas hésité, mais toutes les velléités, tous les sentiments qui avaient agité, à ce sujet, l'esprit du roi, se révélaient dans cette réponse : Tamourpropre satisfait du souverain à qui le vœu d'un peuple déférait une nouvelle couronne ; le regret étouffé du père qui refusait pour son fils; le judicieux instinct des vrais intérêts de la France, soutenu par le secret plaisir de comparer son refus aux efforts de ses plus illustres devanciers, de Louis XIV et de Napoléon, pour conquérir les provinces qui venaient d'elles-mêmes s'offrir à lui ; bienveillance expansive envers la Belgique à qui il promettait de garantir son indépendance après avoir refusé son trône. »
Le prince que ce refus faisait monter sur le trône de Belgique, le roi Léopold, prit possession de sa couronne le 22 juillet 1831.
Dès le mois d'août, les événements appelaient le duc de Nemours en Belgique, et le prince, qui avait failli y entrer comme roi, franchissait la frontière comme soldat, et pour porter secours au nouveau royaume.
La France, en effet, devait empêcher la reconstitution de l'ancien royaume des Pays-Bas, créé contre elle et remplir sa promesse de sauvegarder l'indépendance d'un
peuple ami ; mais il fallait le faire sans éveiller les jalousies des puissances, qui craignaient Tesprit de révolution etTespritde conquête des Français. La plus jalouse étant la plus voisine, c'est à gagner la confiance de l'Angleterre qu'il importait de s'efforcer. Louis-Philippe y réussit. Et, au moment où la Belgique, menacée par la Hollande qui veut recouvrer ses droits, en appelle à l'Angleterre et à la France, la France répond immédiatement en ordonnant au maréchal Gérard d'entrer en Belgique avec cinquante mille hommes.
« Je demande seulement, comme une faveur, que Chartres et Nemours soient à l'avant-garde », avait dit le roi à Casimir Perier.
Le 4 août, le duc de Nemours partait, avec son frère aîné, pour rejoindre l'armée du Nord. Le duc d'Orléans allait prendre le commandement d'une brigade de hussards. Quant au duc de Nemours, le régiment de chasseurs dont il était colonel depuis le 17 novembre 1826 était devenu, à la date du 17 février 1831, le 1" régiment de lanciers, ou « lanciers de Nemours », ou « lanciers rouges ». C'est donc en cette qualité de colonel de lanciers qu'il rejoignait le corps d'opérations.
L'ordre avait été donné au maréchal Gérard d'entrer en Belgique le 7 au matin. Quatre divisions devaient passer la frontière sur des points différents et se concentrer à Louvain. Des arrangements pris par Tétatmajor avec le gouvernement belge retardèrent de deux jours le mouvement. Ce fut le 9 que le duc d'Orléans, à la tête du 5® dragons et du 12® d'infanterie, entra à Mons, après avoir franchi la frontière à la pointe du jour. Le Moniteur publiait une lettre datée de ce même jour, à deux heures et demie de l'après-midi, et racontait la marche de la colonne.
« C'est hier à onze heures qu'est arrivé un officier de la garde civique à cheval de Mons, avec une lettre du
général Duval au maréchal Gérard, pour Tinformer de l'ordre qu'il venait de recevoir du gouvernement belge, de traiter les Français en amis et de les recevoir dans toutes les places de son gouvernement. Aussitôt il fut décidé que M. le duc d'Orléans prendrait provisoirement le commandement du S*' dragons, avec lequel il formerait Tavant- garde. Des ordres furent expédiés au même instant pour que d'Avesne on se dirigeât sur Cliarleroy, de Givet sur Namur, de Lille sur Ath et Tournay, et pour que, de Valenciennes,les généraux Sébastianiet Lawœstine vinssent nous rejoindre à Mons.
« Ce matin, à cinq heures, le 5'' régiment de dragons était à cheval. Ce fut M. le duc d'Orléans qui vint organiser militairement Tavant-garde, et le maréchal Gérard se mit à la tête de la colonne.
« A une demi-lieue en deçà de la frontière, nous vîmes aiTiver à notre rencontre des officiers de la garde à cheval de Mons, envoyés vers nous par le général Duval, pour nous exprimer son regret de ne pas pouvoir se rendre au-devant de nous jusqu'à la frontière.
« Arrivés à la frontière, les dragons l'ont franchie aux cris de : « Vive le roi! Vive la France ! » Plus loin, les douaniers belges étaient sous les armes, et, chose assez bizarre, ils avaient le drapeau français sur leur maison. Le duc d'Orléans leur envoya dire de mettre à côté les couleurs belges, et ils répondirent qu'ils n'en avaient pas. « Après une halte où nous déjeunâmes et où nous fraternisâmes avec des curés, des propriétaires, des gardes civiques, etc., nous traversâmes deux villages où nous fûmes couverts de fleurs et assourdis (à la lettre) des cris de : « Vive le roi des Français ! Vivent les princes ses fils! Vive le duc d'Orléans! Vive le duc de Nemours! » tout comme en France. A chaque instant on voulait nous forcer à boire; c'était à qui arrêterait nos soldats pour les régaler... Nos princes furent... portés par la foule
jusqu'à une hauteur d'où l'on découvre tout le champ de bataille de Jemmapes. Ce fut en cet endroit que se présenta le général Duval, qui ne quitta plus nos princes et les escorta au milieu des acclamations toujours croissantes jusqu'à la porte de Mons, où se trouvèrent la régence et le bourgmestre, ainsi que les 2*^ et 3® bans de la garde civique.
« Le bourgmestre harangua nos princes. M^"" le duc d'Orléans lui répondit... La garde civique a demandé à nous précéder dans la ville, musique et tambours en tête... »
C'était la première absence du duc de Nemours. La reine, qui était une mère très tendre, avait trouvé le moyen de se tenir chaque jour en communication avec ses fils. Elleleur écrit cette bonne nouvelle, le 8 août 1831:
« On vient d'établir une estafette qui partira tous les jours à midi pour le quartier général, et vous pouvez penser avec quelle impatience votre vieille amie en profitera, mes chers bien-aimés enfants.
« Hier, à cinq heures, papa est entré chez moi avec la bonne lettre de Chartres ; il m'en a fait la lecture, j'étais trop émue pour la faire moi-même. Ce qui m'a fait grand plaisir surtout, c'est que le roi en a été parfaitement content. Continue, mon ami, à lui parler sincèrement, à lui détailler les affaires : tu ne peux pas imaginer combien de la confiance de ta part fait du bien à cet excellent père qui a grand besoin de consolations. Dans la soirée, sont venus successivement tous les ministres, et le maréchal, s'asseyant auprès de moi, m'a montré la lettre que Chartres lui a écrite et dont il est extrêmement flatté ; et moi, j'ai bien joui en pensant à la joie et à l'honneur de mon bien-aimé de se trouver à l'avant-garde ; car j'espère bien que, dans toutes les occasions, mes enfants seront les premiers au poste de l'honneur et du devoir. »
« Onze heures. — Les lettres doivent être à onze
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heures chez M. Comte, il faut que je ferme ; je vous inckis trois lettres du roi, de hier au matin, hier au soir et ce matin. Le conseil s'est assemblé à neuf heures et demie; j'entends les voitures qui partent. Je pense que vous recevrez par cette estafette les ordres nécessaires. Prudence et sagesse, mes bons chers enfants ; pensez bien que tout le monde vous observe, et cju^on pèsera jusqu'à vos moimlres exclamations. Rappelez- vous (jue votre rôle est celui de défenseurs et de protecteurs ; faites honneur au nom français et à votre excellent père, qui, par ses vertus et son amour pour vous, mérite tant de trouver en vous des soutiens. Donnez partout l'exemple du courage, de la droiture, de la prudence, de la modération, de la bienveillance; faites bénir votre nom partout où vous irez. Vous savez l)ien, mes chers enfants, que je ne vis que pour vous. Les journaux ne sont remplis que des nouvelles de Belgique ; nous espérons avoir aujourd'hui celles de Londres... Mille amitiés au maréchal et à vos camarades ; je suis bien aise que ce soit mon bon général qui ait été envoyé à Bruxelles.
« Adieu, mes bien-aimés, je vous aime et vous embrasse avec toute la tendresse de mon cœur.
« Marie-Amélie. »
« Paris, 8 août 1831, à sept heures après-midi.
« Mes bien chers enfants, le conseil est fini ; votre père envoie des ordres au maréchal de continuer sa marche, si les Hollandais ne se sont pas retirés. Les horreurs que commettent les Hollandais font frémir ; j'espère que vous serez les libérateurs et les défenseurs des Belges, et que vous allez là pour soutenir le roi Léopold. C'est un beau rôle et une noble manière de commencer votre carrière mihtaire. Ne vous laissez pas
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entourer de mécontents et de faux amis, qui sont toujours les plus grands ennemis des princes ; soyez les dignes fils de votre père. Je remercie mille fois mon bon général Baudrand de son empressement à me donner de vos nouvelles ; il sait tout le plaisir qu'il me fait. Steim a envoyé à Nemours une partie de ce qu'il lui a demandé par Testafette de ce matin. Sois tranquille, mon bon Chartres, j'achèverai l'affaire Scheffer; mais, dans tes lettres, appelle-moi ma mère, non la reine : c'est le titre que je préfère. Que Dieu vous accompagne, je vous aime et vous embrasse de tout mon cœur.
(( Marie- Amélie. »>
« Dans le moment, on apprend la nouvelle officielle que la flotte anglaise se dirige sur l'Escaut. Vivat ! »
Le duc d'Aumale, qui a onze ans, écrit aussi pour raconter à son grand frère, le duc de Nemours, ses jeux, et le caractère du prince se révèle déjà dans le choix des jeux et dans le style :
« Mon cher Tan, nous avons été, il y a huit joiurs, à l'exercice à feu; nous avons pris quatre voltigeurs du poste avec le tambour, et nous nous sommes beaucoup amusés. Guérard était aussi avec nous. Nous sommes montés, au pas de charge, au haut de Chactas; et, de là, nous avons à peu près tiré chacun vingt cartouches. L'ennemi était figuré par un tonneau, et c'était sur lui qu'on tirait; après cela, nous avons formé une ligne de tirailleurs, et nous nous sommes avancés au pas de course. »
Le cher Tan continuait le mouvement en avant. Le 10 août, l'armée occupa Namur, Charleroi, Soignies, Hall ; et le duc d'Orléans et son frère, avançant en grand'garde, entraient à Bruxelles.
On pouvait croire à une collision prochaine.
Le maréchal Gérard marchait au-devant des forces hollandaises qui, après avoir fait éprouver un échec à Tarmée belge de la Meuse, commandée par le général Dayne, s'avançaient sur Saint-Tron et Tirlomont, lors(iue, le 12 au matin, il reçut une lettre du ministre plénipotentiaire de France à La Haye, en date du 10 août, dans laquelle le ministre lui annonçait que, d'après la notification qu'il venait de faire à Sa Majesté le roi Guillaume, ce souverain donnait ordre au prince d'Orange de rentrer dans les limites du territoire hollandais, dès l'arrivée des troupes françaises.
La guerre était évitée, à coniHtion que l'intervention de la France n'eût pas de lendemain. Le maréchal Gérard se borna à faire suivre, par des détachements, Tarmée hollandaise, jusqu'à ce que celle-ci eût repassé les frontières de la Belgique.
Les princes étaient de retour à Paris le 26 août au soir. Mais les chances de conflit étaient loin d'être écartées entre la Belgique et la Hollande.
Au mois d'octobre, les deux princes français, accompagnés des généraux Marbot et Baudrand, retournent dans la région du Nord, où les troupes se tiennent prêtes à tout événement. La correspondance reprend entre la famille royale et les deux aînés qui l'ont quittée. C'est le moment où Louis-Philippe, laissant à regret le Palais- Royal, vient de s'installer aux Tuileries (1" octobre). La première lettre de la reine fait allusion à cet événement, en quels termes d'une ironie poignante :
« Mes chers etbien-aimés amis, je jouis dépenser que vous avez beau temps et que vous êtes contents, respirant un air pur, et vous retrouvant auprès du bon maréchal et au milieu de tous vos braves camarades. Nous nous portons bien, et nous sommes plus tristes que jamais au milieu de ce palais enchanté. Hier, à sept heures» nous avons reçu le corps diplomatique, dans la salle du
trône. Ces messieurs étaient fort nombreux et très contents d'avoir retrouvé leur ancien salon des ambassadeurs, je les en félicite.,.
« J'espère que les arrangements du pavillon Marsan sont faits comme vous le désirez. »
De la princesse Marie au duc de Nemours, 24 octobre 1831 :
« La parade a été très jolie. Il n'y a point eu de maniement d'armes. Nous avions les 4** bataillons de la garde nationale, le l*"" de ligne et le 3" léger, le 6® dragons, avec Grand Véron que nous avons eu à dîner ; c'était ton escadron. »
La parade était, du reste, pour les enfants de Louis- Philippe, une grande distraction ; ils y assistaient tous, même les princesses, tous les jours, soit des fenêtres du palais, soit de la cour.
Comme on l'a vu par une phrase de la lettre de la reine, les princes s'étaient installés avec leur suite au pavillon de Marsan. Le duc d'Orléans y occupa, au retour du voyage dans le Nord, les anciens appartements de la duchesse de Berry, c'est-à-dire le rez-de-chaussée, et le duc de Nemours, l'étage supérieur. Celui-ci avait gardé auprès de lui son ancien précepteur, M. Larnac, devenu secrétaire des commandements, et il est probable que le jeune colonel, dans les moments où ses fonctions militaires et ses obligations princières lui en laissaient le loisir, achevait avec M. Larnac ses études interrompues par la révolution de Juillet.
La royauté obligeait Louis-Philippe à habitet* ces Tuileries, où il ne restera pas plus de traces de son passage que du passage de tant d'autres princes : c'était l'hôtel du Gouvernement. Le Palais-Roval, au contraire, avait été remanié par le duc d'Orléans ; il était devenu sa demeure. Il portait, inscrit ineffaçablement, le nom de ce prince bâtisseur, et les témoins d'alors racontent, avec
une sorte d'émotion, Timpression de vie et de richesse qu'on éprouvait en parcourant ce coin de Paris. I/un d^eux, un étudiant de province, exi)rimait assurément l'opinion moyenne du temps, quand il écrivait :
« Le Palais-Royal a été détrôné, et c'est bien dommage, car il était le centre de la ville, et des l)outiques disposées avec un goût exquis offraient des spécimens des principales industries parisiennes. La galerie d'Orléans venait, par une légère arcade, de remplacer la galerie de bois de triste mémoire. Rien ne rappelait les souvenirs de la Révolution, tout y respirait un air de calme et de succès. Le maître de ce palais, témoin de tant de choses, après avoir présidé à cet heureux c^hangement, s'occupait avec sollicitude de le compléter. Il n'était pas rare de le voir sur la terrasse de la construction nouvelle, jouissant du spectacle des promeneurs, entouré de sa belle famille, les jeunes gens revêtus de leur uniforme de travail, les princesses parées de simples robes blanches*. »
Cette « belle famille » avait au moins une qualité qu'on ne saurait lui dénier : elle était brave. Elle allait au danger tout droit, sans choisir l'occasion, que ce fût dans la rue ou à la guerre. Les femmes avaient le sentiment que leur mari, leurs fils, leurs frères, se devaient au péril comme à une fonction royale.
A la fin de mars 1832, une épidémie de choléra éclata dans Paris. La première pensée du roi fut d'aller visiter les cholériques, afin de réconforter la population qui s'affolait. Mais le conseil des ministres s'opposa au projet de Louis-Philippe. Alors le duc d'Orléans s'offrit à remplir ce devoir de charité princière. On sait que, le V avril, il traversa les salles de l'Hôtel-Dieu, s'approchant des
1. Extrait d'un travail inédit de M. Cosnier, intitulé Paris nouveau^ cité par M. Ensèbe Pavie dans sa biographie de Léon Cosnier.
malades, leur prenant la main, les consolant, les exhortant, et que Casimir Perier, qui l'accompagnait, prit, dans cette visite, le germe du mal dont il mourait le 16 mai. Le duc de Nemours était aux côtés de^ son frère, impassible, ne manifestant ni répugnance, ni appréhension, parlant peu, parce qu'il n'était qu'en second, irréprochable dans ce service volontaire, comme s'il avait été « en service commandé ».
Môme spectacle et même empressement au danger, deux mois plus tard, lors des funérailles du général Lamarque. L'émeute, mal éteinte depuis 1830, s'était rallumée dans Paris. La famille royale était à Saint-Cloud. Dans l'après-midi du 5, le colonel Heymès, en bourgeois, <( entra au galop dans la cour, monté sur un cheval de dragon couvert d'écume ». Le colonel Heymès était aide de camp du roi. « Il faut venir à Paris », dit-il en descendant de cheval. Et il raconta le commencement de rémeute auquel il avait assisté. Le roi n'hésita pas. Il alla prévenir la reine do sa résolution.
« Je pars avec toi ! » s'écria-t-elle, et M"*® Adélaïde en dit autant.
« Lorsque, à la chute du jour, les voitures royales entrèrent dans la cour dos Tuileries, une immense acclamation, partie des rangs de la garde nationale et de la troupe de ligne, salua le monarque qui venait partager leurs périls 1. »
Le lendemain, le roi montait à cheval avec le duc de Nemours, le ministre de la Guerre, tous les aides de camp, et traversait Paris. Quand il parut sur la place du Châtelet, on vit des émeutiers saluer, et la fusillade s'arrêta; dès qu'il fut passé, elle reprit.
Quelques jours plus tôt, à Compiègne, de grandes fêtes avaient été données en l'honneur du roi Léopold. Le roi