Journal d'un médecin de Vexpédition de Constantine
lui traversait le nez et s'enfonçait dans le palais; le général Rulhières était blessé à la joue, et le duc de Nemours avait sa capote trouée de plusieurs balles. Ce fut une minute tragique. Sans souci de la vie, tout le monde s'empressait autour des blessés. Les plus braves pleuraient. Le prince refusait de s'éloigner, il voulait rester oîi le général était tombé. Enfin, il ordonna qu'on couvrît le corps d'un manteau, et qu'on l'emportât vers le quartier général. A l'instant où le cortège funèbre se mettait en marche, le duc de Nemours abaissa son épée, et, se tournant vers les officiers présents, il leur dit d'une voix émue : « Saluons, messieurs, c'est notre général en chef qui passe. » Et tous saluèrent, pendant que, de la place, les boulets et les balles continuaient de grêler sur la route.
Presque aussitôt, un conseil de guerre fut convoqué, et, sur la proposition du duc de Nemours, le général Valée, le plus ancien en grade des généraux présents, fut reconnu comme commandant en chef*.
Le même jour, dans l'après-midi, le général en chef ordonna l'assaut pour le lendemain, vendredi 13. Pendant toute la nuit, toutes les cinq minutes, des coups de mitraille devaient être tirés sur la brèche pour empêcher qu'on ne rétablît les murailles.
Le 13, à trois heures et demie du matin, la brèche fut reconnue par deux officiers qui s'avancèrent jusqu'au pied du talus : le capitaine du génie Bontault et le capitaine de zouaves de Gardereins. Les hommes escortant les officiers dans cette reconnaissance étaient encadrés par le sergent Courtois et le caporal Quatrehommes. On constata, et les officiers rapportèrent, que la brèche était pra-
1. Le général Valée, jusque-là, avait commandé en chef rartiUerie de rexpédition. Il avait sous ses ordres, comme commandant en second de cette arme, le général marquis de Caraman, fils du vieux duc qui avait pris part à l'expédition de 1830. .
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ticable, quoique d'accès difficile, et que Fennemi n'avait pas cherché à en déblayer le pied. A quatre heures, le général Valée se rendit dans la batterie de brèche avec le duc de Nemours, qui devait, comme commandant de siège, diriger les colonnes d'assaut. Trois colonnes d'attaque furent formées. Le prince aurait voulu en commander une. Mais, malgré ses instances, il n'obtint du général en chef que la permission de marcher avec la colonne de secours, s'il en était besoin*. La première était commandée par le lieutenant-colonel de La Moricière, la seconde par le colonel Combes, la troisième par le colonel Corbin.
Le soleil du 13 se levait dans un ciel parfaitement pur. On entendit des soldats dire :
« Enfoncé Mahomet ! Jésus-Christ prend la semaine ! »
Les hommes étaient impatients et confiants.
« A sept heures, les fanfares de la légion étrangère et huit coups de canon, auxquels répondent la musique et les tambours des autres régiments, donnent le signal de l'assaut. Le prince dit :
« — Colonel La Moricière, quand vous voudrez ! >»
« Il partait de derrière la brèche, et tant de droite que de gauche, un feu épouvantable. La Moricière met en silence le sabre à la main ; les zouaves se raidissent contre les sacs k terre ; chacun s'observe en renouvelant l'amorce de son fusil. Tout à coup La Moricière s'élève en s'écriant :
« — Vive le roi ! zouaves, à mon commandement, en avant! »
« 11 saute de la tranchée, franchit rapidement l'espace qui le séparait de la ville et, suivi de ses intrépides zouaves, gravit la brèche, sous le feu terrible de l'ennemi 2. »