‹ Le duc de Nemours;Chapitre 45 sur 60 · D'après les notes du général Dumas · texte numérisé non relu

D'après les notes du général Dumas

nature avait imprimé sur ses traits, avec la dignité de sa naissance, la bienveillance, la douceur aimable et cette belle tranquillité qui décèle une ûme sereine et un esprit sage. Mais ceux-là seulement ont connu toute la perfection de cette noble femme, qui ont eu Thonneur de vivre sous ses yeux, dans les jours heureux et dans les mauvais jours.

« Dans les tristes loisirs de Texil, cette mère si tendre aimait à surveiller les travaux de ses enfants; elle daignait aider et diriger leur maître, avec quel sens délicat, et quelle autorité discrète, je m'en souviendrai toujours! Cette vigilance de toutes les heures, elle avait voulu la continuer môme au delà de sa mort qu'elle avait pressentie. Quelque temps avant la délivrance qui devait lui coûter la vie, sa main prévoyante avait tracé pour ses enfants des instructions dernières, où elle avait mis toute sa prudence et toute sa tendresse. Et qUand, auprès du lit funèbre, le prince, d'une voix brisée, lut à ses enfants cette suprême leçon, ils ont pu sentir planer au-dessus d'eux ce bon génie maternel , qui une fois encore ouvrait ses ailes sur leurs têtes avant de s'envoler pour toujours, h

Dans cette circonstance cruelle, on vit éclater cette profonde affection que la reine Victoria éprouvait pour sa cousine et pour le duc de Nemours. Sa douleur trouva de touchantes expressions de pitié et mille prévenances cordiales. Une de celles qui émurent le plus vivement le duc de Nemours fut l'envoi d'un croquis à l'aquarelle qu'elle avait fait en 1839, et qui représentait la princesse Victoire de Saxe-Cobourg, vue de profil. C'était un souvenir de la première visite qu'elle avait reçue, quand elle avait vingt ans, de cette toute jeune princesse qui allait bientôt devenir la fiancée du duc de Nemours. Elle voulut que le prince le conservât désormais. Plus tard, et dès que la tombe de la duchesse de Nemours eut reçu, dans la cha-

pelle de Wejbridge, sa forme définitive, la reine vint la visiter et admirer la belle statue deChapu*.

Ce grand deuil allait être suivi d'un autre.

La duchesse d'Orléans, lorsqu'elle était arrivée en Angleterre, au mois de juillet 1857, s'était d'abord installée près de Claremont, puiskRichmond. Elle était souffrante déjà, et elle faisait allusion, elle aussi, à sa fin prochaine quand elle entra dans Cambournehouse.

Pas plus que la duchesse de Nemours, ses pressentiments ne la trompaient. Elle était prise de crises d'etouffements, le vendredi 14 mai, et quatre jours plus tard, k Tàge de quarante-quatre ans, mourait « Tardente exilée ».

Ce fut M. Allaire qui annonça la fatale nouvelle, d'abord au duc d'Aumale, à Twickenham, ensuite au duc de Nemours et au prince de Joinville, k Claremont. Les deux

1. Le duc de Nemours a voulu consigner, dans ses notes testamentaires, la reconnaissance qu'il gardait à la reine Victoria, pour l'extrôme bonté qu'elle lui avait témoignée en ce temps d'épreuve. Lui-même ne fut pas en retard de sympathie et de regrets, lorsqu'elle perdit, en 1861, le prince Albert, son mari, homme de haute intelligence, d'un tact parfait et de relations charmantes.

11 faut ajouter qu'une correspondance assez active fut échangée, entre la reine Victoria et le duc de Nemours, depuis 1848 jusqu'à la mort du prince. Les nombreuses lettres de la reine témoignent du grand intérêt qu'elle prenait à tout ce qui concernait non seulement le duc de Nemours et ses enfants, mais ses frères, belles-sœurs et neveux. Elle mêle parfois aux questions qu'elle pose de discrets avis, notamment au moment des changements politiques qu'amènent la guerre de 1870 et l'élection de l'Assemblée nationale. On y voit partout l'estime que le caractère, l'intelligence, la dignité, le tact et le jugement si sûr du duc de Nemours inspirent à la reine.

C'est qu'elle-même possédait ces qualités au plus haut degré. Pendant soixante-quatre ans de règne, elle sut, dans le rôle difficile de souveraine constitutionnelle, être une grande reine et exercer non seulement sur la politique de son pays, mais dans le milieu politique européen, une considérable influence.

Après la mort du duc de Nemours, le duc d'Alençon, héritier de ses papiers, rendit à la reine Victoria ses lettres au duc de Nemours. Après les avoir gardées quelques jours, la reine les renvoya au duc d'Alençon, avec une lettre affectueuse, pour qu'elles fussent par lui conservées dans les archives laissées par le duc de Nemours.

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princes la transmirent à leur mère, qui était encore souffrante et alitée.

La mort de la duchesse d'Orléans devait ranimer et ranima, on effet, les dissentiments politiques que la princesse n'avait pas cru pouvoir atténuer ou dissimuler pendant sa vie. Quelque temps après, les journaux anglais publièrent et commentèrent le testament de la duchesse. Tous les Français qui avaient à cœur la réconciliation des deux branches de la maison de Bourbon regrettèrent cette publication. Le duc de Nemours fut de ceux-là, et il écrivit : « Je suis porté à croire Paris étranger à la publication du testament de sa mère... Quant à Tarticle du Times ^ il est certainement mauvais, en ce qu'il est très sarcastique et méprisant pour la France, et qu'il a de plus le grave inconvénient de faire ressortir la position de prétendant qu'Hélène a toujours voulu donner à son fils et qu'elle a fini par lui léguer. Je ne sais si Paris sentira cet inconvénient. »

La reine pensa comme lui.

Le malheur l'avait toujours trouvée forte et prête aux devoirs nouveaux qu'il crée. Malgré son grand âge, elle redouble de tendresse pour ce fils si malheureux et de sollicitude pour ses petits-enfants ; elle veille sur l'éducation de ceux-ci avec nn soin de tous les jours^ Quand ils s'éloignent, elle leur écrit, ajoutant lettre sur lettre à ce travail de correspondance quotidienne, si lourd, qu'on se demande comment elle y pouvait suffire.

1. Le 29 mai 1858, elle assistait, dans la chapelle de Claremont, à la première communion de la princesse Marguerite, du prince de Gondé et de M. Ludovic de Beauvoir, et à la confirmation du duc d'Alençon et de la princesse Françoise. Au mois de novembre de la même année, elle recevait, à Claremont, les adieux du jeune duc de Chartres, qui partait pour l'école militaire de Turin. Le prince fut admis, après avoir subi heureusement Texamen d'entrée. Nommé bientôt caporal, puis instructeur, il sortait le second de l'école, l'année suivante, au moment où la guerre d'Italie venait d'être déclarée, ce qui lui permit, à sa grande joie, de faire la campagne avec l'armée sarde, tout près des officiers et des soldats de la France.

De son côté, le duc de Nemours s'astreint à présider désormais, comme faisait la mère, les récréations de ses trois enfants, auxquels se mêlera bientôt la petite princesse Blanche; à faire avec eux la prière du soir; à suivre de près, et par lui-même, tous les détails d'éducation dont la duchesse de Nemours, pour chacun, se montrait soucieuse.

Il n'est pas surprenant qu'après de si rudes coups le duc de Nemours ait songé à sa propre mort et exprimé ses volontés dernières. Il le fit au printemps de 1859, dans une lettre testamentaire datée du 7 mars, et dont voici quelques extraits * :

« La communication que je fais ici de mes volontés, de mes vœux et de mes pensées, à ceux que je laisserai après moi sur cette terre, est devenue d'autant plus nécessaire, aujourd'hui, après le coup foudroyant dont il a plu à Dieu de frapper ma famille, en lui enlevant la tendre et vigilante mère de mes enfants, ma chère, adorée, et amèrement pleurée épouse Victoire, celle qui était ici-bas un autre moi-même, qui possédait mes pensées aussi bien que mon cœur, avec laquelle je croyais devoir passer le reste de mes jours, et à qui, après moi, je voyais avec confiance rerais tout ce que j'ai de plus cher, les fruits de notre heureuse union ; celle à laquelle je dois au delà de ce qui eût jamais pu être reconnu ; celle qui m'avait consacré toute son existence ; celle, qui, par sa douce et modeste tendresse, par sa complète abnégation, par son absolu dévouement, avait conquis mon cœur tout entier, et qui m'a fait goûter un bonheur aussi complet qu'on peut l'avoir en ce monde ; celle qui a fait pour moi bien plus que tout

1. Cette lettre testamentaire, ainsi que les nombreux suppléments qu'il y ajouta dans le cours des années, furent relus par lui en octobre 1895, huit mois avant sa mort, et mis sous un pli cacheté à Tadresse du duc d'Alenron. Celui-ci et les autres enfants du duc de Nemours n^en eurent connaissance qu'après sa mort, en juin 1896.

cela encore, en me faisant entrer, par le seul contact de ses pures et simples vertus, dans la voie bonne et vraie, la seule qui ne trompe pas et qui puisse conduire au bien, inestimable bienfait qui survit à elle-même, puisque, même après le plus affreux des malheurs, après sa perte cruelle, il m'apporte la seule source possible de consolation, Tespoir en la miséricorde de Dieu, grâce à laquelle je puis un jour voir renaître mon bonheur perdu, en étant réuni de nouveau, et pour Téternité, à cette chère épouse, dont le souvenir adoré et béni reste vivant dans mon cœur.

« Mais je n'aurais pas rempli mon devoir, si je n'ajoutais encore ici quelques conseils à mes enfants :

« Je leur recommande d'abord de resserrer, par une union complète et étroite entre eux, les vides que Tinflexible loi de la nature fait sans cesse parmi nous. Qu'ils soient bien persuadés qu'ils ne trouveront jamais d'amitié plus vive, plus vraie, plus désintéressée que celle qu'ils auront entre eux, frères et sœurs ; qu'ils la cultivent donc et l'entretiennent sans relâche et par tous les moyens en leur pouvoir; qu'ils se soutiennent et s'entr'aident mutuellement; que chacun s'efforce constamment de contribuer au bonheur des autres ; qu'ils se parlent toujours franchement et qu'ils se communiquent le bon et le mauvais, l'amertume comme la douceur, et, s'ils croient avoir quelques sujets de griefs les uns vis-à-vis des autres, qu'ils s'expliquent directement, sans laisser aucune personne étrangère, de quelque bonne intention qu'elle puisse être animée, s'immiscer dans leurs rapports entre eux.

« Et cette union, cette amitié, qu'ils ne la réservent pas seulement pour le cercle intime des frères et des sœurs, mais qu'ils retendent aussi au reste de leur famille. Qu'ils soient pour leurs cousins et cousines affectueux et serviables, respectueux et déférents pour leurs oncles et tantes, pleins d'une tendre et filiale soumission pour leurs grand'raères, et spécialement pour la reine

qu'ils ont à révérer maintenant, non seulement comme leur grande et sainte aïeule, mais encore à aimer comme leur seconde mère.

« Et puisse un jour cette union ne pas s'arrêter à ceux que déjà rapprochent les premiers liens du sang! Puisset-elle comprendre, sans exception, tous les descendants de notre race, de cette vieille race française qui forme la plus ancienne et la plus nationale de toutes les dynasties de notre monde! Puissent tous ses descendants réunir toutes leurs forces dans une seule et même pensée, vers un seul et même but, afin de les avoir ainsi prêtes et concentrées pour le jour où il plairait à Dieu de les rendre utiles à la France ! Mais elles ne deviendraient réellement efficaces que si cette concentration existe, et cette concentration n'existera que s'il y a accord, non seulement sur le but, mais aussi sur le chef; enfin, cet accord luimême ne peut exister si le chef n'est lui-même l'aîné. Hors de là, notre famille ne pourrait ofi*rir à la France que des forces individuelles, insuffisantes probablement contre les obstacles qirelles rencontreraient, et certainement impuissantes à rien fonder. Que chacun de nous n'oublie pas l'axiome populaire : « L'union fait la force », ni cette parole divine qui nous dit : « Toute maison divisée contre elle-même sera détruite. »

« Puissent ces vérités n'être jamais perdues de vue par mes enfants dans la règle de leur conduite ; puissent-ils eux-mêmes rechercher, trouver et saisir les occasions de les mettre en pratique, soit qu'ils restent en exil, soit qu'ils rentrent dans cette France à laquelle doivent toujours être consacrés leurs vœux, leurs pensées, leurs personnes mêmes...

« Que ce sentiment du devoir les guide toujours et en toutes choses ; que l'accomplissement du devoir quel qu'il soit passe pour eux toujours avant tout! Par là, ils trouveront dès cette vie une récompense à leurs peines, une

satisfacliou qu'il ne sera au pouvoir <le personne de leur ravir; car ils trouveront le repos de la conscience et Tespoir d'un monde meilleur. Qu'ils n'oublient jamais qu'ils sont Français, descendants de saint Louis; qu'ils aient J sans cesse présents le souvenir de tant d'existences consacrées par les membres de notre famille à la France depuis dix siècles, celui du sage, patriotique et ardent dévouement à notre pays du roi, mon père, l'exemple de ses vertus publiques et privées, de celles de la reine leur aïeule, des vortu^^ moins éclatantes, mais grandes néanmoins dans leur sphère, de l'excellente mère dont Dieu a sitôt enlevé le tendre ^t vigilant amour!

« Que, dans quelque position qu'il plaise à Dieu de les placer, ils se souviennent des devoirs que leur origine et ces grands exemples leur imposent.

« A ces chers enfants, que j'aime de toute mon âme, je demande encore de persister dans la religion catholique, dans laquelle je veux moi-même vivre et mourir.

« Puissent ces conseils qui me sont inspirés par une

profonde conviction, et par une certaine expérience de la

vie, être à mes chers enfants de quelque secours dans

les embarras, les difficultés, les peines auxquels aucune

existence n'échappe ici-bas. - ,^

^^ « Louis D Orléans.

< Claremont, le 7 mars 18o9. »

A cette lettre était joint le post-scriptum suivant : « Si, par hasard, on voulait opposer à ces idées celles d'un testament fait par mon frère aîné en 1840, par ce frère chéri que personne plus que moi n'a admiré et regretté, qu'on se souvienno que c'est lui qui, le premier, a prêché (( la fusion » de tons les Français par Toubli du passé, et nn intérôt commun dans l'avenir'. »

1. Plus tard, le duc de iNemouis, dans une autre lettre testamentaire adressée à son fils, le duc d'Alençon, fait allusion à cette lettre du

Au moment où il traçait ces lignes, de graves événements se préparaient et préoccupaient, avec le monde politique, qui s'agitait et parlait, toute Tobscure et muette parenté des soldats déjà désignés pour combattre. La guerre entre le Piémont et TAutriche était devenue inévitable. A la fin d'avril, elle était déclarée. Le 3 mai, une proclamation de Napoléon III annonçait Tintervention de la France. Cent mille Français passaient la frontière, et bientôt, à de courts intervalles, le 20 mai, le 4 juin, le 8 juin, le 24 juin, des noms de villages, Montebello, Magenta, Marignan, Solférino, devenus des noms de victoires, se levaient de la terre lombarde et prenaient place dans l'histoire du monde. Mais c'était une gloire, comme beaucoup d'autres, inquiétante.

Le duc de Nemours suivait avec émotion, dans les dépêches des journaux, les épisodes de la lutte. Il songeait aux conséquences pour la papauté, pour la France, et aux nombreux amis qu'il avait parmi les combattants. Quatre jours après Magenta, le 8 juin 1859, il écrit de Claremont à la reine, qui se trouve a Tunbridge Wells :

« Les nouvelles de la guerre sont de plus en plus émouvantes. La guerre se fait à coups d'hommes, comme en Crimée. Voilà déjà nos pertes portées à cinq mille hommes par le bulletin officiel sarde sur la journée du 4. Le rapport de Mac-Mahon sur son affaire du 3 est simple et bien. Je connais les officiers qu'il cite. Le général Auger est le commandant de T artillerie du corps de Mac-Mahon. Le colonel Laure était lieutenant au 24'' du temps d'Aumale. Le général de La Motte-Rouge et son chef d'état-

7 mars 1859, et dit : « Cette lettre (celle du 7 mars 1859), malgré tous les changements que le cours du temps a apportés à mes affaires, reste une pièce de majeure importance. Elle doit être remise au duc d'Alençon seulement. ^^ ^^^^^ p^^j^^ Hampton,

« le neuf octobre mil huit cent quatre-vingt-quinze.

« Louis d'Orléans. »

major, de Laveaucoupet * , sont bien connus; je vois que ce dernier est encore solide malgré son âge qui n'est plus jeune, c'est lui qui avait emporté Trézel (dont il était aide de camp) sur son dos quand celui-ci avait été blessé au pont d'El-Kantara, à Constantine, en 1836^. »

A peine la guerre était-elle terminée que, le 12 septembre, il part pour l'Italie. Il veut visiter ces champs de bataille où sa pensée a déjà tant vécu ; il veut revoir ce jeune neveu, Robert d'Orléans, duc de Chartres, qui a fait ses premières armes aussi près que possible de la France; il espère aussi que son fils, le comte d'Eu, va pouvoir prendre du service dans l'armée sarde. Il essaye de négocier à ce sujet; mais Victor-Emmanuel, dont les relations avec Napoléon III sont devenues fort étroites, et qui en tire profit, ne se prête pas d'abord à des ouvertures, puis, quand il accorde une entrevue au duc de Nemours, à Turin, c'est pour lui faire entendre que le projet ne saurait aboutir.

Mais, auparavant, le duc de Nemours a parcouru les champs de bataille de Magenta et de Solférino. Il en écrit à la reine selon son habitude. Et ses lettres sont curieuses, parce qu'elles peignent le désarroi d'un pays qui vient brusquement de changer de maître, et la terre partout soulevée en mottes funèbres, qui sont des tombes de soldats.

« Côme, 13 septembre.

« Je suis préoccupé de la démarche que je vais faire, car, tout en persistant à la croire dans l'intérêt de ma

1. Merle de Labrugière de Laveaucoupet devint général de division et prit part à la campagne de 1870.

2. Dans Tun des voyages que le duc de Nemours fit vers cette époque (1859), en Angleterre, il invita à se joindre à lui M. et M*"* Larnac, ainsi que leurs enfants, qui se lièrent avec les jeunes princes d'une amitié durable. Trois de ces enfants vivent encore : le général Larnac, que le duc d'Alençon eut la joie de retrouver au 12» régiment d'artillerie» en 1871 ; M"* Sers, veuve du colonel, et M"" Zédé, veuve de l'amiral.

famille et de mon fils, je ne puis m'en dissuader la gravité. J'ai trouvé une lettre de ce bon Robert (duc de Chartres), qui me dit avoir vu le comte Cigola qui allait retourner en Piémont... Les chasseurs des Alpes (légion Garibaldi) forment ici la garnison. Les employés résidents, douaniers, etc., sont encore à Tuniforme autrichien, mais avec la cocarde tricolore italienne. Les drapeaux aux mêmes couleurs, avec la croix de Savoie, sont pendus à un grand nombre de maisons et attachés au haut des églises : scènes de 1830! »

Le 28 septembre, avec le duc de Chartres, il visite Solférino. « Le bon Robert », qui est en garnison à Ghedi, est venu le joindre à Brescia. « Je Tai trouvé à Brescia, cil il avait commandé à déjeuner. De là, nous avons pris nne voiture pour aller à Solférino. C'est vous dire que la journée a été remplie d'intérêt et d'émotions. J'ai bien pensé à toute la gloire que notre armée s'est acquise sur ce terrain, et aux braves gens qui Tout payée de leur sang.

« La position de Solférino est si dominante que de la on peut se figurer toute la bataille. »

« Turin, 30 septembre.

« Hier, j'ai été à Magenta, puis coucher à Verceil, et de là, ce matin, j'ai été à Palestre. Vous voyez que je refais la campagne à l'envers. Magenta et Palestre ne sont pas imposants à voir comme Solférino, parce qu'il n'y a pas d'endroit d'où Ton puisse, comme là, embrasser d'un coup d'œil l'ensemble de la position...

« On nous a montré les endroits oii ont été tués les généraux Espinasse et Cler et le colonel Senneville. Ce dernier est enterré à quelques pas de la place oii il est tombé, à Ponte-di-Magenta, sur le bord de la route. Sa fosse est entourée d'une petite palissade en bois ; quelques

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fleurs ont été semées dessus, et, sur une croix en bois hlanc, on voit écrits à Tencre son nom, son grade, son emploi et la date de sa mort.

« Le cimetière de Magenta a reçu les corps des officiers qui ont été tués près de là. La plupart n'ont aucune marque ; d'autres, l'indication seule de leur régiment, de leur grade et la marque de leur linge. On lit au crayon, sur le mur, le nom du colonel de Chabrière ; enfin deux ont des tablettes en marbre noir : ce sont Frédéric d'Houdetot, adjudant-major des grenadiers de la garde, avec quelques lignes au nom de son frère, le tout surmonté des trois porcelets^, et le colonel Drouhot, du 65°, tué à la tête de son régiment devant Magenta, le 4 juin 1859. « Il vécut en homme de bien et mourut en héros, priez pour lui. » Le village de Magenta est criblé de balles et de boulets, surtout du côté où Mac-Mahon Ta attaqué. C'est là qu'Espinasse a été tué, entre la station du chemin de fer et la première maison du village.

« Sans le mouvement de Mac-Mahon, il n'est pas probable que les Autrichiens eussent perdu les positions qu'ils occupaient en avant de Naviglio-Grande, car elles étaient fortes, dominantes et couvertes par une inondation. On ne pouvait les aborder que par trois chaussées et la levée du chemin de fer. Le clocher de l'église fait honneur à notre artillerie. 11 porte maintes traces de nos boulets destinés à l'officier autrichien qui y était en vigie. Enfin, dans les déblais du chemin de fer, en face et à côté de la station de Magenta, on voit de nombreuses buttes de gravier surmontées de quelques croix de bois. Les champs en sont en outre remplis. Sur une croix au bord de la route, entre Magenta et le Ponte-Nuovo, on lit encore : « Bouisson, adjudant de la batterie à cheval de la garde, tué d'un coup de baïonnette en défendant sa pièce. »

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