‹ Le duc de Nemours;Chapitre 51 sur 60 · HÉLÈNE · texte numérisé non relu

HÉLÈNE

« Terminée le 3 juillet. »

L'Empire fut proclamé; le comte deChambord protesta.

Il fut question, pour les princes d'Orléans, d'adhérer publiquement à cette protestation. Un projet de déclaration fut même rédigé. Il se terminait par ces mots : « En conséquence, nous déclarons nous réunir à l'auguste chef de notre maison, pour protester contre le rétablissement de l'Empire et du pouvoir absolu, et pour réserver ses droits qui sont ceux de la France et des nôtres. »

Dès l'hiver de 1853, les princes reçurent, non du comte de Chambord lui-même, mais des généraux exilés en Belgique à la suite du coup d'État, Changarnier, Lamoricière et Bedeau, tous trois favorables à la fusion, la proposition de rentrer en pourparlers. Un échange de notes eut lieu, en effet, par l'intermédiaire des généraux. Mais le comte de Chambord, tout en se refusant à faire connaître ses intentions, parle de nouveau de la nécessité de déclarations préalables que les princes ne croient pas possible de faire, d'engagements qu'ils ne croient pas possible de prendre. Les négociations par intermédiaires semblent destinées h échouer les unes après les autres. Les princes, dans leur désir de conciliation, proposent alors que le duc de Nemours se rende près du comte de Chambord, et qu'une entrevue ait lieu, dans laquelle aucune question de principe ne serait soulevée. « Sur le passé, silence à défaut d'accord ; pour l'avenir, aucun engagement politique de part ni d'autre. » Ils promettent aux négociateurs que le duc de Nemours, devant aller en

Autriche prochainement, y témoignerait le désir de se rendre auprès du comte de Chambord. C'était l'offre d'une simple visite de famille, mais qui aurait sans doute des lendemains heureux, même politiquement.

En môme temps, ou presque en même temps, d'autres tentatives sont faites à Paris par des hommes politiques.

Le duc de Broghe négocie avec le duc de Lévis. M. Guizot écrit au duc de Nemours une lettre éloquente et pressante.

« Paris, 25 mai 1853.

« Monseigneur,

« L'un de mes amis aura, sous peu de jours, Thonneur de rendre ses devoirs à la reine, à vous^ Monseigneur, et à toute la famille royale. 11 vous rendra compte de circonstances et de conversations récentes qui peuvent avoir de l'intérêt.. .

(( Je me permets de conjurer instamment Votre Altesse Royale de tenir grand compte de tout ce qu'il lui dira. Le temps perdu a déjà coûté bien cher à la bonne cause; elle courrait bien plus de risques encore, si rien ne se décidait prochainement ; non que je me promette, d'une décision prochaine, aucun effet prompt, mais il faut, à notre pays, pour soutenir les cœurs naturellement si faibles, une perspective dans l'avenir. A quoi j'ajoute que nous serons probablement surpris par les événements, et que, si nous ne sommes pas prêts, .quand ils nous surprendront, ils tourneront contre nous. De jour eu jour, il se crée ici des intérêts et des influences qui. profitcîront des crises au détriment de la maison de Bourbon, si elle n'est pas en mesure d'offrir, sans contestation, à la France, le port de la Monarchie stable et constitutionnelle. Par là, seulement, il faut espérer, au moment décisif, d'attirer à soi le pays et de paralyser ou même de diviser les forces ennemies. Entre les divers moyens de

préparer cette chance, en mettant, dès à présent, un terme au schisme intérieur de la maison de Bourbon, je regarde toujours, comme préférable, celui qui viderait, dans le passé comme dans l'avenir, les divisions qui Tout divisée ; mais, si ce moyen-là rencontre trop de difficultés, on peut en adopter un autre qui, en ne s'occupant que de l'avenir, donne lieu à moins d'objections et atteigne, quant à présent, le môme but qui est de rallier et de montrer ralliées autour de la maison de Bourbon, ralliée elle-même, toutes les forces monarchiques.

« Tant que ce fait ne sera pas accompli. Monseigneur, il n'y a rien à faire, ni rien à espérer des événements, quels qu'ils soient ; si, au contraire, il était accompli, nous n'aurions plus qu'à attendre les événements : le temps, qui les amènera, travaillerait pour nous, et nous serions en état de les saisir quand ils viendraient.

v'< J'exprime à Votre Altesse Royale une conviction de jour en joiu* plus profonde, et j'ose espérer qu'EUe n'y verra que l'expression du dévouement inaltérable avec lequel j'ai l'honneur d'être, de Vous, Monseigneur, et de toute la famille royale, le très humble et très obéissant serviteur,

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