Le duc Victor de Broglie
Nous choisirons, dans la correspondance intime du duc de Nemours en 1870 et 1871, quelques lettres et quelques passages de lettres qui montreront les inquiétudes, et bientôt la douleur qu'il éprouve, les pressentiments qu'il a eus, les jugements qu'il a portés sur les hommes et les choses de ces jours terribles. Bien qu'elles aient été écrites dans l'émotion et souvent dans l'incertitude des nouvelles, elles montrent le haut caractère de ce prince qui met la France au-dessus de tout intérêt, cherche le devoir à remplir pour lui et pour les siens, et fait taire, devant le malheur public, toute préoccupation personnelle.
« 8 juiUet 1870.
« Depuis hier soir, on est tout à la guerre. Quelle foHe ! Est-il possible de se jouer d'une nation, de galvauder la dignité, la fortune, le sang d'un peuple comme le fait le gouvernement français dans toute cette affaire d'Espagne, pour aboutir à l'éclat insensé du langage que l'on a fait tenir à Gramontau Corps législatif, il y a trois jours ! Si le gouvernement pense ce que son ministère a dit, son langage est le sûr moyen d'en empêcher la réussite. S'il pense le contraire, c'est la plus coupable tromperie qu'un gouvernement puisse faire. »
« 9 juillet 1870.
« Les nouvelles politiques sont bien alarmantes. J'en ai le cœur serré ! Quelle coupable imprévoyance, quelle criminelle folie ! mettre tout le monde à feu et à sang, détruire peut-être le pays que Ton a entrepris de gouverner, rien que pour la satisfaction d'étroites animoaités ! »
La probabilité de la guerre augmentant chaque jour, le duc de Nemours exprime le désir que le duc d'Alençon et les siens reviennent en Angleterre. Il craint une longue séparation. Mais la duchesse d'Alençon est souffrante, à Feldafîng, près de Starnberg, en Bavière.
« 14 juUlet 1870.
« Les précédentes étaient des guerres politiques presque sans passion de part ni d'autre. Ici, ce serait une guerre de race, une guerre de haine réciproque, une lutte à la suprématie européenne, qui ne s'arrêterait que lorsqu'un des deux adversaires, nous ou la Prusse, serait écrasé. »
< 15 juUlet 1870.
« Hier, au bal de lady Somers, tout le monde était à la guerre, à la guerre imminente. Mon raisonnement, avant d'arriver à cette réunion, m'avait déjà amené à cette conclusion d'une guerre inévitable et imminente : c'est ce qui m'a déterminé à t'expédier, pendant le bal même, un télégramme en réponse à ta lettre du 12, afin que tu susses promptement que je n'approuvais pas l'idée de votre retraite en Suisse. »
« 16 juillet 1870.
(( Toute remarque sur les événements serait oiseuse aujourd'hui. Je n'ai qu'à prier Dieu pour vous et pour
toutes les victimes de la lutte aujourd'hui engagée, à lui demander de vous ramener promptement et en bonne santé près de nous. »
Le duc d'Alençon, tombé malade de la rougeole, est retenu en Bavière. Le duc de Nemours, dans son désir et dans son ardente volonté de voir ses enfants quitter les pays belligérants, étudie dans toutes ses lettres les voies ouvertes pour revenir en Angleterre : « La Suisse est une souricière. » « La neutralité de la Belgique ne sera pas respectée. » « L'Italie, il serait extraordinaire que ce pays ne profitât pas de la guerre pour se livrer à des mouvements révolutionnaires. » « L'Autriche peut-être, tant que cette puissance restera neutre, ce qu elle a évidemment le désir de faire le plus longtemps qu'il lui sera possible. »
Le duc de Nemours, à cause de la chaleur de Tété, se rend avec ses filles à Douvres, le 27 juillet. Le duc d'Alençon n'a pas pu quitter encore la Bavière.
« 5 août 1870.
« Nos dernières nouvelles sont la prise de Wissembourg, suivant de près celle de Saarbriick.
« Dans les deux cas, cela me paraît du sang versé inutilement ; mais le dernier de ces faits d'armes ravive douloureusement mon indignation contre la politique qui a ramené, pour la première fois depuis la chute du premier Napoléon, les armées étrangères sur le sol de mon pays ! Par égard pour la poste, je m'abstiens, du reste, de réflexion sur les événements. »
« 10 août 1870.
a Inutile de dire que je suis navré de nos revers. La presse française et la presse anglaise, bien qu'animées chacune de sentiments tout différents, s'accordent à les
attribuer tous à Tenipereur. La situation est donc à tous égards, eu France, extrêmement grave ; mais le devoir do tout bon citoyen est de pix^ter tout le concours que chacun peut donner pour la défense du pays, en y aidant le gouvornoment, car on ne peut défendre le pays en dehors du gouvernement, et un pays sans gouvernement ne peut pas se défendre. Une tentative pour renverser le gouvernement maintenant serait honteuse et coupable pour ceux qui la feraient. Le langage des républicains avancés n'est malheureusement pas rassurant à cet égard, et leurs demandes sont insensées. Pour ma part, je vis au jour le jour dans une fiévreuse anxiété, me demandant à chaque instant ce que Theure suivante apportera, et quel devoir elle pourra m'imposer. . . Pense à ce qu'il sera le mieux de faire pour Sophie*, si tu es obligé de la quitter alors que tu seras en état de validité... Il nest pas impossible que, dans un court délai, les dangers de la France ne soient tels que chacun, selon sa capacité, et malgré même ses incapacités, doive offrir ses services et qu ils soient acceptés... »
P. -S. — (( M°*^ de Barrai qui arrive de Paris en apporte de bien mauvaises nouvelles ; les républicains même modérés (soi-disant) font des demandes insensées. Ces gens-là achèveront la perte de la France ! C'est bien douloureux. »
« 13 août 1870.
« Estancelin a proposé le rappel de la loi d'exil ; cela a été envoyé à la commission d'initiative. Si une demande devait être faite par la famille aujourd'hui à cet égard, je suis disposé à m'y associer. Tout ce que nous pourrons faire pour la*ïléfense du territoire français, je trouve que nous le devons faire. De politique et de questions inté-
1. La duchesse (rAlençon avait été, à son tour, prise de la rougeole
rieures, nous ne devons nous mêler. C'est acte de mauvais citoyen de faire quoi que ce soit pour affaiblir Tautorité actuelle, déjà trop faible. Soutenir Tautorité pour la défense de la France est le devoir de tout bon citoyen. Je reste avec le cœur déchiré de nos revers et de nos pertes, anxieusement attristé du long avenir de malheur que je vois devant moi, mais qu'il faut cependant envisager pour y lutter de son mieux. »
« 15 août 1870.
« Charmé, mon cher ami, de recevoir ta longue lettre du 10 et d'apprendre que Sophie faisait des progrès. Guérissez-vous bien tous les deux ; soignez-vous pendant que vous pouvez le faire, reprenez des forces, car il faudra que chacun travaille. L'avenir devant nous n'est pas gai, le présent est triste, le lendemain plus inquiétant encore. Tu le vois aussi et tu as raison. »
« 23 août 1870.
« Tous mes vœux pour la Saint- Louis. Notre patrie aurait bien besoin aujourd'hui de la protection de ce grand saint et grand roi. Prions-le pour elle et réciproquement pour nous. J'ai reçu une lettre du colonel Krien; il dit que les premiers jours de captivité ont été très durs. Il est désolé de la destruction de son régiment dont il n'est resté que quelques hommes : cinquante-trois officiers hors de combat sur soixante-deux ! Une lettre d'un capitaine du 74', prisonnier à Ingolstadt, se loue des égards des officiers bavarois envers eux. »
« 27 août 1870.
« Depuis les terribles batailles devant Metz, du 14 et du 18, il n'y a pas eu de nouvelles luttes. Les pertes ont dû y être énormes de part et d'autre. Nous aurons bientôt un sanglant réveil... Quant aux accusations de procédés
violents ou déloyaux que les Allemands portent contre nous, nous ne manquons pas non plus de griefs de ce genre à faire valoir contre eux... Il y a des exécutions faites de sang-froid, et des ordonnances écrites avec réflexion, qui sont des actes assurément bien moins justifiables (jue ceux dont ils se plaignent ; sans compter Tenlevement du député Bussières du milieu de Tambulance internationale qu'il avait installée chez lui. »
<t 3 septembre.
« Les télégrammes sont plus contradictoires que de coutume ; — il n y en a aucun venant des chefs de notre armée. Nous en étions là, lorsqu'au milieu du jour arrive cesiarfling telegrain: nSiirrenderofMacMahon'sarmy; the emperor prisoner ofnmr! » Ceci dépasse même mes appréhensions. Quel douloureux désastre! que va faire Paris? que va faire la France? que Dieu vienne en aide à mon malheureux pays! C'est tout ce que je peux dire en ce uioment, car ce n'est pas le lieu d'exprimer toutes les pensées qui remplissent mon esprit, au milieu des douloureuses agitations de mon cœur. »
Le duc de Nemours rentre à Bushy le 6 septembre.
« 5 septembre.
« Voilà l'Empire fini, ce qui ne me console pas des malheurs de mon pays, l'Empire entraîné dans l'immense catastrophe qu'il a attirée sur la France.
t( S'il faut en croire les télégrammes anglais de ce matin, on était en train d'installer un gouvernement provisoire républicain à l'hôtel de ville, gouvernement nommé par lui-môme, sous la protection d'une bande maîtresse de la rue qui aurait dispersé les restes du Corps législatif. C'est (aux coups de fusils près) la répétition de février 48.
Le gouvernement sera-t-il accepté ou subi, et que ferat-il? Le premier point me paraît probable ; quant au second, sa tâche n'est pas facile et ne saurait être douce pour notre malheureux pays; mais, comme le gouvernement est en présence de l'invasion étrangère et que j'écris à l'étranger, je m'abstiens de te communiquer mes prévisions. »
Le prince de Joinville,les ducsd'Aumaleet de Chartres se sont rendus à Paris pour renouveler leurs offres de services ; on les a priés de partir pour Calais. Arrivés le 6 au matin, ils ont quitté Paris le 6 au soir. A Calais, le gouvernement leur a fait faire la réponse suivante : « Le gouvernement ne peut pas permettre la présence des princes à Paris; si le gouvernement succombe dans sa tâche, les princes auront peut-être d'autres devoirs à remplir ; s'il réussit, ses résolutions pourront être différentes*. »
« 12 septembre.
« Voilà Tenvaliissement du restant du territoire pontifical ordonné par le gouvernement italien. C'est le premier effet extérieur de notre anéantissement. Le pouvoir pontifical, cet intérêt français de premier ordre, que la République même de 1848 avait défendu les armes à la main, le voilà renversé par un des ennemis que la politique bonapartiste a créés autour de la France ! Nous ne sommes pas au bout des afflictions et humiliations ! »
Le duc et la duchesse d'Alençon ont enfin pu quitter la Bavière, et se rendre à Vienne, le 17 septembre, chez la princesse Clémentine 2.
1. Un peu plus tard, d'autres princes de la maison d'Orléans, comte de Paris, duc de Nemours, duc d'Alençon, adressèrent chacun une lettre au ministre de la Guerre, Gambetta, pour demander à prendre du service dans les armées françaises. Ces lettres restèrent sans réponse.
2. Le comte et la comtesse d'Eu, venant du Brésil où ils habitent,
« 22 septembre.
« Vous ne pouvez être agréablement et plus convenablement nulle part, puisque le pays est neutre et que tu trouves, clans la maîtresse de la maison, « conformité de sentiments ». La situation est si pénible pour tout Français, et plus encore pour des Français comme nous qui n'avons pu prendre aucune part à la défense nationale, que moins on voit d'étrangers, mieux cela vaut. Ici, nous nous sommes renfermés, ce qui est facile avec notre genre de vie. Nous n'avons eu d'échange de visite qu'avec les Aquila...
« Les affaires de Rome sont une infamie pire encore que celle des Allemands : car, pour attaquer et dépouiller le malheureux et vénérable Saint-Père,il n'y a pas d'autre excuse que l'envie du bien d'autrui et la volonté de le prendre, parce que l'on est le plus fort. »
« 28 septembre.
« A sept heures du soir, nous arrive la douloureuse nouvelle de la reddition de Strasbourg ! »
« !•' octobre.
« En province, nous avons encore énormément d'hommes, des masses considérables de mobiles oîi il y a de bons éléments, quelques bataillons d'infanterie et régiments de cavalerie remontés. Réussirons-nous à organiser et à mettre en œuvre tout cela efficacement ? La défense de Toul est sublime, quand on voit la composition de sa gar-
pour faire un voysige en Europe, ont débarqué le 13 septembre à Southampton, et arrivent à Bushy le 14. Le duc de Nemours et ses fiUes Sont allés les attendre à Southampton.
"nison et qu'on connaît la petitesse de la ville. En fait de trahison, la conduite des Italiens envers Rome en est un grand et nouvel exemple. Quelle infamie et quelle hj^pocrisie ! Combien est dure la situation de ce malheureux pape et de ses fidèles serviteurs !»
Les sentiments du duc de Nemours sont ceux du duc d'Alençon, et celui-ci, complètement remis de la maladie qui Tavait atteint avant la déclaration de guerre, consulte son père sur le meilleur moyen de prendre du service en France. Comment y arriver quand on est prince? Il y a des inégalités douloureuses, et ce ne sont pas toujours les petits qui en sont victimes. On va voir en effet que les efforts du duc d'Alençon pour s'engager demeurèrent infructueux, et Ton verra également, à cette occasion, le scrupule de probité que le duc de Nemours apportait en toute chose. Quand il est question, pour son fils, de s'engager et de servir sous un nom d'emprunt, il est d'avis qu'il n'est pas bien sur « qu'on doive pousser le dévouement jusqu'à la dissimulation ».
« 15 octobre.
« Nous avons des devoirs à remplir : un d'eux nous commande d'aller en France, dès que cela nous sera possible. Jusqu'à présent, nous en avons été empêchés parles gouvernants; mais le moment peut venir oii il faille y aller sans leur permission. Si l'occasion se présente, il faudrait être prêt à la saisir... Je crois qu'il faut que chacun concoure au service de son pays par tous les moyens en son pouvoir, bien que je désapprouve, quant à moi, tout à fait, le langage et les actes du gouvernement depuis le débarquement de Gambetta. »
« Dimanche, 9 octobre 1870, jour de saint Denis.
« Je trouve que nous allons bien mal tant politiquement que militairement. A ce dernier point de vue, l'espoir a
été perdu, selon moi, le 19 septembre, lorsque l'armée de Paris a été impuissante k défendre la ligne des hauteurs qui s'étendent de Villejuif à Bellevue au-dessus de Sèvres, ainsi que les collines autour de Saint-Cloud. Une grande partie de ces terrains était très favorable à la défense. L'impuissance k les conserver a eu le double et funeste résultat de livrer k Tennemi toute la ligne de hauteurs de laquelle il peut bombarder "Paris, et de démontrer Tincapacité de la garnison k faire des sorties efficaces, par conséquent k crever le blocus. Le blocus étant maiateiiu, Paris tombera nécessairement soit par les attaques de Tennemi, soit par la famine. Je crois que Paris résistera peiHlant quelque temps au bombardement, quelque sévère qu'il soit, et je m'attends k ce qu'il soit très sévère, très barbare même. Je ne crois pas que l'attaque de vive force de Paris soit tentée. Ce qui me semble le plus probable, c'est que Paris succombera sous la famine, ou tout au moins une famine relative.
« Voilà pour Paris lui-même, je te mets de côté la question des divisions, des luttes intérieures sur l'éventualité desquelles nous ne sommes pas édifiés, et dont, grâces à Dieu, il ne s'est manifesté aucun symptôme d'après les nouvelles reçues jusqu'k présent.
« Du dehors, Paris peut-il être secouru? Les forces existant en France ou s'y formant pourront-elles crever l'investissement prussien et apporter des vivres k Paris, car d'hommes il ne manque pas? Je n'en ai pas, quant à moi, le moindre espoir. Je n'ai jamais cru k l'armée de Lyon, ni k l'armée de la Loire, et rien, hélas ! n'est venu me démontrer encore que j'eusse tort. Il y a des agglomérations, mais il n'y a pas d'armée; nous avons quelques régiments de cavalerie en petit nombre, quelques-uns ont en partie échappé k nos désastres et ont été remontés tant bien que mal ; d'autres, je crois, n'avaient pas rejoint avant Sedan.
« Nous avons des hommes d'infanterie rappelés, versés dans des dépôts sans cadres ; mais nous n'avons pas suffisamment d'artillerie attelée, et nous manquons surtout d'officiers à tous les degrés de la hiérarchie et de toute organisation d'armée. De plus, nous avons le fléau des échappés de Sedan, dont il est revenu une quantité : ils sont dans un état de démoralisation complet, communiquant l'indiscipline k tout ce qu'ils approchent; aussi a-t-il fallu, sous le nom de cour martiale, établir dans chaque bataillon une sorte de tribiuial révolutionnaire qui chaque soir juge les délits du jour sans appel, avec exécution immédiate de la sentence, la seule peine étant la peine de mort, absolument comme dans le code civilisateur que les armées allemandes ont apporté avec elles k l'usage du peuple français.
En outre de cela, il y a les mobiles et la garde nationale. Cette dernière peut rendre un service auxiliaire dans les places assiégées, ainsi qu'elle Ta déjk fait. Dans les mobiles, il y a de bons éléments, comme aussi de très mauvais, selon les localités, mais tout cela manque de tout : habillement, armement, organisation, cadres, instructwn militaire. Enfin, nous avons les francs-tireurs, qui, dans leur genre, sont encore ce que nous avons âe plus utile. En somme, les seules résistances que nous puissions espérer faire consistent k gêner les communications des ennemis, a combattre leurs petites colonnes de manière k rendre leurs approvisionnemonts difficiles et k limiter les zones de leurs dévastations, eilfïn k défendre nos places. C'est donc k gêner les approvisionnements des armées allemandes devant Metz et Paris que devraient tendre tous nos eff'orts. Mais existe- t-il une direction générale des opérations qui puisse faire concourir k ce but les forces dont nous disposons? Je l'ignore et j'en doute, je l'avoue.
« Voifk ce que je vois de la situation militaire. Si j'examine notre état politique, je le trouve encore plus triste.
Le guuvenieiiK^nt du 4 septembre a été accepté par la Fran(*e entière parce quil était un gouvernement, ou qu'an moins il voulait Tètre, et parce qu'il prenait pour unique programme la défense nationale, en ajournant toute question, toute mesure politique. Qu'a-t-il fait depuis un mois? échouer dans la négociation, échouer dans la guerre. Je ne lui en fais pas un crime; il se heurtait à d'inévitables impossibilités. Mais au moins a-t-il maintenu l'union, donné une organisation aux efforts imanimes de résistance? Non, il n'a fait que semer la méfiance et la désunion par sa faiblesse vis-à-vis des anarchistes, par la violence et la partialité de langage de ses agents, par les mesures égoïstes et tyranniques qu'il a prises ou laissé prendre. 11 vient de mettre le comble à tout cela en interdisant les élections générales pendant la durée de la guerre. Or quelle perspective une telle mesure laisse-t-elle à la France, si ce n'est la continuation indéfinie de l'état actuel, et quel est l'état actuel? D'abord la guerre, qui fait vivre une innombrable armée ennemie aux dépens de la France, où elle détruit et massacre tout à son gré, sans qu'aucune résistance puisse lui être opposée ; ensuite toutes les sources de production arrêtées en France et ses ressources dévorées elles-mêmes par l'immense nombre de ses soi-disant défenseurs non organisés ; enfin Tanarchie, l'anarchie s'imposant d*en bas, comme à Lyon et à Marseille, ou bien imposée par le gouvernement qui subordonne les généraux aux préfets (les généraux dont on a surtout besoin aujourd'hui), les préfets aux commissaires, délégués du gouvernement, lesquels derniers sont surtout subordonnés à la populace. Voilà pour Tintérieur...
« 11 aurait fallu une assemblée, parce qu'une assemblée aurait qualifié un gouvernement et eût pu faire la paix, faire une paix qu'un gouvernement peut se refuser à faire. Une assemblée constituante étant la France ou étant censée
Têtre, elle peut tout faire dans les circonstances présentes. Après la paix faite, elle aurait pu reconstituer ou tout au moins décréter un gouvernement. En fait de gouvernement, il n'y en a que deux de raiscmnables au temps actuel, selon moi : une république comme celle de 1849, du gouvernement de laquelle les républicains seraient par le fait exclus, ou bien la monarchie constitutionnelle, une monarchie constitutionnelle à l'anglaise; mais, pour qu'elle fût viable, il faudrait l'établir sur les anciennes traditions monarchiques, historiques de la France. »
« Mercredi 12 octobre. — Tout à fait confident iel.
« Joinville et Chartres ont été jusqu'à Tours, précédés d'une lettre de l'amiral Fourichon. Refus poli, mais plus accentué encore que la dernière fois : « Prière de se résigner aux douleurs de l'exil. » Nous sommes de plus belle sous un gouvernement personnel. La circulaire de Gambetta en arrivant à Tours le prouve bien. Gouvernement personnel, exclusif et révolutionnaire. Malheureux pays que le nôtre!
« Après ce refus, nos voyageurs sont retournés à Rouen, où, d'après ce qui nous est communiqué sous le sceau du secret, Chartres aurait été casé dans une situation avantageuse, sous un nom de guerre; bien entendu, ajoute-t-on, le plus grand secret est nécessaire.
« Joinville continuait, dit-il, à guetter une occasion pour lui, mais il ne faudrait rien faire, ajoutait-il, qui pût compromettre ou faire échouer l'entreprise de Chartres... Il y a des portes étroites par où deux ne peuvent passer de front. Si le désordre continue, il y aura place bientôt pour tous; je serai le premier à le signaler... Je hais les faux noms, quant à moi, mais cela peut être indispensable pour certaines occasions. J'honore infiniment Chartres do s'être soumis à cette exigence, qui est
vraiment une honte pour notre pays; mais je ne saurais donner à personne le conseil d'en faire autant.
« En résumé, je pense donc que, si Ton peut rentrer en France pour y rendre service au pays, d'une manière quelconque qui soit jugée acceptable par celui qui s'en charge, il faut le faire. Mais cela est très difficile aujourd'hui pour nous ; ... on ne peut que rester la bride au bras à son poste d'observation et d'attente... »
Vers le 22 octobre 1870, le duc et la duchesse d'Alençon ont quitté Vienne et se sont rendus dans le Tyrol méridional, où la duchesse doit passer l'hiver pour sa santé.
« 27 et 28 octobre.
« Les journaux nous apportent, hélas! aussi la douloureuse nouvelle de la reddition de Metz ! un mois après Strasbourg ! L'effet va être de rendre les Allemands d'autant plus exigeants et de diminuer la force de pression, déjà bien faible, des puissances neutres sur eux... »
« 24 octobre.
« De nos deux voyageurs, on a eu des nouvelles jusqu'au 20 (Joinville et Chartres) ; le plus vieux cherchait toujours à se placer et à se rendre utile. Il n'y avait pas réussi, mais ne désespérait pas de le faire; j'en doute, pour ma part. Le plus jeune allait bien, était très content, m'at-on dit. Il était à la tète de cinquante chevaux, où? je ne sais pas. Faire ce qu'il fait est ce qu'il y a déplus utile et de plus pratique en ce moment; c'est à cela seul, selon moi, que certaines personnes peuvent s'utiliser. Et, comme résultat, ce genre de guerre est le plus efficace actuellement. En batailles d'armées, nous sommes sûrs d'être battus. Par la résistance locale et la petite guerre, nous pouvons gêner l'ennemi et restreindre son champ d'action.
Les commandements territoriaux que Ton vient de donner sont une très bonne mesure en vue décela. Bourbaki dans le nord pourra être très utile au milieu du réseau des places fortes. Kératry a reçu, pour les cinq départements de la Bretagne, une mission analogue à celle d'Estancelin en Normandie. Le général Fiéreck, qui a le commandement militaire sur le même terrain, est aussi un homme solide et un brave homme. Il a accompagné votre mère et vous en février 48. En 36, il avait empoigné Louis Bonaparte à Strasbourg. Il est de la taille de Morhain. Sur Cambriels qui commande à Besançon et sur Polhès quia été placé à Bourges, je n'ai rien su de remarquable quant à leur carrière. Je les ai connus tous les deux dans les bas grades, surtout le second; tous deux me semblent avoir leur action entravée, le premier par Garibaldi, le second par la présence de Tarmée de la Loire. »
« 25 octobre.
« L'écheveau des négociations est plus embrouillé que jamais aujourd'hui, par suite du développement des révélations sur l'intrigue Bismarck, Bazaine, Boyer, Bourbaki, Bonaparte ; tout cela constitue un ensemble de B... qui ne sont pas tous bons. »
Dès le mois d'octobre, le duc de Nemours, pressé par son fils, le duc d'Alençon, avait tenté d'obtenir pour lui, du général Fiéreck, ce que M. Estancelin avait obtenu pour le duc de Chartres, une nomination, sous un nom d'emprunt, à un emploi provisoire quelconque dans l'armée française. Le général n'osa pas prendre cette responsabilité. Le duc d'Alençon était arrivé en Angleterre le 10 novembre. En décembre, sur l'avis d'un ami qui résidait dans le nord, et qui lui conseillait de s'adresser au général Faidherbe, il s'embarque pour Ostende, prêt à rentrer en France, dès que l'offre de servir serait acceptée. Cette
nouvelle déinarche est rejetée comme la première, et une troisième tentative, faite auprès d'un des personnages de l'entourage deGanibetta, ne réussit pas mieux.
Il fallut renoncer à Tespoir de servir la France comme les autres Français. Bientôt, d'ailleurs, l'armistice conclu à la suite de la capitulation de Paris, le 29 janvier 1871, terminait les opérations de guerre.
Le duc d'Alençon attenîlit l'élection de l'assemblée nationale et la signature des préliminaires de paix (2 mars) pour quitter l'Angleterre. 11 partit alors pour retrouver la duchesse d'Alençon, qui était à Méran. En juin, il se rendit avec elle, d'abord pour quelques jours, auprès de l'empereur et de l'impératrice d'Autriche, au palais de Schoenbrunn,puisàlschl, oiila grossesse de la duchesse d'Alençon l'obligea de demeurer jusqu'en octobre K
La correspondance reprend donc, en mars, entre le duc de Nemours et son fils. On devine les sentiments que lui inspire la Commune, la révolution qui essaye d'achever la France tombée, et qui terrorise, pille et brûle Paris sous les yeux des Prussiens, et après eux. 11 se renferme dans sa maison de Bushy et ne veut pas paraître même aux solennités du « Derby day ». 11 est « trop triste et trop honteux ».
On attendait à l'œuvre l'Assemblée nationale. Cette assemblée, élue le 8 février 1871, à une heure tragique, à la lueur d'un de ces grands orages qui seuls, hélas ! éclairent devant les nations la route où elles vont et celle où elles devraient aller, avait reçu un mandai exceptionnel et un pouvoir extraordinaire. Un peuple en détresse avait appelé à son secours les plus honnêtes, les plus dévoués, les plus désintéressés de ses fils, hommes nouveaux pour la plupart, et leur avait remis ses destinées. Personne n'a
1. Le comte et la comtesse d'Eu quittèrent aussi TAngleterre pour retourner au Brésil; ils traversèrent Paris le 18 mars, au moment où fut proclamée la Commune.
LE DUC DE NEMOrRS 501
pu, sans injustice, nioconnaitre leur talent, leur probité, ni les services qu'ils ont rendus. Mais ils étaient investis d'une autre mission que celle de libérer le territoire : ils devaient guérir et fonder; ils devaient refaire la France, enlaramenant à ses traditions. Cette assemblée de braves gens allait-elle répondre à cette grande espérance qui Tavait nommée? allait-elle faire au pays le sacrifice qu'il lui demandait, le plus difficile de tous, celui des vanités, des nuances, des illusions et des rivalités personnelles?
Elle n'était pas, il est vrai, l'arbitre unique des destinées de la France. Le comte de Cliambord Taiderait-il? Auraitil un peu, ou beaucoup, ou pas du tout de l'esprit de Henri IV? Comment parlerait-il, et comment agirait-il, à ce moment prévu, fatal, oii la question monarchique allait se poser? Quel devoir aussi allait s'imposer aux princes?
Le 0 janvier 1871, le duc de Nemours avait reçu, à Bushy-House, d'une grande dame alliée à l'une des plus grandes familles de France, une lettre où il était dit :
<( Monseigneur, usez de toute votre influence sur votre neveu (le comte de Paris), et veuillez lui transmettre les impressions de beaucoup de vos compatriotes... Je sais positivement que le cousin de votre neveu est prêt à tendre la main à son jeune neveu; qu'il ne la refuse pas et aille lui offrir son bras, pour la défense de leur cause commune et celle de leur patrie qu'ils aiment tous les deux plus que leurs droits ou leurs opinions. »
Après avoir fait part de ces ouvertures au comte de Paris et aux princes ses frères, le duc de Nemours répondit le 8 janvier : « Le comte de Paris ne sera jamais un obstacle à rien de ce qui pourra être pour le bien de la France et de ce qui sera accepté par elle comme tel. Il ne s'est jamais posé en prétendant; il n'a pour luimême d'autre ambition que de rentrer dans sa patrie et de la servir... »
Le 26 janvier, hi même personne revenait à la charge, écrivait une lettre plus pressante que la première :
« La fusion seule peut sauver la France ; le comte de Chambord désire' vivement un rapprochement, il mettra de côté toutes les difficultés d'autrefois. Autre bruit que je vois s'accréditer avec peine : les princes d'Orléans mettraient une condition d'abdication; je suis convaincu que les princes n'en exigeraient jamais une... »
Avant de répondre, et selon son habitude, le duc de Nemours consulta le comte de Paris et eut un entretien avec lui à Bushy-House. Il avait exprimé le désir que le duc d'Alençon fût présent. Tous les deux, ils insistèrent pour que le comte de Paris fît au comte de Chambord la visite proposée, qui leur semblait un acte éminemment patriotique.
Le comte de Paris ne crut pas pouvoir s'y engager. Le duc de Nemours avait donc répondu, à la date du 30 janvier 1871, qu'il semblait à son neveu que, dans l'intérêt de tous, il n'y avait lieu, en ce moment, de faire aucune déclaration ni démarche. Il ajoutait : « Les événements sont de la plus haute gravité, mais chaque jour en amène de nouveaux, et la situation se trouve par là modifiée. Ainsi, depuis le 26, jour où se termine votre lettre, voilà l'armistice conclu, une négociation entamée pour la paix entre la Prusse et le gouvernement de la Défense nationale. N'est-ce pas un moment solennel, et qui commande une réserve absolue? Permettez-moi dédire encore, avec une conviction basée sur de longues réflexions, que, si l'union que vous appelez doit se faire, ce ne sera que par la France; il faut qu'elle émane de la France, qu'elle soit plaidée, demandée là, qu'il s'y fasse en sa faveur un courant d'opinions... Quant à demander l'abdication de M. le comte de Chambord, je puis vous assurer. Madame, que le comte de Paris, ni aucun membre de sa famille, n'y a jamais songé. Je ne puis terminer. Madame, sans vous
remercier des informations que vous voulez bien me donner, sans vous répéter combien vos bonnes paroles, vos chaleureux sentiments m'ont touché.
(( Espérons que Dieu aura pitié de la France, et prionsle pour qu'il lui fasse voir de meilleurs jours.
« Veuillez, etc.
(c Louis d'Orléans. »
Cependant l'instinct de la vie, l'instinct de l'avenir parlait si fortement, dans toute la France meurtrie, qu'on ne pouvait en demeurer là. 11 fallait que le rétablissempnt de la monarchie, souhaité par tant de Français, apparût à tous comme une solution non seulement possible, mais durable, et il n'apparaîtrait tel que si, d'abord, l'union était faite entre les deux branches de la maison de France. Lorsque l'Assemblée nationale eut été nommée, et presque dès les premiers jours qui suivirent sa réunion, plusieurs de ses membres s'entremirent activement pour qu'une démarche fût faite et accueillie, quiprouvât qu'il n'y avait qu'un chef, et qu'il ne devait y avoir qu'un parti monarchique.
Ils obtinrent du comte de Paris l'engagement formel qu'il ferait une visite au comte de Chambord, si la loi d'exil était abrogée. De son côté, le comte de Chambord, quand le projet, discuté dans la presse, fut soumis aux délibérations de l'assemblée, donna des instructions pour que ses amis votassent en faveur de l'abrogation.
En même temps, il protestait contre quelques-unes des calomnies dont il était l'objet. Dans une lettre éloquente, en date du 8 mai, adressée « à l'un de ses amis », il déplorait « l'abominable guerre civile qui a suivi de si près les désordres de l'invasion »; puis, reprenant l'un après l'autre les préjugés complaisamment entretenus par la presse hostile contre la monarchie, il disait qu'il était faux qu'il eût renoncé à régner et à sauver le pays.
soi LÉ DUC t)E NEMOURS
« Il sera sauvé, disait-il, le jour ou il cessera de confondre la licence avec la liberté, et il le sera surtout quand il n'attendra plus son salut de ces gouvernements d'aventure qui, après quelques années de fausse sécurité, le jettent dans d'effroyables abîmes...
« Une nation chrétienne ne peut pas impunément déchirer les pages séculaires de son histoire, rompre la chaîne de ses traditions, inscrire, en tète de sa constitution, la négation des droits de Dieu, bannir toute pensée religieuse de ses codes et de son enseignement public.
« Dans ces conditions, elle ne fera jamais qu'une halte dans le désordre ; elle oscillera perpétuellement entre le césarisme et Tanarchie, ces deux formes également honteuses des décadences païennes, et n'échappera pas au sort des peuples infidèles à leur mission.
« Le pays Ta bien compris, quand il a choisi pour mandataires des hommes éclairés comme vous sur les besoins de leur temps, mais non moins pénétrés des principes nécessaires à toute société qui veut vivre dans l'honneur et dans la liberté.
« C'est pourquoi, mon cher ami, malgré ce qui reste de préjugés, tout le bon sens delà P>ance aspire à la monarchie...
« On dit que je prétends me faire décerner un pouvoir sans limite. Plût à Dieu qu'on n'eût pas accordé si légèrement ce pouvoir à ceux qui, dans les jours d'orage, se sont présentés sous le nom de sauveurs : nous n'aurions pas la douleur de gémir aujourd'hui sur les maux de la patrie ! . . .
« On dit que la monarchie traditionnelle est incompatible avec l'égalité de tous devant la loi.
« Répétez bien que je n'ignore pas à ce point les leçons de l'histoire et les conditions de là vie des peuples...
« On dit que l'indépendance delà papauté m'estchère,
et que je suis résolu à lui obtenir d'efficaces garanties. On dit vrai.
(( La liberté de l'Église est la première condition de la paix (les esprits et de Tordre dans le monde. Protéger le Saint-Siège fut toujours Thonneur de notre patrie et la cause la plus incontestable de sa grandeur parmi les nations. Ce n'est qu'aux époques des plus grands malheurs que la France a abandonné ce glorieux patronage.
« Croyez-le bien, je serai appelé, non seulement parce que je suis le droit, mais parce que je suis Tordre, parce que je suis la réforme; je n'ai ni injure à venger, ni ennemi à écraser, ni fortune à refaire, sauf celle de la
France.
« Henri. »
Jugeant cette lettre, le duc de Nemours écrivait à son fils le 20 mai : « Je la trouve bien, au fond, quoique dans la forme elle ne me soit pas agréable. » Il en aimait la franchise et la dignité. Cependant il constatait qu'elle « n'avait pas réussi », et il en donnait les raisons. « La lettre, trop franche pour le scepticisme actuel, a effrayé tous les ennemis d'un véritable établissement monarchique, tous ceux qui le craignent par conviction (il y en a peu), par respect humain et par intérêt personnel (ces deux classes nombreuses) ; elle a mécontenté tous les indécis qui trouvent plus commode de se laisser porter par le courant, d'expédients en expédients, jusqu'au despotisme qui les annule, mais les abrite. Bref, elle a donné des armes aux ennemis de la fusion, en fournissant un terrain aux commentaires, et elle n'a pas donné de courage à ses partisans. Ce dernier effet n'est cependant pas universel. J'ai vu ici deux orléanistes qui la défendaient chaudement, mais ce ne sont pas des hommes politiques. Toutes les lettres que j'ai vues de P>ance à cet égard ont été mauvaises. Heureusement, il y a; eu en même temps jusqu'ici
accord pour ne rien dire. C'était ce qu'il y avait de mieux à faire dans la circonstance. Mes frères ont spontanément exprimé cet avis, et je l'ai reçu avec bonheur.
« De tout cela, concluait-il, il résultera probablement une prolongation des pouvoirs de M. Thiers. »
Le projet d'abrogation fut pris en considération, puis voté (8 juin). Et nul ne se réjouit plus sincèrement quele duc de Nemours de pouvoir rentrer en France. Mais, tout de suite, il déclare que sa résolution est prise. Il reviendra pour remplir un devoir, pour rendre un service, pour concourir à une œuvre qui lui paraîtra digne. « Je passerai par-dessus l'odieux des mesures d'exception dont je suis encore frappé; mais, tant que je reste sous le coup do ces mesures, je ne puis songer à faire un établissement ^ « Et il devait tenir parole, et, jusqu'en 1873, faire seulement des séjours en France, à l'hôtel. Il attendait d'être « remis dans le droit commun ».
Il avait môme hésité avant de se décider à rompre l'exil. Il avait peur que la vie privée et bourgeoise, que la vie séparée aussi que mèneraient les princes, chacun de son côté, ne nuisît à la vigueur de l'action politique et au succès delà cause monarchique.
Quelle joie cependant il éprouve à la pensée de revenir ! Le duc d'Alençon débarque en Angleterre, le 21 juin. 11 veut se concerter avec son père au sujet du « retour»; il veut l'entretenir aussi du projet qu'il a formé de demander un grade dans l'armée française et de l'espérance de voir ce rôve accompli. Le duc de Nemours lui écrit à Douvres, le 20 juin, et le prie de s'arrêter à Charing Cross, où lui-même il se trouvera, ainsi que le duc d'Aumale, a qui doit partir demain pour la France avec Guise, et qui, pour te voir, nous a offert, à Paris et à moi, de dîner à Charing Cross. Je n'ai pas dit à Aumale