‹ Le duc de Normandie et sa cour (912-1204)Chapitre 14 sur 45 · H. F. XVIII · texte numérisé non relu

H. F. XVIII

2 R. de To, I, 207.

3 R. de To, 1, 216.

* R. de To, 1, 329. Gervais de Canlorbéry, dans Twysden, col. 1404.

s R. de To, II, 90. Benoît de Peterborough, H. F. XVll, 438.

6 Ego Uenricus, juvabo Pbilippum Regem Francise domiDum meum contra omnes homines pro posse meo; et Ego Pbilippus, juvabo Henricum Regem Angliae contra omnes homines pro posse meo, sicut bomioem et fidelem meum ». Cùnvention passée entre Gisors et Trye le 28 juin 1180, rapportée dans Ben. de Peterb. H. F. XVll, 440.

' Ibid., 438.

Vendôme et emmena en captivité vingt-cinq chevaliers et quaranle-cinq sergents trouvés par lui dans la ville. En apprenant ces faits, Henri II envoya sur le champ à Philippe Auguste une ambassade composée de Gautier de Goutances, archevêque de Rouen, de Jean, évêque d'Evreuxetde Guillaume le Maréchal, pour demander réparation au Roi du dommage qui venait de lui être causé. Les envoyés du Roi d'Angleterre devaient avertir le Capétien qu'en cas de refus de sa part, leur maître le considérerait comme son mortel ennemi, ne lui conserverait aucune fidélité, et agirait en toutes choses avec lui comme avec un adversaire irréconciliable ; qu'enfin, il ferait à lui et à sa terre tout le dommage possible. C'était ce qu'on appelait en droit féodal menacer de la rupture de foi. Les ambassadeurs s'acquittèrent de leur mission. Philippe Auguste déclara qu'il ne pouvait s'arrêter dans sa marche en avant tant que le Berry et le Vexin ne lui auraient pas été restitués *. Cette réponse équivalait à une déclaration de guerre. Les hostilités se poursuivirent.

Elles aboutirent à la défaite du Plantegenet. Celui-ci, vers la fin de mai 1189, malade, découragé, trahi par ses fils, fut obligé de se mettre à la discrétion du vainqueur. Alors, nous dit Hoveden, « le Roi d'Angleterre fit à nouveau <( hommage au Roi de France, parce qu'au début de la « guerre, il avait déclaré qu'il tenait celui-ci quitte de ses « obligations en tant que seigneur, et que le Roi de France a l'avait délié de son hommage ^ ».

Le Roi Richard, du vivant de son père et sans sa permission avait prêté l'hommage à Philippe Auguste pour tous les fiefs continentaux des Plantagenets ^ Il ne paraît pas avoir renouvelé cette formalité après être monté sur le trône.

En 1193, le Roi Richard était en captivité en Allemagne. Son frère Jean, alors comte de Mortain, voulut profiter de

» Ben. do Pelerb. H. F. XVII, 482.

2 Ibid., 4S9. Roger de Hoveden, Ibid., 489 n. b.

8 Gen. de Peterb. Ibii., 484.

cette circonstanee pour s'emparer de tous ses Etats. Il sollicita l'appui du Roi de France, lui prôta l'hommage pour la Normandie et pour les fiefs du continent, même pour le Royaume d'Angleterre, à ce qu'on prétendit alors, nous raconte Roger de Hoveden. Il promit en outre au Roi de lui céder à perpétuité Gisors et tout le Vexin normand, et en retour, Philippe Auguste l'assura de son appui pour l'aider à s'emparer de toutes les terres soumises au Roi Richard'. Mais, après la mort de son frère, Jean oublia ses promesses. Il se mit en possession de tous les fiefs français sans demander l'investiture à son allié de la veille. Philippe Auguste en conçut un vif ressentiment. A quelqu'un qui lui demandait pourquoi il haïssait tant le Duc de Normandie qui ne lui avait fait aucun mal, le Roi de France répondit : (( C'est parce que sans ma permission, il s'est mis en posses- « sion de la Normandie et de ses autres fiefs. Il aurait dû, « au préalable, venir vers moi^ me requérir que je l'inves- (c tisse de son droit et ensuite me prêter l'hommage ^ ».

Nous voyons maintenant les prétentions de la Royauté bien précisées. Le Duc de Normandie ne devait plus se considérer comme un seigneur indépendant. Il était le vassal du Roi de France, et un vassal au même titre que les autres, le Roi allait bientôt le lui faire sentir.

Avant de porter la main sur le Duché, Philippe Auguste voulut recouvrir son agression des apparences de la légalité. Il accumula les griefs contre le Duc Jean. Sur une plainte remontant à plus de deux ans, formulée contre leur suzerain par les barons du Poitou, il greffa une seconde accusation, celle d'avoir occupé sans droit les fiefs du continent qui devaient revenir par droit de primogéniture et par voie de représentation à Arthur de Bretagne, petit-fils de Henri II par son père Geoffroy, frère aîné de Jean. Sur le refus du

1 Roger de Hoveden. Ibid., 55i.

« Rog. de Hoveden, H. F. XVII, 598.

Roi Jean de rendre à son neveu les tiefs continentaux, Philippe Auguste le fit citer devant sa Cour, et après plusieurs défauts successifs, la Cour de France rendit un arrêt de contumace aux termes duquel elle déclara priver le Roi d'Angleterre <( de toute la terre que lui et ses ancêtres avaient « tenue du Roi de France, pour ce qu'ils avaient, Jean et <( ses ancêtres, depuis déjà un long espace de temps, « refusé de rendre les services dus par leurs terres, et qu'ils « n'avaient voulu obéir pour ainsi dire en rien à la volonté « de leur seigneur' ».

Durant le siècle qui venait de s'écouler, les obligations du Duc de Normandie vis-à-vis du Roi de France s'étaient précisées. De larges et de vagues qu'elles étaient au début, elles étaient devenues vers la fin plus étroites et plus rigoureuses. Le titre de Roi d'Angleterre, la toute-puissance des Plantagenets, ne les dispensèrent pas de prêter l'hommage, et l'hommage lige au Roi de France. Ils se déclarèrent les hommes, les sujets du Capétien, ils le considérèrent comme leur seigneur et faute d'avoir satisfait aux obligations que la Coutume mettait à leur charge, ils encoururent la rigueur des dispositions du droit féodal qui punissait de la commise du fief la désobéissance et la rébellion, ou pour parler la langue de l'époque, la félonie envers le suzerain.

1 Raoul de Coggeshall, H. F. XVIII. 95. V. également les deux procès de Jeansans-Terre par M. Ch. Petit-Dutaillis, Appendice à Slubbs. tiisi. Constit., I, 861 et ssq.

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