‹ Le duc de Normandie et sa cour (912-1204)Chapitre 29 sur 45 · H. F. IX · texte numérisé non relu

H. F. IX

' Charte p. l'Abbaye du Mon'.-Saiat-Michet, dans L. Delisle, Hisl. des Sires de Sainl-Sauveur-le-Hcomle, P. just. p. 6 et 7 ; Charte de fondation de l'Abbaye de Bernay, N. P. 398.

* Donation du Boufij-Dun aux chanoines de Saint-Quentin, G. Clir. Instr. 284.

cerna) avant 1033', et celle du chambellan en 1034*.

La composition de la Cour est extrêmement variable. Font en général partie du Conseil du Duc : 1° les membres de la famille ducale : la Duchesse, les fils du Duc, ses frères et ses oncles; 2° les grands officiers du palais; un ou plusieurs sénéchaux, le bouteiller, le chancelier et le chambellan ; 3" les membres de la maison militaire, delà maisnéeA\i Duc. A ces personnages qui constituent le noyau principal et permanent de la Cour viennent la plupart du temps s'ajouter un ou plusieurs des évêques de la province, et quelques-uns des vicomtes qui ont quitté leur résidence pour entretenir le Duc de quelqu'afifaire importante. Quelquefois, des hôtes de distinction se rencontrent parmi les conseillers qui entourent le souverain. Ce peut être un évêque d'un diocèse voisin de la Normandie', un grand seigneur allié*. Ce fut une fois le Roi de France. Henri I", chassé de ses États par la reine Constance, sa mère, s'était réfugié à la Cour de Robert le Magnifique; il signa une charte en faveur de l'abbaye de Saint- Wandrille et son nom figure à un rang des plus modestes après les sénéchaux, les évêques et les vicomte3^

Régulièrement, trois fois chaque année à Pâques, à la Pentecôte et à Noël, le Duc tient une Cour solennelle à laquelleassistent les évêques, les abbés, les grands feudalaires, et, en général, ceux que l'on appelle les Barons, c'est-à-dire les tenants en chef de la Couronne. Dans ces assemblées, on traite les questions qui intéressent l'Etat, on juge les grands procès et on promulgue les lois.

1 Dooation par Robert le Magnifique de l'église d'Arqués à l'abbaye de Saint- Wandrille, Carlul. f" 317 v»; Donation du même priace à l'abbaye du Mont-Saint- Michel, dans L. Delisle, op. cit. P. just. p. 11.

' Radulfus Camberarius fiiius Geraldi G. Chr. Insir. col. 201.

I Gervais de Château-du-Loir, évêque du Mans de 1036 à 1055, 0. V. II, 59.

* Guy Comte de Ponthieu, Cari, de la Sainte-Trinilé-du-Mont, p. 462.

' Signum Henrici régis qui lunctemporis profugus habebalur la hac terra. Charte pour Saint- Wandrille citée ci-dessus, ncte 1.

Mais il arrive que, par suite de nécessités urgentes, le Duc ait besoin de prendre l'avis de sa Cour. Il appelle alors à siéger avec lui certains personnages qui lui paraissent plus aptes que d'autres à traiter les questions en litige. Lorsque la matière à mettre en délibération est d'ordre ecclésiastique, la Cour est composée à peu près exclusivement des membres du Haut Clergé, évêques et abbés.

l. Le lieu où la Cour lient ses séances n'est pas fixe. La plupart du temps, surtout pendant les règnes de Richard II et deRobcrt le Magnifique, les Assemblées solennelles, principalement celles de Pâques, se tiennent dans le Palais de Fécamp'. Guillaume le Conquérant avait une préférence marquée pour le château de Lillebonne situé à proximité des immenses forêts des bords de la Seine^ Le matin du jour de Pâques, raconte Guillaume de Jumièges^ le pieux Richard entrait dans l'église de Fécamp portant, aidé de sa femme, une caisse remplie d'ornements sacrés et d'étofTes précieuses. Il la déposait devant l'autel de la Sainte-Trinité et l'ofifrait à Dieu pour la rémission de ses péchés. Puis, après avoir entendu la messe, accompagné de ses deux fils Richard et Robert, il se rendait dans le réfectoire de l'abbaye. Les deux enfants allaient au guichet de la cuisine chercher les écuelles des moines et les apportaient à leur père. Celui-ci les déposait successivement devant l'abbé et devant chacun des religieux. Puis, il revenait devant l'abbé et, avec une grande humilité, dit le vieil historien, il lui demandait la permission de se retirer; l'ayant reçue, il se rendait joyeux à sa Cour. Alors

' Ibi (In Fiscano) etiam eral solitus (Richardus secundus) fere omni lempore suara curiam io Paschali solemnitale tenere W. G. 316,

a Guillaume le Conquérant tint sa Cour à Pâques à Fécarap en 1067, 0. V. II, 168; en 1075, R. de Tu. I, 59, G. V. H, 303 ; en 1083, Cart. de la Cathédrale, f» 30 vo. Le Château de Lillebonne étailune des résidences les plus fréquentées par les Ducs de Normandie. « Juliobona... sedes regiaet dominis Normannorum multum amata et frequentala » R. de To, I, 336. Guillaume y tint sa cour notamment en 1074 (jugement en faveur de l'abbaye de S"- Wandrille, Cart. f" 131 et v»), et en 1080 (R. de To, I. 64; 0. V. II, 315 à 323).

commençait le repas auquel prenaient part les barons qui étaient venus pour assister à l'Assemblée solennelle. La séance de la Cour avait lieu ensuite dans la grande salle du Palais de Fécamp.

A ces festins qui étaient le prélude obligé de toute réunion de quelque importance, le Duc présidait couvert des ornements de sa dignité'. Le festin de Pâques 1067 fut particulièrement magnifique. Guillaume après avoir vaincu et soumis les Anglais était revenu en Normandie, et une foule immense s'était portée à Fécamp pour l'acclamer. Les Normands qui portaient les cheveux courts et le visage complètement rasé, se montraient avec étonnement les Anglais à la longue chevelure. On admirait les gardes du roi couverts de vêlements de drap d'or. D'innombrables vases d'argent et d'or couvraient les tables, et les convives buvaient dans des cornes de buffles incrustées de métaux précieux".

La Cour n'étant que le Conseil du Duc, et étant composée des personnages de sa suite, accompagnait nécessairement le souverain dans tous ses déplacements. Elle délibérait n'importe où, dans la grande salle de l'une des résidences ducales, quelquefois en plein air. Au cours des fréquents voyages des princes, on faisait halte dans un endroit ombragé, devant le porche d'une église de village; les serviteurs étendaient à terre des tapis et installaient dessus un siège pliant. Le souverain s'asseyait, sa Cour groupée autour de lui, et mettait en délibération quelque question importante, ou faisait approcher des plaideurs qui soumettaient à l'Assemblée les difficultés qui les divisaient. C'est ainsi que les chartes nous montrent la Cour de Guillaume le Conquérant réunie au

< In quadam feslivilale, de tribus raagnis quibus rex coronalus solebat tenere curiara, die festivilalis, cura rex diademate et indumenlis regalibus ornatus sederet ad raensaro et Lanfrancus j'ixta eum, quidam scurra videns regetn auro et gemrais radianlera exclamavit in aula, magna adulationis voce, et dixil : « Ecce Deum video, Ecce Deum video ». Milon Crispin, Vie de Lanfranc, dans Migne, Palrol. T. 150, col. •53.

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