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DE LA POLITIQUE DE FUSION

Paris, 18 avril 1849.

Monsieur, après le 10 décembre, une lois le Président de la République établi, je crus devoir, pour répondre à sa confiance , insister beaucoup sur la nécessité de changer toutes les autorités qui s'étaient compromises dans le vote du 10 décembre en appuyant ouvertement la candidature du général Gavaignac. En fait, j'étais le premier à reconnaître que le parti qui avait cru voir dans le brave général Gavaignac la personnification politique de l'ordre, était, en grande partie, composé d'excellents citovens, d'hommes d'ordre sincères et dévoués; que ce parti serait, dans l'avenir, un des plus fermes appuis du gouvernement du neveu de l'Empereur; qu'il fallait le rallier par la conciliation, la sagesse, la modération, mais que la conciliation jie pouvait se faire que par en haut et non par en bas. Les populations exaltées par le vote du 10 décembre ne comprendraient pas qu'après avoir triomphé des autorités, elles devraient obéir aux mêmes autorités. Il en résulterait une méfiance réelle à l'égard de ces dernières ; et cette situation amènerait fénervation du pouvoir, ainsi que le désenchantement des masses. Il fallait donc sans tarder, non pas destituer les fonctionnaires publics compromis , mais les changer de résidence.

1 JSous devons la communication de ceUe lettre à i'obli{;eance de M. G., qui s'était adressé à ia bienveillaure de M. de Persigny, parce qu'il craignait que sa position de sous-préfct ne fût compromise j)ar suite de l'appui officiel qu'il avait donné à la candidature du général Gavaignac. Ce document ofùe de l'intérêt, et nous le reproduisons malgré son caractère privé, car il témoigne de la constante modération des sentiments politiques de M. le duc de Persigny.

Cette politique, je la développai sous toutes ses faces et avec toute la perseverauce dont j'étais ca{)ahle. Cette politique ne lut pas celle du iiiinistcic. Parce qu'il était convaincu, connue je l'étais moi aussi, du reste, que la plupart des fonctionnaires étaient des hommes honnêtes et capables , il ne put pas se décider à une jurande mesure. Je n'ai pas à dire ce que je pense de cette politique qui est jugée aujourd'hui.

(Juaut aux (piestions politiques de parti, je ne parta^je aucune prévention ; car vous savez ])eut-étre que je suis l'un des plus chauds partisans de la politique de fusion. Bonapartiste de la veille, j'ai le premier combattu l'idée de former lui parti bonapartiste, et désiré un Mrand jxuti national constitué de tous les éléments d'ordre de notre ]iavs. La circulaire du l'ouùié de la rue Montinavirc , que j'ai rédigée, vous indique suffisamment cette politique. Le Comité de la rue de Poitiers, en m'apj)elant à l'honneur d'être membre de la Commission executive, avec les hommes les plus éminents de ce pays, m'a donné une preuve de sa haute confiance. Je suis fermement convaincu que, dans cette fusion des grands jiartis de l'ordre, est le salut de notre pays. Je m'expose, il est vrai, aux attaques des queues de mon projire parti ; mais je ne reculerai jamais devant des dilhcultés de cette nature.

fjuand vous me connaîtrez, vous verrez bien vite que je suis incapable de ces hostilités personnelles sans raison, dont on parait m'avoir accusé à votie égaid.

POUTIOTE. 37

CIRCULAIRE

AU SUJET DES AmiESTATIOXS OPÉRÉES A LA SUITE nu 2 DÉCEMBRE 1851.

Paris, \o 29 janvi."!- 1852.

Monsieur le prél'et, les nouvelles (jue reçoit le gouvernement sur la manière dont se poursuit liustructiou des troubles du mois dernier, l'autorisent à penser cpie dans quelques départements le zèle des autorités administratives n'est j)as suffisamment pénétré île ses intentions; et en conséquence il croit nécessaire de aous les faire connaître d'une manière précise.

Lorsque , à la suite du 2 décembre , des mouvements insurrectionnels éclatèrent sur plusieurs j)oints du territoire, il fallait (ju'une répressioiî prompte et énergique vînt garantir la sécurité du pays et assurer la liberté du suffrage universel. Alors il était sage et prudent non -seulement de comprimer par les armes toute tentative de rébellion , mais de prévenir par des arrestations les efforts désespérés des factions vaincues.

Aujourd'hui que le peuple tout entier a donné ses pouvoirs au neveu de l'Empereur ; aujourd'hui qu'il a constitué de ses mains un gouvernement puissant dont l'autorité légitime impose à tous les partis le respect et l'obéissance, rien ne doit plus s'opposer à ce que les généreuses intentions du chef de l'Etat soient jjromptement réalisées.

Vous savez, monsieur le préfet, que s'il existe parmi les insurgés de décembre de ces hommes pervers et dangereux dont il importe de débarrasser le pavs, les autres sont, pour la plupait, de malheureux ouvriers ou ha-

bitants des cauipagues qui n'ont été entraînés à la révolte que par faiblesse ou par ignorance. N'est-il pas aiflipeant de penser que de pauvres gens égarés qui n'ont été que des instruments entre les mains des véritables coupables soient livrés , comme ces derniers , aux rigueurs d'une détention si prolongée, et que tant de lamilles privées de leurs soutiens gémissent dans la misère et dans les larmes ?

Une telle situation a ému le Prince Président, et en conséquence il me charge de vous transmettre les pouvoirs nécessaires pour faire sortir immédiatement des prisons et rendre à leurs familles , quel que soit , d'ailleurs , l'état de l'instruction commencée à leur égard, tous ceux des détenus que vous jugerez n'avoir été qu'égarés et dont la mise en liberté ne peut offrir de danger pour la société.

Le caractère de vos fonctions, en vous rapprochant des sources les plus naturelles d'information , vous per' mettra, je l'espère, de faire aisément la distinction que je vous signale. Je vous préviens, d'ailleurs, que les autorités militaires et judiciaires avec lesquelles vous aurez à vous entendre à ce sujet , vont recevoir en même temps que vous, par l'intermédiaire des ministres de la p^uerre et de la justice, les ordres du Prince Président.

Quant à moi, monsieur le préfet, je suis heureux d'avoir à vous transmettre cette mission de haute coniiance. J'espère que vous la remplirez avec la sagesse et le discernement qu'elle exige.

Recevez , etc.

l'OIJTIQUI-. 30

CIRCULAIRE

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