SUR LES JXECTIONS LÉGISLATIVES DE 18G
Paris, le 8 mai 1863.
Monsieur le préfet, les élections (jui se ])iép;irent vont être pour la France une nouvelle occasion d'affirmer devant l'Europe les institutions qu'elle s'est données.
Dans cette circonstance, j'ai à peine besoin de vous rappeler les principes qui doivent vous (guider. Vous n'oublierez pas que l'Empire est 1 expression des besoins , des sentiments , des intérêts des masses , et que, avant de rallier à lui toutes les forces vives de la nation , c'est dans la chaumière du peuple qu'il a été enfanté.
Fort de son origine providentielle , l'Elu du peuple a réalisé toutes les espérances de la France , car cette France qu'il avait trouvée dans l'anarchie, la misère et l'abaissement où le régime des rhéteurs l'avait jetée, il lui a suffi de quelques années pour 1 élever au plus haut degré de richesse et de grandeur.
On sait comment dans ce pays, bouleversé par tant de révolutions j l'ordre j)olitique , social et religieux a été restauré , et la sécurité des personnes et des choses établie comme elle ne l'avait jamais été ; comment, en dix ans, la fortune immobilière a été doublée, la fortune mobilière augmentée de sept à huit milliards, et le revenu public accru de trois cents millions ; comment le territoire a été sillonné de voies ferrées, de routes, de chemins vicinaux, et enrichi d'innombrables travaux
publics ; comment enfin les glorieux triomphes de nos armes et la haute influence rendue à notre politique au dehors sont venus couronner un développement de ])rosp('rité jusqu'ici sans exemple dans le monde.
L'histoire dira par quels prodiges de sagesse, de courage et d'habileté, l'Ehi du j)euple a accompli toutes ces choses ; mais elle révélera aussi le secret de son étonnante fortune, je veux dire la confiance absolue, la fidélité touchante avec laquelle, dans la paix ou dans la guerre, dans les mauvaises comme dans les bonnes circonstances, le peuple français n'a cessé de le soutenir, de l'entourer, de le défendre.
C'est à cette confiance que l'Empereur fait encore appel. Il demande au pays une législature qui, devant terminer son mandat au moment où le Prince impérial, le fils de la France, parviendra à la veille de sa majorité , soit aussi dévouée que les deux précédentes , et n'ait d'autre préoccupation que l'avenir de l'Empire.
S'il n'y avait en France, comme en Angleterre, que des partis divisés sur la conduite des affaires, mais tous également attachés à nos institutions fondamentales, le Gouvernement pourrait se borner, dans les élections, à assister à la lutte des opinions diverses. Mais, dans un pays comme le nôtre, qui, après tant de convulsions, n'est sérieusement constitué que depuis dix ans, ce jeu régulier des partis, qui chez nos voisins féconde si heureusement les libertés publiques, ne pourrait dès aujourd'hui se reproduire qu'en prolongeant la révolution et en compromettant la liberté , car chez nous il y a des ])artis qui ne sont encore que des factions. P'ormés des débris des gouvernements déchus, et bien qu'ils soient affaiblis chaque jour par le temps qui seul peut les faire disparaître, ils ne cherchent à pénétrer au cœur de nos
institutions que pour en vicier le principe, et n invoquent la liberté que pour la tourner contre l'Etat.
En présence d'une coalition d'hostilités, de rancunes et de défis opposée aux grandes choses de l'Empire, votre devoir, monsieur le préfet, est tout naturellement tracé. Pénétré de l'esprit libéral et démocratique de nos institutions , que l'Empereur s'applique chaque jour à développer, ne vous adressez qu'à la raison et au cœur des populations. Laissez librement se produire toutes les candidatures , publier et distribuer les professions de foi et les bulletins de vote, suivant les formes prescrites par nos lois. Veillez au maintien de l'ordre et à la ré{;ularité des opérations électorales. C'est pour tous un droit et pour vous un devoir de combattre énergiquement les manœuvres déloyales , l'intrigue , la surprise et la fraude , d'assurer la liberté et la sincérité du scrutin , en un mot, la probité de l'élection.
Le suffrage est libre. Mais afin que la bonne foi des populations ne puisse être trompée par des habiletés de langage ou des professions de foi équivoques, désignez hautement, comme dans les élections précédentes, les candidats qui inspirent le plus de confiance au (Touvernenient. Que les populations sachent quels sont les amis ou les adversaires plus ou moins déguisés de l'Empire , et qu'elles se prononcent en toute liberté , mais en parfaite connaissance de cause.
Nous ne sommes plus au temps où les élections étaient entre les mains d'un petit nombre de privilégiés qui disposaient des destinées du pays. Grâce à l'Empereur, qui a su résister aux tentatives anciennes ou nouvelles de tous les partis pour restreindre le suffrage universel , et qui a voulu maintenir le droit de tout
Français à être électeur, aujourd'hui la France, en possession du plus vaste suf(ra(j,e qui existe en Europe, compte dix millions d'électeurs, votant au scrutin secret, n'ayant cliacuu a rendre compte de son vote qu'à Dieu et à sa conscience: c'est la nation tout entière qui, maîtresse d'elle-même, ne j)eut être dominée, ni violentée, ni corrompue par personne.
En recommandant au choix des électeurs l'immense majorité des membres sortants du corps législatif, le Gouvernement rend un hommage mérité à des hommes honorables , d'un dévouement éprouvé , et qui , avant de recevoir le patronage de l'administration , étaient désignés par les sympathies de leurs concitovens. S'il a cru devoir reluser ce témoignage à quelques-uns , ce n'est pas pour de simples dissidences d'opinions, car il s'est fait une loi de respecter profondément l'indépendance des députés ; mais il ne peut appuver auprès des électeurs que des hommes dévoués , sans réserve et sans arrière-pensée, à la dynastie impériale et à nos institutions. Il est donc contraire à la vérité d'attribuer l'attitude du Gouvernement vis-à-vis de plusieurs candidats au souvenir de certaines discussions. Quelques députés seulement, dans le nombre de ceux: qui ont voté contre l'avis du Gouvernement , lors d'une circonstance importante, n'ont plus le patronage officiel ; mais leur vote n'est entré pour rien dans la résolution qui les concerne, et j'affirme, quant à moi, que jamais je n'ai eu la pensée de rechercher des votes inspirés par des scrupules de conscience.
J'appelle votre attention sur une autre manœuvre qu'il suffit de signaler au bon sens public. Les partisans de certaines candidatures ne craignent pas de prétendre qu'à défaut du concours de l'administration,
elles peuvent se prévaloir des plus hautes et des plus augustes sympathies, comme si l'administration pouvait être dans les élections autre chose que l'instrument de la pensée même de l'Empereur,
Je termine, monsieur le préfet, en vous rappelant ces paroles solennelles que l'Empereur prononçait, à l'ouverture de la dernière session : « Dites à vos conci- » toyens que je serai prêt sans cesse h accepter tout ce ') qui est l'intérêt du plus grand nombre ; mais s'ils ont » à cœur de laciliter l'œuvre commencée, d'éviter les 1) cojiflits qui n'engendrent que le malaise, de fortifier " la constitution qui est leur ouvrage , qu'ils envoient » à la nouvelle chambre des hommes qui , comme vous , » acceptent sans arrière-pensée le régime actuel, qui 5> préfèrent aux luttes stériles les délibérations sérieuses, « des hommes qui, animés de l'esprit de l'époque et M d'un véritable patriotisme, éclairent dans leur in- « dépendance la marche du Gouvernement, et n'hésitent » jamais à placer au-dessus d'un intéiêt de parti la sta- » bilité de l'Etat et la grandeur de la patrie. »
Vous connaissez maintenant, monsieur le préfet, la pensée tout entière du gouvernement de l'Empereur. Suivez exactement des instructions qui précèdent, et attendez avec confiance le résultat du vote. Les populations du 10 et du 20 décembre ne laisseront pas affaiblir dans leurs mains l'œuvre dont elles sont fières. Electrisées par leur patriotisme , elles se porteront en masse au scrutin , et voudront donner une nouvelle et éclatante adhésion à l'Empire glorieux qu'elles ont fondé.
Recevez, etc.
Paris, le 28 mai 1863.
Monsieur le préfet , pour la première fois depuis l'Fmpire, les partis ennemis des institutions que la France s'est données , osent les attaquer devant le suffrage universel. Des hommes de 1815, de 1830, de 1848, coalis('s dans un effort commun , essayent sur plusieurs points de surprendre la bonne foi du pays pour toiuner contre l'Empereur les libertés mêmes qu'il a accordées récemment; et tous, comme obéissant h un mot d'ordre, ont recours à la même manœuvre.
Ne pouvant nier les grandes choses qui se sont accomplies depuis dix 'ans, car tout le monde les a sous les yeux, ils s'attaquent aux moyens qui ont servi à les accomplir, c'est-à-dire aux finances de l'Etat, parce que, peu de personnes étant versées dans les questions de ce genre, ils espèrent pouvoir plus impunément répandre le mensonge et l'erreur.
Leur calcul est bien simple: s'ils parvenaient à inquiéter l'opinion sur l'état de nos finances, ils affaibliraient en même temps la foi du pays dans nos institutions; et c'est là le secret de leurs tentatives.
Monsieur le préfet, le pays ne sera pas dupe d'assertions mensongères. Si l'Empereur a pu, en dix ans, élever la France à un si haut degré de prospérité , c'est qu'il a su admirablement employer nos ressources , la prospérité publique et la bonne gestion des finances ne pouvant aller l'une sans l'autre.
Pour satisfaire aux grands intérêts du dehors et du dedans, la dette a été augmentée de 87 millions de rente ; mais l'accroissement du revenu public s'élevant à
300 millions, sans augmentation de l'impôt, cette charge est insignifiante en comparaison des résultats obtenus et de la France agrandie de trois départements. Voilà pour la dette.
Quant au budget, (pii n'est pas de deux milliartls, comme on le dit par erreur, car il faut en déduire 550 millions de dépenses qui, d'après notre système de comptabilité, n'y figurent que pour ordre, il suit de nos jours, comme de tout temps, la marche ascendante (pie lui imprime le développement de la richesse sociale. Tandis que le gouvernement de Juillet l'avait successivement accru de 500 millions, l'Empire ne l'a augmenté que de 800 millions pour faire les grandes choses que vous savez. Ainsi , sur ce budget noblement emplové , sans compter d'innombrables travaux'publics, routes, chemins vicinaux, églises, écoles, presbytères, etc., l'Empire a trouvé le moven de consacrer un milliard à nos chemins de fer; et ce milliard a produit j)our le pavs, dans nos villes et dans nos campagnes, plus de vingt milliards de richesse.
L'état financier de la France est donc aussi solidement établi que le résultat des opérations de lEmpire est éclatant. Voilà la vérité , voilà ce que le peuple français comprendra dans sa bonne foi, et ce que l'histoire dira à la gloire de l'I^mpereur.
Recevez, etc.
Pans, 1,. 21 mai 18()3.
Monsieur le préfet', je m'empresse de répondre au
* Cette lettre est adreàaéc au préfet de la Seine.
POLITIQriE. 153
ninpoit ([lie vous m'adressez sur les bruits qui se rc'paiiJcnt dans la deuxièuie circonscription de Paris, et d'après lesquels le Gouvernement, hésitant à combattre M. Thiers , songerait à faire retirer son concurrent, M. Devinck.
Je vous autorise ;i démentir ces bruits de la manière la j)lus catégorique.
Si M. Thiers, rendant hommage à la grandeur du nouvel Empire , se fut présenté au suffrage universel eu ami de nos institutions, \e Gouvernemeiit eût accueilli avec sympathie sa rentrée dans la vie publique ; mais du moment oii il a consenti à se rendre, j)our s'en faire le chamjjion , dans une réunion des anciens partis uniquement composée d'ennemis déclarés de l'Empereur et de l'Empire , il a rendu lui-même impossible l'accueil (pu,' le Gouvernement eût été disposé à faire à l'illustre historien du Consulat et de l'Empire.
Que M. Thiers se j)résente au suffrage universel avec ou sans répugnance, qu'il consente ou non à expliqu(M" son attitude, il n'v a plus d'équivoque possible. Il leste désormais un des représentants d'un régime que la France a condamné, et qu'à ce titre, le devoir du Gouvernement est de combattre.
M. Thiers est trop honnête homme pour que personne puisse l'accuser de prêter un serment qu'il n'aurait pas l'intention de tenir. Mais ce que veut M. Thiers, c'est le rétablissement d'un régime (jui a été fatal à la France et à lui-même, d'un régime flatteur pour la vanité de quelques-uns et funeste au bien de tous, qui déplace l'autorité de sa base naturelle pour la jeter en pâture aux passions de la tribune, qui remplace le mouvement fécond de l'action par l'agitation stérile de la parole, qui pendant dix-huit ans n'a produit que l'impuissance au
dedans et la faiblesse au dehors, et qui , commence dans l'ëmeute, continué aux ])ruits de l'émeute, a fini par l'émeute.
Non, monsieur le préfet, en face de la France agrandie, de cette France qui n'est devenue si prospère et si glorieuse que depuis que M. Thiers et les siens ne sont plus aux affaires , au sein de cette grande cité aujourd'hui la plus tranquille, la plus riche et la plus belle de l'univers, non, le suffrage universel n'opposera pas au gouvernement qui a tiré le pavs de l'abîme ceux qui l'y avaient laissé tomber.
Recevez , etc.
Paris, k' 21 juin 1863.
Monsieur le préfet, après avoir voeu et analysé vos rapports et ceux de vos collègues sur les dernières élections , après avoir constaté l'ordre et la loyauté qui ont présidé aux opérations électorales comme la liberté avec laquelle toutes les candidatures ont pu se produire, je suis heureux d'avoir à vous féliciter du zèle que vous avez mis , ainsi que les sous-préfets , les maires et tous les agents sous vos ordres, à éclairer les populations sur les choix qu'elles étaient appelées ii faire. A j)art les incidents qui ont pu provoquer des protestations soit d un côté, soit de l'autre, ki manière paisible dont se sont accomplies les dernières élections lait d'autant j)lus d'honneur au pays qu elles ont été plus disputées.
Pour la première fois depuis dix ans, une coalition s'est formée entre des opinions plus ou moins rattîichées
aux {gouvernements antérieurs. Sur quelques points, et particulièrement dans les grands centres de population, plus habituellement accessibles aux excitations de la presse , elle a réussi à surprendre \ù suffrage universel ; mais l'immense majorité du pays a répondu à l'appel du Gouvernement, et n'a laissé à la coalition que quelques noms pour se consoler de sa défaite.
Les dernières élections aiuont , du reste , une influence considérable sur l'avenir du pays. Lorsque l'Empereur fut élevé sur le pavois, aux acclamations de tout un peuple, arrivant au pouvoir seul de sa personne, il n'avait pas de parti; mais il touchait par certains côtés à tous les partis existant dans la nation. Pour les uns, il représentait l'ordre , pour les autres l'unité du pouvoir , pour ceux-ci l'autorité , pour ceux-là une liberté sage, pour le plus grand nombre le triomphe de la démocratie, pour tous la dignité de la France au dehors. C'est avec ces éléments divers que se forma ce qu'on peut appeler le parti du Gouvernement, soit dans l'ensemble des agents de l'autorité publique, depuis les ministres jusqu'aux plus humbles fonctionnaires, soit dans les corps constitués, les chambres, les conseils généraux et les municipalités. Ainsi composée, l'organisation générale du pays manquait d'homogénéité ; et il était naturel qu'au gré des circonstances et jusqu'à ce que le temps les eût fusionnés, ces éléments divers se ressentissent de leur origine. Mais les dernières élections auront lait pour leur cohésion encore plus que le temps. Attaqué de toutes parts et résistant à tous les chocs , notre édifice politique n'en est devenu que plus solide; et, dans le corps législatif comme dans le pays, le parti du Gouvernement est désormais constitué.
Un autre résultat considérable est acquis aux der-
nières élections : nos institutions , critiquées par les candidats de l'opposition sous le prétexte de leur perfectibilité, ont reçu par le succès des candidats du (Gouvernement une nouvelle consécration. Ce que le peuple français avait voulu par le plébiscite de 1 851 , ce n'était pas seulement de constituer le pouvoir et la liberté sur des bases inébranlables : c'était de renoncer désormais à copier, dans un pays démocratique comme le nôtre, la constitution aristocratique d'un pays voisin; c'était surtout de condamner la doctrine funeste qui avait pour résultat de faire tomber le pouvoir des mains de la royauté dans celles des orateurs de la chambre. L'opposition disait bien haut que , dej)uis dix ans , le pays avait changé de sentiments, qu'il aspirait non-seulement à perfectionner et à modifier le jeu de nos libertés, mais à en changer les principes essentiels. Le pays a protesté contre ces assertions.
Aujourd'hui que la lutte est terminée , je vous recommande, monsieur le préfet, à mesure que le calme se rétablit dans les esprits, de vous inspirer de plus en plus des sentiments de modération qui sont le propre d'un gouvernement fort et d'une administration paternelle. Le Gouvernement de l'Emjjereur, vous le savez , ne repousse personne. Formé lui-même d'hommes de tous Jes partis et se recrutant sans cesse parmi eux , il reste fidèle à la mission de les rallier tous. Il est ouvert à tous les hommes de bonne volonté et n'écarte que ceux qui, n'acceptant pas les bases fondamentales de nos institutions telles qu'elles sont déterminées par le plébiscite de 1851, se trouvent par cela même en opposition avec la volonté du peuple français.
llecevez , etc.
Discoriis