‹ Le duc de Persigny et les doctrines de l'empireChapitre 4 sur 54 · SCR LES ÉLECTIONS DE · texte numérisé non relu

SCR LES ÉLECTIONS DE

Paris, le 11 février 1852.

Monsieur le préfet, vous connaissez par la circulaire (le mon honorable prédécesseur la ligne de conduite que vous devez suivre dans les élections qui se préparent.

Ce n'est pas , comme sous les gouvernements précédents, par des influences clandestines qui abaissent les caractères et dégradent les consciences, que vous avez a exercer votre action. Sous le gouvernement lé(;itime de l'élu du peuple français, le temps des intrigues et des corruptions parlementaires est passé. Ce que aous avez à faire aujourd'hui, c'est au grand jour que vous le ferez ,

Quelle est, en effet, la situation politique? Le peuple français a donné mission au neveu de l'Empereur de faire une constitution sur des bases déterminées ; de former un ministère ne relevant que du pouvoir exécutif ; de créer un Sénat choisi parmi les illustrations du pays ; d'organiser un conseil d'Etat recruté des principales capacités politiques ; enfin , de convoquer mi Corps législatif qui doit être élu par le suffrage universel. Par un seul vote, clair, simple, compris de tous, le peuple a donc créé lui-même tous les pouvoirs publics, et il ne lui reste plus, pour terminer son œuvre, qu'à nommer les députés au Corps législatif.

Ce second vote du peuple, quoique infiniment moins solennel que le premier, a cependant son importance. La nouvelle constitution ne permet plus, sans doute, ces vaines agitations parlemeulaires qui ont si long-

hO LE DUC DE l'ERSIGNY.

temps paralysé les forces du pays; mais il ne suffit pas d'avoir rendu ce ré(>im(> impuissant à faire le mal, il laul rendre le {gouvernement puissant pour faire le bien. Or, le bien ne peut se faire aujourd'bui qu'à une condition : c'est que le Sénat, le conseil d'Etal, le Corps lé(jislatif et l'administration soient, avec le chef de l'Etat, en parfaite harmonie d'idées, de sentiments, d'intérêts; car c'est l'unité de vues dans les pouvoirs ])ublics qui seule constitue la force et la grandeur des nations.

Dans les élections qui se préparent, le peuple français a donc un rôle important à remplir. Mais, dans cette circonstance, quel ne serait pas son embarras sans l'intervention du gouvernement ! Comment huit millions d'électeurs pourraient-ils s'entendre pour distinguer , entre tant de candidats recommandables h des titres si divers, et sur tant de points à la fois, deux cent soixante et un députés, animés du même esprit, dévoués aux mêmes intérêts, et disposés également à compléter la victoire populaire du 2 décembre ? Il importe donc que le gouvernement éclaire à ce sujet les électeurs. Comme c'est évidemment la volonté du peuple d'achever ce qu'il a commencé , il faut que le peuple soit mis en mesure de discerner quels sont les amis et quels sont les ennemis du gouvernement qu'il vient de fonder.

En conséquence, monsieur le préfet, prenez des mesures pour faire connaître aux électeurs de chaque circonscription de votre département, par l'intermédiaire des divers agents de l'administration , par toutes les voies que vous jugerez convenables, selon l'esprit des localités, et, au besoin, par des proclamations affichées dans les communes, celui des candidats (jue le gouvernement de Louis-Xapoléon jugo le plus propre à l'aider dans sr)n œuvre n-paratrice.

POLIT! OUF. !,l

Je VOUS recoininaiidc surtoiil , inoiisieur le préfet, de mettre linteiét tle ri'^lal aii-dessiis des (|uestions de personnes. Le fjouvernement ne se préoccupe pas des antécédents politiques des candidats qui acceptent avec franchise et sincérité le nouvel ordre de choses; mais il vous demande en même temps de ne pas hésiter à prémunir les populations contre ceux dont les tendances connues , quels que soient d'ailleurs leurs titres , ne seraient pas dans l'esprit des institutions nouvelles. Ceux-là seuls sont di^jnes du choix du peuple qui sont résolus et s'enga(jent à défendre son ouvrajje.

Il est bien entendu, d'ailleurs, (|ue vous ne devez rien faire qui puisse (jêner ou embarrasser en quoi que ce soit l'exercice du suffrage universel. Toutes les candidatures doivent ])ouvoir se produire sans o})position , sans contrainte. Le Prince Président se croirait atteint dans l'honneur de sou gouvernement, si la moindre entrave était mise à la liberté des votes.

Recevez , etc.

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