AU FOPEZ ET A LA VILLE DE SAI^T-ÉTIE^^E
Messieurs, si l'honneur que je reçois de mes concitoyens s'adressait uniquement à ma personne, je serais bien embarrassé d'y répondre, car je sentirais au fond de ma conscience que je ne mérite pas de tels hommages ; mais , je le vois avec plaisir, s'il y a dans ces témoignages de sympathie (juelque chose qui me concerne personnellement et qui me pénètre de reconnaissance {Vifs et bruyants applaudissements.) , la grande partie s'adresse à la cause populaire dont je suis un humble serviteur, à cette cause. Messieurs, que votre honorable et digne maire ^ caractérisait naguère avec tant d'éloquence, en peignant d'un trait le phénomène de l'ordre succédant à l'anarchie. {Applaudissements .)
Singulier phénomène, en effet, et qui excitera l'admiration de la postérité , car ce n'est pas par la compression, la force ou la conquête que l'ordre public a été rétabli. C'est du sein même de ces masses populaires qui semblaient désorganisées et plongées dans les abîmes de l'anarchie, qu'est sortie la lumière qui devait dissiper le chaos. {Bravos.)
Pendant que les habiles cherchaient dans les palais et les châteaux le fil perdu do nos destinées , c'était la bonne vieille de Béranger qui le retrouvait au bout de ses fuseaux, 'en parlant de sa gloire; et ainsi les souvenirs du peuple devenaient les nouvelles traditions de hi
France. {Explosion d' applaudissements .)
• l'ioiioncé, le 2() août 1858, au hanquet offert par la ville de Saint-Etienne.
- M. Fanre-Belon. •
Ce phénomène, Messieurs, vous l'avez vu mieux que personne et dans tout son éclat, au sein de cette grande et populeuse cité; et ce n'est pas une des moindres causes de ma sympathie que le souvenir des deux grandes dates de décembre à Saint- Etienne. [Bravos prolongés . )
Monsieur le maire, je vous remercie des paroles flatteuses que vous m'avez adressées, et surtout du titre de concitoyen (jue vous m'avez donné. [On applaudit.^ Saint-Étienne, en devenant le chef-lieu du département de la Loire, est aujourd'hui la capitale du Forez, et, par conséquent, citoyens de la même cité , nous sommes tous, nous Foréziens, liés désormais à ses intérêts et à sa grandeur, h ses destinées et à sa fortune. [Vives acclamations.)
Messieurs, notre petite province doit nous être chère et nous devons être fiers d'elle, car elle a été illustre dans tous les temps : illustre sous les Romains, quand le forum des Ségusiens lui donnait son nom ; puissante sous Gharlemagne, quand le grand empereur plaçait à sa tête l'un de ses principaux compagnons ; surtout chevaleresque au moyen âge et aux croisades ; plus humaine qu'aucune autre peut-être pendant les crimes de la révolution ; mais, brave et généreuse dans tous les temps, l'une des dernières à combattre pour repousser l'invasion étrangère; enfin, aujourd'hui, dans ce siècle d'activité industrielle, fière de posséder dans son sein l'un des plus grands foyers de production du monde.
Permettez-moi donc de vous proposer un toast qui réunisse toutes nos sympathies :
A LA GLOIRE DU FOREZ ET A LA PROSPÉRITÉ DE SA CAPI- TALE ! [Tonnerre d'applaudissements.)
TOAST
AU CONSEIL GliNÉUAL DE LA LOIRE '.
Messieurs, en vous remerciant de la manière dont vous avez accueilli le toast que vous a proposé mon honorable ami, M. Heurticr, je vous prie de lui pardonner ce que sa bienveillance pour moi lui a lait mettre d'exagération dans ses éloges. Moi , Messieurs , (jui n'ai besoin de rien exagérer pour vous exprimer ma sympathie , je vais essayer de vous faire comprendre d'une manière un peu étrange , mais que je vous prie d'excuser, ce que j'éprouve d'estime et de considération pour vous.
Un jour, causant avec l'un des hommes d'Etat les plus éminents de l'Angleterre, sur l'organisation comparée des deux pays rivaux, j eus l'occasion de parler de notre province, et voici comment :
La France, me disait cet homme d'État, est puissante par l'organisation savante de sa centralisation , de ses finances et de son armée ; mais en dehors de la constitution de son gouvernement central, elle n'a pas, comme nous, en Angleterre, cette classe forte et puissante de la gentry de province qui, réunissant dans son sein, sans distinction d'origine , toutes les supériorités sociales de la naissance , de la fortune et du talent , fait concourir à la bonne administration des provinces toutes les forces vives du pavs , au lieu de les user dans des luttes stériles , comme vous faites depuis si longtemps.
Je vous demande pardon , milord, lui répondis-je, je ne connais pas toutes les provinces de France, et ne puis dire en conséquence à quel point sont effacées dans
^ Prononcé, le 29 août 1860, au Lanquet offert par ks meiulires du conseil général de la Loire.
f>78 LE DUC DE PERSIG.NY.
toutes les traces de nos discordes civiles; mais j'en sais une, c'est la mienne, la province du Forez (département de la Loire) , où le conseil général, institution qui remplit à certains égards, chez nous , les fonctions du grand jurv de vos comtés, où le conseil général , dis-je , est l'exacte représentation de ce que vous venez de décrire; où l'union, la confiance et la sympathie la plus réelle régnent entre tous les éléments qui le composent; où les noms qui représentent les traditions du passé sont côte à côte avec les fortes et vigoureuses individualités du présejit; où les gloires de l'industrie sont rapprochées des illustrations de la politique; ou les trois éléments dont vous parlez, confondus, reliés par une pensée commune, un intérêt commun, n'ont plus d'autre préoccupation que de concourir ensemble au bien public; où enfin j'admire aujourd'hui avec bonheur ce que j admirais jadis avec envie chez votre gentry. [Applaudissements . )
Mais alors, me fut-il répondu , s'il en est ainsi , si vous en êtes déjà arrivés là, c est que la France est enfin reconstituée au grand avantage de sa prospérité et de sa puissance.
Et maintenant laissez-moi porter c(; toast que je propose avec la plus vive svnipathie :
AU CONSEIL GÉxÉr.AL DE LA LOIRE ! ( Vif S applaudissements .)