TOAST A LA VILLE DE SAINT-ÉTIENNE
C'est le cœur pénétré de reconnaissance que je viens d'entendre les généreuses paroles que l'honorable et digne maire de Saint-Etienne " vient de prononcer et auxquelles vous venez de donner une si chaleureuse approbation.
1 En réponse à un toast porté par le maire de Saint-Etienne, le 24 auùl 18G4, au Cercle des arts et du eoiinucrce. - M. Faure-lîeloii.
Oui, M. le maire a dit la vérité: j'aime notre pays comme vous l'aimez vous-mêmes. Je suis attaché à tous ses intérêts, à toutes ses gloires; et au nombre de ses gloires, quoi de plus éclatant que Saint-Etienne, dont nous sommes si fiers , pour notre chère province du Forez? Et savez-vous pourquoi nous en sommes fiers? Ce n'est pas seulement parce que ce foyer de production et de richesse est l'un des plus puissants du monde: c'est parce qu'il est consacré à ce qui honore le plus l'homme , le travail honnête, car, ce n'est pas ici par l'agiotage ou par l'intrigue que se crée la fortune; c'est par les qualités éminentes qui distinguent le travailleur sérieux.
Voulez-vous que je fasse ici le tableau de la vie industrielle de Saint-Etienne. Prenons l'histoire de ces hommes qui se sont élevés eux-mêmes dans cette grande cité , qui sont devenus de grands citoyens , et dont les noms sont sur vos lèvres comme dans vos cœurs. ( Appla udissements . )
Voici un enfant né dans une pauvre famille , mais élevé dans ces sentiments religieux qui font honneur ii notre pays. Le voici qui débute sur le dur pavé de Saint-Étienne, au milieu de toutes les privations. Le courageux enfant comprend tout d'abord que la vie est ime lutte; il devine d'instinct, par ce qu'il voit autour de lui plus encore que par les conseils de sa famille , que rien ne lui sera possible sans instruction et que la nourriture de l'esprit est aussi nécessaiie que celle du corps. Il fréquente donc avec assiduité , avec zèle et profit, nos écoles publiques. Puis, il s'agit de gagner sa subsistance, et le voilà au travail. La plus belle époque de la vie pour la jeunesse riche, il lapasse dans les privations. Mais, avec ses forces qui se développent, il acquiert plus do facilité pour sou travail; il fait mieux et j)lus
vite, et il est plus rétribue. Or, avec de plus fjrauds salaires, va-t-il augmenter son bien-être et ses jouissances? Non. Il comprend qu'avant de jouir, il faut se créer des économies, des réserves, pour toutes les éventualités. Cependant , au bout de quelques années de fatigues et de privations, il s'est creîé un petit capital, et bientôt il devient patron à son tour. Alors , s'il a toujours été honnête et lovai dans ses relations; s'il a su gagner la confiance de ses anciens compagnons de labeur, ces derniers, en travaillant poiu' lui, vont aider eux-mêmes à sa fortune. Bientôt , son nom commence à être prononcé dans la grande cité du travail. On vante ses qualités, son courage à l'œuvre , son économie , son intelligence , son activité, sa fidélité à tenir ses engagements; et son crédit s'étend et se développe. C'est ainsi, eu un mot, qu'il arrive peu à peu au sommet de l'édifice social, pour prendre place à son tour parmi les hommes considérables de la cité. {Bravos.) e Eh bien, Messieurs, c'est un beau spectacle pour le philosophe que de voir dans cette rude bataille de la vie la fortune et la richesse ne devenir le prix que des qualités et des vertus. Voilà ce que j honore, ce que nous honorons tous dans cette ville de Saint-Etienne, dans ce temple de la richesse honnête. Permettez-moi donc de porter un toast à ces nobles enfants de la cité du travail, aujourd'hui ouvriers et demain grands citovens: