‹ Le duc de Persigny et les doctrines de l'empireChapitre 49 sur 54 · RELATIVES A LA SOCIÉTÉ DE LA DIANA · texte numérisé non relu

RELATIVES A LA SOCIÉTÉ DE LA DIANA

J'ai cru remarquer, d'après des observations qui m'ont été faites, que certaines personnes n'avaient pas suffisamment compris le but de la société que nous avons fondée. Je ne me suis point proposé, en faisant aj>|)el au pays, de créer une société archéologiqne, comme il en existe dans un grand nombre de départements. Je trouve assurément très -honorable que des savants, des archéologues, des historiens, des géographes, se réunissent pour s'occuper ensemble de recherches historiques et arcdiéologiques, se faire part

' PiTseiitécs par M. le duc (](; Feisijjnv aux meinhres de t-ctte société lé unis à Roanne, le 7 mai 1864.

de leurs travaux , de leurs découvertes , et publier des mémoires. Il existe une société semblable à Lyon, dont le recueil est très-estiraé, et qui s'occupe de l'histoire du Forez comme du Beaujolais et du Lyonnais proprement dit. Les colonnes de ce recueil sont ouvertes aux archéolofjues de notre département comme à ceux du département du Rhône. Il n'y avait donc pas là de lacune à combler, et nous ne pourrions pas faire mieux. Pour moi qui ne suis, comme plusieurs d'entre vous, ni historien, ni archéologue, ni géopraplie, je n'ai pas songé un instant à créer une société rivale de celle du Lyonnais : mon but a été tout autre. Ce que je me suis proposé, avec un grand nombre de mes concitoyens, c'est de fonder un véritable monument pour notre province en créant, dans la salle de la Diana, ancienne salle des Etats de Forez, restaurée par nos soins, un cabinet historiographique , destiné à renfermer tous les documents qui peuvent intéresser l'histoire de notre province. J'ai pensé que le plus grand service à rendre aux hommes d'étude et de travail qui auront un jour à illustrer notre province, c'est de leur fournir des moyens d'étude d'un accès facile, comme le sont, pour l'histoire de la France en général, les musées, les bibliothèques, les cabinets de tout genre dont le Gouvernement et les gouvernements qui l'ont précédé ont enrichi Paris. Je suis convaincu que le jour où nous aurons réuni dans la Diana les livres , manuscrits , documents et renseignements concernant l'histoire du Forez, qui peuvent se trouver dans les divers cabinets, musées ou bibliothèques de l'Europe, ou, à défaut des pièces ellesmêmes, une nomenclature détaillée de ces pièces, nous aurons rendu un grand service à notre province. Vous n'ignorez pas que les documents qui concernent un pays

ne se trouvent pas toujours dans le pays même. Les révolutions, les bouleversements, les vicissitudes de la fortune, les guerres, les émigrations des familles, les ventes et les héritages, mille causes enfin, tendent incessamment à les disperser. C'est ainsi qu'on retrouve dans les dépôts de presque tous les départements et même de l'étranger, comme par exemple à la bibliothèque d'Oxford, en Angleterre , des matériaux précieux pour l'histoire de notre province.

Or, l'on comprend toirt l'intérêt que présenterait, au centre de notre province, un dépôt où l'homme d'étude pourrait trouver sans peine les matériaux de notre histoire, dans tous les genres : politique, religion, législation, littérature, science, industrie, etc. Dans l'état actuel des provinces , faute de documents suffisants, les recherches individuelles ne sont que des efforts impuissants. Supposons qu'un écrivain veuille faire l'histoire de nos industries métallurgiques et remonter à la source des magnifiques développements de l'activité stéphanoise. En recherchant les procédés de nos ancêtres et les comparant à ceux de notre époque, on pourrait probablement (aire jaillir de cette comparaison des idées précieuses , capables de conduire à de nouveaux progrès. Mais aujourd'hui, de pareilles recherches sont au-dessus des forces d'un homme. Avec la Diana, au contraire, tout deviendra possible, facile même, car i! suffira de consulter nos registres pour savoir à l'instant où se trouvent tous les documents connus sur ces matières ; et ainsi de tous les autres sujets d'étude.

Messieurs, t:)ut bon citoven a deux espèces de devoirs à remplir: les uns obligatoires, qui forment la part contributive de tout homme en société, comme la

conscription et les impositions, les autres volontaires, et <pii ne sont pas les moins importants, comme ceux de la bienfaisance et do la charité. Or, n'est-il pas juste d^ comprendie au nombre de ces derniers ceux que peut nous dicter l'amour de notre province? Ce que l'Etat ne fait tpio y)our la France en (jx^néral, et ne pont pas foire j)our les départements en particulier, notre patriotisme ne peut-il pas l'entreprendre? La bonne volante des principaux habitants ne peut-elle pas l'accomplir? Voilà ce que je me suis dit, en vous faisant un aj)j)(;! auquel vous avez si {fénéreuseraent répondu. Permettez-moi de vous en féliciter. En vous associant pour élever un monument à la (jloire de nos ancêtres et créer un foyer de lumière pour vos descendants; en honorant ainsi le patriotisme du Forez comme le Gouvernement honore le patriotisme de la France , vous aurez bien mérité de vos concitovens, et vos enfants seront un |our fiers et reconnaissants de l'œuvre que vous aurez accomplie. {Vifs applaudissements.)

(A propos d'un rapport de M. de Ghantelanze cpii fait valoir l'avantage d'étudier l'histoire sur les titres originaux, M. le duc de Persignv cite un exemple piquant des erreurs historiques accréditées par les écrivaiîis qui se bornent à répéter d'autres livres.)

Vous connaissez , Messieurs , dit-il , V Histoire des Ducs de Bourgogne de M. de Barante, ouvi'age d'ailleurs estimé. Malheureusement pour l'auteur et ])our son œuvre, M. de Barante ne paraît pas avoir connu l'existence des archives de Dijon et de Lille. Au lieu de reproduire les opinions de ses devanciers, il aurait pu éclairer d'une vive lumière l'histoire des quatre ducs de

la maison de Valois, la plus étonnante succession de grands princes qu'on connaisse dans une même famille. L'un de ces princes, le dernier, Charles le Téméraire, est un exemple mémorable des caprices de la renommée comme de la fortune. Si M. de tarante avait fouillé aux sources orij^inales, il aurait trouvé les moyens de venger la mémoire de ce prince. Il existe, en effet, aux archives de Dijon , entre autres documents précieux, toute une collection de lettres de Charles le Téméraire aux Etats de Bourgogne, lettres écrites par lui pendant le cours de ses campagnes de Granson et de Morat, et qui prouvent que ce prétendu fou, cet écervelé , ce téméraire en un mot , était , au contraire , un homme de guerre d'une prudence consommée et un politique d'une remarquable hauteur de vues. Vous savez que, de son temps, les phalanges suisses formaient la principale force des armées, soit en France, soit dans les Etats voisins. Dans les luttes de leur indépendance, les Suisses avaient retrouvé, comme par hasard, l'antique phalange macédonienne. Des masses d'hommes organisées sur cinquante à soixante rangs de profondeur, se tenant fortement reliés entre eux et présentant de toute part un front hérissé de piques, formaient de véritables citadelles mobiles, sur lesquelles venait se briser l'impétuosité de la chevalerie. Ce mode de combattre leur avait donné, au moyen âge, une telle supériorité sur toutes les armées de l'Europe , qu(; si , au lieu de vendre misérablement leurs services , ils avaient eu un gouvernement sérieux, capable de lutter avec les autres gouvernements de cette époque , ils auraient pu dominer une partie de l'Europe. L'invention de l'artillerie devait cependant mettre fin à cette supériorité , en forçant les armées à renoncer à l'ordre

profond, ou le canon a un si (jrand avantage. Mais, au quinzième siècle, on ne s'était pas encore rendu compte du vice de l'ordre profond. Charles le Téméraire fut le j)remier homme de guerre qui devina la tactique moderne. Quoique son caractère impétueux et chevaleresque en fit le champion naturel de l'ancienne chevaioric française , il comprit que le canon seul pouvait écraser les phalanges suisses, et il s'était appliqué, en conséquence , à former une artillerie admirable pour le temps. xVinsi, il traînait avec lui, dans ses campagnes de Granson et de Morat , quatre-vingts pièces de canon attelées, et s'occupait avec ardeur des moindres détails de cette arme nouvelle. Avec une pareille force, il devait se croire sur d'écraser les Suisses. Mais, malheureusement pour lui, on ignorait à cette époque les principes du tir, et surtout le phénomène du ])ut en blanc. Convaincu des ravages qu'un boulet pouvait produire dans des masses profondes, le Duc de Bourgogne laissait approcher l'ennemi de fort près, afin que sa cavalerie put immédiatement profiter du désordre que le canon allait jeter dans l'infanterie suisse pour l'écraser. Mais les boulets passaient par-dessus la tête des Suisses, qui tombaient alors de tout le poids de leurs phalanges sur l'artillerie et s'en emparaient.

Charles le Téméraire fut donc victime de l'ignorance militaire de son temps. Si ses officiers d'artillerie eussent connu les principes du tir; s'ils avaient visé plus l)as, à une petite distance, les Suisses auraient été écrasés comme ils le furent, quarante ans plus tard, à la bataille de Marignan. A quoi tiennent souvent la fortune et la gloire ! . . . Si l'artillerie bourguignonne eut su ce que sait de nos jours le dernier artilleur, il eut triomphé à Granson; vainqueur des Suisses, et disposant tout à la

fols de la plus belle chevalerie et de la première artillerie de son temps, il serait parvenu j)robablement, de triomphe en triomphe, jusqu'au trône de France, et aurait certainement lépué ii la postérité le souvenir d'un des plus grands princes de l'histoire. Il est hors de doute que c'était un trait de génie d'avoir devancé son époque et deviné le principe de la tactique moderne. Quand on pense que tant de courage, tant d'héroïsme, tant de qualités brillantes n'ont abouti qu'à ce malheureux surnom de Téméraire , on regrette que l'histoire n'ait pas su tiouver les titres qui devaient réhabiliter sa mémoire dans l'estime des hommes.

DE LA DESTINATION ET DE L UTILITÉ PERMANENTE DES PYRAMIDES d'ÉGYPTE ET DE NLBIE CONTRE LES IRRUPTIONS SABLONNEUSES DU DÉSERT ' .

Je crois devoir présenter ici, pour servir d'introduction à ce travail, l'historique des circonstances particulières au milieu desquelles a été conçu ce nouveau système de la destination des pyramides d'Eg\^)te.

Prisonnier politique, détenu au fort de Doullens , j'étais occupé de différentes études historiques et scientifiques, lorsqu'un détail de ces études vint attirer mon

1 La préface de ce livre est signée du fort de Doullens. Ce remarquable travail ne peut être reproduit ici entièrement, à cause de son étendue. Cependant, comme nous tenons à en donner une idée, nous publions une analyse du système conçu par M. de Persiyny. Cette analyse, exacte, claire, rapide, a été faite par l'auteur lui-même et insérée dans un journal, en 1849. Nous la faisons précéder d'une partie de la préface dans laquelle il explique lui-même comment lui est venue l'idée de ce travail, et nous y ajoutons quelques pages tirées du livre , afin de mieux indiquer les vues, la portée d'esprit, et la manière de celui qui l'a écrit.

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attention sur les rava^jcs causes par les sables du désert: c'étaient des villes entières ensevelies sous les sables, des rivières détournées ou englouties, de vastes contrées submergées et enlevées à la culture par des vagues errantes de cet océan singulier.

Ces phénomènes d'une nature si extraordinaire excitèrent mon étonncment. Je compris quelle lutte la civilisation européenne aurait à soutenir contre ce fléau terrible, si jamais elle s'établissait au bord des déserts de l'Afrique, à proximité des grandes masses de sable mouvant; et il me sembla curieux, peut-être même utile au grand rôle que la France est appelée à jouer en Afrique, de rechercher les movens de s'opposer à un fléau si peu connu des Européens.

Mais dès les premières investigations sur ce sujet, un soupçon étrange vint traverser mon esprit. Je savais que plusieurs villes du littoral occidental de l'Afrique , exposées aux terribles irruptions du sabel, avaient vainement tenté d'opposer au fléau les plus hautes murailles. Les sables poussés par les vents du désert , s'accumulant au pied des murailles à l'abri des vents contraires, y avaient formé des dépots permanents dont la masse , s'élevant sans cesse sur un plan incliné, avait fini par déborder l'obstacle. La conclusion de ces faits semblait évidente. Le problème à résoudre était, sans doute, d arrêter les sables entraînés par les vents du désert, sans les mettre à l'abri des vents opposés qui doivent les renvoyer au désert. Or, comment satisfaire aux conditions du problème? A la place de murailles, de digues, d'obstacles continus , il fallait peut-être supposer des corps isolés, dune forme particulière et disposés 'suivant certaines données expérimentales ; et c'est ainsi que je fus conduit a soupçonner la destination des pyramides.

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J "étais loin alors de concevoir fjuelle pouvail cire la nature scientifique du problème, et ce n'était pas le moment de m'en préoccuper; ]e devais examiner la valeur morale de l'hvpotiièse, avant d'en faire l'objet de considérations scientifiques sérieuses. Mais c'était déjà mie singfulière présomption en sa Faveur que l'inconcevable mystère des pvramides. Un fléau si extraordinaire pouvait rendre compte des plus gigantesques et des plus durables monuments de la terre; ces travaux inouïs se trouvaient justifiés par un grand intérêt.

Depuis quatre mille ans, les pvramides ne sont comptées que pour des tombeaux : mais cette crovance même révèle l'existence d'un grand secret et accuse le génie mvstérieux des collèges sacrés de l'ancienne Egvpte d'avoir dérobé au monde la véritable destination de ces n.iontagnes factices. Des tombeaux qui , d'après le calcul d'un célèbre membre de l'Institut d'Egvpte, supposent chacun presque autant de matériaux, et peut-être autant de travail et de dépense que la construction des plus grandes villes modernes, sont en effet le plus inconcevable mystère de l'histoire. Aussi la raison politique ou religieuse de l'EgYpte à faire une question d'Etat du sépulcre de ses souverains, n'a-t-elle été pénétrée ni par les anciens, ni par les modernes. On a fait mille suppositions pour expliquer ce prodigieux effort de la volonté humaine ; mais, en cela , la science est restée toute conjecturale, et par conséquent on ne sait rien de ce grand secret historique. D'ailleurs, si la plupart des savants et des philosophes se sont contentés de ce banal argument: « Les pvramides renferment des st'pultures; donc les pyramides sont des tombeaux, » d'autres savants illustres, Diderot, Baillv, M. Jomard, et presque tous les membres de l'Institut d'Egvpte, nont vu dans l'usage

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{"unéraire des vides intérieurs des pyramides qu'une destination tout à lait accessoire; et plusieurs d'entre eux ont émis l'opinion que ces monuments cachent un mystère ou scientifique ou religieux.

Ainsi l'hypothèse de la destination des pyramides contre le désert, dégagée de toute considération scientifique, me paraissait déjà plus satisfaisante pour la raison que tous les systèmes dont ces constructions mervedicuses ont été l'objet. Il me sembla que le moment était venu de pénétrer ce grand mystère, et que le sphinx placé au pied des pyramides pour défier la postérité d'en découvrir le secret, allait être enfin confondu.

Certes, je ne me dissimulais pas les difficultés de cette antique énigme, mais je tenais peut-être dans mes mains le fil d'Ariane qui devait me conduire sûrement au milieu de ces épaisses ténèbres de l'histoire et de la science.

Gomme j'ignorais alors complètement la situation géographique et topographique des pyramides d'Egypte, je résolus de faire concourir mon ignorance même dans les éléments d'un calcul de probabilités. Il était clair, en effet, que si les pyramides avaient à protéger la vallée du Nil contre les irruptions sablonneuses, elles devaient satisfaire à certaines conditions géographiques et topographiques naturellement indiquées par les données de la question du désert.

1° Ces monuments devaient se trouver sur le bord du désert. -

2° L'Egypte étant placée entre deux chaînes de montagnes , les chaînes libyque et arabique, qui la séparent, l'une de la mer Rouge, l'autre de l'occ-an de sable africain, les pyramides devaient être opposées au désert libyque, évidemment le plus redoutable.

3" Gomme la montagne libyque est Je rempart de l'Egvpte contre les sables, s'il a fallu suppléer à cette ligne naturelle de défense par de grands moyens artilicieis, c'est aux points où la montagne présente des solutions de continuité, c'est-à-dire à l'entrée des gorges, des vallées qui débouchent transversalement sur !a plaine du Nil.

■4" La chaîne libycjue sur tout son développement n'offre que trois grandes vallées qui viennent se rattacher à la plaine du Nil: le Favoum, province riche, cultivée, et les vallées des Lacs de ÎSairon et du Fleuvesans-eaii, toutes les deux désertes; et l'on sait que la dernière est entièrement couverte de sables mouvants. Les débouchés des deux vallées désertes sont doi:c incontestablement les points les plus exposés de toute l'Egypte : c'est là qu'il faut chercher les pyramides.

5° Si les pyramides sont destinées à défendre l'entrée des gorges de la montagne, quelle que soit la manière dont elles s'opposent au mouvement des sables, elles doivent être, par leur nombre et leur volume, })roportionnées à la grandeur du péril, et pai* conséquent groupées ou isolées selon la largeur des débouchés.

6" Dans chaque groupe , la plus grande pyramide doit être située au point le plus bas du site, la plus petite au point le plus élevé.

7° On sait que plusieurs pyramides furent démolies et toutes plus ou moins dégradées par les Arabes; la plaine du Nil a du se ressentir de l'affaiblissement de sa défense; elle doit être entièrement recouverte par les sables sur les points qui correspondent aux pyramides détruites, etc., etc.

C'est ainsi que dans la solitude d'une prison , loin des documents nécessaires à des recherches de cette nature.

et dans la plus complète ignorance de la situation géographique ettopograpbiquedes pyramides, j'établissais, sur la connaissance des mouvements du désert, mie série de conjectures auxquelles devaient nécessairement satisfaire ces monuments mystéiieux, s'ils avaient été élevés contre le fléau des sables.

Bientôt une circonstance particulière vint me donner les movens de vérifier la valeur de mes suppositions. Quel ne fut pas mon étonnement! Les faits connus réalisaient ces suppositions. Les pyramides d'Egypte, par leur position géographique et topographique, répondaient exactement aux données conjecturales de mon hvpothèse. Elles se trouvaient situées sur les bords du désert libvque, dans la région du Fleuve-sans-eau, à l'entrée des divers débouchés qui communiquent avec cette mer de sable, toutes, enfin, fermant en quelque sorte les gorges de la montagne et disposées dans des rapports merveilleux.

Ainsi la destination des pvramides contre les sables n'était plus pour moi une vague hypothèse. Le calcul des probabilités lui donnait une valeur énorme. J'étais sur la voie d'une grande découverte, et je résolus de la poursuivre jusqu'au bout.

Mais quelle était la nature scientifique du problème? Gomment concevoir l'efficacité de ces montagnes artificielles pour arrêter le mouvement des sables? C'était la une question singulièrement embarrassante, et pour moi surtout qui n'ai vu ni le désert ni les pvramides. Cependant, après une analyse attentive des principaux faits archéologiques et topographiques qui concernent ces monuments, il me sembla que le voile de ce grand mystère tombait tout à coup devant moi.

Assises sur de si énormes bases et élevées jusqu'aux

cieiix, les pyramides ne pouvaient être, en effet, de simples barrajjes; elles n'avaient été construites massives que pour être éternelles, et peut-être parce que l'art des voûtes n'était pas suffisamment connu des anciens Egyptiens. Mais ces masses prodigieuses cachaient un grand problème de mécanique; c'étaient d'immenses surfaces présentées aux vents du désert; elles avaient pour objet d'opposer au fluide atmosphérique une résistance égale à l'excès de vitesse capable d'entraîner les sables, et devaient être enfin considérées comme de grandes machines aérostatiques, de puissants agents modificateurs des causes météorologiques du fléau.

La question prenait ainsi de nouvelles proportions. Le mystère des pvramides se liait à deux autres mystères, puisqu'on ne connaît complètement ni les mouvements du désert, ni les lois du choc et de la résistance des milieux, surtout des fluides élastiques. Si donc l'énigme du sphinx s'était dérobée pendant quarante siècles à toutes les investigations, c'est que la question historique des pyramides , la question du désert et celle des fluides élastiques, ces trois inconnues d'un même problème , se prêtaient un appui réciproque pour confondre la raison humaine.

COMPTE REiNDU

DU LIVRE INTITULÉ : DE LA DESTINATION ET DE l'uTILITÉ PEIOIANENTE DES PYRAMIDES d'ÉGYPTE ET DE NUBIE CONTRE LES IRRUPTIONS SABLONNEUSES DU DÉSERT.

L'É^jypte est, comme on sait, une vaste oasis formée par le cours du Nil, au milieu du grand désert oriental de l'Afrique. L'étroite vallée qui constitue le bassin du fleuve est encaissée sur toute la longueur de l'Egypte et, au delà, par deux j)lateaux de iO à 60 lieues de large, mais de peu d'élévation , auxquels on a donné le nom de chaîne arabique et de chaîne libvqne.

Le premier massif sépare l'Egvpte de la mer Rouge, le second d'une région d'oasis parallèle au cours du Nil, et séparée elle-même par une chaîne brusque, escarpée, de l'océan des sables, c'est-à-dire du vaste sahcl oriental africain , qui s'enfonce dans les profondeurs de l'Afrique. (Carl. Ritter, Géogr. camp., t. III, p. 265 et 277. V. la carte de l'Egypte.)

Pour comprendre cette expression de sahel , dont la signification est généralement restreinte par les Européens à la désignation de certaines contrées des bords de la mer, il faut savoir que le désert présente deux natures de sol bien distinctes : 1" les lieux élevés, les plateaux, les montagnes, qui forment des déserts simplement arides , appelés saharas par les Arabes , et composés de surfaces rocheuses ou salines , où les sables se forment par la triple action des pluies , des vents et d'un soleil ardent sur des roches nues , mais où ils ne restent pas, et 2" les lieux bas, les bassins du désert, où les sables venus des plateaux ou tombés des mon-

LES l'YIl A M IDES.

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