‹ Le duc de ReichstadtChapitre 10 sur 50 · I.E DUC · texte numérisé non relu

I.E DUC

culée lie pouvait y croire lui-même , puisqu’il avait séjourné à Vienne ; puisqu’il avait été frappé, ainsi qu’il en convient clans ce iiiênie écrit , du spectacle d’un peuple qui chérit son souverain comme un père , et qui professe autant d’attachement que de respect pour ses vertus. Le scandale de cette publication fut augmenté par les inconvéniens d’une poursuite , de débats publics , et d’un plaidoyer en vers satiriques : c’était le premier exemple de Thémis admettant les Muses à altérer par leurs accens la sévérité du langage des lois et l’austère dignité de leur sanctuaire.

Il est des coups qui ne sauraient atteindre à une certaine élévation : le poème fut lu dans la famille impériale , en présence du duc de Reichstadt , avec une froide indifférence. Le jeune prince se contenta de faire l’observation qu’on avait eu raison de ne pas laisser arriver jusqu’à lui l’auteur d’un semblable écrit. L’opinion publique s’indigna à Vienne ; et les personnages distingués qui, pour faire honneur aux lettres , avaient accueilli l’auteur , s’affligèrent qu’il eût répondu à leur hospitalité en insultant l’Autriche dans ses sentimens les plus sacrés et les plus chers. Le poète n’avait sans doute cherché qu’une occasion d’éveiller l’attention publique par la violence de ses accusations : pourquoi ne présume-t-il pas mieux de ses talens ? Les succès du scandale sont faciles , il est vrai , mais ils sont éphémères ; et le regret d’avoir produit un libelle doit survivre aux applaudissemens qu’il peut obtenir.

L’empereur d’Autriche est dans l’usage de visiter annuellement quelques unes des provinces de son

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vaste Empire , et de s’assurer ainsi par lui-même que l’administration marche entièrement d’accord avec ses intentions paternelles. Au mois de juin i83o , ce prince parcourait les riches et pittoresques contrées de la Styrie : l’impératrice était avec lui ; Marie- Ixmise et le duc de Reichstadt l’accompagnaient. A Gratz, parmi les personnes qui se hâtèrent d’aller présenter leurs hommages à la famille impériale , se trouvait alors un homme , jeune encore , distingué par l’activité de son esprit , ses travaux dans l’art militaire , ses services intelligens dans la diplomatie , et par de nombreux ouvrages qui révélaient en lui les talens d’un écrivain. Le lieutenant-colonel , chevalier Prokesch d’Osten , arrivait alors d’Orient; il avait successivement visité la Grèce , l’Asie-Mineure , la Terre-Sainte , l’Egypte , la Nubie. Ses obsei'vations étaient celles d’un homme instruit, capable de voir, de juger et d’écrire.

Tandis qu’il visite ses Etats , l’empereur a l’habitude d’inviter à sa table les personnes qu’il veut distinguer; il admit à cet honneur M. de Prokesch, qui, pendant le repas , répondit à plusieurs questions de ce prince et de l’impératrice , et raconta des détails intéressans sur les missions qu’il avait remplies , sur les pays qu’il avait parcourus ; il se trouvait placé auprès du duc de Reichstadt ; ce moment décida d’une amitié et de relations intimes qui ne devaient cesser qu’avec la courte existence du jeune prince.

Afin qu’on puisse juger plus facilement la nature de ces relations, mieux apprécier l’influence qu’elles eurent désormais sur le duc de Reichstadt , je crois devoir donner quelques indications rapides sur celui

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qui dès lors devint le confident habituel de ses pensées.

A.î. de Prokesch est né en 1795. Son père , fort estimé de l’empereur Joseph II , habitait une terre en Styrie , dans la délicieuse vallée de la Mürz. Elevé avec soin dans l’étude des langues anciennes , de la philosophie et du droit , il fut entraîné dans la carrière des armes par l’enthousiasme général de la jeunesse allemande en i8i3, et il fit avec distinction les trois campagnes mémorables de cette époque. Après la paix, ses travaux mathématiques furent distingués et lui méritèrent d’être appelé comme professeur à l’académie militaire des cadets à Olraütz. Ses relations avec le bî\ron de Kavanagh , aide de camp du maréchal prince de Schwarzenberg , le firent connaître de cet illustre chef de l’armée autrichienne, qui le prit en affection et l’attacha à sa personne en qualité d’officier d’ordonnance. Plusieurs de ses écrits , pour la plupart publiés alors dans le journal militaire autrichien , attirèrent sur lui l’attention publique , et obtinrent l’assentiment.d’officiers habiles et expérimentés ; aussi le maréchal le choisit pour rédiger l’histoire de ses campagnes. Cette confiance établit entre eux des relations intimes et constantes. Déjà M. de Prokesch avait terminé la relation de la campagne de 1812; il en avait fait la lecture au prince , et l’avait rectifiée d’après ses observations : la publication de cet important ouvrage était convenue ; elle fut tout à coup arrêtée par un malheureux événement qu’on ne pouvait s’empêcher de prévoir. La santé du prince de Schwarzenberg déclinait rapidement ; à quarante-deux ans une attaque

DE REICIISTADT.

d’apoplexie était venue l’atteindre et gêner ses facultés physiques , sans néanmoins détruire ni son intelligence ni sa vive et généreuse sensibilité. L’espoir de trouver quelques soulagemens à ses maux le conduisit à Leipsick : c’est là qu’après avoir langui quelque temps , il succomba , dans la force de l’âge , à un anévrisme au cœur , cause de l’apoplexie symptomatique dont il avait été frappé. Il mourut le 1 5 octobre i8ao , jour où, sept ans auparavant, il avait conduit les armées alliées sur les hauteurs environnantes ; il expira dans la même chambre où le roi de Saxe avait été fait prisonnier avec son étatmajor. Son cercueil sortit de Leipsick le ig , anniversaire de son entrée dans cette ville , et par la même porte qui l’avait vu passer , à la tête des troupes de l’Europe triomphante.

Ecrire et publier la vie du prince fut pour M. de Prokesch une consolation : il voulut élever un monument de reconnaissance et de respect à sa noble mémoire. Malgré les nombreux obstacles qui tenaient à la nature d’un semblable travail , malgré une absence de près d’une année que l’auteur fut obligé de consacrer à des travaux géodésiques dans les monts Carpathes , son ouvrage parut en 1822 , sous le titre de : Mémoire du maréchal prince Charles de Schwarzenberg ; sous le rapport du style , cet écrit jouit en Allemagne d’une réputation classique.

Le goût des arts et des lettres , l’importance qu’avaient prise alors les questions relatives à l’existence de la Grèce , inspirèrent à M. de Prokesch la pensée d’un voyage qui lui offrait un grand intérêt d’étude

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