II
Les fautes mêmes qu’il commettait fréquemment dé* celaient une vive intelligence et une véritable ré flexion. Il s’appuyait sur des analogies, sur dès observations étymologiques fort ingénieuses, il y avait déjà dans cette jeune tête une faculté logique trèsintéressante à observer.
« Les enseignemens qu’il avait reçus jusque-là ne l’avaient pas soumis aux fatigues de l’étude : c’est moi qui me chargeai du soin assez pénible de lui montrer à lire. Il avait de l’aptitude, assez de docilité; mais souvent il se glissait entre mes jambes pour échapper au dégoût et à l’ennui des leçons. Afin de donner à son travail plus d’attrait, plus d’activité, un jeune enfant, Émile Gobereau , venait partager ses études : c’était le fils d’un valet de chambre de Marie- Louise. Je leur enseignais à lire à tous deux ensemble. L’émulation qui résultait de la simultanéité des leçons fit faire de rapides progrès à mon élève.
« Nos travaux se faisaient alors dans l’appartement de Marie-Louise. Cette princesse, toujours à portée d’entendre les exclamations de la joie, et quelquefois les expressions du chagrin ou du mécontentement, venait souvent auprès de son fils encourager ses bonnes dispositions par ses éloges , ou réprimer ses défauts par un blâme sévère.
« Il montrait dès lors les qualités distinctives de son caractère: bon pour les subalternes, ami de ses gouverneurs, mais sans démonstration vive, il obéissait par conviction , mais presque toujours il commençait par essayer de la résistance. Il aimait à produire de l’effet. En général , on voyait qu’il pensait beaucoup plus qu’il ne voulait dire: nous dûmes
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Dous aUiicher ù régler en lui cette disposition, qui aurait tendu à le rendre dissimulé : nous y parvînmes par des soins assidus et avec assez de difficulté. Du reste, il recevait nos réprimande avec fermeté; et quelque mécontentement qu’il en éprouvât, jamais il ne conservait de rancune ; il finissait toujours par convenir de la justice des représentations qu’on lui avait faites. Quand tlans la journée nous avions senti quelque mutuel refroidissement par suite d’une leçon sévère, le soir, en prenant congé de nous, il était le premier à nous tendre une main amicale, en nous priant de lui pardonner et d’oublier ses torts.
Œ Son amour-propre le portait à profiter rapidentent des moindres observations qui lui signalaient ce qui pouvait ressembler à un tort, et surtout à un ridicule. Il nous donna dans ce genre une singulière preuve de la fermeté de son caractère quand il prenait une résolution. A cette époque il n’avait pas cinq ans. Quand il voulait donner à ses assertions beaucoup de force, il se servait dn mot vrai y qu’il employait même aussi quelquefois, alors qu’il avait intérêt à nous tromper. En prononçant ce mot d’un air presque solennel, il levait sa petite main avec beaucoup de grâce pour faire un geste affirmatif.
«Le 12 décembre i8i5, jour anniversaire de la naissance de l’archiduchesse Marie-Louise, l’enfant voulut adresser un compliment à sa mère : ou rédigea à la hâte quatre vers que je ne vous donne pas pour de la poésie; je ne sais comment j’ai pu me les rappeler après un si long intervalle; mais j’ai totale-
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meut oublié quel fut l’improvisateur qui les écrivit dans le inomeut nécessaire.
Autant (|ue moi , personne , o ma chère maman ,
Ne doit bénir ce jour prospère , yrai, ne lui dois-je pas le bonheur si touchant ,
Et si doux à mon cœur, de vous nommer ma mère T
U Dans peu d’instatis renfaiit eut appris et retenu le quatrain : alors on lui fit l’observation qu’on y avait employé le mot vrai, parce que lui-même s’en servait continuellement, que c’était en lui un mot d’habitude, une sorte de manie: il devint sérieux; on le conduisit à sa mère, à l’heure de son déjeûner; il courut se jeter dans ses bras avec empressement, lui dit beaucoup de choses aimables; mais jamais il ne voulut consentir à réciter ses vers. Il n’en dit pas la raison, mais nous ne pûmes pas en douter- Depuis cette époque il renonça complètement à son mot favori : dès lors il ne le prononça plus une seule fois.
« Il me donna d’autres preuves de l’empire qu’il avait déjà sur lui-même. Jusqu’au départ de Marie- Louise pour ses États de Parme, il conserva près de lui une femme qui le soignait avec une affection audessus de tout éloge. M"”® Marchand, mère du premier valet de chambre de Napoléon, restait de nuit près de l’enfant, qui, le matin , était accoutumé à recevoir ses caresses empressées : c’est elle qui assistait à son réveil, et qui était chargée du soin de le vêtir. Aussi elle recevait chaque jour ses pi ornières paroles.
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Au départ de Marie-Ix)uise,M'“' Marchand retourna en France en même temps que M. le comte deBausset, qui avait aussi beaucoup d’affection pour le jeune prince. Dès ce moment je passai les nuits dans sa chambre. La première fois je craignis .qu’à son réveil il ne se livrât au vif chagrin de l’enfance, en ne retrouvant plus près de lui celle qu’il était accoutumé à revoir chaque matin. En s’éveillant, il s’adressa à moi sans hésiter, et me dit, avec un calme étonnant pour son âge: « Monsieur de Foresti, je voudrais me « lever. »
« Il y avait dans son caractère un trait distinctif, il ne pouvait tolérer la pensée qu’on voulût le tromper; aussi il détestait les contes et les fables. La morale ne pouvait pas recourir à ce moyeu pour le persuader ; il restait insensible à ce genre de narration : « C’est faux, disait-il, à quoi cela est-il bon ? »
a Toutefois le génie poétique de Collin sembla triompher en quelque sorte de cette tendance absolue à repousser tout ce qui ne paraissait pas exactement vrai. Sur les hauteurs qui dominent Schœnbrunn , à droite des élégantes arcades de la Gloriette , au fond d’une allée sombre, on trouve une enceinte qui, séparée entièrement par des arbres touffus, de la vue de Vienne et des vastes plaines du Danube , est en présence de l’aspect riant des hauteurs, des collines, des montagnes qui vont en s’élevant jusqu’aux cimes du Schneeberg. Là, dans la forme des chalets de la Suisse , ou plutôt du Tyrol , on a construit une chaumière, que pour cette raison on a nommée Tyroler-Haus. Cette construction rustique, en harmonie 'avec les montagnes qui l’environnent,
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transporte l’imagination bien loin de la capitale. C’est dans ces lieux tranquilles que Collin menait souvent le jeune duc. 11 lui racontait alors l’histoire de Robinson - Crusoé. L’imagination de l’enfant s’échauffait à ces récits. La solitude, le silence complétaient son illusion; il se croyait dans un désert, et Collin l’excitait alors à fabriquer lui-méme une multitude de petits ustensiles nécessaires aux besoins de la vie; il s’en acquittait avec adresse. On avait fait de ces objets une collection, qui était déposée dans le pavillon qu’on appelle encore la maison du duc de Reichstadt. Le gouverneur et l’élève, réunissant leurs efforts et leur industrie, étaient parvenus à creuser une caverne semblable à celle que décrit l’habitant de l’île déserte.
« Ses souvenirs étaient restés assez distincts relativement à la situation brillante où il s’était trouvé en France ; il y pensait, et souvent il en était occupé. Il n’ignorait pas qu’on l’avait appelé roi , et que son père était un grand homme. Un jour, dans une réunion de la famille impériale, un des archiducs lui montra une de ces petites médailles d’or qu’on avait frappées à l’époque de sa naissiince, et qui furent distribuées au peuple après la cérémonie de son baptême : son buste y était représenté. On lui demanda : « Savez-vous quelle est cette image? — C’est « moi, répondit-il sans hésiter, quand j’étais roi de « Rome. »
« Vere la même époque, un jour, en sa présence, la princesse Caroline de Furstenberg s’entretenait avec quelques personnes des événemens et des réputations du siècle. Le général Sommariva, com-
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inaudant oiilitaii'e de i’Âutriehe , iiommu trois illustres personnages, qu’il cita comme les plus grands capitaines de leur temps. Le jeune enfant écoutait attentivement. Tout à coup il interrompt le général avec vivacité : « J’en connais un quatrième que vous « n’avez pas nommé, dit-il en rougissant. — Lequel, « monseigneur?... — Mon père !.... » s’écria-t-il avec force , et il s’enfuit rapidement. Le général Sommariva countt après lui', le ramena et lui dit : « Vous a avez eu raison , monseigneur , de parler comme <f vous l’avez fait de votre père; mais vous avez eu tort de vous enfuir. »
■ « Son extrême curiosité sur sa situation passée, sur l’histoire de son père, sur son existence actuelle, sur les causes de sa chute , nous mettait tous les jours dans un extrême embarras : les réponses évasives ne pouvaient pas suffire à le contenter : c’était pour nous un supplice. Heureusement enfin l’empereur arriva. Nous nous empressâmes de lui faire part des questions continuelles que nous faisait l’enfant, en le priant de nous donner ses ordres à cet égard. L’empereur nous répondit : « La vérité doit être la a base de l’éducation du prince : vous devez répondre « librement à toutes les questions qu’il vous adres- « sera; c’est le meilleur et le seul moyen de calmer « son imagination et de lui inspirer la confiance dont « vous avez besoin pour le guider. »
« Dans les premiers temps il nous interrogeait avec avidité, et avec une affluence d’idées smprenante. Nous trouvant autorisés à lui répondre, nous le faisions avec une extrême franchise. Ce que l’empereur avait prévu ne manqua pas d’arriver ; après quelques
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jours il fut comme rassasié de cette conservation; alors il devint plus calme , plus réservé sur ce sujet. Ce qui semble incroyable, c’est qu’à aucun âge, dans aucune circonstance, nous ne lui avons entendu articuler un regret relatif à sa situation passée; mais , comme je vous l’ai déjà dit , ses paroles étaient loin de révéler tous les secrets de son âme. Plus tard on voyait qu’il appréciait les fautes que son père avait commises, mais jamais il n’a prononcé un seul mot à cet égard.
« La nouvelle de la mort de Napoléon fut portée à Vienne par un courrier de MM. de Rothschild. A cette époque, le comte de Dietrichstein avait été obligé de s’absenter pour se rendre à Würtzbourg; l’empereur me chargea d’annoncer ce lugubre événement au jeune prince , qui venait de terminer sa
dixième année C’était le aa juillet à Schœnbrünn !
Dans le même lieu, le même jour où lui-même, onze ans après, devait expirer, je lui annonçai la fin de l’existence de son père. Il pleura amèrement, et sa tristesse dura plusieurs jours. « M. de Foresti , me « dit-il alors, mon père était bien loin de penser en « mourant que c’est de vous que je reçois des soins « si affectueux et tant de preuves d’attachement. » Dans ce moment, le prince faisait allusion à une circonstance de ma vie que je lui avais racontée. Dans la campagne de 1809, fait prisonnier à l’affaire de Ratisbonne, je fus conduit avec quelques autres officiers autrichiens devant l’empereur des Français : il était à cheval , entouré de son nombreux état-major, dans lequel se trouvaient plusieurs maréchaux; il était fort agité. « Où donc est l’archiduc ? » nous
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répéta-t-il plusieurs fois. Alors, en s’adressant à moi, il s’emporta sur ce que l’Autriche avait voulu profiter contre lui de la guerre d’Espagne, et lui suscitait des obstacles qui l’empêchaient de terminer cette lutte sanglante. Je fus étonné de son emportement envers des officiers dont le devoir était de servir fidèlement leur souverain, sans se permettre d’examiner et de discuter les causes de la guerre.
« Quand je lui annonçai la mort de son père, le jeune prince, avec beaucoup de discernement, fit ce rapprochement remarquable, que le prisonnier traité durement par ^Napoléon, était destiné par la Providence à être un jour le guide et l’ami fidèle de son fils.
« Le duc de Reichstadt porta le deuil de son père pendant long-temps, ainsi que toutes les personnes de son service; nous le primes aussi, comme ses gouverneurs.
a L'éducation préparatoire aux études classiques dura, pour le prince, jusqu’au moment où il eut atteint sa huitième année. Avant cette époque, nous nous contentions de l’exercer assidûment, par le moyeu de nombreuses lectures, à la connaissance des langues française, allemande, italienne. J’avais soin de noter les mots qu’il n’avait pas compris, pour faire de nouveaux appels à sa mémoire. Chaque jour je lui faisais faire quelques exercices de grammaire , mais sans insister sur un travail trop métaphysique pour un enfant qui apprend beaucoup plus facilement les langues vivantes par l’usage que par le raisonnement. De semblables exercices continuèrent pendant le cours de l’éducation.
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a A l’âge de huit ans, M. Collin lui enseigna les premiers élémens des langues anciennes, et le dirigea dans les études classiques dont je lui faisais la répétition. Ce travail l’intéressait peu; il y apportait plus d’intelligence que d’ardeur; ses pensées se dirigeaient avec toute leur énergie vers un autre genre d’occupations, celles relatives à l’art militaire. Comme on voidait faire marcher simultanément cette double instruction, on avait divisé les cours : les jours étaient alternativement consacrés aux études classi* qiies et aux études militaires.
a Pour suppléer à l’émidation que seule peut créer la concurrence des élèves, en mèrtie temps pour s'assurer que l’instruction était suivie avec attention, avec assiduité , l’empereur avait institué deux commissions chargées d’examiner le prince à des époques déterminées. I.a commission des études classiques était composée des gouverneurs, du prélat de la cour, et du conseiller aulique Sommaruga, autrefois gouverneur de l’archiduc François. La commission à laquelle était confié l’examen des études militaires comptait au nombre de ses membre un officier supérieur, le colonel du génie Schindler, et le major Weiss, professeur à l’académie militaire, et les gouverneui's.
« La surveillance active et éclairée de ces deux réunions d’hommes éminens par leurs talenséprouvés et par leur réputation, fut un stimulant actif pour l’imagination du jeune prince : il ambitionnait le suffrage de ses juges, et, dès sou enfance, nous en vîmes les heureux résultats. Nous soumettions aux examens ses travaux rédigés d’une manière correcte.
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Vous poiurez vous en convaincre par vous-même, continua M. de Foresti en me présentant plusieurs cahiers très-proprement et lisiblement écrits, quelquefois même d’une belle écriture. C’étaient des traductions faites en latin de textes allemands : elles étaient des années i8ai et 1822, toutes signées Franciscus. Les corrections et les observations faites par les commissaires étaient notées à l’encre rouge.
« Le duc de Reichstadt continua ses cours d’études classiques, reprit M. de Foresti, sous la direction de M. Collin j iisqu’en i8a4j où nous eûmes le malheur de perdre cet homme si distingué par son mérite et ses talens. Il fut dignement remplacé par M. le baron d’Obenaus, conseiller de régence de Basse-Autriche; il avait déjà été gouverneur de l’archiduc François- Charles, et avait donné d’utiles leçons à plusieurs des membres de la famille impériale, notamment au prince héréditaire , aujourd’hui roi de Hongrie.
<c Le prince, à cette époque, était arrivé déjà à un degré d’instruction élevé. Le baron d’Obenaus lui fit un cours de philologie latine , appliqué particulièrement à l’étude développée des Odes et de \Ârt poétique d’Horace, à l’explication des Annales de Tacite, et surtout des Commentaires de César sur la guerre des Gaules, ouvrage de prédilection pour le duc qui le préférait à toutes les productions des auteurs latins.
« A ces études succédèrent celles de la philosophie théorique et pratique, dans ses généralités et dans ses diverses branches; les cours furent terminés pai* l’ensei^ement du droit naturel, politique et administratif. M. le baron d’Obenaus , qui a de hautes connaissances dans ces divei-ses parties, avait redigé des
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ouvrages destinés à l’éducation du prince. II en avait rassemblé les matériaux dans les écrits des philosophes et des publicistes les plus célèbres de rAlleniagne, de la France et de l’Italie.
a Comme vous pouvez le penser, l’empereur ne négligeait pas de fonder l’éducation du duc de Reichstadt sur sa véritable base. L’enseignement religieux lui était donné par le prélat de la cour Wagner, homme de mœurs douces et exemplaires, d’une vaste érudition dans la plupart des connaissances humaines. Il avait écrit pour le prince un recueil d’instructions dogmatiques et morales. Deux fois par semaine il lui donnait des leçons, que l’érudition et les manières persuasives du professeur rendaient intéressantes à l’élève : il s’attachait à la fois à éclairer son esprit, à parler à son cœur; il ne négligeait pas de lui présenter des instructions relatives à sa situation particulière et aux devoirs qu’elle lui imposait. Jouissant, par sa vertu et sa tolérance, de la considération générale, il avait su inspirer au prince de l’estime et de l’affection.
a Le duc de Reichstadt, ayant un goût décidé pour les études historiques, connaissait déjà un grand nombre d’historiens, et, dans ce genre, avait certainement plus de lecture qu’aucun jeune homme de son âg<e ,' lorsqu’ en i8a5, M. le baron d’Obenaus commença à lui donner des leçons formelles et systématiques sur l’histoire universelle et sur l’histoire spéciale des Etats d’Autriche, jusqu’à la révolution de France, en i83o. En nommant M. le baron d’Obenaus, l’empereur ‘lui avait donné ordre d’ins* truire le jeune duc des événemens de nos jours, et
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particulièrement de ceux relatifs à la vie de son père ; il lui avait aussi recommandé expressément de lui enseigner toutes les sciences nécessaires pour un officier d’un rang supérieur. Aussi, à l’étude suivie de l’histoire nous ajoutâmes celle des sciences politiques , et de la statistique dans tous ses développeiiiens. C’était surtout dans ce genre de connaissances que seplaisait plus particulièrement l’esprit du prince. Il aimait à s’occuper de spéculations historiques, il y portait de la pénétration et une grande justesse de jugement. Sa mémoire était excellente pour les événemens et pour les noms; il n’en était pas de même pour les dates, et généralement pour tout ce qui s’exprime par des chiffres. Sa propension et son aptitude n’étaient pas pour les calculs, différent en cela de son père qui en avait le goût et la facilité.
O Cependant, vers sa douzième année, je commençai à lui donner des leçons de mathématiques. Il s’occupa avec intelligence de l’étude de la géométrie, et des opérations trigonométriques pour la levée des cartes. Nous nous accoutumions à faire des travaux sur le terrain , et le duc put offrir à l’empereur une carte topographique d’une partie de l’Autriche dressée et exécutée par lui-même avec beaucoup d’exactitude et de précision. Elle représente les contrées situées entre Vienne, Neudorf et Gumpolttkirchen.
a Quand ces études préliminaires furent terminées, il reçut des leçons suivies du major Weiss, dont j’ai déjà parlé : c’est un officier d’un grand mérite, auteur de plusieurs ouvrages estimés et regardés comme classiques, sur l’architecture civile, et particulière-
ment sur l’architecture militaire. Cet habile professeur fit au duc de Reichstadt un cours complet de fortification provisoire et permanente, en commenc;ant par l’étude des systèmes anciens, antérieurs à l’invention de la poudre et à l’emploi du canon. Il lui développa tous les travaux, tous les systèmes qui précédèrent ceux de Yauhan , les grandes conceptions de cet illustre ingénieur et les modifications de Cormontaigne, Montalembert , Carnot, Chasseloup, l’école de Mézières, soit dans la défense, soit dans l’attaque des places fortes , avec les approches et les tranchées; soit dans les ouvrages provisoires de fortifications de campagne. C’est sur ce programme étendu que le jeune duc subit plusieurs examens devant la commission, alors présidée par le savant colonel Schindler, professeur à l’académie du génie. Je puis dire, avec vérité, que le prince étonna, par son intelligence et par son instruction, ceux qui furent témoins des séances pendant lesquelles il fut interrogé.
« La commission lui donnait des problèmes qu’il devait résoudre par des travaux graphiques appuyés de mémoires et de démonstrations. » En disant ces paroles, 31. de Foresti me montrait une suite de plusieurs plans de fortifications provisoires et permanentes, mis au trait, lavés et coloriés de la main du duc de Reichstadt; des cartes de défilement, avec les indications des mouvemens de terrain , exécutées à la plume avec franchise et intelligence. Ces différentes pièces avec leurs échelles et leurs notes indicatives sont datées des années 1829 et i83o; elles sont toutes signées : Pranz von Beichstadt.
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M’étant moi-même beaucoup occupé de travaux graphiques et des arts du dessin, je pouvais avoir une opinion sur ces ouvrages: je les ai vus avec un extrême intérêt, comme des preuves vivantes de l’intelligence qui vient de s’éteindre, et j’ai cru même devoir donner le conseil de réunir et de déposer dans la bibliothèque ou dans les archives impériales ces témoins irrécusables des talens que montrait déjà ce jeune prince.
« Je vous ai entretenu des commissions qui surveillaient les travaux du duc de Reichstadt, reprit M. de Foresti, je dois vous dire aussi qu’habituellement la famille impériale assistait à leurs examens. Le premier eut lieu en présence de l’empereur et de l’impératrice ; il dura pendant trois heures, et Leurs Majestés ne se fatiguèrent pas d’assister au jeu de cette intelligence qui se développait par ces exercices. Vous savez que notre impératrice est aussi distinguée par son instruction que par la tournure de son esprit et la noblesse de ses sentimens ; son affection pour notre jeune prince était extrêmement utile aux progrès de ses moyens; elle le gardait souvent auprès d’elle, aimait à s’entretenir avec lui, à cultiver sa raison par un entretien éclairé. Souvent elle faisait de lui son lecteur; il parcourait ainsi des ouvrages dont elle lui apprenait à discuter la composition et à juger le mérite , en lui faisant des observations pleines de tact et de finesse.
« L’empereur et l’impératrice assistèrent aussi au dernier examen qu’eut à subir le prince à la fin de ses études : il fut interrogé sur le code de législation militaire que lui avait fait étudier M. le baron d’Obe-
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naus. Cet examen se faisait dans la matinée du i®*" mars i83o. Il fut soudainement interrompu par la nouvelle d’une des plus effrayantes catastrophes dont Vienne puisse conserver le souvenir. La débâcle subite du Danube, pendant la nuit, avait produit une terrible inondation. Jamais les eaux ne s’étaient élevées à une telle hauteur. Le fleuve, rompant toutes ses digues, s’était précipité avec fureur dans les faubourgs de Léopoldstadt, de Rossau, roulant d’immenses glaçons, qui frappaient, comme des béliers, contre les édifices, et eu renversaient plusieurs. Le canon avait annoncé vainement la débâcle; surpris, pendant la nuit dans leur premier sommeil , beiiucoup d’babitans des faubourgs furent submergés, sans pouvoir échapper à leur sort. L’eau et les glaces avaient envahi les portes; les fenêtres des rez-dechaussée ne pouvaient pas laisser d’issue, elles sont fermées par des grilles de fer. Le nombre des victimes fut considérable ; quelques-unes parvinrent à se soustraire à la mort , en se réfugiant sur des meubles élevés, en se suspendant avec effort à des corniches, à des poutres, luttant ainsi contre les eaux et les glaçons qui venaient les frapper.
a Dans cette circonstance, guidés par leurs sentimens habituels pour les habitans de Vienne , l’empereur et les membres de la famille impériale se portèrent avec empressement partout où il y avait un malheur à secourir, un exemple de courage à donner. Ils parcoururent dans des bateaux les lieux théâtres de ces scènes de désolations; et le roi de Hongrie, ce prince si généreux , que la Providence vient de nous conserver contre la fureur d’un ingrat assassin, ce
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prince, dis-je, eut le bonheur de sauver un jeune enfant au milieu des flots; aujourd’hui, il le fait élever sous sa protection.
« Afin de prendre part à l’action bienfaisante de la famille impériale, le duc de Reichstadt voulait s’associer aux dangers qu’elle affrontait pour remplir ces devoirs sacrés; mais sa faible constitution faisait déjà une loi de s’opposer à tout ce qui pouvait compromettre ses jours. Ses médecins avaient expressément recommandé à cet égard les plus grands ménagemens : le développement rapide et excessif de la taille du jeune homme avait redoublé leurs craintes. Il se soumit avec chagrin aux défenses de l’empereur. Il chercha à s’en dédommager en donnant tout ce qu’il possédait , avec une extrême générosité, afin de fournir aux secours abondans qui furent distribués dans cette circonstance.
« Stimulés par l’exemple du souverain, inspirés d’ailleurs par leurs propres sentimens, les habitans de Vienne agirent envers les malheureux avec une activité de bienveillance au niveau de cette grande infortune. Tous rivalisèrent de bienfaisance et de générosité; échappant à des fêtes qui les réunissaient dans cette nuit désastreuse, les jeunes gens des premières familles coururent braver les plus grands dangers, et parvinrent à sauver plusieurs victimes. Au moyen d’abondantes collectes d’argent, de meubles, de vétemens, une commission de dames, sous la direction de M™®* la comtesse de Schoenborn et la baronne de Pereira, parvint à réparer les pertes qu’avait causées l’inondation. Les propriétaires fournissaient des objets de consommation , les commer-
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rans des vètemens et des meubles, les ouvriers les produits de leur industrie. Les banquiers, MM. de Rothschild, Eskélès, Arnstein, Geymüller, Sina et plusieurs autres firent, dans cette circonstance, un noble et généreux emploi de leurs grandes fortunes. Tous les malheurs qui pouvaient être réparés par la bienfaisance furent complètement effacés.
« Je reviens à la suite des travaux et de l’éducation du prince. Nous continuâmes à l’occuper de l’étude des langues et de la littérature des peuples modernes. Il eut pendant long-temps un professeur habile, M. Podevin , que la mort nous enleva malheureusement dans l’année 1826, et cpii fut remplacé par M. Bartholémy. C’est particulièrement sous cette direction qu’il s’occupait de l’étude approfondie des classiques français; il s’accoutumait à les analyser et à les apprécier dans leurs plus parfaits ouvrages. Il avait cultivé sa mémoire en apprenant beaucoup de fragmens de la Henriade, des tragédies de Racine et de Corneille. Le génie mâle de Corneille le frappait surtout; mais en général, il était peu sensible aux charmes de la poésie. Il n’appréciait que la vérité et l’élévation des pensées; il ne concevait pas qu’il y eût un mérite spécial dans l’harmonie des expressions et une séduction puissante dans la forme du rhythme cadencé.
« La Bruyère était celui des auteurs français qu’il préférait; il relisait et méditait avec soin ses Caractères; 'A admirait la profondeur de ses observations; Cette prédilection tenait essentiellement à la nature de son esprit. Peu confiant, peut-être par suite de .sa position, qu’il jugeait avec discernement, il portait.
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sur les hommes un regard scrutateur : il savait les interroger, les examiner : il les devinait. Ses idées à leur égard étaient généralement sévères; mais souvent nous étions obligés de reconnaître la vérité et la justesse de ses observations.
« Le prince s’occupa aussi avec suite et succès de la littérature allemande. Il connaissait nos grands poètes, parmi lesquels il distinguait Goethe, et surtout Schiller; il savait un grand nombre des beaux passages de ses tragédies; il admirait, dans ses personnages, leur caractère d’individualité, et la chaleur de leur langage passionné. Il a beaucoup travaillé sur la Guerre de Trente- Ans , ouvrage de ce beau génie. Lie goût particulier du prince l’a porté à lire avec suite et intérêt les écrits volumineux de Schmidt, de Millier, et de nos célèbres historiens allemands.
« Plus spécialement chargé de diriger ses études sur la littérature italienne, je puis vous donner une connaissance complète de tous ses travaux en ce genre. Il avait pour professeur spécial l’abbé Pina, Piémontais, très-versé dans les connaissances de la langue et des auteurs de l’Italie. Le jeune homme avait donné sa préférence à la Jérusalem du Tasse, dont il savait des stances nombreuses. Je m’attachais à l’exercer à écrire correctement dans cette belle langue; il faisait des traductions d’auteurs allemands et français. Nous avons conservé ces travaux qu’il mettait au net, et qui sont écrits avec correction dans un style élégant et facile. Vous pouvez vous assurer pai’ vous-même qu’il a beaucoup produit, quoique souvent il semblât avoir peu d’ardeur pour ce genre d'étude. »
M. de Foresti me montra plusieurs cahiers volumineux écrits en italien par le prince ; c’étaient :
La Biographie du prince de Schwarzenberg ; j’en lus avec curiosité plusieurs passages, où il était question de Napoléon; ils étaient écrits sans passion et avec franchise;
Les Biographies de Piccolominiy de Tilly , defVallenstein , extraites de l’ouvrage de Schiller;
La f^ie de Montécuculli , traduite de Schels, officier rédacteur du Journal militaire ;
Les Caractères de La Bruyère, plusieurs lettres de Voltaire;
Le livre troisième de la Campagne de Bussie , par M. de Chambray ;
Un discours funèbre en l’honneur de Washington , prononcé par Fontanes aux Invalides, l’an VIII de la république française;
Enfin , un livre de \ Itinéraire de Paris à Jérusalem,. de M. de Chateaubriand, où cet illustre écrivain traite de l’existence actuelle de la Grèce et de son avenir.
Il y avait en outre un grand nombre de lettres et de compositions italiennes, dans lesquelles le jeune homme trouvait à exercer sa plume et à former son style. >.
« Les titres des divers ouvrages sur lesquels nous l’avons exercé, reprit M. de Foresti, prouvent assez notre indépendance dans le choix des lectures que nous lui faisions faire; ils démontrent à eux seuls la fausseté de ces assertions généralement répandues en France, que nous cherchions à l’éteindre, en lui cachant la vérité sur les événenieus de Thistoiret
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Loin de là ; dès qu’il eut atteint sa quinzième année , le comte de Dietrichstein se fit un devoir de mettre sous ses yeux tous les écrits, sans exception, qui ont été publiés sur l’histoire de son père et sur la révolution française, et il lui parla toujours sur ce thème délicat avec franchise et avec les convenances nécessaires. Aussi personne n’avait lu et ne savait autant que lui à cet égard.
« Nous avons mis un grand intérêt à appuyer ses études d’histoire sur les deux hases essentielles de la chronologie et des connaissances géographiques : il s’en occupa avec beaucoup de suite. Voilà un recueil volumineux qu’il a écrit en français; il contient une juialyse raisonnée et des extraits des meilleui’s voyages dans les différentes parties du monde. Voilà encore un autre recueil en français sur des questions de morale. Tous ces écrits étaient soumis à un examen et corrigés soigneusement ; il était tenu de les remettre au net. Vous voyez combien il a rempli ce devoir avec suite.
(c Pendant son cours de philosophie, il étudia la physique et les diverses sciences naturelles qui s’y rattachent, sous la direction du savant professeur de l’université, M. Baumgartner, dont les talens sont généralement connus, et qui sait développer avec intérêt et lucidité les systèmes des plus hautes connaissances. Il est auteur d’un cours de physique trèsestimé. Il conduisit son illustre élève à l’Observatoire pour suivre les enseignemens astronomique.s du savant Littrow, qui faisait prendre part au prince à ses observations et lui indiquait l’usage et la manneuvrc des beaux et nombreux instrumens de cet
T)E REICHSTADT. l 'i']
établissement universitaire, confié à son habile direction.
« Nous allions aussi habituellement, avec M. Baumgartner, suivre les cours et étudier les différentes collections de l’école polytechnique. Cette institution n’est pas ici, comme en France, consacrée à l’éducation des jeunes militaires destinés à des armes spéciales : c’est un établissement tout en faveur des classes commerciales et industrielles; il a été fondé par l’empereur régnant en i8i6 : c’est alors que ce prince posa la première pierre du bel édifice qu’il destinait à cette école. L’inscription qui le décore en explique parfaitement le but :
A LA CCLTIJKE, A l’eXTENSION ,
AU PERFECTIONNEMENT DE l’iNDUSTRIE , DES ARTS CIVILS ET DU COM.MERCE, FRANÇOIS I**'.
« L’institut polytechnique est divisé en trois classes : l’école réale, destinée à un cours préparatoire de deux années, et dans laquelle on enseigne les élémens des sciences mathématiques et naturelles, de l’histoire générale, la géographie, les langues allemande, française, italienne, anglaise et slave, et où l’on donne aussi des instructions méthodiques de religion et de morale.
« La section commerciale où l’on étudie les formes du style, les mathématiques, l’histoire, la géogra-
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phie et les sciences dans leur rapport rapport avec le commerce, la tenue des livres et la connaissance des marchandises.
a La section technique, consacrée à l’enseignement de la chimie dans toutes ses applications aux arts et métiers, de la mécanique, de la géométrie pratique , de l’architecture civile et hydraulique , et de la technologie.
« Une fabrication de beaux instrumens de physique, des collections très-riches de minéralogie, d’outils, de modèles de machines, de tous les instrumens employés dans les arts et métiers , de nombreux échantillons de toutes les fabrications indigènes , donnaient à M. Baumgartner les moyens d’appeler l’attention du prince sur une multitude d’objets qu’il pouvait ainsi lui faire mieux juger, en les mettant immédiatement sous ses yeux; par-là, ne le laissant étranger à la connaissance essentielle d’aucun des produits industriels de l’Empire , et lui faisant acquérir des données exactes, non seulement sur la théorie des sciences, mais sur plusieurs de leurs applications pratiques et de leurs résultats qui intéressent au plus haut point la haute administration.
« Il me reste à vous parler du duc de Reichstadt sous le rapport des arts: il n’en avait ni le goût ni le sentiment : quelques leçons de musique avaient été promptement abandonnées. Il dessinait assez correctement; mais on eût dit que les procédés mécaniques du dessin avaient pour son activité quelque chose de trop matériel, et qui absorbait trop un temps dont il sentait assez l’importance pour ne rien
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dissiper des momens qu’il devait consacrer à développer ses facultés intellectuelles, en acquérant des connaissances indispensables à la carrière qu’il voulait parcourir. Vous avez vu ses travaux graphiques pour la fortification, c’est là ce qu’il appréciait particulièrement dans l’art du dessin.
« Pour se perfectionner dans ce genre de connaissance, il voulut étudier l’architecture civile sous les rapports de l’art. C’est Nobile de Trieste qui fut appelé à lui donner des leçons; elles étaient faites en italien. Le prince les .suivait avec intérêt et succès; il prenait plaisir à l’entretien de Nobile, homme d’esprit qui a développé ses talens par ses études en Italie, et particulièrement à l'ome. C’est à lui que nous devons deux monumens qui se rattachent à l’histoire de Napoléon : le premier est la belle porte de la cour, connue sous le nom de Uurgthor, qui , par sa disposition, rappelle les propylées d’Athènes, et, par sa masse imposante, a quelque analogie avec les édifices de l’Égypte. Après la paix de 1 809 , Napoléon , avant de retirer ses troupes, avait fait renverser en grande partie les foi-tifications de Vienne. Cet acte de violence donna lieu, dans la suite, à la reconstruction des remparts, au nouvel arrangement des glacis et à l’érection de cette porte triomphale décorée de la devise de notre empereur, règle constante de toute sa conduite :
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« Le second édifie»' lionoro également le talent de
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Nobile: voici ce qui donna lieu à son érection. Dans l’intention d’orner le Corso de Milan, Napoléon avait ordonné à Canova d’exécuter, en marbre de Carrare, un groupe colossal de Thésée vainqueur d’un centaure. Le statuaire montra dans l’exécution de cet ouvrage les ressources de son beau talent, qui toutefois s’appliquait plus volontiers à reproduire des sujets moins sévères et des formes plus gracieuses. Cependant, malgré quelque raideur dans des lignes trop symétriques, malgré la disproportion du centaure, d’une stature trop inférieure pour pouvoir lutter contre le héros, ce groupe est une magnifique production. I.a figure de Thésée est d’une grande noblesse; sa tête, armée d’un casque léger, a quelque chose de l’expression de l’Apollon pythien; son mouvement contre le centaure abattu est plein de vérité, de cette force calme, de cette colère divine dont les anciens nous ont transmis de .si sublimes modèles. La chute de Napoléon avait laissé le groupe dans l’atelier du sculpteur: à .son passage en Italie, l’empereur d’.\utriche le vit et l’acheta 80,000 florins pour le faire placer à Vienne. Nobile construisit alors le temple de Thésée sur le modèle de semblables monumens antiques, particulièrement de celui d’Athènes. Là, le groupe isolé, éclairé d’une lumière supérieure, produit un grand effet, surtout lorsqu’à une certaine distance de l’édifice l’œil plonge dans l’intérieur du temple à travers les arbres qui l’ombragent entre les colonnes du péristyle. Alors, dans le vague du clair-obscur, le marbre se présente comme enveloppé d’une vapeur mystérieuse qui lui j)rète un charme indéfinissable : on reste dans l’in-
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certitude si l’on aperçoit une statue, un bas-relief’, ou une aduûrable peinture.
« Nous allâmes quelquefois avec Nobile contempler l’effet de son ouvrage et de la création de Canova dans le jardin du Peuple ( Volksgarten ) , où le soir le charme d’une musique harmonieuse, que répercute au loin l’élégante colonne en hémicycle qui l’entoure, vient disposer l’âme à l’admiration des chefs-d’œuvre de l’art.
a Doué d’une grande dextérité pour les exercices du corps, le prince se montrait adroit et agile dans ses jeux avec les enfans de son âge, surtout avec l’archiduc François, dont il était le compagnon habituel. Dès son bas âge ôn le laissa s’accoutumer à monter à cheval; mais ce ne fut que lorsqu’il eut atteint sa quatorzième année qu’il reçut des leçons suivies et régulières d’équitation. Il acquit bientôt une grande habileté dans cet exercice qu’il aimait: chacun a pu voir avec quelle grâce , avec quelle hardiesse il guidait les chevaux les plus fougueux; soit quand les yeux étincelans de contentement et d’ardeur il parcourait le front des troupes dans les manœuvres; soit quand il se mêlait aux nombreux cavaliers qui, sur les bords du Danube, tantôt à travers les brillans équipages, tantôt au milieu des troupeaux agiles de biches et de cerfs, parcourent rapidement les allées populeuses ou les sites agrestes de notre pittoresque et magnifique Prater.
<c Son goût prononcé pour l’état militaire avait engagé l’empereur à accéder à sa demande de porter un uniforme : avant même qu’il eût atteint sa septième année, on lui donna l’habit de simple soldat.
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Il apprit le maniement des armes avec un grand zèle et une véritable application, et quand, pour le récompenser de sa bonne conduite et de son exactitude à l’exercice, on lui accorda les insignes du grade de sergent, il fut au comble de la joie, et courut se vanter à ses jeunes amis de l’avancement qu’il avait obtenu par son mérite. Il parcourut plus tard les degrés de la hiérarchie militaire, et apprit ainsi jusqu’aux détails les plus minutieux du service.
a Dans les e.ssais que son enfance fit du métier de soldat, il était en faction à la porte des appartemens de l’empereur. Toutes les fois qu’un homme de la cour passait devant lui , il présentait les armes avec beaucoup de gravité, mais jamais quand c’était une femme. Quelqu’un s’amusa à lui en faire des reproches. «Je suis prêt, répondit-il avec vivacité, à pré- « senter aux dames tout.... excepté les armes. »
« Son respect et sa déférence pour les militaires se manifestaient dès sa plus tendre jeune.sse , dans toutes les occasions. La place du prince à la table impériale était à côté de l’archiduc François : pendant un séjour de l’empereur à Schlosshof , château situé dans le voisinage de Presbourg , plusieurs personnes distinguées furent admises au dîner du monarque. Un jour le jeune prince n’alla pas s’asseoir à sa place accoutumée , et chercha à reculer vers l’extrémité de la table ; on lui en demanda la raison. « Je vois ici « des généraux , dit-il , ils doivent tous passer avant « moi. »
« Nous avions aussi habitué son enfance à se servir de petites armes qu’il maniait avec beaucoup de dextérité et de précision ; mais bientôt il fut impos-
sible de lui faire continuer ses exercices qu’on ne lui eût donné des armes ordinaires. Il tint de bonne heure à n’étre pas traité comme un enfant.
a Je me souviens à ce sujet d’avoir entendu raconter par une dame de la cour une anecdote qui peint parfaitement cette disposition. Chaque année , au retour du printemps , l’empereur avait l’habitude de donner une fête dans les magnifiques serres qu’il a fait construire près de son palais. Là , au milieu de toutes les richesses du monde végétal , des tables étaient dressées, auxquelles s’asseyaient seules l’impératrice et les femmes qu’elle avait invitées : tous les hommes circulaient dans l’espace qui séparait les dames des fleurs dont elles étaient environnées. A l’époque de l’une de ces fêtes , le duc de Reichstadt avait atteint sa douzième année; il n’avait pas encore commencé à prendre ce développement remarquable qui , sans doute plus tard , lui a été si funeste ; mais la beauté de ses traits étaient distinguée. L’impératrice l’apercevant l’appela auprès d’elle , lui témoigna sa tendre affection , et voulut le faire placer parmi les dames qui montraient pour lui un bienveillant empressement. Le jeune prince rougit beaucoup ; il refusa de s’asseoir , en disatit d’un air sérieux : a Ma place doit être avec les hommes. »
« On a remarqué toujours en lui tant de réflexion, qu’à proprement parler il n’a presque ])as eu d’enfance. Vivant habituellement avec des personnes d’un âge différent du sien , il semblait se plaire dans leur conversation. Sans avoir, dans ses premières années, rien d’extraordinaire , son intelligence était néanmoins précoce; sa repartie était aussi vive que juste;
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il s’exprimait avec précision et un choix de termes remarquables par leur exactitude et leur élégance. Ayant une connaissance profonde de la théorie des langues française et allemande, il écrivait en général très-purement et d’une manière distinguée ; quelquefois, au contraire, avec une négligence de style qui altérait alors jusqu’à son orthographe , ce qui était en opposition absolue avec son instruction très-réelle et ses lectures si vastes et si assidues.
« Il nous a toujours traités avec bonté , mais sans ces épanchemens affectueux qui n’étaient pas dans ses habitudes. Depuis la fin de son éducation , je l’ai souvent visité , jusques aux jours qui précédèrent immédiatement sa mort. Même dans ses momens les plus pénibles , il me témoignait une bienveillante satisfaction de me revoir. Je lui conserverai toujours un profond et religieux souvenir. »
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Leçons d’histoire et de politique par le prince de Mettemicli. — Considérations sur Napoléon. — Confiance du duc Reichstadt dans l’empereur. — Son respect pour la mémoire de son père. — Le poète Barthélemy à Vienne. — Voyage à Gratz. — Le chevalier Prokeschd’Osten. — Ecrit sur la bataille de Waterloo. Entretiens sur l’Orient, sur l’Egypte. — Impression que produit le prince sur M. de Prokesch. — Opinions du prince sur les grands hommes de Plutarque. — Son admiration pour Annibal. Considérations sur la vie militaire du duc de Reichstadt. — Départ de Gratz.
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Aux études classiques et militaires il importait que le duc de Reichstadt joignît des connaissances plus directement applicables à sa situation ; il était essentiel d’augmenter ses lumières , afin qu’il pût aisément distinguer et reconnaître les erreurs dont il était probable qu’on chercherait à l’entourer pour le séduire. Il avait étudié I histoire sous des maîtres habiles ; le comte de Dietrichstein lui avait fourni les nombreux ouvrages qu’on avait publiés sur l’histoire de son père ; mais il n’avait encore , sur cette époque , que les notions généralement reçues : il était indispensable de le conduire plus avant dans La connaissance approfondie de la vérité , et de lui apprendre à la discerner au milieu de cette multitude d’écrits , où l’on trouve souvent peu d’accord , peu d’exactitude , et tant de passion.
L’empereur , toujours occupé du développement
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moral de son petit-llls, confia le soin de l’initier dans la politique et la philosophie de l’histoire, à l’homme qui , par sa longue expérience , sa position élevée et ses hautes lumières , était certainement le plus en état de répondre aux sages intentions du monarque. Le prince de Metternich fut expressément chargé de tracer au duc de Reichstadt une histoire exacte et complète de Napoléon.
« Je désire , lui dit l’empereur, que le duc respecte la mémoire de son père , qu’il prenne exemple de ses grandes qualités , et qu’il apprenne à reconnaître ses défauts , afin de les éviter , et de se prémunir contre leur fatale influence. Parlez au prince , sur le compte de son père , comme vous voudriez qu’on parlât de vous à votre propre fils. Ne lui cachez à cet égard aucune vérité , mais enseignez-lui à honorer sa mémoire. »
Dès lors le prince de Metternich dirigea le duc de Reichstadt dans les hautes études historiques. En mettant sous ses yeux des documens irrécusables, il l’accoutumait à connaître la bonne foi des factions , la justice de l’esprit de parti ; il s’attachait à former son esprit aux habitudes d’une saine critique , à éclairer sa raison , en lui enseignant à apprécier les actions et les événemens dans leurs causes , aussi bien qu’à les juger dans leurs résultats. Il traçait au jeune prince le tableau fidèle de la carrière extraordinaire de Napoléon , de son avènement au trône , de son règne et de sa chute , en lui expliquant ce que cette existence avait eu de grand , d’habile , d’élevé dans la guerre , l’administration et la politique ; mais aussi ce qu’elle avait eu d’injuste , de violent et
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(l’exagéré. Ce tableau , qu’il mettait sous ses yeux , avait pour objet de lui démontrer que ce fut l’abus des mêmes qualités , comme l’influence des mêmes défauts qui, après avoir contribué à élever Napoléon, le précipitèrent plus tard du faîte de la grandeur et du pouvoir. Les hommes qui montent au-dessus de leur niveau , jusqu’aux hauteurs du rang suprême, ne peuvent y parvenir en effet que par un prodigieux ensemble de grandes qualités et de défauts non moins remarquables , dont l’exagération doit généralement entraîner leur chute. Quelque vaste que fût le génie de Napoléon , il ne serait jamais parvenu à créer son immense empire, s’il n’eût été sans cesse activé par le stimulant d’une ambition ardente; c’est cette ambition même , trop confiante dans les ressources de talens incontestables , qui creusa le précipice où devait s’engloutir l’édifice étonnant de sa fortune. Il manquait à Napoléon cette qualité essentielle qui seule peut assurer le bonheur des peuples et la solidité des trônes : la modération ; mais , avec la modération , il ne serait jamais parvenu à l’empire.
Le duc de Reichstadt recevait ces hautes instructions avec un grand empressement : la justesse et la pénétration de son esprit lui en faisaient apprécier toute l’importance. A proportion qu’il lisait des ouvrages relatifs à l’iiistoire de nos jours, il consultait le prince de Metternich dans tous ses doutes ; il aimait à lui soumettre ses observations , à recevoir de lui des indications précises , à interroger son expérience et son habileté reconnues sur tant de grands événemens , atixquels il avait pris une part si active.
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Des études ainsi dirigées avaient l’immense avantage de s’appuyer sur des documens positifs, sur des’ pièces diplomatiques. Cette ressource si rare , et si habilement employée , montrait au jeune homme l’histoire dans sa nudité , et non déguisée sous ces ajustemens fantastiques dont se plaisent à la revêtir les passions intéressées des partis ou les rêveries de quelques imaginations brillantes. Elle n’est pour un grand nombre d’écrivains et de lecteurs qu’une apparence trompeuse : à ses yeux, elle s’offrit avec les formes austères de la réalité ; et la réalité parle un langage bien différent de celui des passions ou de l’erreur. Le jeune prince avait de l’élévation dans l’esprit ; il s’accoutumait à entendre la vérité ; il la vit , il l’aima : sa conduite prouva dès lors combien la sagesse de l’empereur avait saisi la juste direction à donner à son petit-fils dans la situation difficile où il était placé , et combien les leçons de son ministre avaient produit d’heureux résultats.
Dès ce moment le jeune duc montra un habituel empressement à se rapprocher du prince de Metternich. Dans toutes les circonstances marquantes , si multipliées de nos jours , il désirait entendre son opinion sur les événeraens actuels , comme il avait appris à la consulter sur les époques antérieures. Dans leurs communications confidentielles et fréquentes , il lui révélait combien son intelligence active , pénétrante , et naturellement avide de renommée , était capable de reconnaître les illusions et «le les dissiper.
La confiance du jeune prince dans l’empereur ne connaissait pas de limites : elle était le résultat de
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son estime , de son respect pour le caractère du monarque , et de l’affection vraiment filiale dont il payait les sentimens de prédilection que lui montrait cet excellent père.... Aucun des enfans de l’empereur ne lui parlait avec plus de franchise et de liberté que le duc de Reichstadt ; mais aussi aucune démarche n’était faite auprès de lui , aucune dépêche ne lui était adressée , aucune lettre ne lui parvenait en cachette , qu’il ne se hâtât de tout confier à son aïeul.
A toutes les époques il fut entouré d’actives et nombreuses intrigues : en conséquence, on dut s’attacher à le préserver de la rencontre de personnes dont on pouvait suspecter les intentions. Cette surveillance qu’il connaissait , et dont il appréciait parfaitement les motifs , était commandée par toutes les convenances. On conçoit , si elle n’avait pas eu lieu , combien d’hommes remuans auraient profité de cette facilité pour essayer d’exploiter à leur profit leur zèle officieux et leurs mauvais conseils. On ne devait pas tolérer pour le duc de Reichstadt ce qu’on n’admet pour aucun prince. Dans plusieurs circonstances , s’entrenant des grands souvenirs de Napoléon , de sa situation personnelle , de son avenir , et des efforts qu’on ferait pour l’entraîner dans des combinaisons et des mouvemens politiques , il disait à l’empereur et au prince de Metternich : « L’objet essentiel de ma vie doit être de ne pas rester indigne de la gloire de mon père ; je croirai atteindre ce but élevé si , autant qu’il sera en mon pouvoir, je parviens un jour à m’approprier quelques unes de ses hautes qualités, en m’efforçant d’éviter les
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écueils qu’elles lui ont fait rencontrer. Je manquerais aux devoirs que m’impose sa mémoire , si je devenais le jouet des factions et l’instrument des intrigues.... Jamais le fils de Napoléon ne peut consentir à descendre au rôle méprisable d’un aventurier. J)
On se rappelle le voyage que fit à Vienne , il y a quelques années , M. Barthélemy , l’auteur d’un poëme sur Napoléon en Égypte , et qui , associant avec M. Méry des talens dignes d’être employés à un meilleur usage , insultait de ses vers satiriques le ministère qui gouvernait la France k cette époque ; les deux poètes secondaient avec zèle les efforts des révolutionnaires , qui dès lors sapaient ouvertement le trône paternel des Bourbons. Aujourd’hui leur association semble s’être dissoute : M. Barthélemy publie seul la Némésis ; son ami a sans doute refusé sa muse aux chants qui invoquent et célèbrent les fête.s du triangle d’acier , et qui ne craignent pas d’annoncer à la France le bonheur qu’elle doit attendre de cette liberté qui va de nouveau
Murclicr d'uu pas puissant ,
Le front dans la tempête, cl les pieds dans le sang.
M. Barthélemy vint à Vienne en 1828 : comme auteur, il reçut un accueil empressé de plusieurs personnes distinguées par leur position sociale , leurs talens dans les sciences et la littérature. Il demanda à être admis auprès du duc de Rcichstadt , pour lui offr ir son poëme : scs opinions exagérées étaient corr-
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nues par ses publications , et faisaient présumer les couleurs dont il peindrait l’audience qu’il voulait obtenir ; elle ne lui fut pas accordée.
Ayant ainsi reçu une réponse négative du comte de Dietrichstein , M. Barthélemy chercha du moins à rencontrer le jeune prince ; il l’aperçut au spectacle dans la loge de la cour. Il peignit cette vision dans l’écrit qu’il intitula : le Fils de Vhomme ; et son ressentiment de poète , s’associant à d’autres pensées , s’exhala dans ces vers :
Je ne puis, sans douleur.
Contempler ce visage éclatant de pâleur;
On dirait (|ue la vie â la mort s'y mélange:
Voyez-vous comme moi cette couleur étrange?
Quel germe destructeur, sous l'écorce agissant ,
A sitôt défloré ce fruit adolescent?
Assailli malgré moi d’un elTroi salutaire.
Je n’ose, pour moi-môme , éclaircir ce mystère; Le noir conseil des cours aux peuples défendu , Est un profond abîme où nul n’est descendu ; Invisible dépôt, il est dans ebaque empire Une énigme , un secret qui jamais ne transpire : C’est un secret d’Etat que, sur le Crucifix ,
Les rois, en expirant, révèlent à leurs fils. Faut-il vous répéter un clfroyable doute?
Ecoutez ; ou plutôt que personne n’écoute ;
S'il est vrai qu’à la cour, malbeureux nourrisson , la moderne Locuste ait transmis sa leçon ,
Cette horrible p.âleur, sinistre caractère. Annonce de ton sang le mal héréditaire ;
Et peut-être aujourd’hui, méthodique assassin. Le cancer politique est déjà d.ans ton sein.
Une semblable insinuation n’était pas de nature à être accueillie en France ; celui qui l’avait arti-