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et de cui-iosité ; il en obtint l’autorisation , et se rendit à Missolonglii , au moment où lord Byron venait d’y terminer sa carrière. Au lieu d’y trouver ce généreux accord , indispensable pour le succès d’une entreprise glorieuse , il n’y rencontra que la discorde, que les combats haineux de toutes les passions déchaînées. Il se hâta d’échapper à ce spectacle affligeant. Pendant trois ans, il parcourut successivement la Grèce, les îles de l’Archipel , l’Asie-Mineure , l’Egypte , la Nubie.
Profitant de l’impunité que semblait leur assurer la prévention des partis , les habitans des côtes de la Grèce , au lieu de s’organiser pour conquérir et défendre leur indépendance , avaient tourné tous leurs efforts au développement effrayant de la piraterie : cinq cents bâtimens , et près de quarante mille hommes étaient employés à ce honteux brigandage. Le commerce autrichien , très-considérable dans ces parages , éprouvait des pertes continuelles , et faisait entendre de justes réclamations ; elles ne restèrent pas infructueuses ; vingt-un vaisseaux , armés de sept cents canons , allèrent protéger les intérêts des sujets de l’Empire contre de nouveaux attentats ; et M. de Prokesch fut nommé chef d’état-major de la flotte, dont fut nommé amiral le comte Dandolo , descendant de l’illustre doge de Venise. Il rendit alors des services signalés à son pays , soit par l’activité et l’énergie qu’il déploya contre les pirates , soit par son habileté dans les missions délicates qui lui furent confiées auprès de Capo d’Istria , président de la Grèce , des pachas de Smyrne , de Saint-Jean d’Acre , d’Alep, de Rhodes , et particulièrement auprès du vice-roi
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d’Egypte. Méhémet-Ali le distingua, lui témoigna une entière confiance; dans des relations habituelles et intimes, il déploya à ses yeux toutes les ressources d’un grand caractère, toutes les vues , toutes les qualités d’un esprit supérieur. Au lieu de se perdre dans les spéculations théoriques d'une fauss»; philanthropie , M. de Prokesch eut le bonheur d’être véritablement utile à l’humanité , en parvenant à établir le premier cartel d’échange entre les prisonniers grecs et égyptiens : la dextérité et le courage avec lesquels il soutint cette négociation parvinrent à la faire réussir : Capo d’Istria lui en adressa des remercîmens publics, aussi bien que le cliefdel’armée égyptienne , ce même Ibrahim-Pacha qui conduit aujourd’hui son armée victorieuse dans les plaines de la Syrie.
Désigné par son gouvernement pour le poste de ministre résident en Grèce , M. de Prokesch fut rappelé à Vienne en i83o , afin d’y attendre la formation du nouvel Etat. C’est alors que j’eus occasion de le connaître : je le rencontrai souvent chez le prince Joseph de Schwarzenberg , dont l’affection pour l’illustre maréchal son frère s’est continuée , pour ainsi dire , dans tous les officiers qui servirent sous ses ordres , et qui gardent à sa mémoire un respect religieux. Moi-même, accueilli par le prince avec cette noble hospitalité et ces sentimens élevés, si d’accord avec sa haute position sociale , j’ai souvent trouvé des consolations à mon exil dans une famille qui , à tant de grands souvenirs , réunit tant de bienveillance , de vertus sociales et de vraie dignité ; où les filles de cette princesse , dont une ter-
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rible catastrophe a uni le souvenir à l’histoire du duc de Reichstadt , rappellent par leurs grâces et le charme de leur esprit , aussi étendu que cultivé , tout ce que fut leur aimable mère.
La conversation de M. de Prokesch m’avait vivement intéressé ; ses relations intimes avec le duc de Reichstadt étaient généralement connues : à la mort de ce prince , et à l’époque où j’eus la pensée d’écrire ces souvenirs , il était absent de Vienne : une mission relative aux affaires d’Italie le tenait éloigné depuis quelque temps. Je regrettais avec raison les éclaircissemens qu’il pouvait me donner , et j’attendais son retour avec impatience. Il arriva , je le revis à Dornbach, un des plus vastes et des plus beaux parcs de l’Autriche. De ce site remarquable on voit se développer Vienne , sa vaste enceinte , ses remparts, ses nombreux édifices, ses hautes tours que domine la flèche élégante et colossale de sa majestueuse basilique , le Danube qui , après avoir enlacé de ses bras l’île de Lobau , se prolonge dans la plaine qu’ont rendue si célèbre les noms d’Essling, d’Aspern et de Wagram. Du côté opposé , ce ne sont plus que de riantes prairies , entourées de collines , d’où s’échappent des eaux abondantes , qui tombent en cascades dans les lacs transparens qu’ombrage la végétation vigoureuse d’arbres séculaires : les hauteurs , couvertes de forêts , vont en grandissant jusqu’aux cimes élevées des dernières montagnes de la chaînes des Alpes. C’est dans ce séjour que le maréchal Lacy passa les dernières années de sa glorieuse carrière : en mourant , il voulut confier à l’amitié du prince de Schwarzenberg les lieux qu’il avait af-
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fectionnés , et le soin de sa sépulture. Il repose dans le parc : une chapelle , au milieu d’un bois sombre , renferme sa tombe et celle de son neveu , le brave général Brown.
En nous promenant dans ces beaux sites , je fis part à M. de Prokesch de mon projet , et je Ib priai de m’assister des précieux documens qui étaient à sa disposition : il répondit à ma demande ave beaucoup d’empressement et de bienveillance; et après qu’il m’eut raconté plusieurs circonstances intéressantes de la vie , du caractère du prince , et sur différentes époques de leurs liaisons , nous convînmes de nous réunir pour traiter ce sujet avec plus d’attion , de détails , et de développement.
Le lendemain j’étais chez lui ; je le trouvai entouré de souvenirs de Rome , d’Athènes , de l’Egypte, de la Terre-Sainte , de tous les lieux qu’il avait parcourus. Auprès de nous se trouvaient quelques volumes de son journal , des lettres , des armes , et différens objets qu’il devait à l’amitié du duc de Reichstadt. Il s’exprima en ces termes :
« Après mes longs voyages et mes nombreuses missions , j’étais allé à Gi'atz visiter ma famille. L’empereur , qui parcourait alors la Styrie, s’arrêta dans cette ville. Content de ma conduite, et des renseignemens que j’avais pu lui fournir , ce prince me témoigna sa satisfaction , en m’invitant à table ; je m’y trouvai placé à côté du duc de Reichstadt , que j’avais vu souvent avec l’intérét qu’il inspirait généralement; mais , jusque-là, je n’avais jamais eu l’occasion ni de lui parler ni de l’entendre.
— « Je vous connais depuis long-temps , me dit
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« le jeune prince ; je nie suis beaucoup occupé de « vous.
— a Comment ! Monseigneur, lui répondis-je, aije pu mériter cet intérêt de votre part?
— a J’ai lu, j’ai étudié votre ouvrage sur la bataille <f de Waterloo, et j’en ai été tellement satisfait que « je l’ai traduit en français et en italien. »
« J’avais effectivement publié un écrit sur la campagne de i8i5, indigné des nombreux pamphlets dirigés contre le vaincu, par des esprits étroits qui croyaient ainsi flatter la victoire. Il est dans mes sentimens, comme dans les préceptes et les exemples que j’ai reçus d’hommes supérieurs , tels que le prince de Schwarzenberg, qu’un militaire honorable doit combattre l’ennemi avec fermeté, mais qu’il ne doit jamais nier ou déprécier son mérite. Il faut laisser au vulgaire et aux passions étroites des partis l’engouement pour les succès, et les insultes pour les revers. Autrichien, j’avais combattu Napoléon avec zèle, comme l’ennemi de mon pays ; militaire, j’adjnirais ses grands talens, et je n’avais pu voir, sans un sentiment pénible, le mépris avec lequel on traitait généralement ses dernières combinaisons, parce qu’elles avaient été malheureuses. J’avais écrit mon ouvrage en dehors des questions de la politique; je n’avais considéré ce sujet que dans ses rapports avec la stratégie. D’après l’opinion que je développais , la guerre est un jeu mixte, dont les succès reposent sur un ensemble de dispositions habiles, favorisées par certaines circonstances. Heureux dans la plupart de ses guerres. Napoléon avait montré de grands talens, un véritable génie; mais la fortune semblait
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alors se plaire à lui prodiguer de constantes faveurs : les élémens se prêtaient aux mouveinens rapides de ses troupes; ses courriers arrivaient sans obstacles porter ses ordres à des généraux qui les exécutaient avec précision : il surprenait les plans; il interceptait les correspondances de ses adversaires; il déjouait ainsi tous leurs calculs; il renversait toutes leurs opérations. Mais, dans la dernière guerre, tout avait tourné contre lui ; des pluies abondantes et continuelles avaient retardé le mouvement de ses troupes et les avaient harassées de fatigues ; ses courriers furent interceptés; ses généraux ne purent exécuter des ordres qui ne leur étaient point parvenus. Il ne fut pas abandonné de ses talens , mais il fut trahi par la fortune, et tandis que, dans cette campagne, le vulgaire n’apercevait que l’étendue de la catastrophe, l’homme de guerre savait y retrouver encore les conceptions du grand capitaine.
« Cet écrit parut dans le Journal des Sciences militaires , en 1819; je ne me doutais pas alors qu’il serait un jour pour moi l’heureuse occasion d’une bienveillance dont le souvenir me sera toujours cher.
« Le comte Maurice de Dietrichstein me reprocha, avec beaucoup de politesse, de n’avoir pas déjà, depuis long-temps, demandé à être présenté au duc de Reichstadt ; il m’engagea à venir le visiter le plus souvent possible : je me hâtai de’ me rendre à cette invitation qui m’honorait et m’intéressait réellement.
« Dans notre première entrevue, le prince m’adressa des questions multipliées sur l’Orient, sur son
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état actuel, sur le caractère des habitans, et particulièrement des hommes qui, par leur caractère et leurs talens, pouvaient être susceptibles d’avoir de l’influence sur l’avenir de leur pays. Ce sujet l’amena à me parler de la campagne de son père en Syrie , des causes qui l’arrêtèrent devant Saint-Jean-d’Acre; il s’échaulfa et s’exalta en traitant des possibilités qu’aurait pu amener, dans de telles circonstances, la prise importante de cette ville, des immen.ses résultats qu’aurait su en faire sortir l’esprit vaste et actif de Napoléon : sous ce rapport, il mesurait les objets sur une échelle fort large.
« Pendant que nous étions dans tout le feu de cel te première conversation, on annonça M. de N*** : cette visite le contraria beaucoup; je voulaisjme retirer : «Restez, me dit-il, le général ne sera qu’un mal « passager. » Effectivement il se retira bientôt après , et nous recommençâmes notre entretien avec un nouvel intérêt. Afin que nous fussions tout-à-fait à l’aise, le comte de Dietrichstein nous lamena sur l’histoire de Napoléon ; l’expression du duc était cel le d’un vif attachement, d’une admiration passionnée pour la mémoire de son père : il s’animait en parlant de ses actions qu’il connaissait dans tous leurs détails aussi bien que dans leur ensemble; et, en nie remerciant de la justice que je lui avais rendue dansmon écrit sur Waterloo, il me témoigna le désir de le relire avec moi , et m’engagea à venir le voir souvent pendant son séjour à Gratz, où il resta encore quelques jours : j’acceptai cette faveur avec reconnaissance, et je n’eus garde de manquer à ma promesse. Depuis ce moment, j’ai exactement noté dans
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mon journal toutes les circonstances qui m’ont frappé, pendant mes relations habituelles avec ce jeune prince; en parcourant ce recueil, nous retrouverons successivement les observations que j’y ai consignées.
« La première impression que produisit sur moi ce jeune homme exti'aordinaire , dépassa de beaucoup l’idée avantageuse que, d’après l’opinion générale, je m’étais formée de ses moyens. Je ne m’étais pas attendu à trouver, dans cette extrême jeunesse, réunies à la fois et à un si haut point, la pénétration de l’esprit et la solidité du caractère. J’eus le bonheur de lui inspirer promptement aiitantde confiance que lui-même faisait naître en moi d’intérêt et d’attachement : en me parlant, il semblait que son cœur cherchait à s’épanouir, et il m’expliquait le sentiment qu’il éprouvait alors, en me disant que j’étais pour lui un homme entièrement de son choix. Dès le début de nos relations, je m’attachai à lui donner des avis francs et sincères; et, par la suite, je ne négligeai aucune occasion de l’avertir des imperfections que je remarquais en lui : je lui reprochais des indices de légèreté, en opposition avec son sens généralement si droit et si sévère; un défaut ordinaire d’application aux choses qui n’entraient pas dans ses idées : je lui répétais qu’une des études les plus utiles et les plus indispensables pour lui , était de s’habituer de bonne heure à se vaincre dans tous ses désirs, et qu’il devait s’efforcer de triompher de tous les obstacles qui pouvaient nuire au développement complet de ses facultés intellectuelles. Il me savait gré de ces observations, et se montrait
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disposé à en profiter. Je ne l’ai jamais trouvé ni opiniâtre ni inaccessible aux observations, comme je n’ai jamais remarqué dans sa manière de penser et de sentir une seule disposition pour les choses vulgaires.
« De son côté, le comte de Dietrichstein me manifestait une véritable satisfaction des relations qui s’étaient établies entre nous. Il était bien aise, me disait-il, que je fusse en mesure d’en profiter, pour l’aider à combattre quelques dispositions dans le caractère du jeune prince : il lui trouvait trop de ténacité dans ses idées ; dans son cœur était beaucoup de bonté, mais encore plus d’amour-propre. Il se laissait aller à une grande négligence dans plusieurs de ses travaux, même quelquefois dans l’application des règles de l’art d’écrire que cependant il connaissait d’une manière approfondie.
« Une de nos premières conversations porta particulièrement sur l’Egypte ; je pus lui donner sur ce pays, que j’avais entièrement parcouru, et sur les améliorations qu’y crée chaque jour l’homme extraordinaire qui le gouverne , les nombreuses notions que je venais d’y recueillir si récemment.
— « Quel souvenir a-t-on conservé de mon père, « en Egypte? me dit-il.
— « On s’en souvient comme d’un météore qui a « passé sur ce pays, en l’éblouissant.
— a Je conçois cette opinion de la part d’ibrahim « et de Méhémet-Ali, dont l’esprit élevé est suscep- « tible de former un pareil jugement; mais le peuple, « qui eut alors à supporter les malheurs de la guerre, « n’en a-t-il pas conservé un profond res.sentimerit?
— «Depuis ce temps, l’inimitié des babitaiis « contre Napoléon a fait place à d’autres inimitiés; « il n’est resté pour ses souvenirs qu’une grande ad- « miration. La haine qui existe entre les Turcs et les « Arabes est si active, qu’aujourd’bui le mal actuel a « totalement effacé la mémoire du mal qu’on eut à « subir à une autre époque.
— « C’est une explication que je conçois mais,
« en général, la multitude considère un grand « homme comme elle regarde un beau tableau, sans « pouvoir se rendre compte de ce qui constitue son « mérite : aussi les traces qu’il laisse dans sa mémoire « doivent s’effacer promptement. Il n’y a que les « esprits supérieurs qui puissent juger, apprécier les « grands hommes, et conserver leur souvenir. »
« L’objet habituel de nos entretiens était ses études sur l’art militaire : en traitant de ces théories qui absorbaient toutes ses pensées et tous ses désirs, il m’étonnait par la justesse de ses aperçus. Plutarque était pour lui un auteur de prédilection; il avait médité ses écrits, et il aimait à me parler des grands hommes de l’antiquité qu’il jugeait lui-même avecun discernement remarquable. Les talens solides et créateui’s de César lui semblaient de beaucoup préférables aux triomphes éblouissans d’Alexandre; mais de tous les grands capitaines, celui qu’il admirait le plus c’était Annibal. « C’est le plus haut génie mili- « taire de l’antiquité, me disait-il ; c’est l’homme le « plus habile dans la stratégie de l’époque. On lui « reproche de n’avoir pas su profiter des succès qu’il «avait obtenus; mais conçoit-on la différence qui “ aurait existé entre Annibal, chef d’un empire, dis-
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« posant librement de ses ressources, et le simple ot général d’une république jalouse, d’un sénat com- « posé de ses envieux , et d’esprits étroits qui , par « de honteux calculs, lui refusaient les moyens d’as- « surer le triomphe de sa patrie? Annibal a le mérite « d’avoir formé Scipion à la victoire ; et l’un des plus « grands phénomènes de l’antiquité, c’est de voir ce <i général faire triompher si long-temps, par son « génie, une nation de marchands d’un peuple entier A de soldats. »
« Nos pensées se dirigèrent dès lors habituellement sur les devoirs de la vie militaire, sur les études qui pouvaient le mieux développer l’intelligence à cet égard , sur la suite qu’il fallait y mettre, et l’ardeur avec laquelle il était nécessaire de s’y porter.
— O Vous avez un noble but devant vous, Mon- « seigneur, lui dis-je : l’Autriche est devenue votre « patrie adoptive; vous pouvez par vos talens « vous préparer à lui rendre dans l’avenir d’immenses « services. »
« Il me répondit ces paroles remarquables: » Je le « sens comme vous : mes idées ne doivent pas se « porter à troubler la France; je ne veux pas être un a aventurier; je ne dois pas surtout servir d’instru- « ment et de jouet au libéralisme. Ce serait déjà « pour moi le but d’une assez noble ambition que M de m’efforcer de marcher un jour sur les traces « du prince Eugène de Savoie ; mais comment me « préparer à im si grand rôle ? comment atteindre « à une semblable hauteur?... Je désire pouvoir troii- « ver autour de moi des hommes dont les talens et
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« l’expérience me facilitent les moyens de fournir, « s’il est possible, cette honorable carrière. »
« Le prince quitta Gratz , en me donnant de véritables témoignages de bienveillance et d’affection; et moi-même je m’éloignai pour faire successivement deux voyages en Suisse et en Prusse : avant de nous séparer, nous échangeâmes quelques souvenirs, je lui offris une belle médaille antique d’Alexandrele-Grand, que j’avais rapportée de mes expéditions en Grèce, et qu’il avait admirée. »
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Rcvolulion de juillet i83o. — Partis en France. — Opinion do N.^poléon sur la légitimité. — Démarches en faveur du duc de Pieichstadt. — Réponse de l’empereur. — Arrivée à Y ien ne d’agens d’un parti impérial. — Pi'oposition à l’Autriche. — On soumet au piincede MeUemich un projet de constitution impériale. — Articles de cette cooilitulion relatifs a la souveraineté. — La religion. — L’établissemeut et le vote des budgets. — La pairie et les majorais. — E”teusion de la base électorale. — Concentration de l’éligibilité. — üue section tout entière sur la loi de la presse. — Entretien du prince de Mctternich avec les agens du gouvcnemenl impérial. — Premier mouvement du duc de Reiebstadt, en apprenant la révolution de juillet. — Sa visite au prince de Dietriebstein. — Conscib du prince. — Son inquiétude. — Lettre de la comtesse Camerata. — Sa rencontre avec le duc. — Formation de la maison du prince. — Anxiétés du prince sur sa position relativement h la guerre. — Travaux et lectures militaire.s. — Succès dans le monde. — Une inclination combattue. — Une amitié réelle. — Plan de conduite rédigé par le prince. — Un bal chez l’ambassadeur d’Angleterre.
<£IOÜIPII!fI&ie 7.
Le mois de juillet i83o vit s’écrouler à la fois le trône et la prospérité de la France. Jamais la fortune publique n’avait pris un tel développement qu’à cette époque: quinze ans d’un gouvernement paternel avaient el lacé les traces désastreuses des conbscations, des violences, des banqueroutes de la révolution , de ses vingt années de guerres sanglantes , terminées par deux invasions onéreuses. Jamais l’indusirie n’avait eu un semblable essor: la richesse du pays et l’aisance générale se manifestaient par des améliorations dans toutes les existences, par de nombreuses et florissantes entreprises, par d’élégantes constructions qui s’élevaient de toutes parts. Jamais moins d’abus n’avaient été signalés, malgré l’active malveillance d’une presse eaineroie; pas une violation de domicile, pas un attentat à la liberté individuelle ne purent être reprochés à l’administration de
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Louis XVIII et de Charles X. Jamais la France ne vit à la fois autant de richesse, de bonheur et de liberté ; jamais le trône ne vit réunies plus de vertus, plus de tolérance, plus d’amour du pays, plus de vraie générosité. Les membres de la famille royale semblaient rivaliser entre eux pour protéger tous les établissemens utiles, pour secourir toutes les infortunes, si d’accord ainsi par leurs sentimens avec le prince, qui, à son retour de l’exil, répondait aux acclamations dont il fut entouré : « Il n’y a rien de « changé en France; je n’y vois qu’un Français de a plus. » Quinze années de bonheur et de prospérité ont dit à la France ce qu’était pour elle la présence de ces Français de plus ; les deux années qui viennent de s’écouler lui apprennent trop cruellement les funestes résultats de leur absence.
On sembla se fatiguer de l’uniformité du bonheur; on ne pouvait pas le nier, on le calomnia; on accusa les intentions du monarque; on le signala comme suspect; on s’arma contre lui du refus du budget et de l’impôt; on s’efforça, par tous les moyens, de rendre son gouvernement impossible. Ceux-là même qui enseignaient à la multitude qu’on avait calomnié les agens etle régime de la terreur, l’entretenaient des complots de la légitimité; à la voix de ces hommes à quii une révolution nouvelle était nécessaire pour contenter leur cupidité ou leur ambition , un peuple abusé se laissa entraîner à briser lui-même son bonheur, et à se replonger, au profit de quelques factieux, dans toutes les incertitudes d’une situation sans base, pour se livrer de nouveau à toutes les frayeurs, à toutes les tortures de l’anarchie.
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Pendant que les souverains légitimes furent assis sur le trône de France , une communauté de haines implacables lia contre eux une opposition composée d’éléraens hétérogènes ; c’étaient les fanatiques sectaires des idées d’égalité absolue qui voulaient une révolution avec tous ses résultats ; des doctrinaires qui prétendaient faire triompher leurs théories , sans se mettre en peine de leurs conséquences inévitables; enfin , ceux qui , en plus grand nombre , sans changer les conditions du pouvoir , aspiraient à le faire tourner à leur profit , en le confiant à un prince de leur choix. Dans cette dernière catégorie se trouvaient plusieurs généraux , des officiers qui se rappelaient l’importance de leur situation militaire sous le gouvernement impérial : ce parti aurait voulu appeler au trône le duc de Reichstadt; mais comment triompher de la rigidité des principes et de la sagesse de l’empereur ? Nul doute que si ce monarque avait alors accordé son petit fils à leurs entreprises , ils ne l’eussent proclamé pour leur chef ; nul doute que si au moment de la révolution de juillet il se fût trouvé à leur disposition , le nom glorieux de Napoléon ne l’eût facilement emporté sur d’autres souvenirs. Dans de semblables circonstances, les peuples aiment à s’emparer de ce qui leur rappelle l’intelligence et la force : il y a dans cet instinct le sentiment d’une haute vérité.
Les grands talens , le génie même n’excusent pas l’usurpation , mais du moins ils la font concevoir : celui qui possède ces qualités éminentes et si rares qui seules donnent le pouvoir d’exercer une grande influence , celui-là, dis-je , peut seul , sans ridicule ,
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s’asseoir sur un ti'ône qui ne lui était pas destiné : les peuples perdent leur bonheur, mais ils sont éblouis par la grandeur des entreprises dans lesquelles les précipite l’ambition d’un chef babile , par la gloire , dont il fait rayonner le joug de fer qu’il leur impose. Mais si les taleiis et le génie peuvent obtenir des couronnes , ils ne sulïisent pas pour les assurer : combien sur le rocher de Saint-Hélène l’esprit élevé de Napoléon rendait un éclatant hommage à ce principe social , sur lequel repose essentiellement le bonheur des nations aussi bien que la stabilité des trônes !
« Ce qui m’a perdu , disait-il , c’est surtout que a ma dynastie n’était pas assez ancienne : je me serais « relevé du pied des^Pyrénées même , si seulement « j’eusse été mon petit-fils: et ce que c’est pourtant a que la magie du passé!... J’étais l’élu des Français, « leur nouveau culte était mon ouvrage ; dès que les « anciens ont reparu, voyez avec quelle facilité ils a sont retournés aux idoles. »
Quand Napoléon lui-même a reconnu son insuffisance à suppléer au principe à l’importance ^duquel il rend un tel hommage, il y a de quoi réfléchir pour ceux qui, après lui , pourraient être tentés d’usurper des couronnes.
Dans la conviction de ces hautes vérités, autant que par des sentimens de droiture jiatuj'elle, l’empereur refusait le duc de Reichstadt à l’espoir et aux manœuvres des partis! «Comme souverain, disait-il, « je ne travaillerai jamais volontairement contre mon « principe; comme père de famille, j’aime trop mon « petit-fils pour le livrer à des expériences politiques. »
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Dès lors d’autres combinaisons durent être employées : on s’allia à d’autres conspirateurs. Les doctrinaires se chargèrent d’entraîner un peuple mobile sur le terrain de l’imitation: leurs journaux, et particulièrement le Globe, l’organe le plus habile de leurs principes, développèrent la pensée de la conspiration avec un calme et un sang-froid qui seuls auraient pu révéler toute la gravité du mal, toute l’imminence du danger. Comme l’Angleterre, la France avait vu une assemblée criminelle envoyer son roi à l’écnafaud; après avoir eu mieux que Cromwell , elle avait eu aussi sa restauration; un roi qui avait achevé son règne sur le trône comme Charles II ; un roi qu’on accusait de catholicisme, comme Jacques II; il fallait bien en conclure une révolution de 1688... On s’apercevrait plus tard que, comme l’Angleterre, on n’aurait pas une aristocratie puissante pour dominer cette révolution et lui fixer des limites, que ce grand mouvement ne serait pas le résultat d’une conviction et d’un intérêt religieux, servant de liens aux différentes classes du peuple; qu’on ne trouvait pas aisément un Guillaume , courageux politique, guerrier habile, digne rival enfin de Louis XIV, et ralliant l’Europe pour lutter avec constance contre ce grand monarque... Dans le moment, on ne voulut pas s’arrêter aux différences qui étaient frappantes; on fit une révolution de 1G88.
Mais bientôt la France abusée s’aperçut de la déception. Un grand intérêt général avait provoqué et fait réussir la révolution anglaise: pas un piincipe n’avait été ébranlé ; pas une existence n’avait été détruite : on avait confié le timon de l’Etat à une main