‹ Le duc de ReichstadtChapitre 12 sur 50 · I^S LE DUC · texte numérisé non relu

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habile et puissante; et l’Angleterre avait inarclié dans une voie de gloire et de prospérité, sous la conduite d’un grand homme. En France, des intérêts individuels et chétifs avaient allumé des passions furieuses; la révolution renversait toutes les existences : c’était un pillage de places et de dignités; mais la prospérité s’écroulait, mais les institutions étaient détruites ou remises en question; mais des vanités envieuses et mesquines dénaturaient la faible pairie dans son principe essentiel , disputaient au nouveau roi ses appointemens, rognaient avec jalousie les traitemens des maréchaux , des ambassadeurs , des fonctionnaires, des magistrats; et cependant, sous la direction de ceux qui n’avaient cessé de promettre le meilleur des gouvernemens, au meilleur marché possible, commerce, industrie, crédit, bonheur public, ordre, liberté, considération extérieure, tout s’amoindrissait..', tout, excepté la dette publique et le budget de l’État. On n’avait plus d’ailleurs la compensation de la gloire. Dans cette position , dans le mécontentement d’un tel désordre, dans le ressentiment de tant de prétentions trompées , on se rappelait la mémoire de Napoléon... Si du moins on avait le fils du grand homme! Ainsi, dès les commencemens de cette révolution se renouèrent d’actives intrigues , afin d’engager l’Autriche à se prêter à des combinaisons nouvelles. Pour prix de l’établissement de Napoléon II , la France offrirait aux puissances européennes toutes les garanties désirablesd’union et de paix; on organiserait les conditions du pouvoir de telle manière que l’autorité ne serait plus un vain mot, et que l’anarchie comprimée n’ose-

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rait plus lever sa hideuse tête et menacer le monde social.

A peu près à l’époque de mon arrivée à Vienne, y vint aussi un personnage dont le nom célèbre dans les fastes de la révolution et de l’empire est mêlé à toutes les époques de l’histoire de nos convulsions politiques, et qui, redoutable à tous les partis, fut souvent invoqué par eux à cause de l’habileté qu’on reconnaissait à celui qui le portait alors. Cet homme venait chargé de faire des propositions positives en faveur du duc de Reichstadt, mais sous le voile d’une tout autre mission. Ses communications furent écoutées, mais avec un calme froid qui déconcerta ses projets ; il s’éloigna peu de temps après. De nombreuses tentatives se succédèrent dans le but de faire paraîtrele jeune duc, soit en France, soit en Italie : quelques unes des propositions furent développées avec suite ; elles étaient soutenues d’exposés circonstanciés sur la composition du parti, son but, ses ressources, ses moyens d’exécution : se basant toujours sur le danger pour l’Europe de laisser ainsi la France sans guide, sans pouvoir, sans gouvernement. Ici c’étaient des hommes pratiques qui ne se contentaient pas de disserter sur de simples théories; ils présentaient un plan déjà combiné, une nouvelle constitution impériale, dans laquelle ils s’occupaient bien plus de donner au pouvoir l’autorité suffisante pour se consolider que de rester conséquens avec ces mots de libertés publiques exploités par plusieurs d’entre eux, aux grands applaudissemens de la foule oublieuse d’un langage bien différent, tenu à une autre époque, à la vérité.

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Etablissant les droits du nouvel empereur sur la doctrine de l’hérédité, ils les font remonter au vote national, auquel ils attribuent l’établissement du trône de Napoléon ; mais, arrêtant à cet acte l’intervention du peuple, ils déclarent, dans l’article premier de leur Constitution , que la souveraineté réside essentiellement dans la personne de l’empereur, et que le gouvernement est placé sous sa direction, sous son imptdsion suprême.

Plus habiles que les architectes de la révolution nouvelle, ils n’abjurent pas l’expérience des siècles, les leçons de tous les législateurs, de toutes les époques et de tous les pays; ils ne refusent pas à l’édifice social la seule base sur laquelle on puisse l’asseoir, sans laquelle il n’y a pas de société humaine possible. Elèves de Napoléon, ils se rappellent qu’il a proclamé la religion, le seul lien qui puisse unir par de mutuels devoirs les peuples et les rois; qu’il avait trop d’élévation dans l’esprit pour descendre jusqu’à l’inconcevable pensée de l’athéisme de la loi, et surtout de la Constitution: en conséquence, ils déclarent que la religion catholique, étant celle de la majorité des Français, est la religion de l'Etat.

Frappés du danger imminent de mettre chaque année en question l’existence du gouvernement et la vie même de l’État au gré de l’ambition de quelques factieux, du caprice des assemblées délibérantes, ils divisent la loi des finances, et le budget des dépenses ordinaires est voté pour plusieurs années.

Convaincus que la société ne saurait se soutenir

uniquement par d’éphémères individualités, ils rendent au souverain le droit de créer à son gré des pairs héréditaires : ils veulent la création de titres et la fondation de niajorats.

Ils étendent a base électorale à tous les Français jouissant des droits civils et conti-ibuant aux charges de l’état; telles sont les seides conditions qu’ait à remplir l’électeur; ainsi, nul d’entre eux n’est soumis à cette formalité décriée du serment qui n’a conservé son caractère sacré que pour ceux qui aiment mieux renoncer à tous les droits que de se souiller jiar l’idée d’un parjure; par une disposition tout aristocratique, le droit d’éligibilité est concentré dans les trente électeurs les plus imposés de l’arrondissement, et les hommes les plus recommandés par leur position sociale ou les services militaires. L’élu ne peut être pris en dehors de la localité de rarrondissement. Ainsi sont brisées les intrigues, l’action despotique des comités extérieurs, et la dictature de la capitale.

L’article 2 abolit la peine de mort pour tout autre crime que le meurtre. L’article 12 défend d’infliger la peine de travaux publics et de la flétrissure pour crimes politiques. Ces dispositions philanthropiques, en harmonie avec l’es{)rit du siècle, ne peuvent être ici l’objet d’une discussion relativement à leur utilité sociale; je me contenterai d’indiquer qu’elles ont été invoquées généralement par tous ceux qui prétendaient à s’occuper de grands mouvemens politiques. Dans un pays qui, dans quarante années, a subi tant de formes successives de gouvernement, où sans cesse on tremble d’une nouvelle explosion , il

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est assez naturel que les partis qui veulent continuer ces terribles jeux commencent par tomber d’accord d’une sorte de capitulation par laquelle ils se garantissent mutuellement la vie sauve. « Il n’y a que les morts qui ne reviennent pas», disait pour son excuse un homme qui, sans doute, croyait alors qu’il y avait encore à excuser ce que quelcpies uns procla- • ment aujourd’hui comme digne d’apothéose.

Quant à leur manière d’entendre la liberté de la presse, j’en donnerai une idée exacte, en copiant sans réflexions et textuellement les articles qui sont relatifs à cet important sujet, dans le projet de Constitution proposé à l’Autriche.

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