‹ Le duc de ReichstadtChapitre 15 sur 50 · SOMMAIRE DU CHAPITRE TI · texte numérisé non relu

SOMMAIRE DU CHAPITRE TI

Le maréchal Marmont à Vienne. — Sa rencontre avec le prince chez lord Cawley . — Il lui donne des leçons de stratégie sur les campagnes de Napoléon. — Fin des leçons. — Portrait du duc de Reichsladt. — Opinion du duc sur le maréchal. — Le maréchal Maison se fait présenter au prince. — Administration de Marie-Louise à Parme. — Révolution. — Le prince veut marcher au secours de .sa mère. — M. de Prokesch part avec une mi.ssion pour l’Italie. — Lettre du duc de Reichstadt. — Fin de l’éducation. — Le général comte Hartmann et les capitaines baron de Moll et Standeiski sont attachés a sa personne. — Le duc est nommé lieutenant-colonel. — Narration du comte Hartmann. — Exercices et fatigues militaires. — Maladie qui en résulte. — Le docteur Malfatti raconte la maladie du prince. — Le choléra k Vienne. On en proGte pour forcer le prince à retrouver des forces dans le repos. — Le duc semble se rétablir. — Remarque singulière de l’organisation physique et morale du prince. — Byron et Lamartine.

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Par suite des événemens de Paris et de la révolution de France , le maréchal Marmont arriva à Vienne vers la fin de l’année i83o. Se trouvant dans la même résidence que le fils de Napoléon , il était naturel qu’il éprouvât un vif désir de le voir et de le connaître ; toutefois il jugea convenable d’observer une grande réserve dans ses démarches pour parvenir à ce but , et quelques semaines se passèrent sans qu’il crût devoir former aucune demande à cet égard.

De son côté , dès qu’il apprit l’arrivée du maréchal , le jeune prince manifesta qu’il lui serait agréable de s’entretenir avec un des plus anciens compagnons d’armes de son père , le seul même qui existe aujourd’hui de tous les aides de camp de ses premières campagnes ; il voulait l’interroger sur une

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inultitude de circonstances que nul autre ne pouvait lui expliquer, puisqu’elles avaient rapport à des faits dont il restait comme le seul témoin.

Le comte de Dietrichstein prévint le maréchal du désir du prince , et lui annonça qu’il pourrait le rencontrer le soir même au bal que donnait l’ambassadeur d’Angleterre. Le maréchal se rendit avec exactitude à cette fête : il y vit enfin le duc dont les regards le cherchaient , et se dirigèrent vers lui avec empressement. Le comte de Dietrichstein vint l’avertir qu’il allait le présenter au prince , dont ils s’approchèrent aussitôt.

(f Monsieur le maréchal , lui dit le duc de Reich- « stadt , je ne saurais vous exprimer quelle satis- « faction j’éprouve de voir un des généraux les plus « illustres qui ont combattu sous les ordres de mon « père : vous particulièrement, qui avez été son aide « de camp dans ses premières campagnes : vous « étiez avec lui en Italie , vous l’avez suivi en Egypte , « en Allemagne. J’ai étudié son histoire avec une « profonde attention ; j’aurais un grand nombre de « questions à vous adresser sur beaucoup de faits que « je désire éclaircir.

— « Je suis entièrement à vos ordres , Monsei- « gneur » , répondit le maréchal.

Pendant ce temps , tous les yeux attentifs semblaient vouloir écouter cet entretien qu’on ne pouvait entendre , mais dans lequel le prince paraissait fort animé et le maréchal très-ému. Dès les premiers inomens , la curiosité avait été portée au plus haut point : chacun cherchait à observer cette rencontre publique du fils de Napoléon avec un des officiers.

les plus marquans de son armée , et l’effet que produisait sur le jeune prince l’entretien d’un ancien compagnon d’armes de son père.

Profitant du mouvement du bal , le maréchal quitta un instant le duc de Reichstadt , et s’approchant du prince de Metternich , il lui fit part de sa demande en lui disant qu’avant de répondre , il avait voulu être sûr de ne pas contrarier les intentions de l’empereur.

« Monsieur le maréchal , lui dit le prince , les in- « tentions de l’empereur sont positivement que le « duc de Reichstadt connaisse la vérité telle qu’elle U est: la lui cacher serait très-impolitique , et même « me semblerait criminel. Napoléon était certaine- « ment un grand homme ; et c’est en racontant à « son fils ses grandes actions et ses grandes qualités, a que nous avons acquis le droit de lui signaler et « le pouvoir de lui faire apprécier les excès et les « funestes résultats de son ambition démesurée. « Voyez-le librement , Monsieur le maréchal, aussi « souvent que vous le désirez l’un et l’autre : répon- « dez sans aucune contrainte aux questions qu’il « pourra vous adresser. Je n’y iHets qu’une seule « conilition , c’est que vous lui direz la vérité tout a entière , sans lui déguiser ni le bien ni le mal : « il saura vous entendre. »

Le maréchal se rapprocha alors du duc de Reichstadt , pour prendre ses ordres sur le jour et l’heure des conférences. Jæ jeune prince lui dit, avec beaucoup de mesure : « Dans la situation où nous sommes « placés l’un et l’autre , il est convenable d’abord de « s’assurer de l’assentiment du prince de Metternich,

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a et de donner son attache à nos réunions. — J’y « avais songé comme Votre Altesse , répondit le « maréchal , et j’avais prévenu ses désirs , en obte- « nant pour moi l’agrément du prince. » Le jour fut alors fixe au lendemain , et l’on convint que les conférences dureraient de onze heures du matin à deux heures.

A la science approfondie des théories stratégiques, le maréchal unit des notions étendues et variées dans plusieurs branches des connaissances humaines. Ayant pris une part active aux grands événemens du siècle , sa position l’a mis à portée de connaître presque tous les hommes de notre époque qui ont marqué dans les sciences , les arts , les lettres , la guerre et la politique. Doué d’une prodigieuse mémoire , d’une grande vivacité d’esprit , il s’exprime avec facilité ; sa conversation est pleine de faits , animée , intéressante , soit qu’il traite de sujets sérieux , soit qu’il raconte les anecdotes nombreuses de sa vie active et agitée.

On conçoit combien les récits du maréchal devaient attacher le jeune prince : pour la première fois, il entendait la voix d’un compagnon d’armes de son père lui raconter des faits dont lui-même avait été ou l’acteur ou le témoin. C’était un des guerriers célèbres de l’époque qui lui expliquait les mouvemens des armées où il avait eu de grands commandemens. Ces narrations animées avaient une vie qui répondait mieux à l’active imagination du duc de Reichstadt que la lettre morte des livres , dont les nombreuses contradictions avaient laissé dans son esprit beaucoup d’incertitude. Le maréchal

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trouva qu’il n’ignorait rien de ce qu’on a écrit sur les grands événeinens du siècle : tous les ouvrages historiques qui parlent de son père , il les avait lus , analysés , et avait parfaitement retenu ce qu’ils offraient de saillant.

Bientôt les conversations ne suffirentplus; il fallut donner à ces entretiens une direction méthodique qui les rendît plus substantiels et plus utiles. A la demande du jeune prince , le maréchal adopta la forme de leçons de théorie militaire sur différentes campagnes de Napoléon.

Outre les moyens que lui fournissaient ses connaissances et ses souvenirs , le maréchal avait en ce moment à sa disposition d’utiles ressources : il s’occupe de la rédaction de Mémoires étendus qui sans doute auront un grand intérêt , puisqu’à la position convenable pour observer les faits et les connaître , il réunit la faculté de discuter ses observations , de les classer , et de les transmettre avec précision et lucidité.

Les leçons eurent lieu régulièrement et se succédèrent sans interruption pendant trois mois : le jeune homme leur prêtait une vive attention : ses yeux brillaient d’intelligence : dans son profond regard le maréchal croyait retrouver les yeux et l’âme de Napoléon. Il suivait les indications avec une insatiable avidité. Ses remarques étaient justes, précises ; ses demandes annonçaient une haute conception ; mais il en adressait rarement , parce qu’il évitait , autant que possible , d’interrompre des enseignemens qui absorbaient toutes ses facultés. Toutes les fois qu’un appel était adressé à sa mé-

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moire , elle se trouvait imperturbable , aussi bien que son jugement. La justesse de ses idées l’attachait particulièrement à la gloire des premières campagnes de son père , qui servirent aussi de base principale aux leçons du maréchal.

Il manifestait par moniens combien , avec ses goûts militaires , il sentait que sa position était faus.se, et contrarierait nécessairement sa carrière, pai’ce que la politique ne pourrait jamais s’empêcher de douter de ses intentions et de sa bonne foi.

Quand le maréchal eut épuisé les matériaux de ses leçons , il en prévint le duc de Reichstadt , qui en témoigna beaucoup de regret , et insista pour que les entretiens habituels continuassent encore : le maréchal lui fit sentir qu’aiissi long-temps que leurs entrevues avaient eu un but positif d’instruction , leur utilité en garanti.ssait la convenance ; que désormais la malveillance pourrait faussement interpréter des relations sans objet déterminé , et qu’il fallait éviter ce grave inconvénient. En conséquence , il fut convenu que désormais le maréchal se bornerait à venir lui rendre ses devoirs en le visitant seulement tous les quinze jours.

Avant de se séparer , le prince voulut donner à son instituteur militaire un souvenir de leurs relations et de sa reconnaissance : le jour qui termina les leçons , il lui remit son portrait : c’est une aquarelle peinte avec talent par Daffinger, un des artistes les plus distingués de Vienne, et qui a le mieux réussi à rendre la physionomie profonde et active du duc de Reichstadt. Il est représenté à mi-corps, assis vis-à-vis du buste en marbre de son père , ayant

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l’air d’écouter , avec beaucoup d’intérêt , en dehors du tableau. Au-dessous du portrait , il a écrit de sa main ces quatre vers que , dans la P/ièdre de Racine , Hippolyte adresse à Théramène , et dont il a modifié seulement le premier hémistiche :

Arrivé près de moi , par ua zèle sincère ,

Tu me contais alors l’Iiistoire de mon père ;

Tu sais combien mon âme , attentive à ta voix , S’échauffait au récit de ses nobles exploits

Depuis cette époque, le maréchal alla régulièrement visiter le prince , comme il le lui avait promis : il ne discontinua pas, même pendant sa longue maladie, des visites qui avaient l’avantage de le distraire de ses maux , et d’occuper cette vive imagination. Du reste, le prince ne lui parla jamais de ses souffrances, pas même alors que la maladie avait commencé à attaquer en lui les organes de l’ouïe et de la parole, tant ce jeune homme avait de force d’âme contre sa faiblesse physique; tant il mettait de persévérance à dissimuler ses maux, pour échapper, s’il était possible, à des soins et des restrictions qu’il redoutait plus que la douleur et la maladie.

Un an s’éfait à peine écoulé depuis ces leçons militaires, le prince n’était plus. Le maréchal voulut aller rendre les derniers devoirs à ses restes; mais, arrivé à la porte de la chapelle mortuaire , il ne put se décider à en franchir le seuil, et à contempler, dans l’immobilité du dernier sommeil ces traits qu’il

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avait vus naguère animés d’une vie intellectuelle si ardente, et presque exagérée.

Le duc de Reichstadt parla souvent de ses entretiens avec le maréchal, au prince de Metternich, à plusieurs des personnes qui étaient auprès de lui ; il leur rendit compte des impressions qu’avaient produites sur son esprit ces relations nouvelles. « Le a maréchal, leur disait-il, est certainement un R homme doué de beaucoup de talens et de connais- R sances; mais il est né sous une étoile funeste : R spéculations, entreprises, politique, excepté la R guerre, rien ne lui a réussi. On a beaucoup parlé R des relations que nous avons ensemble, on a voulu R en induire des plans et des projets d’ambition. Si R j’avais formé de semblables projets, j’aurais re- R douté l’influence de son malheur, que souvent, je R crois, on lui a imputé comme un tort. Quand le R maréchal retournera en France, s’il me demande R mes ordres pour ce pays, je lui dirai d’aller, de R ma part, saluer la colonne de la place Vendôme; R il a pris assez de part à son érection pour qu’il R puisse noblement se charger d’un semblable mes- R sage. »

« Le maréchal Maison voulut aussi se faire présenter au duc de Reichstadt , continua M. de Prokesch. Le jeune prince me raconta leur rencontre dans un bal de cour, r Le maréchal Maison m’a R abordé, me dit-il, il m’a été présenté ; j’ai reçu son R compliment , et je lui ai répondu : Monsieur le ma- R réchal, vous avez été, sous mon père, un général R distingué : c’est actuellement la circonstance qui se « présente à mon souvenir. Je l’ai beaucoup entre-

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« tenu de la campagne de i8i4 : nous n’avons tou- « ché qu’à des questions entièrement militaires. En « évitant avec soin tout ce qui pouvait avoir un ca- « ractère politique. » J’appris ensuite que le maréchal Maison avait été fort satisfait de l’entretien du jeune prince , dont il parlait avec de grands éloges.

« La révolution de France avait porté ses fruits; une propagande active agitait le nord de l’Ilalie ; chaque jour on recevait des nouvelles inquiétantes, et l’on apprit bientôt que des ti’oubles venaient d’éclater à Parme. Marie-Louise avait gouverné ses Etats avec sagesse, et son administration avait été marquée par plusieurs établissemens d’une haute utilité : de vastes ponts sur la Trébia et le Taro avaient assuré des communications souvent difficiles et quelquefois entièrement interrompues : des systèmes de digues , élevées par ses ordres , défendaient les plaines contre l’action de ces torrens dévastateurs; de nombreux édifices, des hôpitaux, des établissemens d’éducation et d’utilité publique avaient augmentées ressources du pays, en offrant à la classe ouvrière tous les avantages de grands travaux, continués sans interruption pendant plusieurs années successives. La duchesse de Parme avait évidemment gouverné à l’avantage du pays confié à sa domination : mais la reconnaissance n’est pas la vertu des révolutionnaires. Après avoir résisté avec constance aux entreprises et aux exigences des factieux, l’archiduchesse fut contrainte de se retirer à Plaisance, pour se mettre à l’abri des fureurs qu’étaient venues attiser contre elle les bandes armées des révoltés de Reggio.

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« A la première nouvelle des mouvemens qui avaient eu lieu, effrayé pour sa mère, mais en même temps flatté de la fermeté qu’elle venait de montrer, le duc de Reichstadt s’écria : « Elle est fille de Marie- « Thérèse! » Il counit demander à l’empereur la permission d’aller promptement à son secours : ce monarque refusa d’accéder à sa demande, en lui en expliquant les motifs. Il se soumit, mais avec un extrême regret.

« C'.omment suis-je assez malheureux , me disait-il, « pour être obligé de perdre la première occasion n qui se présentait à moi de montrer à ma mère « tout mon dévouement pour elle ! Il m’eût été si « doux de la secourir, si honorable de tirer pour la « première fois mon épée dans l’intérêt de sa cause, « pour châtier ceux qui l’insultent et la menacent.... ff et , dans de telles circonstances , je suis réduit à lui « offrir des consolations stériles ! » Il lui adressa une lettre touchante, où il lui témoignait que, s’il avait dépendu de sa volonté, il aurait déjà volé à son secours. « C’est la première fois, lui disait-il , qu’il m’a « été pénible d’obéir aux ordres de l’empereur. »

« Il insista de nouveau , mais sans succès , pour obtenir l’objet de sa demande. Jamais je ne l’avais vu si agité; des pleurs s’échappaient de ses yeux. Il se montrait impatient de la guerre; on eût dit qu’il était dans les tourmens d’une fièvre continuelle : il ne pouvait se captiver à aucun travail. Je lui en fis des reproches. « Comment, lui dis-je, parviendrez- « vous à jouer un grand rôle , si vous ne vous décin dez pas à savoir triompher de vous-même? Une « contrariété doit-elle ainsi détruire l’équilibre de

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« votre âme? doit-elle suffire pour vous écarter de « travaux indispensables à votre instruction , à votre « perfectionnement intellectuel?

— « temps est trop court ; il marche trop race pidement, pour le perdre en longs travaux prépa- « ratoires : le moment de l’action n’était-il pas évi- « demment venu pour moi? »

cc Les affaires d’Italie avaient appelé toute l’attention de l’empereur d’Autriche; il s’agissait de rétablir le calme dans les Etats romains. Les Marches, les légations étaient dans un état d’extrême effervescence, produite à la vérité par un petit nombre d’agitateurs, mais par les menées actives d’un vaste système de propagande. 11 était d’une haute importance d’arrêter ces mouvemens dès l’origine, puisqu’ils tendaient à compromettre de proche en proche le repos de l’Italie entière : les troubles qui s’étaient manifestés à Parme en offraient une preuve irrécusable. Je reçus une mission pour Rome, et je pris congé du duc de Reichstadt. Dans les derniers jours que je passai près de lui , il me donna ce dessin que vous voyez : il représente un des chevaux arabes de son père. Lui-même l’a exécuté : c’est un lavis au bistre , fait avec intelligence et une connaissance pratique des chevaux. Vous savez du reste qu’il avait peu le goût et le sentiment des arts.

« Dans cette circonstance, je lui offris un fusil albanais que m’avait donné Ibrahim, lors de l’échange entre les prisonniers grecs et égyptiens. Il voulut à son tour que j’eusse de lui un souvenir précieux; il me donna sa montre, sur laquelle il a fait givaver son nom, et la date du jour où il me l’envoya, avec

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cette lettre, qui vous donnera un aperçu des pensées et du style d’un jeune homme terminant alors sa vingtième année : elle vous révélera mieux son intelligence que ne pourraient le faire mes paroles. Ceci est son expression habituelle : dans la continuité de nos relations, il n’étudiait pas avec moi les formes de son style, qui offrait souvent d’étranges inégalités et d’incroyables disparates.

Vienne, le 31 mars 1831.

« Depuis le commencement de notre' amitié , c’est O aujourd’hui la première fois que nous nous sépa- « rons pour un temps considérable. Des jours riches « en faits, pleins de grands événemens, passeront « sans doute avant que nous puissions nous revoir. « Pour moi , le sable ne coulera peut-être que pour a marquer la suite de pesans et stériles devoirs : « peut-être l’honneur et la voix du destin exigeront a de moi ce qui m’est le plus difficile, le sacrifice « du vœu le plus ardent de ma jeunesse, à l’instant « même où son accomplissement se présente à mes « yeux avec de si vives, de si séduisantes couleurs. « Dans quelle position que le sort puisse me placer, « comptez toujours sur moi : la reconnaissance et « l’amitié m'attacheront toujours à vous. Les soins « que vous avez voués à mon développement militt taire, vos observations d’une courageuse sincérité, « la confiance que vous m’avez accordée , enfin la « .sympathie de nos natures doivent vous garantir la « durée de mes sentimens.

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